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Ce que je veux pour mon enfant…


Publié le 12 décembre 2017 par Claire Gezillig

Il y a longtemps que je réfléchis à l’éducation, que je lis à ce propos, que je m’interroge.
Il y a des lustres que je travaille avec des enfants et que je trouve intéressant de comprendre comment ils fonctionnent, ce que l’on peut faire pour les aider à bien grandir…

Crédit photo : Maxlkt

Et puis, tous, on a tendance à juger les comportements des autres parents quand on pense le devenir.
Je ne veux pas dire, critiquer ouvertement (non, ça c’est juste pas cool du tout) mais se dire « moi quand j’aurai des enfants, je (ne) ferai (pas) comme ça… »

Oh bien sûr, bien sûr, il y a la théorie et la pratique. Le fameux « avant j’avais des principes, maintenant j’ai des enfants ».
Et je me dis que si on n’a depuis des millénaires des débats sans fin pour savoir comment élever les enfants, c’est bien parce qu’il n’y a pas de recette. Et que je crois que la règle numéro 1, c’est tu t’adaptes au cas particulier de ton bambin.
Pour le coup, on est bien souvent dans l’apprentissage empirique d’essai / erreur. C’est pour cela qu’en tant que parent de l’enfant, on est souvent le mieux placé pour savoir quoi faire ; non pas parce qu’on gagne un instinct de fou en se retrouvant avec ce bébé à la maternité (genre « mode d’emploi livré comme une seconde nature façon épiphanie quand on te met le bébé dans les bras ») mais parce qu’on passe des heures avec notre modèle particulier à tenter différentes approches pour voir ce qui est le plus efficace… (et qui peut varier d’un jour à l’autre, sinon, c’est pas drôle).

Mais tout de même, j’aime bien l’idée d’avoir des grands principes guides pour me lancer sur ce chemin… Et puis, je pense que c’est humain et aussi sain de se demander ce que l’on veut transmettre à ses enfants.

Alors qu’est ce que je veux pour mon enfant ?

Regard sur l’éducation que j’ai reçue

On commence souvent par se pencher avec un regard critique sur l’éducation que l’on a reçue, celle que nos parents nous ont donnée.
Il y a biiiiien longtemps que je m’attèle à cette tâche. Voyez-vous, j’ai un gros fond chiante rebelle-constestaire-révolutionnaire-depuis-sa-plus-tendre-enfance (pitié, faites que mon bébé tienne de son père plutôt !)

Et je sais qu’il y a des choses dans l’éducation que j’ai reçue que je ne souhaite pas reproduire.
Je n’en ferai pas la liste ici. Je n’ai aucune intention de faire un procès à mes parents. Ils ne méritent vraiment pas ça.

Et puis, surtout, il y a aussi  des choses dans l’éducation qu’ils m’ont donnée que j’aimerais transmettre.
Et dans tous les cas, ma période d’ado critique acerbe est passée. Je ne suis pas d’accord avec tous les principes qui ont guidé mon éducation et ils ont aussi pu faire des erreurs… Mais ils sont humains.
Et puis, ce sont aussi de leurs failles et leurs comportements qui m’ont marquée que j’ai pu former qui je suis aujourd’hui… Il ne sert à rien d’avoir (et d’être) des parents parfaits !

Et surtout, je sais qu’ils ont fait de leur mieux, avec ce qu’ils avaient.
Je sais aujourd’hui à quel point ils m’ont toujours aimée inconditionnellement et à quel point ils ont donné énormément pour m’élever au monde.
Je sais que je leur dois beaucoup, et qu’ils ont de quoi être fiers du boulot qu’ils ont fait.

Mais, bon, voilà, comme tout le monde, j’ai commencé par me former des idées sur l’éducation avec celle que j’ai eue. Et il est fort possible qu’il y est parfois des tensions avec mes parents (et beaux-parents) parce que si nous faisons différemment et leur expliquons pourquoi, la remise en question des principes qui les ont guidés peut apparaitre comme une attaque. Et on parle de rapports humains ici, alors l’affect ne rend pas toujours les choses facile à gérer…

C’est un autre défi de la parentalité… On verra !

Mais bref, c’est bien beau toutes ces considérations mais ça ne nous dit toujours pas ce que je veux pour mon enfant !

Mes priorités

Tu sais, en vrai, je m’en fiche un peu que mon enfant soit beau, intelligent, malin, drôle ou je ne sais quelle autre qualité…

Bien sûr, ça me fera super plaisir si on me le dit. Et j’en ressentirai même de la fierté (alors que bon, entre nous, en quoi y-ait-on pour quelque chose ? – c’est une vraie question, quelle part avons-nous là-dedans, et quelle porpotion a-t-elle par rapport à la loterie de la vie ?)

Mais ce n’est pas le plus important.

Le plus important, pour moi c’est de travailler à deux tâches fondamentales pour mon enfant :

  • Qu’il ait des clés lui permettant d’être heureux
  • Qu’il ne soit pas malveillant pour le monde

Et comme j’ai la faiblesse l’optimisme de croire que l’homme est foncièrement bon a priori, je crois que les deux sont foncièrement liés.

Mon programme est donc à la fois très simple et profondément compliqué : quelles sont les clés du bonheur ? Comment faire que mon enfant ne soit pas contaminé ou violenté par la malveillance du monde sans le surprotéger pour qu’il puisse aussi y voler de ses propres ailes ? Et même aider à le rendre meilleur ?

J’ai quelques pistes pour m’éclairer, ces valeurs que j’aime déjà essayer de mettre au centre de ma vie : l’importance de l’esprit d’émerveillement, de la saveur de l’instant présent, du dialogue, de l’écoute, de la tolérance, du respect, du refus de la violence (tant que toutes les autres solutions n’ont pas été épuisées), de l’empathie mais aussi celle de se battre pour faire entendre sa voix, (ou celle du plus petit que soit), de faire ses propres choix et suivre sa propre route, de dénoncer l’injustice, de croire en ses idéaux.

Toutes ces belles notions sur lesquelles il est facile d’être d’accord mais pas forcément facile d’appliquer au quotidien pour montrer l’exemple et pour qu’ils les retrouvent d’abord dans notre façon d’être avec eux…

Comme l’eau coule toujours de la source à la mer…

Et puis l’amour…

Ce que je veux aussi et plus que tout, c’est que mon enfant sache que je l’aime inconditionnellement, quoi qu’il fasse, quoi qu’il dise. Je l’aime.
Et je serai là. Que même si je perds de vue un instant les valeurs que je veux mettre au centre de nos vies, que je (lui) fais mal, qu’il m’insupporte, que j’ai perdu patience, que j’ai dit des mots qui dépassent ma pensée. Je l’aime.

Et que finalement, je n’attends rien de lui. Parce que l’amour maternelle (parentale en général), c’est quelque chose de profondément gratuit, de profondément unique. Il est inconditionnel. Il est illimité. Et c’est une source pour venir y puiser des ressources pour trouver son propre chemin…

J’aime beaucoup ce poème de Khalil Gibran :

Et une femme qui portait un enfant dans les bras dit, 
Parlez-nous des Enfants.
Et il dit : Vos enfants ne sont pas vos enfants.
Ils sont les fils et les filles de l’appel de la Vie à elle-même,
Ils viennent à travers vous mais non de vous.
Et bien qu’ils soient avec vous, ils ne vous appartiennent pas.
Vous pouvez leur donner votre amour mais non point vos pensées,
Car ils ont leurs propres pensées.
Vous pouvez accueillir leurs corps mais pas leurs âmes,
Car leurs âmes habitent la maison de demain, que vous ne pouvez visiter,
pas même dans vos rêves.
Vous pouvez vous efforcer d’être comme eux,
mais ne tentez pas de les faire comme vous.
Car la vie ne va pas en arrière, ni ne s’attarde avec hier.
Vous êtes les arcs par qui vos enfants, comme des flèches vivantes, sont projetés.
L’Archer voit le but sur le chemin de l’infini, et Il vous tend de Sa puissance
pour que Ses flèches puissent voler vite et loin.
Que votre tension par la main de l’Archer soit pour la joie ;
Car de même qu’Il aime la flèche qui vole, Il aime l’arc qui est stable.

C’est pourquoi faire des enfants est à la fois le projet le plus égoïste qui soi (on le fait juste finalement « parce qu’on en a envie ») mais aussi l’aventure la plus altruiste du monde : c’est aimer quelqu’un tellement que le but est de lui apprendre à se passer de nous.

J’écris cet article à presque 39 semaines de grossesse. Pour tout te dire, je pleure en écrivant ces lignes. Je pense à cet enfant que je ne connais pas encore dont je ne sais rien et que j’aime déjà tellement, tellement. Et puis, je pense à la rencontre que je vais faire bientôt et j’ai tellement hâte… Je sais (sans savoir bien sûr, tant qu’on y est pas confronté…) que ça va sans doute être très difficile d’être parent. J’ai aussi un peu peur de la tâche gigantesque qui m’attend pour mettre en pratique au quotidien ce programme dont je te parle plus haut. Mais je sais aussi que c’est sans doute le plus beau projet, la plus belle aventure de toute ma vie. Et qu’en plus, j’ai la chance d’embarquer dans ce très beau voyage avec un compagnon fabuleux, mon mari, mon amoureux.

J’ai envie de dire à ce petit être humain qui va bientôt nous rejoindre :
« On ne sera pas des parents parfaits, non. Mais promis, mon enfant, nous tenterons de faire de mon mieux.
Nous t’aimons très fort. »

Et toi, qu’est-ce que tu veux plus que tout pour ton enfant ? 

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Commentaires

9   Commentaires Laisser un commentaire ?

Doupiou

Pour mes enfants, je veux qu’ils puissent vivre de manière épanouie en étant indépendants. Le milieu professionnel me paraît important même si on en est encore très loin ! J’ai trop souffert de voir mes parents cantonnés dans un emploi « alimentaire » et ne trouver aucun épanouissement professionnel.
Mon mari et moi avons deux métiers qui nous plaisent vraiment et je souhaite que mes enfants trouvent leur voie dans ce domaine aussi

le 12/12/2017 à 08h43 | Répondre

Claire (voir son site)

J’aime beaucoup ton texte que je trouve vraiment très beau. J’ai surtout envie de te dire de te faire confiance à toi et à ton bébé.
Et je pense que le livre Le concept du continuum devrait te plaire. Bon par contre, on se pose encore plus de questions après, mais vraiment, je pense que c’est une lecture qui vaut le détour quand ton est dans ton état d’esprit 🙂

le 12/12/2017 à 11h36 | Répondre

Mlle Mora

Très belle réflexion et j’aime beaucoup le poème aussi.
Pour mes enfants, je souhaite leur transmettre une certaine confiance en eux, en la vie, l’empathie envers chacun et envers eux-même.
Et surtout, qu’ils soient assurés que nous serons toujours là pour eux quels que soient leurs choix et qu’ils se sentent entourés d’amour et de bienveillance : tâche bien plus difficile qu’il n’y parait quand on se rend compte des carences affectives qu’on se trimballe tous plus ou moins…

le 12/12/2017 à 13h01 | Répondre

Camomille (voir son site)

Je partage avec toi une réflexion d’une pédiatre d’Alphonse : les enfants se construisent en miroir de leurs parents. Pour qu’ils aillent bien et soient épanouis, il faut que les parents aillent bien. Ce qui rejoint ce que dit Mlle Mora : à nous de se rendre compte de nos carences / nos limites et, si elles sont importantes, il est de notre devoir d’y remédier avant de les transmettre à nos enfants

le 12/12/2017 à 13h50 | Répondre

Aude-Marie

J’ai pensé à mes parents, surtout à ma en te lisant. Car même si, comme toi, il y des choses de mon éducation que je n’ai pas envie de transmettre à mon fils, il y en a une qui a toujours fait écho en moi.ma mère dit toujours que ses enfants, on ne les élève pas pour soi, mais pour eux ; qu’on les élève pour qu’ils aient les clés pour réussir leur vie, et c’est exactement ce que tu dis 😊

le 13/12/2017 à 06h53 | Répondre

Lilicorne

Je m’aligne totalement sur ton article et tes réflexions. Mon objectif est d’élever petit pirate pour qu’il soit avant tout heureux dans la vie. Pour cela, on doit lui donner les outils et les clés pour qu’il puisse évoluer en un adulte émotionnellement stable mais à l’écoute de lui-même, sûr de lui, ouvert aux autres et se sachant inconditionnellement aimé.

Après tu verras, il y a quand même des fois où la pratique et la réalité heurteront durement ces belles réflexions. Et toi aussi tu te diras que tu en es bien loin quand il se roulera par terre en hurlant depuis 15 minutes parce qu’il n’aimera pas que tu portes une couverture sur tes épaules ou parce qu’il aurait voulu un bout de pain plus gros que celui que tu lui as déjà gracieusement donné 😉

le 13/12/2017 à 14h13 | Répondre

Junelte

Merci infiniment pour cet article et pour la découverte de ce poème de Khalil Gibran que je ne connaissais pas. Il est magnifique et il dit merveilleusement bien comment je conçois la parentalité. Merci!

le 13/12/2017 à 14h32 | Répondre

Raphelle

Belle réflexion que je partage aussi.. Pas évident comme exercice.. Et pour cela réfléchir à sa propre éducation est en effet essentiel. Et de réfléchir aussi pourquoi nos parents, bien qu’ils aient fait « de leur mieux » comme tu dis, ont échoué dans tel ou tel aspect (accent sur le « pourquoi » ici.) Souvent il s’agit d’ailleurs de choses qu’ils ont eux même « hérité » de leurs propres parents, souvent inconsciemment. D’où l’utilité de s’asseoir carrément à sa table et de se replonger dans ses souvenirs et son état d’esprit enfant et de se poser les questions franchement : qu’est-ce qui me blessait et pourquoi, qu’est-ce qui m’a laissé des séquelles encore aujourd’hui (à différents degrés les séquelles hein), qu’est-ce qui me rendait malheureu.x.se, qu’est-ce que je ne comprenais pas, comment j’aurais voulu vivre ça et ça..

le 13/12/2017 à 15h06 | Répondre

Lily

C’est super beau, je ne suis pas enceinte et j’ai la larmichette aussi 😉

J’ai lu un texte intéressant récemment, en anglais, qui opposait « happiness » (bonheur donc), et « wholeness », qui semble se traduire par « intégrité » (on pourrait dire « plénitude » ? je demande à la prof de langues 😉 )
Ça disait que l’essentiel n’est pas tant d’être heureux, que d’être « plein », « entier », dans le sens qu’il faut savoir saisir chaque moment de la vie, ne pas courir après le bonheur mais se demander à chaque expérience, « est-ce que ça contribue à mon intégrité, à ce que je suis ? » Et souvent la réponse est oui…
Bref, l’article terminait en disant qu’il s’agit sans doute d’un axe d’éducation intéressant, pour les parents, et je plussoie 😉

Plein de bonheur à toi, nouvelle maman, et bienvenue au petit bout 🙂

le 14/12/2017 à 16h01 | Répondre

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