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Comment j’ai fait le deuil de mon accouchement idéal


Publié le 29 octobre 2014 par Madame Dorée

Quand on est enceinte, on rêve toutes du moment où on verra notre bébé pour la première fois, on image l’émotion que l’on partagera avec le futur papa. Et en même temps, on redoute un peu ce moment.

Moi, je n’avais pas spécialement peur de la douleur. Je savais que ce ne serait pas forcément agréable, mais je me disais que des millions de femmes étaient passées par là, avaient survécu et même choisi de recommencer l’expérience plusieurs fois. Donc je me disais que j’arriverai bien à supporter tout ça – au moins jusqu’à ce qu’on me fasse la péridurale.

Par contre, j’avais peur de subir une césarienne, pour deux raisons : je ne voulais surtout pas avoir peur pour la vie de mon enfant, même quelques minutes, car je suis déjà du genre à m’inquiéter facilement quand tout va bien ; et je voulais absolument la présence de mon mari à mes côtés pour vivre cette rencontre magique à trois.

Malheureusement, ce que je redoutais le plus s’est produit. Enfin, presque, car aujourd’hui, mon fils se porte très bien et c’est bien le plus important. Mais quand même, mon accouchement ne s’est pas du tout déroulé comme je l’espérais.

Au début, tout se passe bien. J’ai des contractions (douloureuses, certes, mais supportables), nous nous sommes rendus à la maternité ni trop tôt ni trop tard. On me pose la péridurale, et à partir de là, le travail s’arrête. On m’injecte un produit pour intensifier les contractions, et c’est là que les problèmes commencent.

nourrisson emmailloté

Crédits photo (creative commons) : Josey Farah

Le monitoring n’arrête pas de sonner car le cœur de mon bébé ralentit. Petit à petit, l’angoisse monte, jusqu’à ce que les sages-femmes se regroupent autour de moi et échangent des regards inquiets. Même si elles font tout pour le cacher, je sens qu’elles sont préoccupées. Mes soupçons se confirment quand on me dit que le médecin de garde va venir. Tout va très vite, je suis emmenée en salle d’opération, et mon mari reste seul dans la salle d’accouchement.

Avant de faire la césarienne, on espère encore que le cœur de mon bébé va reprendre son rythme normal, on y croit même à un moment, mais ça recommence. Il faut faire une césarienne. On m’explique que si mon fils ne se met pas à pleurer aussitôt, il sera emmené directement auprès du pédiatre, et que je ne pourrai pas le voir.

Je suis terrifiée et je pense à mon mari, resté sans nouvelles et qui ne doit pas en mener large. Le temps me semble une éternité. Mais enfin, je sens qu’on sort mon bébé, et aussitôt j’entends le plus merveilleux son au monde : un cri strident. On me le présente, et comme je suis allongée, j’aperçois à peine le coin de sa bouche ouverte, car il pleure encore. Un petit bisou et hop, il est emmené.

Après ça, je suis recousue et emmenée en salle de réveil. L’anesthésie disparaît petit à petit, et je suis prise de tremblements violents, j’ai l’impression d’être possédée ! Je somnole et j’attends pendant ce qui me semble des heures.

Enfin, mon mari me rejoint en salle de réveil. Il a pu voir notre fils et me raconte qu’il a entendu son premier cri. Il était dans le couloir, mort d’angoisse, quand il a entendu un bébé pleurer. Il a cru que c’était celui d’un autre couple et a pensé « quelle chance ils ont, leur bébé est né et tout va bien », sans se douter que c’était le nôtre. Il me montre une photo. Je suis jalouse car j’ai a peine pu le voir, moi. Ma mère et ma sœur, tout excitées, sont venues à l’hopital aussitôt et ont pu le voir elles aussi. Je suis heureuse qu’elles soient là, mais je suis jalouse. J’attends toujours de le voir, pour de vrai, de le prendre dans mes bras.

Je dois attendre quatre longues heures qu’on m’amène mon bébé. Quatre heures interminables qui me semblent bien plus longues que lorsque je déambulais en pleine nuit, chez moi, tout en comptant les minutes entre chaque contraction. Enfin, je tourne la tête et je vois une porte s’ouvrir au fond du couloir à ma gauche, et je sais qu’il arrive. Il est enfin là, dans son petit berceau roulant, si petit, si mignon.

Sur le coup, j’étais pleinement heureuse de l’avoir, qu’il aille bien, que tout se soit bien passé. Et puis, le baby blues aidant certainement, je me suis mise à regretter cet accouchement stressant, et surtout de ne pas avoir pu partager cet instant d’émerveillement avec mon amoureux. Je m’en suis voulu d’avoir fait subir ça à mon fils, qu’il ait dû patienter quatre heures tout seul sur une table chauffante et pas dans mes bras. Je m’en suis voulu que mon mari ait manqué l’instant de sa naissance, qu’il ait souffert et angoissé comme jamais, tout seul, sans aucune nouvelle.

Et petit à petit, après en avoir beaucoup parlé, j’ai réalisé que d’autres moments d’émotion avaient remplacé celui que j’avais imaginé : ce petit coin de bouche ouvert, ce cri strident qui voulait dire qu’il allait bien, la tendresse mon mari quand il m’a retrouvé. Le bonheur de le voir arriver. J’ai réalisé aussi que mon fils était en pleine santé, qu’il était heureux malgré tout. Et que j’avais beaucoup de chance qu’il en soit ainsi. Je ne dis pas que je n’ai pas un petit pincement au cœur quand j’y repense, ou que je n’espère pas que les choses se déroulent mieux pour une prochaine grossesse. Mais j’ai réussi à accepter que la réalité ne correspond pas toujours à nos attentes. J’essaye aussi de moins me mettre la pression pour que tout soit parfait. Mais ça, j’ai encore du mal…

Et toi, tu avais peur à l’idée d’avoir une césarienne ? Est-ce que tu as bien vécu ton accouchement ? Tu as des regrets sur la façon dont il s’est déroulé ? Viens en parler…

Toi aussi, tu veux témoigner et raconter ton accouchement ? C’est par ici !


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Commentaires

15   Commentaires Laisser un commentaire ?

Floconnette

Ah Madame Dorée… J’ai écrit le récit de mon accouchement qui sera publié ici et, pour de toutes autres raisons que toi, j’ai aussi eu beaucoup de difficultés à accepter que non, on ne peut pas rprévoir son accouchement et on ne peut pas le contrôler…..
J’ai de la culpabilité sur pas mal de choses aussi et je m’en veux d’avoir infligé à mon fils tout cela mais je n’ai pas connu le stress du coeur qui ralentit. Je me dis donc que finalement je suis bien lotie y’a bien pire dans la vie! Mais comme tu dis le baby blues ne t’aide pas toujours…..
Et j’ai aussi remplacé mes souvenirs et quelques anecdotes qui me font maintenant sourire (un peu honteuses ou rigolotes).
Pour ma part je pense qu ele souci vient aussi des préparations: c’est super qu’on soit ainsi préparées mais du coup on ne peut pas s’empêcher de tout imaginer et de tout « planifier » dans sa tête. Or là, on ne peut vraiment pas planifier….

le 29/10/2014 à 09h02 | Répondre

Madame Dorée

Oui comme tu dis, c’est difficile de ne pas regretter quand on s’est imaginé l’instant de la naissance pendant 9 mois et que ça ne s’est pas passé comme prévu. Mais les choses se passent rarement comme prévu.
Je pense aussi que j’ai été très chamboulée par les premières semaines avec mon bébé, et l’adaptation que cela suppose dans notre vie. Aujourd’hui je le vis bien mieux c’est vrai. Et surtout je mesure ma chance. Certes j’ai eu peur mais parfois la peur permet de réaliser la chance qu’on a…

le 29/10/2014 à 15h33 | Répondre

Mlle Mora

J’ai vécu une césarienne en urgence moi aussi, et même si je ne m’attendais pas à ça, je suis « contente » que ça se soit déroulé de cette façon, parce que j’avais un peu peur de l’accouchement pas voie basse… Enfin, tu verras dans le récit de mon accouchement (à venir) des émotions semblables aux tiennes par moment. On est toutes vulnérables au moment de l’accouchement, et j’espère bien qu’aujourd’hui tu ne culpabilises pas car le plus important comme tu l’as dit, c’est que ton fils soit en bonne santé, et heureux aujourd’hui !

le 29/10/2014 à 11h15 | Répondre

Madame Dorée

Non aujourd’hui j’ai fait la paix avec tout ça.
Pour ta césarienne, c’est plutôt bien tombé finalement…

le 29/10/2014 à 15h36 | Répondre

La Grogniasse

Je n’ai pas encore accouché, mais en lisant des récits d’accouchement qui ne se passent pas toujours comme prévu, je retrouve souvent l’idée que les mamans culpabilisent.
Mais culpabiliser de quoi?
C’est peut-être leur corps qui agit, qui porte, mais ce n’est pas elles qui décident que tout aille bien ou non. Ce n’est pas toi qui a décidé que le coeur de ton bébé ralentisse. Qu’aurais-tu pu faire?
Je ne cherche pas de réponse en posant cette question, mais j’aimerais savoir pourquoi une maman qui rencontre un problème de santé auquel elle ne peut rien culpabilise.
Cela m’arrivera peut-être, hein. Je ne dis pas ici de façon péremptoire qu’il n’est pas normal d’éprouver ces sentiments. Je dis juste que pour l’instant, je ne comprends pas d’où ce sentiment vient.

le 29/10/2014 à 15h03 | Répondre

Madame Dorée

Excellente question. C’est bien sûr un sentiment très irrationnel. Je pense qu’on porte une telle responsabilité en portant puis en mettant au monde un enfant qu’on ressent forcément une certaine pression. On nous répète que la grossesse est un processus naturel qui se déroule depuis des milliers d’années, que ce n’est pas une maladie. On se met donc en tête que c’est facile, qu’il n’y a rien de spécial à faire. Que l’enfant se construit dans le ventre et qu’au bout de 9 mois il sort : nous pendant ce temps, on continue notre vie. Mais c’est infiniment plus compliqué que ça. Et quand il y a un grain de sable dans la machine, on se dit « mais pourquoi je ressens ça ? pourquoi mon corps fait ça? tout le monde me dit que c’est naturel, tout le monde y arrive très bien. » Et puis on nous serine tout le temps que la psychologie a bcp à voir avec tout ce qui a trait au corps de nos jours. Donc oui quelque part, comme tout se déroule dans notre corps, on ressent de la culpabilité quand quelque chose ne va pas. Et même s’il n’y a pas de raison rationnelle à ça.

le 29/10/2014 à 15h43 | Répondre

Madame Violine

Mon premier accouchement n’a pas été comme je l’imaginais. A force d’entendre « pour un 1er, ça dure au moins 8/9 heures » et « avec la péridurale maintenant on ne sent plus rien », j’étais donc plutôt sereine…
Mais voilà, cela ne s’est pas du tout passé comme ça ! Perte des eaux…3 heures à peine après, BB naissait ….sans péridurale évidemment car pas le temps ! La douleur a été indescriptible, car je ne m’y attendais pas et j’avais peur qu’elle s’intensifie avec la « délivrance » (ce qui n’a pas été le cas, au contraire, la « délivrance » porte bien son nom, enfin, pour moi ! ).
A aucun moment j’ai culpabilisé…c’est peut-être égoïste mais j’ai tellement souffert, que non, je n’ai pas culpabilisé…mais je n’aimais pas en parler car je n’avais pas envie d’entendre « finalement, la douleur, on l’oublie vite, hein ? »… Ben non, pas moi… Cela ne m’a pas empêchée d’avoir 2 autres enfants, mais, les 2 accouchements ont été différents car je connaissais la douleur et je pouvais donc mieux la gérer.

le 29/10/2014 à 18h19 | Répondre

Madame Dorée

Ce n’est pas du tout égoïste! C’est vrai que la douleur a été présente mais j’ai eu la chance d’avoir une péridurale qui m’a assez vite soulagée… Je pense qu’on a toutes bien le droit de ressentir ce qu’on ressent après un événement aussi éprouvant (physiquement et émotionnellement)

le 30/10/2014 à 16h47 | Répondre

Floconnette

Je n’ai jamais eu aussi mal de toute ma vie et je n’ai pas oublié non plus!
J’ai meme « grondé » une amie maman après je lui ai dit « mais tu m’avais pas diiiiiiiiiiiiit que ça faisait ausssiiiiiiiiiiiiii mal! »
Je croyais que j’allais m’évanouir de douleur. Bref tu n’es pas la seule…

le 30/10/2014 à 16h52 | Répondre

Marie France

Ce n’est pas facile tout ça…
Après une grossesse idyllique je pensais accoucher les doigts dans le nez… Hé non!
Après avoir perdu les eaux… rien. Le déclenchement a été douloureux, et le tout a duré 36h. Bébés fatiguaient, j’étais épuisée, mon mari très inquiet. Au final bébé est neé avec une bosse impressionnante sur le crâne à force d’avoir été projeté sur mon col pendant des heures.
Comme je m’en suis voulue, comme les questions et regards des visiteurs me dérangeaient à ce sujet.
Durdur les premiers jours… alors que baby boy va très bien 🙂

le 29/10/2014 à 16h42 | Répondre

Madame Dorée

Oui j’imagine que ça n’a pas du être facile ! Les premiers jours ne sont jamais faciles (enfin je pense) mais le principal c’est qu’il aille bien et la bosse c’est temporaire.

le 30/10/2014 à 16h49 | Répondre

Melle Suisse

Je comprend bien ton ressenti, les accouchements stressants ne sont pas évidents. J’ai moi aussi eu deux césariennes et je suis étonnée que ton mari n’est pas pu t’accompagner. Mon mari était présent tout le long des deux césariennes (les deux en urgence), et à même pu voir la sortie du bébé pour le deuxième.
J’ai beaucoup apprecié sa présence et son soutien et je comprend que tu aurais voulu qu’il soit là.

le 30/10/2014 à 09h32 | Répondre

Madame Dorée

Ca doit dépendre des maternités j’imagine mais en effet nous aurions été bien plus détendus tous les deux s’il avait pu rester à mes côtés. Personne ne lui a dit non plus qu’il pouvait prendre son fils dans les bras avant qu’il me soit amené et il n’a pas osé le faire. Du coup je regrette un peu que mon fils ai passé ses premières heures tout seul sur une table chauffante. Parfois j’ai eu peur qu’il se soit senti « abandonné » pendant ces premiers instants de vie. Aujourd’hui c’est un bébé très serein donc je ne m’inquiète plus !

le 30/10/2014 à 16h53 | Répondre

Salomé

Je viens aussi de vivre un accouchement catastrophe qui a fini en césarienne. J’ai d’ailleurs raconté cet épisode sur mon blog avec de me libérer de la peur, de la frustration éprouvées à ce moment là.

Milo aura 1semaine demain ( déjà ???!!!!) et se porte bien. C’est le principal 🙂 !

le 30/10/2014 à 20h36 | Répondre

Maman poule

Je comprends tout à fait ce que tu as ressenti. Moi aussi j’ai dû faire le deuil de mon accouchement parfait. Première césarienne en urgence mais j’ai eu la chance que mon mari soit à mes côtés pour accueillir notre bout de chou. Ce n’était pas une naissance classique mais on était tous les deux dans ce moment si important. Une fois sorti j’ai pû faire un bisou à bébé avant qu’il parte faire les premiers soins avec papa. Avant de partir en salle de réveil j’ai pu rester avec mon mari et ma fille une dizaine de minutes. Et puis pendant deux heures je suis restée loin d’eux. C’est ce que j’ai eu le plus de mal à digérer. Petite consolation je savais qu’ils étaient en train de faire du peau à peau.
Et avec le temps la culpabilité de « ne pas avoir réussi » passe. En tout cas pour moi.
Mes deux autres enfants sont aussi nés par césarienne et je ne regrette rien, ça devait se passer comme ça. Je ne connaîtrais jamais un accouchement par voie basse mais peu importe, je suis maman et c’est ça qui compte.

le 30/10/2014 à 21h34 | Répondre

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