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Accoucher en Suède, la théorie


Publié le 10 juillet 2019 par Bibi

La dernière fois, je te faisais le topo sur la façon dont une femme enceinte était suivie en Suède… Sans mentionner ce qui se passe le jour de l’accouchement. Je vais donc t’expliquer comment est supposé se dérouler ce grand événement en Suède.

Je vais bien évidemment parler de ce que j’ai vu et de ce que m’a relayé le personnel de santé. Mais je ne voudrais pas généraliser sur toute la Suède: selon les régions, les hôpitaux, les femmes, cela peut se passer différemment. Je vais aussi teaser mon accouchement sans rien t’en raconter, il faudra patienter un petit peu pour connaitre la fin de l’histoire…

La maternité

Tout d’abord, parlons des locaux. Quant le terme est arrivé (et là je vais me permettre de faire une gigantesque parenthèse mais en Suède, le terme est à 40 SA. Pas 41, comme en France. Une différence étrange dont je ne connais pas l’explication – donc si tu as une idée, n’hésite pas à m’en faire part dans les commentaires!) . Je disais donc (avant de me faire grossièrement interrompre par moi-même) que quand c’est le grand moment, la première chose à faire est d’appeler l’hôpital… Pour vérifier s’il y a de la place. En effet, la grosse différence avec la France, c’est qu’on ne choisit pas vraiment où l’on va accoucher. Cela se fait selon les places disponibles. Bon, dans une grande ville comme Malmö, c’est rare qu’il n’y ait pas de place.  Et au pire, l’autre maternité est à 20 minutes de taxi. Mais il est déjà arrivé, dans le nord de la Suède où les hôpitaux sont moins nombreux, qu’une suédoise accouche en Finlande, car c’est le seul hôpital à moins de 3 heures de voiture qui pouvait l’accueillir! Au final, le jour de mon accouchement, pas d’inquiétude, j’étais la seule parturiente du service.

Tout l’accouchement se fait dans une et même salle. Dans mon hôpital, le seul point très négatif pour moi était que les douches et toilettes étaient partagées avec une autre chambre. En plein accouchement, quand on est sous le jet d’eau de la douche, à poil, en pleurant, on a envie d’éviter de croiser la femme de la salle d’à côté qui veut faire pipi. Cela dit, les hommes n’ont pas accès à cet espace, la preuve en images:

Toilettes Maternite

 Crédit photo: photo personnelle

La philosophie

L’accouchement en lui-même est centré sur les besoins de la femme. En Suède, la femme est active, elle accouche naturellement, elle n’est pas accouchée par un tiers. Encore une fois, sages-femmes et infirmières sont les interlocutrices privilégiées. Elles accompagnent, guident, conseillent. Les sages-femmes m’encourageaient à être active: marcher, danser, m’accroupir, pour aider le corps à faire ce qu’il doit faire. Généralement, il y a un monitoring (avec électrodes ET toucher vaginal) toutes les 4 heures. Obstétricien et gynécologue n’interviennent qu’en cas de problème.

Sage-femme visitant une parturiente

Crédit photo: Suzanne M. Day [Domaine public]

C’est la parturiente qui, à son rythme, choisit ses moyens pour soulager la douleur. A ce niveau, je ne pense pas que les techniques soient très différentes de celles françaises. J’avais accès à une balle de pilates, des coussins chauffants, un déambulateur, du gaz hilarant et des TENS (mais si, tu sais, le neuro-stimulateur transcutané… Les petites électrodes). Il y avait aussi une baignoire (mais pas une baignoire de naissance, juste une baignoire pour prendre un bain et se relaxer), dont j’ai bien profité. Chaque chambre est dotée d’enceintes avec branchement USB, pour faire péter les décibels pour écouter de la musique si on le souhaite.

Pour la péridurale, il me suffisait de la demander et entre 15 et 45 minutes plus tard, hop ! j’étais dosée. En en parlant avec ma sage-femme, j’ai d’ailleurs appris qu’en Suède, cette méthode de soulagement de la douleur n’est pas aussi fréquente qu’en France. Statistique intéressante, si 53 % des primipares suédoises utilisent la péridurale (alors qu’en France elles sont 82%.), les mères ne l’utilisent la seconde fois que 35% du temps. Selon moi (mais ce ne sont que des spéculations), cela est dû au fait que les deuxièmes accouchements sont plus rapides, mais aussi que les mamans se sont rendues compte qu’elles n’avaient pas besoin de ce soulagement. Ce qui reste le plus populaire est le gaz hilarant. J’avais d’ailleurs hâte de tester ça ! Je ne connaissais pas cette technique, et l’idée de gérer moi-même le moment où soulager ma douleur, sans ralentir le travail, me plaisait beaucoup. Bien entendu, le plus important reste de se sentir bien (ou en tout cas, moins mal), et l’accent est toujours porté sur le souhait de la parturiente, sans jugement.

Une attention toute particulière est apportée au plan de naissance. C’est la première chose que l’on m’a demandé en arrivant (avec mon numéro de sécurité sociale, évidemment). Et je savais que chaque nouvelle sage-femme ou infirmière l’avait lu, car elles respectaient énormément mes envies. Ma « lettre d’accouchement » était simple et constituait en trois points majeurs: je préfère parler anglais (plutôt que Suédois) si possible, je veux qu’on m’explique clairement tout ce qui est en train de se passer, et je veux inclure au maximum mon mari. A chaque nouvelle procédure, le personnel m’expliquait clairement et en anglais ce qui allait se passer. Je me suis tout au long sentie écoutée, respectée, pas juste un autre numéro de chambre.

Les épisiotomies sont extrêmement rares. A la préparation à l’accouchement, j’ai demandé à la sage-femme si c’était un risque, et il a fallu que je lui explique ce que c’était exactement! Elle avait l’air de dire que c’était une pratique datée, et nous a même expliqué que toutes les sages-femmes qu’elle connaissait pratiquait le « nordic grip », une façon d’attraper bébé à la sortie qui évitait les déchirements la majorité du temps.

A l’arrivée de bébé

Une fois la chair de nos entrailles sortie … de la chair de nos entrailles (de rien pour cet image implantée dans ton cerveau), les différences avec la France sont encore plus flagrantes. Le clampage tardif du cordon ombilical est appliqué. Le peau à peau est systématique, pendant la délivrance. Puis vient la tétée d’accueil et les tests de naissance. En tout, on reste 2 ou 3 heures dans la salle d’accouchement. On est ensuite tous roulés dans le « département bébé » (traduction littérale !). C’est un genre d’hôtel des patients qui jouxte la maternité. On a alors droit à un premier petit-déjeuner d’anniversaire. : pain, fromage, pickles et jus de fruit, dont profitent la maman et le papa. En revanche, une fois bébé expulsé, ouste, dégagez ! La durée moyenne d’un séjour à la maternité est en effet de … 6 heures ! Eh oui, le manque de place est réel. Du coup, le fait que je sois restée quatre jours m’a paru être un luxe énorme.

Exit sign

Crédit photo (creative commons):  LEEROY Agency / Pixabay 

Au final, j’ai eu beaucoup de la chance d’accoucher en Suède. J’ai eu vraiment l’impression d’être traitée avec attention et respect, d’être écoutée et de vivre mon accouchement comme je le souhaitais. Bon, au final, les événements de la journée ont fait que je n’ai pas pu « profiter » pleinement de tout ce que l’hôpital m’offrait, mais ça, c’est une autre aventure !

Et toi, tu t’es sentie écoutée pendant ton accouchement? Ce que je décris te parait-il très différent de ce que proposent les maternités françaises?


Guide accouchement

Commentaires

17   Commentaires Laisser un commentaire ?

l'Abeille

Merci pour ton partage autour de ta grossesse suédoise, c’est très intéressant ! Quel est le dispositif de retour à la maison vu les sorties précoces ? Sage femme quotidienne à domicile, quelqu’un pour l’aide au quotidien comme aux pays bas ( cf article de Mme Gezillig) ?

le 10/07/2019 à 07h09 | Répondre

Ozai

Merci pour cet article!
Pour le terme en fait il faut savoir qu’il se situe, en moyenne, physiologiquement quelque part entre 40sa et 41sa.
Selon les pays l’arrondi n’est pas tout à fait le même. Beaucoup d’autres pays parlent de terme a 40sa en fait.
Mais selon le terme « officiel » les politiques de déclenchement s’adaptent évidemment.

le 10/07/2019 à 07h16 | Répondre

Shirley (voir son site)

Merci de nous faire découvrir les pratiques de ce pays qu’est la Suède. (Et petite parenthèse, nous étions à Malmö l’automne dernier pour le mariage d’amis qui vivent là-bas).

Pour ta question sur les 40sa au lieu de 41sa, je vais peut-être t’étonner, mais le mystère vient de la France. A ma connaissance, seule la France compte 41sa, les autres pays se base sur 40sa. Donc, la bonne question est pourquoi la France fait-elle différemment du reste du monde?

Sinon, je suis toujours étonné d’entendre ses témoignage français, car les pratiques dans les maternités sont très (trop) médicalisé. En Suisse (en tout cas dans la maternité où j’ai accouché 4 fois), cela ressemble bien plus à ce que tu décrit de la Suède. Sauf qu’on nous garde quand même 5 jours si on le souhaite.

J’ai hâte de lire le déroulement de l’accouchement.

le 10/07/2019 à 07h34 | Répondre

Mrs Smith

Effectivement ici aussi en Australie le terme est à 40sa! Et comme pr le suivi de grossesse l’accouchement est visiblement très similaire au suédois, c’est top de pouvoir rester quelques heures dans la même salle en faisant du peau à peau et à profiter en famille… Je suis restée 3 jours à la maternité pr cause de jaunisse mais pr le prochain je pourrais demander à partir au bout de 6 heures si tt s’est bien passé, et du coup avoir une sage-femme me rendre visite à la maison.

le 10/07/2019 à 09h03 | Répondre

Virg

+1 quel est le dispositif de suivi ?
Petite question pratique, le gaz hilarant marche vraiment ? Pourquoi n’est-il pas proposé en France ?
Merci pour ton témoignage, on s’imagine toujours que c’est mieux ailleurs mais ce problème des places montrent bien que c’est faux, inconvénients et avantages partout 😉

le 10/07/2019 à 09h11 | Répondre

Mlle Lulu

Bonjour,
Pour info, le gaz hilarant est bien proposé en France. Il peut être proposé avant la pose de la péridurale si l’on veut retarder celle-ci ou si l’anesthésiste se fait attendre ou même en fin de travail si la douleur devient vraiment trop forte mais qu’il est trop tard pour avoir la péridurale.
Pour ma part, je l’ai eu en attendant l’anesthésiste qui a dû être réveillé en pleine nuit et qui se faisait donc attendre mais ça n’a eu aucun effet.
Mon mari attendait une réaction et espérait se « moquer » 🙂 mais ça ne m’a rien fait.

le 10/07/2019 à 09h52 | Répondre

Jeanne

Alors le gaz hilarant peut-être proposé en France, j’ai accouché l’an passé à Lyon et on me l’a proposé pour me soulager ! Personnellement j’ai trouvé que ça me « shootait » un peu et me faisait tourner la tête, pas très agréable mais certaines mamans trouvent que ça soulage vraiment.

le 10/07/2019 à 10h25 | Répondre

Bibi

C’est exactement l’effet que tu décris Jeanne! 15-30 secondes de shoot complet, puis tout revient à la normale. Je ne l’ai pas beaucoup utilisé mais j’ai trouvé que ça calmait la douleur et surtout ça permet de se concentrer sur sa respiration au plus haut de la contraction.

le 10/07/2019 à 10h55 | Répondre

Caroline

C’est super intéressant de lire comment ca se passe dans un autre pays : je vis en Irlande, et j’avoue que, l’heure venue (non, je ne suis pas enceinte ahah), ca m’inquiète un peu (même si je parle parfaitement anglais). La médecine irlandaise n’est pas reputée pour sa modernité ou son efficacité… (il n’y a par exemple pas de réeducation du périnée ici). Et ici aussi, tu restes moins de 24h à la maternité !
J’espère que tes 4 jours ne sont pas dus à un problème grave en tout cas !

le 10/07/2019 à 10h11 | Répondre

Bibi

C’est vrai que c’est un peu effrayant d’accoucher dans un pays étranger… Quoique à bien y réfléchir, accoucher tout court est effrayant !
Le plus important pour moi ça a été de me renseigner en amont: visiter l’hôpital, lire sur les pratiques, savoir ce qui est à disposition… Ça m’a aidé à avoir l’esprit serein.
Pas de ré-éducation du périnée ici non plus, à part un fascicule de 3 pages sur les exercices à faire…

le 10/07/2019 à 11h00 | Répondre

JujuKiwi

J’ai accouché 2 fois en Irlande, à Cavan Hospital, en pleine nuit. 2 accouchements précipités (2heures de la première contraction à la délivrance), les sages femmes sont géniales, les gynécos par contre … c’est une autre affaire. Si tu as la possibilité d’accoucher en Midwifery led unit, il n’y a pas la péri, mais c’est super naturel et uniquement avec des sages femmes (et c’est dans l’hopital, donc au moindre soucis on te transfère …)
Il y a plein de pays où il n’y a pas de rééducation périnéale (j’ai eu un accouchement en NZ aussi et une amie à fait l’australie, il n’y avait pas la rééducation), mais on te donne quand même un petit livret informatif, et si t’as vraiment besoin, tu peux te faire prescrire des séances chez un physio par ton GP.
Mais c’est clair que l’Irlande n’a pas été mon expérience préférée, même si c’était moins pire que mon expérience en France.

le 10/07/2019 à 14h56 | Répondre

Bibi

Alors pour répondre a vos questions sur le suivi au retour de la maternité, personnellement je l’ai trouve très léger. Visite de la sage-femme a domicile 6 jours après l’accouchement et ligne téléphonique disponible 24h/24h… Et c’est tout !
Le fait est que si tout se passe bien, et comme le papa a automatiquement 10 jours de congés de naissance, il n’y a pas vraiment besoin de plus… théoriquement.

le 10/07/2019 à 10h51 | Répondre

Lea

Comme d’autres l’ont déja précisées, le terme a 41SA est vraiment franco-francais… je vis en Suisse et ici aussi, on calcule le terme a 40SA. Néanmoins la différence n’en est en fait pas une… la ou en France on parle de déclenchement au maximum 7 jours apres le terme, en Suisse, ils attendent 14 jours.

Je trouve l’accouchement a la Suédoise, tres chouette, en tout cas, la possibilité de ne pas le médicaliser a outrance. Cela ressemble a ce qu’on peut retrouver en Suisse a l’hopital. Ici s’offrent aussi les possibilités des maisons de naissance ou de l’accouchement a domicile. L’accouchement en France est sans doute tres « safe » mais je le trouve surtout tres médicalisé et on parle encore trop souvent de médecins ou personnels médical qui « font accoucher » plutot que de femmes qui accouchent…

Prenez soin de vous mesdames 🙂

le 10/07/2019 à 15h21 | Répondre

Stéphanie

Effectivement comme d’autres l’ont dit, il n’y a qu en France qu’on compte un terme à 41SA mais par contre dans la majorité des cas on ne déclenche qu’à 42SA, partout. En France il a été décidé de compter 41SA pour le terme pour moins faire attendre les gemmes entre leur DPA et leur déclenchement. Période souvent vécue difficilement par les femmes qui n’en peuvent plus de cette grossesse qui s’éternise. Ça se discute mais médicalement en fait ça ne change pas grande chose!

le 11/07/2019 à 10h44 | Répondre

Czro

À la lecture de l’accouchement ça fait vraiment rêver j’aurais vraiment préféré avoir un tel suivi après le délai de 6h et un peu excessif mais pour ma part clairement je n’ai pas été écouter du tout par ma maternité bien au contraire je crois que à peu près pour tout c’est comme s’il avait fait l’inverse de mon plan de naissance.
Alors que là ce que tu décris ça tient du rêve pour moi.

le 11/07/2019 à 11h20 | Répondre

Caro

Merci pour ce témoignage! Les pays nordiques sont célèbres pour être plus respectueux de la nature… ton témoignage va bien dans ce sens! Du coup j’ai l’impression que le petit hôpital breton où mes deux filles sont nées a des petits côtés scandinaves 🙂 j’ai accouché les deux fois sans péri (mon choix) en étant bien accompagnée, aidée pour trouver des positions physiologiques, avec accès à la douche autant que je voulais, lumière douce, peau à peau, coupage tardif du cordon ombilical… Et on m’a proposé du gaz hilarant pour mon 2e accouchement (bon j’ai détesté, mais peu importe 🙂 )

le 12/07/2019 à 14h19 | Répondre

Caro

Merci pour ce témoignage! Les pays nordiques sont célèbres pour être plus respectueux de la nature… ton témoignage va bien dans ce sens! Du coup j’ai l’impression que le petit hôpital breton où mes deux filles sont nées a des petits côtés scandinaves 🙂 j’ai accouché les deux fois sans péri (mon choix) en étant bien accompagnée, aidée pour trouver des positions physiologiques, avec accès à la douche autant que je voulais, lumière douce, peau à peau, coupage tardif du cordon ombilical… Et on m’a proposé du gaz hilarant pour mon 2e accouchement (j’ai détesté, mais peu importe 🙂 )

le 12/07/2019 à 14h19 | Répondre

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