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Comment accompagner un parent endeuillé ?


Publié le 1 octobre 2014 par Urbanie

Lorsque j’ai perdu mon bébé, je me suis rapidement rendu compte qu’une des choses les plus difficiles et désagréables que j’aurais à gérer serait la réaction des gens autour de moi.

Je tiens cependant à rassurer l’entourage : il est très difficile de trouver la « bonne » façon de réagir devant un tel drame, et chaque parent endeuillé se comportera différemment. Je n’ai donc, là encore, pas de solution ni de réponse universelle sur ce qu’il faut faire ou non. Je peux malgré tout essayer de te donner quelques pistes de réflexion ici sur ce qui réconforte… et ce qui fait mal.

Le décès d’un bébé n’est pas un non-événement dans la vie des parents

Je te l’ai déjà dit, mais il est très important de comprendre que l’enfant qui est parti est on ne peut plus réel. Et s’il était désiré, il existait déjà pour ses parents bien avant d’être né. Si ce n’était pas le cas, les parents ne seraient pas si tristes !

Or je remarque que très souvent, les gens « minimisent » la perte (on m’a ainsi dit sur mon lit d’hôpital que je n’avais pas vraiment accouché, que le pire, dans le fond, c’était la mauvaise annonce lors de l’échographie, et qu’on en ferait d’autres. Bref, un magnifique exemple de tout ce qu’il ne faut surtout pas dire à une femme qui vient de perdre son bébé !).

Je me suis souvent demandé si ce n’était pas une réaction de défense face à un événement aussi traumatisant. Un bébé ne devrait pas mourir, une naissance devrait toujours être un événement heureux, et cette réalité est très difficile à accepter pour certaines personnes. (Je l’ai compris devant le désarroi de certaines sage-femmes à la maternité où j’ai accouché. Certaines n’osaient même pas me regarder dans les yeux.) Et puis la mort et la maladie renvoient très souvent les gens face à leur propres peurs, alors que dire de la mort d’un bébé…

Le problème, c’est que minimiser la mort d’un bébé revient à nier la douleur des parents endeuillés. Et il n’ya rien de pire, pour le parent, que d’avoir l’impression qu’aux yeux du monde le bébé n’existe pas. Lui, qui n’a justement pas pu vivre, se retrouve à mourir une seconde fois devant le déni des gens.

Mais, même sans nier ce drame, il existe aussi des comportements à éviter et des petites phrases à ne pas surtout pas dire.

coeur de papier entre les mains

Crédits photo (creative commons) : Sean McGrath

Ce qu’il vaut mieux éviter :

« Vous en ferez d’autres. » Alors celle-là, disons le clairement : c’est le best-seller des phrases à éviter. D’ailleurs, si je devais toucher 10 centimes à chaque fois qu’on me la sort, je serais en bonne voie pour remplir mon PEL. Elle est donc à proscrire, parce qu’on ne parle pas de refaire un gâteau qu’on aurait un peu trop cramé au four, mais un bébé (par nature unique).

« La nature est bien faite. » Non, sur ce coup-là, la nature a été une immense connasse. Pardon, mais si la nature était si « bien faite » que ça, mon bébé serait en vie et en bonne santé.

« Vous êtes encore jeunes. » Je ne vois pas le rapport. L’âge n’a rien à voir avec le travail de deuil, ni avec la souffrance.

« Pense à nos grands-mères, à l’époque ! Ça leur arrivait tout le temps ! » Pardon, mais alors ça je m’en bats le frifri (pour rester polie !).

« Ça aurait été pire si… » ou « Pense à Machine ! Elle, c’est encore pire parce que… » Un bébé qui meurt est déjà la « pire » chose qui puisse arriver. On ne fait pas un concours de « qui souffre le plus » ! Il n’y a rien à gagner dans ce genre d’histoires, et personne ne mérite plus de compassion qu’un autre ! Mon enfant est mort, point à la ligne.

« Ce n’était pas un vrai bébé. » Celle-là, on ne me l’a pas (encore ?) sortie, mais je l’ai beaucoup lue sur les forums. Mais attention : même l’OMS considère qu’à 22 semaines d’aménorrhées un bébé est « viable ». Donc on range ses réflexions de médecin amateur au placard, et on laisse les pros et les parents décider de ce qu’est (ou non) un « vrai » bébé.

« Oh mon Dieu, mais c’est affreux, quelle horreur ! Mais comment tu vas faire ? » (Ou toute forme d’expression absolument horrifiée par ce qui m’arrive.) Là, non seulement j’ai l’impression de devenir un fait divers ambulant, mais en plus, je sens que tu es morte de trouille, non pas pour moi… mais pour toi ! À éviter absolument donc.

Ne rien répondre à l’annonce du décès, si elle est envoyée par mail ou SMS. Une seule personne m’a fait ce coup-là, à deux reprises (c’est à dire que je l’a prévenue deux fois, et que les deux fois je n’ai reçu aucune réponse). Je dois avouer que c’est encore la PIRE réaction à laquelle j’ai du faire face ! D’autant plus que, la seconde fois, il s’agissait d’un mail envoyé sur Facebook (Coucou ! Je sais que tu as lu mon mail, c’est écrit en bas de la page !).

Que dire alors ?

Si tu es très mal à l’aise, le mieux est encore de présenter tes condoléances. Très peu de personnes le font dans le cas d’un deuil périnatal, or c’est pourtant ce qui est indiqué lorsqu’une personne décède. Tu pourras ensuite te mettre en retrait si tu ne souhaites pas t’impliquer plus, ou que tu n’es pas si proche que cela des parents.

Si tu ne sais pas quoi dire (ce qui est très compréhensible), mais que tu veux malgré tout signifier ta volonté d’être présent, un simple « je suis là si tu as besoin de quoi que ce soit » sera déjà beaucoup.

N’hésite pas, si le parent endeuillé ne répond pas parfois à tes appels ou tes e-mails, à te manifester de temps en temps, simplement pour prendre de leurs nouvelles. Personnellement, j’étais tellement sous le choc les premiers temps que je ne répondais pas trop aux sollicitations (qui pourtant me faisaient énormément de bien, puisqu’elles étaient le signe que l’on pensait à moi, et que personne ne m’oubliait malgré le chagrin).

Si tu connais bien le papa, essaie aussi de lui adresser un petit mot de sympathie. Il est parfois le grand oublié de l’histoire.

Ne centre pas tout sur toi : j’apprécie quand on prend de mes nouvelles, beaucoup moins quand je sens que la personne en face est juste en train de faire sa « B.A. » du mois (parce que oui, ça se sent !) alors qu’elle a juste envie de me raconter sa vie.

Ne traite pas non plus les parents comme s’ils étaient des bombes ambulantes, prêtes à exploser à tout moment. Je vois bien que certaines personnes sont tellement mal à l’aise à l’idée d’aborder le sujet, qu’elles font comme si rien ne s’était passé, ou évitent mon regard. Or je ne suis pas stupide : si je sens que tu n’as pas envie d’en parler… je ne t’en parlerai pas ! Et puis, si j’ai besoin de « vider mon sac », j’irai voir un psychologue. Donc n’aie pas peur de m’entendre raconter des trucs affreux : ça n’arrivera pas. (C’est particulièrement vrai si tu es enceinte : là, je refuserai carrément d’aborder le sujet avec toi, même si tu insistes !)

J’espère que tout cela t’aidera à mieux comprendre tes proches, et à trouver les mots pour leur parler. L’essentiel à retenir, c’est que rien n’est aussi précieux dans ces moments douloureux que la présence bienveillante des personnes qu’on aime.

Et toi, tu as déjà eu à accompagner un proche ayant vécu la perte d’un bébé ? Tu as déjà entendu toutes ces phrases blessantes ? Viens en parler !

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Commentaires

7   Commentaires Laisser un commentaire ?

helo (voir son site)

Je n’ai pas vecu ce que tu as vecu, et j’avoue être de ceux qui ne savent pas quoi dire et à qui cela fait peur. Je me refuse même à appeler mon miniature « mon ange » depuis que j’ai decouvert sur internet les « mam’ange », pourtant je me reconnais dans certaine reflexions que tu site, du style vous etes jeunes, etc… car ma grossesse ne s’est pas passėe iddylliquement, à cause d’une clarté nucale très importante qui nous a tenue en angoisse jusqu’au 7eme mois de grossesse. Alors les « si il y a quelque chose qui ne va pas, tu en feras un autre », je les ai entendu….des dizaines de fois. J’ai eu la chance que l’histoire se termine bien alors je n’aurai pas le culot de dire que je comprends ce que tu ressens, mais j’en ai une vague idee…

le 01/10/2014 à 09h20 | Répondre

Melimelanie

Je suis à chaque fois bouleversée par tes mots. Je n’ai pas grand chose à te dire à part : toutes mes condoléances.
Pour ce qui est des remarques « déplaisantes » que l’on peut avoir suite à une épreuve je pense effectivement que tout le monde est différent et qu’il y a 1000 et une façon de bien réagir ou mal réagir. Il faut s’adapter à l’humain.
A propos de ces remarques que l’on a pu te faire je te comprends (à moindre mesure). Suite à ma grossesse extra utérine j’ai aussi eu ce genre de remarque. La meilleure étant celle du chirurgien qui m’a opérée qui après m’avoir vu pleurer à commencer à m’expliquer que la vie n’était pas rose et que je devais le comprendre maintenant… hum hum. Suivi du « quand on se lance dans un projet bébé il faut savoir que ça ne fini pas toujours à la fin par une sortie de la maternité avec un poupon tout rose dans les bras ». Donc en gros puisque ça arrive et que c’est normal on n’a pas le droit d’être triste quoi… Et pourtant contrairement à beaucoup de gens qui réagissent « mal » parce qu’ils vivent ça pour la première fois, ce chirurgien a du voir plusieurs cas difficile… Mais bon. C’est peut être une question d’empathie après tout.

le 01/10/2014 à 12h49 | Répondre

sunshine

ton témoignage est très beau. j’ai connu le même genre d’histoire mais d’un point de vue très différent. je suis la grande soeur d’un petit ange.
j’aimerais ajouter qu’il est très important de ne pas oublier les autres enfants de la famille. souvent on parle du malheur des parents et on a tendance à oublier les petits car il « ne comprennent pas ». pourtant on comprends très bien, on est juste incapable d’exprimer ce qu’il se passe!
très bon courage dans la suite de ton cheminement! et surtout continue à en parler!

le 02/10/2014 à 08h22 | Répondre

Mlle Stressée

Comme je suis d’accord avec l’intégralité de ton message.
La plus récurrente étant celle ci  » tu verras quand tu auras des enfants » elle semble banale comme ca…mais quel choc et quel sentiment d’être totalement et irrémédiablement un ovni dans le monde de la maternité quand on te jette ca au visage quand tu donne simplement ton point de vue

le 02/10/2014 à 14h24 | Répondre

meredite

Merci pour ses mots il y en aurait encore plusieurs à sites malheureusement la.pire pour moi ça été « mais tu as ta grande qui a besoin de toi allez sa passera »

Ces phrases m’ont souvent mise dans des colères noirs aujourd’hui je ne m’empêche plus de leur rentrée dedans je refuse qu’on minimise le dece de ma fille !!!!
De douces pensées à ton ange

le 02/10/2014 à 14h39 | Répondre

Elo Chow (voir son site)

Très bon article. Les mots sont très bien choisis. J’ai fais un article dans le même genre aussi, pour aider un peu les bonnes volontés qui veulent nous soutenir mais qui ne savent pas comment… Mais alors y’a des maladresses à vraiment éviter!

Je pense bien à tous nos petits anges

le 05/10/2014 à 11h35 | Répondre

Floconnette

Urbanie, je n’ai pas commenté tes autres articles mais pourtant je les ai lus avec intérêt et je suis ton blog aussi.
Je n’ai effectivement pas de mots pour ce drame que vous avez vécus. Je pense que le temps aide à aller de l’avant et à revenir petit à petit dans une vie « normale » mais je ne vois pas comment certaines personnes peuvent penser qu’on « oublie » avec le temps.
Dans tous les drames, j’ai l’impression qu’il y a une phase abominable durant laquelle on se dit « mais comment la vie peut continuer alors que moi je vis ceci?! comment ce type peut il ouvrir sa boutique, cette fille se plaindre sur facebook qu’elle a raté son bus, mon boss râler car l’imprimante n’a plus de papier?! » . Lorsqu’on vit un drame aussi atroce que la mort de osn enfant, c’est incompréhensible je pense.

Elo Chow j’ai lu tes articles aussi.
Mlle Stressée j’ai aussi lu tes articles.
Toutes les commentatrices en peine, je suis avec vous.
Les filles, vous me donnez les larmes aux yeux. C’est tellement injuste. Je ne sais que vous dire à part: entourez vous bien de gens réconfortants, vous et vos hommes. Et je vous souhaite qu’après avoir connu ce drame, la vie vous réserve de jolies choses.
Je pense à vous et à vos petits anges.
Courage …. vous êtes incroyablement fortes.

le 06/10/2014 à 11h34 | Répondre

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