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Comment ai-je vécu ma grossesse ?


Publié le 23 novembre 2017 par Claire Gezillig

À l’heure où je t’écris, je suis à 38 semaines de grossesse. À l’heure où tu me lis, je pense que j’aurais accouché depuis plusieurs semaines (je n’ai aucune ambition de devenir une maman éléphant qui porte son petit 12 mois – tu entends bébé ? « tu sors quand tu veux ! »).

Il est donc temps de faire un petit bilan de mon vécu pendant la grossesse.

J’ai l’impression quand je lis les témoignages sur Internet qu’il y a deux catégories de femmes enceintes : celles qui adorent être enceintes et celle qui détestent ça.
Dans mon cas, je suis incapable de te dire blanc ou noir, c’est bien plus compliqué que ça…

Une grossesse relativement facile

Jusqu’à maintenant (si ça se trouve, j’en ai encore pour quatre semaines alors ne vendons pas la peau de l’ours…), on peut dire que j’ai eu une grossesse relativement facile. Le premier trimestre a été vraiment éprouvant mais après, cela, on peut dire que j’ai eu de la chance.
Aucune complication médicale à noter, des nausées qui disparaissent au début du 2ème trimestre, pas de menaces d’accouchement prématuré, des difficultés de sommeil et de digestion assez passagères (ça m’est arrivé mais jamais de manière longue et prolongée).

J’ai pu vivre relativement normalement et surtout continuer de travailler… Et ce même si mon travail me demande de bouger beaucoup (j’ai 45 minutes de marche + train + tram + marche pour aller à l’école et je ne reste pas toute la journée à l’école, je donne des cours hors de nos locaux, je vais rencontrer des entreprises, je vais faire des courses pour l ‘école).
J’étais même très fière d’aller à mon dernier cours à 35sa en vélo public (d’ailleurs, je compte bien continuer d’aller au yoga prénatal jusqu’au bout a vélo – c’est en fait beaucoup plus agréable que marcher).

Mon associée ayant eu un bébé mi-juillet, j’ai géré le gros de la rentrée seule (même si heureusement, elle s’est remise au boulot un peu plus tôt pour m’aider, sinon, je ne m’en serais jamais sortie) et j’ai fait des journées de 10/12 heures au 7ème et 8ème mois de grossesse…

Mais difficile à gérer pour moi…

Sauf que pour arriver à faire ça, j’ai un peu beaucoup eu l’impression de tirer sur la corde.

De toute ma grossesse, la sensation de fatigue ne m’a jamais quittée. J’ai eu l’impression de payer chaque effort physique… Si je passais la serpillière à l’école par exemple, je devais après me poser pour un bon moment avant d’être capable de bouger.
J’ai eu beaucoup de douleurs au ventre, en haut des jambes, dans le dos… Et il y avait des jours où marcher plus de 5 minutes me faisait vraiment mal.
Et je ne parle pas des weekends que j’ai passés prostrée sur mon canapé car j’avais mal partout, payant les efforts de la semaine.
Au deuxième trimestre, c’était vraiment à retardement, donc difficile à gérer car sur le coup, tu te sens bien et c’est après que tu subis les effets.

J’en ai pleuré de frustration et de douleur parfois.

Devoir déléguer la gestion de la maison à l’amoureux ne s’est pas fait naturellement non plus, rester sur le canapé alors qu’il y a des trucs à faire n’est vraiment pas mon style…

J’ai été beaucoup frustrée pendant cette grossesse.

Les hormones ne m’ont pas aidée à voir les choses avec philosophie – Ou comment avoir du mal à se retenir de pleurer quand on te fait une remarque négative dans le cadre de ton travail…

La fatigue physique et mentale m’a fait faire pas mal de bêtises au boulot, alors pour moi qui suis assez exigeante, il fallait accepter de ne pas toujours bien faire.

À cela s’ajoute que voir mon corps changer n’était pas tous les jours facile. Mon corps et moi sommes plutôt copains depuis des années mais ce ventre qui pousse d’un coup, si vite… Je pensais que je trouverais ça beau, ce corps qui fait un nid à un petit… Mais finalement, il y a des moments où j’avais surtout l’impression de devenir grosse et difforme.

J’ai eu l’impression que je ne connaissais plus ce corps, je ne peux pas lui faire confiance, il ne me ressemble plus et puis il est défaillant, il supporte plus l’activité, il est douloureux…

Et enfin, la culpabilité, de ne pas être performante professionnellement ET maternellement car je me rendais bien compte que mon corps avait besoin de concentrer son énergie sur le petit être en construction et moi, je lui demandais beaucoup par ailleurs.

Ma sage-femme m’a d’ailleurs un peu inquiétée à 33 semaines de grossesse, si le bébé était plus ou moins à la bonne taille, mon ventre lui a paru un peu petit et surtout, je n’avais aucune réserve de graisse… Et elle m’a demandé si je comptais vraiment bosser jusqu’à 36 sa… (Et m’a reprogrammé une écho « juste pour vérifier »).

Je me suis beaucoup dit « pourquoi est-ce qu’on nous dit pas que c’est si difficile d’être enceinte ? » et aussi « est-ce que j’aurais le courage un jour de commencer une deuxième grossesse ? »

La magie de la grossesse ?

Mais non, le tableau n’est pas tout noir.

Depuis que l’envie d’enfant profonde et viscérale a fait son apparition, j’ai développé une sorte de curiosité à l’idée d’être enceinte. Si j’ai toujours voulu des enfants, le désir de les porter, de les fabriquer et quelque chose qui s’est développé plus tard, notamment avec l’envie d’avoir des enfants avec mon amoureux.

Bref, je m’imaginais bien caressant mon ventre avec un sourire béat en pensant à cette vie que je porte.

« Porter la vie est merveilleux et épanouissant » – le genre de phrases qui te font un poil grincer des dents quand tu as la tête dans la cuvette pour vomir ou que tu pleures de douleur sur ton canapé parce que tu te sens physiquement à bout…

Cependant, je dois dire que malgré mes difficultés à vivre cette grossesse, j’ai bien eu ce type de moments de grâce…

J’ai trouvé quelque chose de fascinant à l’idée de cette vie qui se développe, le grain de riz qui devient un peu à peu un bébé. Et tout ça en moi, grâce à moi. Façon : mon corps, il est trop fort, il arrive à faire se développer un autre être humain qui un jour sans doute me dépassera d’une tête et dira « ma petite maman ».

La magie aussi des premiers mouvements que l’on sent, de l’écho où on voit une crevette qui bouge et un coeur qui bat en se disant « wahoo, je porte ce cadeau-là », le ventre qui s’arrondit harmonieusement et le sourire des gens qui trouvent beau une femme enceinte (bon, c’est pas souvent le cas quand les transports sont bondés et qu’il faut te laisser une place mais parlons du positif !)…

Je l’ai caressé ce ventre, je l’ai regardé, j’ai pris des photos.

J’ai mis du temps à me sentir légitimement enceinte (j’ai très peu pris de ventre et ça a mis du temps à se voir, ça n’aide pas). Mais tout de même, je savais qu’il était là, ce bébé, je lui disais de bien s’accrocher, de rester au chaud, qu’on l’aimait déjà et que je voulais prendre soin de lui.

Crédit photo : MamzelleJoe 

Oui, ma vie professionnelle a été très prenante et compliquée à gérer avec la grossesse. Mais j’ai toujours trouvé des moments où être nombriliste pour me rappeler qu’il était en train de se passer la chose la plus naturelle du monde et en même temps la plus folle : un deuxième coeur battait en moi.

Au moment où j’écris cet article, je suis donc sur la toute fin et j’en ai un peu marre d’être enceinte. Je pensais que je pourrais faire plein de choses de mon congé maternité (cuisiner, mon album photo de mariage, refaire le site de mon école…) mais en fait, je passe la plupart de mes journées en mode baleine échouée dans mon canapé, à ne pas avoir assez d’énergie pour faire quoi que ce soit d’autre que de vaguement trainer sur Facebook avec mon smartphone…
Je suis frustrée et j’ai aussi très envie de rencontrer mon bébé !

Mais j’essaie aussi de me dire qu’il faut que je profite, que j’ai actuellement cet enfant rien qu’à moi, il me ruine les organes en jouant au foot avec mais on a une relation spéciale, unique que l’on ne revivra jamais (avoir des enfants, c’est les aimer inconditionnellement mais aussi leur apprendre à peu à peu vivre sans nous).
Alors aujourd’hui, je râle et ironise à longueur de journée sur « l’épanouissement de la grossesse » mais quelque chose me dit qu’il se peut que j’en sois nostalgique après… (faut dire qu’en plus j’ai jamais eu  les cheveux aussi beaux que ça, c’est un point important aussi !) 

Et toi, comment as-tu vécu ta grossesse ? Raconte !

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Commentaires

15   Commentaires Laisser un commentaire ?

Aude-Marie

Pas évident de poursuivre le même train de vie quand on est enceinte ! Parce que finalement, si on nous dit de ne pas manger pour deux, l’énergie, on l’a dépense pour deux !!
Comme toi je ne fais partie ni de celles qui ont détesté, ni de celles qui ont adoré être enceinte. Pour moi c’était un moment transitoire, le passage obligé pour rencontrer mon bébé. La grossesse n’est pour moi pas une finalité.
Et puis, même ne travaillant pas à ce moment, j’étais beaucoup fatiguée, je faisais des insomnies (merci le crochet pour m’occuper à 2h du mat’), les jambes sans repos, des aphtes à n’en plus finir et autres infections. .. MAIS j’ai aimé sentir bébé qui bouge, voir mon ventre s’arrondir, me dire « qu’il y avait quelqu’un là-dedans » !!!
Et sincèrement je t’admire d’avoir pu faire TOUT ce que tu as fait pendant ta grossesse !

le 23/11/2017 à 10h08 | Répondre

Claire Gezillig

Je dirais que je n’avais pas trop trop le choix…
Mais clairement, je remercie ce pays qui met en place un congé maternité pour les entrepreneuses parce qu’à la fin, ça devenait vraiment dur !

le 23/11/2017 à 13h54 | Répondre

Flora (voir son site)

Je fais partie de celles qui ont choisi leur camp : la grossesse ce n’est pas mon truc ! J’ai vécu ça comme 9 mois de sacrifice de mon corps pour fabriquer un bébé… C’est sans doute mon coté « control freak » qui n’est pas compatible avec être spectatrice de sa propre vie dans un corps dont on ne comprend plus les codes mais voilà même si je trouve ça magnifique de sentir mon bébé bouger ou réagir à ma voix, c’est quelque chose dont je me passerais bien si il y avait un autre moyen de faire des enfants…
Avant même la fin de grossesse moisie à base de MAP et d’alitement j’avais décrété que je voulais bien faire un compagnon de jeu à ma fille mais que ma prochaine grossesse sera la dernière, là je compte vraiment sur les hormones pour un lavage de cerveau complet parce que ça me semble presque suicidaire de vouloir resoumettre mon corps à cette boucherie…
Bref, j’espère que mon ressenti s’atténuera une fois mon bébé dans mes bras 🙂

le 23/11/2017 à 13h32 | Répondre

Claire Gezillig

Lol, moi la question que je me pose, c’est comment gérer l’ainé-e dans l’état dans lequel j’étais au premier trimestre… Mais je suppose que c’est comme pour l’entreprise, quand y a pas le choix…
Et mes hormones commencent déjà à faire effet, je regarde ma fille et je me dis « ahh mais ça valait vraiment le coup / c’était pas si terrible » lol (le fait que j’ai aimé accoucher doit jouer aussi)

le 23/11/2017 à 14h19 | Répondre

Doupiou

Je me retrouve beaucoup dans ton article. Je n’avais pas aimé être enceinte pour PetitePerle et comme je savais à quoi m’attendre pour Barbouille, je n’ai pas « idéalisé » la grossesse comme j’ai pu le faire pour la première.
Et bien je confirme que je n’aime toujours pas ! Je compte presque les paliers (fin de trimestre, écho, moitié de grossesse…) et me languie que l’accouchement approche…

le 23/11/2017 à 14h45 | Répondre

Marjorie

Ohlala mais j’aurais pu l’écrire cet article ! Enfin non, je n’écris pas aussi bien, mais mon ressenti est le même, mes douleurs, mes bonheurs, les mêmes ! Et mes cheveux à aaaaah mes cheveux de femme enceinte ! Qu’ils étaient beaux et magnifiques. Ma fille a 17 mois maintenant. Je n’ai toujours voulu qu’un enfant, et ça n’a pas changé. Pourtant… Je suis très nostalgique de ma grossesse et de mon bébé, ça me donnerais presque envie. Pourtant j’ai passé ma grossesse à râler que je n’aimais pas être enceinte… Ah mais en vrai je le referais bien ! Même accoucher tiens, j’avais kiffé ça ! Et ce petit corps tout doux qui sent si bon… J’ai l’impression de ne pas avoir assez profité de tout ça. Plutôt que de râler…

le 23/11/2017 à 15h35 | Répondre

Claire Gezillig

Je ne suis pas encore nostalgique de la grossesse mais clairement, j’ai très envie d’accoucher à nouveau un jour (oui, oui !) (je vous raconte ça bientôt)

le 26/11/2017 à 11h51 | Répondre

Lumi

Comme toi, j’ai vécu un premier trimestre vraiment éprouvant mais la suite de la grossesse s’est beaucoup mieux déroulée (jusqu’à présent, en tout cas… J’en suis à 35 SA, je touche du bois !).
J’ai pu reprendre une vie active même si je pense que j’en faisais moins que toi : il faut dire que, quand on a sa propre entreprise, ça doit forcément être moins évident de se ménager…
Cela dit, j’étais quand même contente d’atteindre mon congé maternité et, à l’heure actuelle, je commence à subir quelques petits désagréments (douleurs quand je marche, notamment).
Je dirais que dans l’ensemble j’ai quand même apprécié cette grossesse. Le début m’a traumatisée (comme toi, je me demande comment je gérerai de subir de nouveau ça avec en plus un premier enfant…), mais la suite a été plus épanouissante. Simplement, je trouve que c’est quand même long !

le 23/11/2017 à 17h30 | Répondre

Claire Gezillig

Je te souhaite une belle fin de grossesse du coup… et surtout une belle rencontre 🙂

le 26/11/2017 à 11h53 | Répondre

Lilicorne

Merci Claire pour cet article dans lequel je me retrouve beaucoup.

Tu as très bien décrit le paradoxe entre l’extase nombriliste de porter la vie et la haine contre ce corps qui lâche. J’ai vraiment eu l’impression de vivre 1 an dans le corps d’une vieille dame (suites de césarienne obligent) et c’est surtout ça, au-delà d’une grossesse pourtant pas facile (contractions, fatigues, nausées, MAP, repos forcé, douleurs articulaires incessantes etc.) qui me dissuade aujourd’hui de faire une seconde grossesse.

Ptit Pirate a 18 mois et j’ai l’impression, seulement maintenant, de m’être totalement remise de cette aventure, aussi bien physiquement que « psychiquement ». J’ai enfin retrouvé un poids d’avant grossesse, une forme physique potable (même sans être une grande sportive, quand tu peux plus marcher 10mn en forêt un peu rapidement 4 mois après ton accouchement c’est rude), et de la disponibilité mentale (= mon cerveau peut maintenant gérer d’autres projets importants autre que « s’occuper de bébé »).
Mais j’imagine que c’est différent pour chacune 🙂

le 23/11/2017 à 17h41 | Répondre

Claire Gezillig

Mes suites de couche ne sont pas très faciles non plus donc je comprends…
J’espère que ça ne mettra pas autant de temps pour moi mais j’essaie de prendre un jour après l’autre (et de profiter de ma fille)

le 26/11/2017 à 11h56 | Répondre

Weena (voir son site)

Je fais partie de la catégorie de femmes qui adorent être enceinte, j’ai globalement eu peu de vrai désagréments (juste des nausées très désagréables le soir lors du premier trimestre de LutinCoquin) ….
Dans les deux cas, j’ai pu soit travailler jusqu’à la fin de mon contrat, soit faire tout un tas de travaux de ma maison, y compris peindre les murs de sa chambre jusqu’à la veille de l’accouchement 😘
J’avoue que je compte sur la chance pour que ce soit le cas encore pour les prochaines 😉

le 23/11/2017 à 20h22 | Répondre

Claire Gezillig

J’aimerais bien signer que pour la partie positive pour le prochain aussi moi 😉

le 26/11/2017 à 11h57 | Répondre

Virginie

ah ! la frustration des entrepreneurs 🙂 🙂 🙂 oui, on fait moins bien son travail, oui, on en fait trop sans s’en rendre compte 🙂 🙂 🙂 j’avoue que j’ai eu moins d’effet kiss cool sur moi, c’est la petite qui prenait. Arrivé un moment, même si je me sentais bien, les doc m’ont arrêtée un peu plus tôt car elle ne grossissait pas assez. L’effet a été immédiat : le bébé a pris en 7 jours de repos ce qu’il avait pris les 15 jours précédents au boulot ! Je me suis inclinée devant la science et j’ai dit stop au boulot, j’ai lâché prise.
En tout cas, je suis contente de lire que cela s’est relativement bien passé. En revanche, peux-tu nous en dire plus sur ce congé pour les entrepreneurs ? En France, si tu es au RSI, franchement, c’est court.

le 28/11/2017 à 14h36 | Répondre

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