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Quand on atterrit après la naissance


Publié le 13 octobre 2018 par Chaperon Rouge

Alors voila, c’est le milieu de l’après-midi sans qu’on s’en soit vraiment rendu compte, le Lampion est là, paisible, posé sur mon ventre. Monsieur Loup se remet de ses émotions en lui caressant la tête. L’infirmière aspire un peu la trachée de Merwyn pour s’assurer qu’il n’a pas avalé de liquide, et Sofia recoud la petite déchirure a l’intérieur (comme pour la Lueur, c’est le seul point que j’ai) après avoir vérifié l’intégrité du placenta.

Merwyn rampe sur mon ventre pour trouver mon sein. On nous couvre d’un draps, et on nous laisse tous les trois atterrir. La musique bourdonne toujours gentiment dans son coin, les néons sont éteints. J’ai la sensation d’être un peu hors du temps, dans ce nuage de douceur et d’engourdissement alors que de l’autre côté de la porte ça court, ça crie, ça pleure, ça s’interpelle, ça s’agite. Le Lampion tête paresseusement, je m’assure qu’il est bien sur le téton afin de m’éviter le suçon comme pour sa sœur, ce qui avait faillit ruiner mon allaitement. Au bout de 5 minutes je le change de position et le met sur l’autre sein. Voilà, mon projet de naissance a été respecté de bout en bout, Merwyn a été mis au sein dans l’heure qui a suivi la naissance, il a tété les deux (il parait que chacun des seins a une odeur différente, il faut donc que le bébé s’habitue aux deux), et les examens médicaux sans urgence ont été remis à plus tard.

Et j’ai faim. Oui, toujours. J’ai loupé le petit dej’ (la mini tartine que j’ai englouti avant de partir ne compte pas), le déjeuner, je vois l’heure du goûter s’éloigner… J’espère que je serais remontée en chambre avant le dîner !

L’infirmière revient, s’assure que tout va bien pour nous et appuie doucement sur mon ventre pour voir où en est mon utérus. Il est tonique et contracte pour se remettre en place, par contre il y a toujours du sang qui coule. Ça l’inquiète un peu. En appuyant un peu plus fort, ce sont même des caillots qui tombent. Je vois Monsieur Loup se tendre.

L’infirmière décide de me poser une sonde : quand on est sous péri, on ne perd pas que la sensation de douleur… On oublie aussi qu’on a envie de pipi! A priori ma vessie est pleine, ce qui bouche un peu la route, et le sang s’agglutine derrière en formant donc des caillots. La sonde est posée, je sens en effet un soulagement pendant que ma vessie se vide. L’infirmière enlève le tout et nous précise que la vessie ne se vide complètement qu’à la verticale, donc que ça peut continuer à me gêner. Les caillots s’écoulent, j’entend le bruit mou de leur chute dans la bassine. Tout a l’air de fonctionner, ça se calme, l’infirmière repart et Monsieur Loup se détend.

Le retour en chambre

Cela fait maintenant 3h que le Lampion est né, personne n’a parlé d’un retour en chambre. Et soudain c’est le branle-bas de combat. Une sage femme que nous ne connaissons pas déboule dans la chambre, en se présentant rapidement. Elle nous adresse ses félicitations, comme chaque membre du personnel que nous allons croiser lors de notre séjour. Elle nous explique qu’il va falloir très vite libérer la salle de travail car une patiente vient d’arriver, dilatée à 5. L’assistante qui l’accompagne lui dit « ah ben on a le temps en fait! » « c’est son 7ème enfant. » « oh purée !!! Vite, on grouille !! »

Ça nous fait beaucoup rire. Une puer’ invite Monsieur Loup à attraper son fils, les affaires qui lui seront enfilées, et à la suivre pour aller « compter si tous les doigts y sont ». Pendant ce temps on m’installe sur un fauteuil roulant, la sage femme me donne toutes mes affaires en me faisant la causette pendant que son assistante désinfecte la pièce et change les draps, sort les éléments souillés par mon accouchement etc. Ça me fait un drôle de tourbillon d’un coup, après tout ce calme!

J’ai eu le temps d’expliquer à la sage femme qu’il y a eu des caillots (qui se sont remis a couler quand j’ai bougé pour arriver sur le fauteuil d’ailleurs), et elle décide donc de me laisser la perfusion le temps d’un nouvel examen, au cas où ce soit plus grave que ce qu’on pense. Me voici donc ensevelie sous mes sacs, sur un fauteuil, à naviguer dans les couloirs accompagnée de ma perche à perfusion. Nous passons devant la première chambre du couloir, la SF dit à la dame qui s’efforce de respirer « ça va aller vite madame, la salle est prête on vient vous chercher ! »  et dans ma tête je me dis « ah c’est vous! »

On m’installe dans la chambre (Alleluia !  C’est une chambre simple !), une nouvelle soignante arrive pour vérifier mon utérus. Elle me donne un doliprane, confirme que l’utérus est bien tonique, vérifie qu’il n’y a plus de sang frais (raté, ça coule toujours tout doucement), m’explique que je suis dans la chambre tout au fond du couloir et que du coup celle ci est un peu plus froide. Elle allume les 3 radiateurs qui s’y trouvent et me dit d’appeler si je veux faire pipi.

Monsieur Loup revient, enfin, avec mon Merwyn tout emmitouflé dans des vêtements qui font 2 fois sa taille… Sans être le même poids plume que sa soeur, ça reste un petit gabarit qui porterait bien la taille naissance mais l’homme n’a pas trouvé dans le sac et a attrapé le seul pyjama 3 mois qui s’y trouvait « au cas où ». Ma maman appelle pour savoir si ça y est, ils peuvent venir voir la merveille. On leur dit bien sûr, ils ont la Lueur avec eux, on leur explique que c’est elle qui découvrira son petit frère en premier et qu’ils entreront ensuite. Je te raconterai plus en détail dans un autre article cette importante première rencontre.

Crédit photo: photo personnelle

Le petit coup de flip’

Le diner est arrivé à 18h45, et la dame en me posant le plateau m’a signifié qu’ils le récupéraient à 19h… ah bah sympa ! (en fait non, ils commencent à ramasser par l’autre bout du couloir à 19h, donc le temps qu’ils arrivent jusqu’à moi…). Je mange pendant que mes parents et ma fille découvrent Merwyn, gazouillent, s’exclame. Ellana demande à partager un morceau de ma poire, je lui donne un bout (elle est évidemment dure comme du béton, hein, les joies de la cantine 😉 ) Tout le monde, Monsieur Loup compris, repart vers 19h30, me laissant seule avec mon fils et les bruits d’enfants inconnus dans la maternité. Une infirmière revient me voir, s’étonne que j’ai toujours ma perfusion, je lui explique, elle m’examine, tout va bien, on me débranche (ouf ! je ne vais pas dormir avec un câble !) Elle change la couche de Merwyn (je ne me suis pas encore levée suite à la péri, on attend l’envie d’uriner…), et prend sa température. 35,5°C sous le bras. Elle m’explique qu’elle va devoir prendre la température dans l’anus. Je suis horrifiée, je déteste ça. Elle m’explique que c’est la procédure, en dessous de 36.5 en axial, on prend comme ça pour être plus précis. Evidemment, ça ne plait pas non plus au Lampion qui se tortille, mais ça se confirme, il a froid (et moi je crève de chaud avec tous ces radiateurs allumés). L’infirmière me dit qu’on va être obligé de le mettre sous lampe, sauf que je suis la dernière chambre et toutes celles du service ont été distribuées, il va donc devoir aller en nursery dans un berceau chauffé (ou un truc du genre).

J’ai dit non.

Elle a insisté. Je lui ai dit que je voulais d’abord le prendre en peau à peau, que je savais que ça suffirait à faire remonter le thermomètre. Elle m’a dit « OK. Je vous laisse 30min, le temps de finir le tour du service, quand je reviens je reprend la température. S’il est toujours en dessous de 36, c’est la nursery. » On a topé là. On a re déshabillé Merwyn, elle me l’a calé sous ma blouse, le draps, une couverture, et elle est partie. Je crois que je n’ai jamais été aussi attentive à un câlin. J’ai envoyé toute la chaleur que je pouvais faire rayonner par mes mains et mon buste. Il était HORS DE QUESTION qu’on me le prenne.

30 minutes plus tard, il avait pris 1°C, on me l’a laissé contre moi et on a réussi à le faire revenir à une température normale. Je trouve ça incroyable la force et la confiance en moi que m’a donné la maternité, la parentalité. Je n’aurai jamais osé m’opposer ainsi si ça s’était produit pour la Lueur, toute débutante que j’étais. Mais forte de mes lectures, de mon expérience, de mon ressenti, j’ai su imposer mon point de vu. Nous nous sommes endormis l’un contre l’autre, silencieux, moi pleine d’amour et lui sûrement encore un peu étourdi de son arrivée parmi nous. Les bébés du service ne m’ont pas réveillé, et 6 mois après, alors qu’on lui lit un livre sur l’hôpital, Ellana me tient cette très jolie conversation:

-Moi hier suis allée à l’hôpital !
-Ah oui ? pour quoi?
-Pour te voir !
-Haha, oui, à la maternité, et qu’est-ce que je faisais à la maternité?
-Tu mangeais une poire.

Voilà. Faîtes des gosses.

 

Et toi? Tu as eu des frayeurs dans les heures qui ont suivi l’accouchement ? Ton projet de naissance a été respecté ? Tu as trouvé ça très différent de ton premier ? Dis moi tout !


Guide accouchement

Commentaires

7   Commentaires Laisser un commentaire ?

Workingmutti (voir son site)

C’est super que la SF ne t ai pas juste pris ton bébé pour raisons de santé. Il y en a beaucoup qui ne se gênent pas… ça reste tout de même une belle naissance. Félicitations 🙂

le 13/10/2018 à 07h12 | Répondre

Chaperon Rouge

« Raison de santé », c’est un argument ça ?! J aurai bondit hors du lit toutes griffes dehors et tant pis pour les restes de la péri mdr. Je pense que j’ai eu a chance aussi d’accoucher dan une maternité dont la politique était plutôt de laisser bébé avec maman. Je n’ai jamais vu bcp de bébé en nursery. Même quand toutes les chambres étaient pleines. En fait ça me scotch même le nombre de copines pour qui ca a été systématique…on laisse  » maman se reposer » en emmenant le bébé…

le 15/10/2018 à 08h15 | Répondre

Madame l'Abeille

Trop mignon les souvenirs de la maternité de ta fille 😉

le 13/10/2018 à 13h52 | Répondre

Chaperon Rouge

Haha, oui, je me dis qu’au moins elle n’a pas l’air traumatisée par l’hôpital 😀
Sa mémoire nous impressionne beaucoup, n’empêche… On n’en avait pas reparlé, et qu’elle se rappelle de la poire me sidere… (Mais bon, en fait, je pense que sa mémoire est en lien direct avec son estomac: elle se rappelle de ce qu’elle avait mangé au resto pour l’anniversaire de son père il y a près d’un an…)

le 15/10/2018 à 08h18 | Répondre

Claire Gezillig

Pffiiiou je ne sais pas pourquoi mais cet article m’a mis la larme à l’oeil pour le paragraphe sur le peau à peau… Bravo pour cette confiance <3

le 14/10/2018 à 09h13 | Répondre

Chaperon Rouge

Ca ne m étonne guère : après tout, peau à peau, portage, maternité proximale… Même combat ;p

le 15/10/2018 à 08h19 | Répondre

Doupiou

Je te rejoins complètement sur l’assurance qu’on a avec un deuxième ! Je trouve aussi que le personnel hospitalier nous fiche un peu plus la paix que pour un premier ! En tout cas ton article est très émouvant !

le 15/10/2018 à 08h37 | Répondre

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