Vivre en famille : le bonheur, le bazar... et tout le reste !

La perte de mon premier enfant, ou le deuil de la naïveté


Publié le 26 novembre 2016 par Madame Optimiste

Après avoir suivi les conseils de Mademoiselle Dentelle, je me suis mise à suivre Sous Notre Toit et Dans Ma Tribu. J’aime beaucoup lire les chroniques en lectrice secrète, ces expériences me font rire, évoluer, cuisiner… Si j’ai décidé de prendre la plume aujourd’hui alors que je ne me considère pas comme une très bonne rédactrice, c’est pour te parler d’un sujet qui me touche.

Il y a quelque temps, nous étions le 15 octobre, et c’était la journée du deuil périnatal. D’autres chroniqueuses ont déjà partagé leurs expériences, je pense notamment à Urbanie ou Alia, et je souhaite rejoindre ces femmes et ces couples qui ont témoigné.

Je ne suis pas là pour effrayer les futures mamans en essais, les femmes enceintes ou les déjà-mamans qui réfléchissent au prochain, je m’excuse par avance si c’est le cas. Je veux juste témoigner d’une réalité qui touche durement de nombreuses personnes en France : la perte d’un enfant au cours de la grossesse, lors de la naissance ou dans les sept premiers jours de vie.

Deuil périnatal premier enfant

Crédits photo (creative commons) : Ersu

Notre histoire

Après cinq années de relation et un magnifique mariage, nous décidons comme beaucoup de nous lancer dans l’aventure de la parentalité en juin 2014. Après le retrait de mon stérilet, j’ai la chance (énorme) de tomber enceinte rapidement. Nous attendons notre petit bout pour juin 2015. Ma grossesse se passe merveilleusement bien : pas de nausées, pas de maux particuliers, un peu de fatigue mais c’est tout. Désolée, je sais que nous sommes loin d’être égales dans ce domaine.

Notre petit bonhomme se développe bien. Avec les travaux dans la maison que nous retapons, nous lui laissons le temps d’arriver, car il n’est pas pressé de sortir. Le suivi commence à se faire plus poussé à l’approche du terme : monitoring tous les deux jours, vérifications du col… puis après le terme. Mon gynécologue m’accorde quatre jours après le dépassement du terme, avec monitoring journalier et surveillance accrue. Et si petit bout ne vient pas, je serai déclenchée le cinquième jour. Ça nous convient très bien, à mon mari et à moi-même, car nous ne souhaitions pas forcer les choses.

C’est donc le cinquième jour que nous nous présentons de bonne heure le matin pour le déclenchement de mon accouchement. Et là, après m’avoir installée en salle de travail, impossible pour la sage-femme de trouver l’activité cardiaque. Nous attendons tendus l’arrivée du gynécologue, qui ne fait que confirmer l’horrible réalité que nous commencions tout juste à percevoir. Le cœur de notre fils s’était arrêté dans la nuit.

Je n’ai rien senti. J’avais tout juste dit à mon mari le matin que petit bout devait savoir ce qui se préparait car il ne bougeait pas trop. Nous ne pouvions rien faire. C’était fini.

S’en sont suivis trois longs jours pendant lesquels les médecins ont essayé de déclencher mon accouchement le plus naturellement possible, avant d’enfin me brancher à l’ocytocine. J’ai accouché dans le silence d’un petit garçon de 3kg500 et 55cm. Aucune anomalie sur le cordon, sur le placenta, rien au niveau des analyses sanguines, nous étions dans ces pourcentages très rares de Morts Fœtales In Utero (MFIU) non expliquées.

Les jours suivants, nous faisons face à des choix et des questions auxquels nous n’étions pas préparés : cérémonie, choix d’un cercueil, enregistrement en mairie d’un enfant né sans vie, enterrement, incinération, faire-part de décès, suivi psychologique. Nos familles sont présentes et nous soutiennent du mieux qu’elles peuvent.

Il faut savoir qu’il existe beaucoup d’associations sur le deuil périnatal qui peuvent t’aider à traverser cette épreuve plus tard, mais sur le coup, tu n’as comme ressource que le personnel de la maternité, Internet, tes parents, ta famille. Heureusement, nous étions très bien entourés et conseillés, je sais que ce n’est pas toujours le cas. Nous avons eu affaire à des gens empathiques et très efficaces.

Seize mois plus tard, où en sommes-nous ?

Eh bien, nous avons, mon mari et moi-même, eu un suivi psychologique individuel, nous avons rencontré d’autres parents dans la même situation, nous avons beaucoup pleuré, nous avons expliqué/raconté notre histoire, nous nous sommes battus contre les phrases/réactions malheureuses, nous avons remis en cause notre parentalité et nous nous sommes questionnés sur l’envie d’avoir un deuxième enfant.

Et cette épreuve continue de nous faire grandir au quotidien.

Inscris ton email ci-dessous et reçois idées, conseils et témoignages directement dans ta boîte de réception !

Super ! Va vite confirmer ton inscription dans l'email que je viens de t'envoyer !

Commentaires

15   Commentaires Laisser un commentaire ?

maelisa

Je suis terriblement peinée pour vous deux. Votre fils devrait avoir l’âge de ma fille. Je ne peux pas imaginer la souffrance et la tristesse qui s’abat sur nous quand on donne naissance à un enfant qui n’a pas eu le temps de vivre à l’extérieur de nous. Toutes mes pensées sont avec vous.

le 26/11/2016 à 08h32 | Répondre

Étoile (voir son site)

Je suis désolée si je suis très maladroite dans mon commentaire, mais je crois que j’en aurai voulu au corps médical « d’avoir attendu » après le dépassement de terme. C’est peut-être mais c’est ma première réaction. Je ressens beaucoup de douleur et tristesse pour vous, d’injustice. Et je vous souhaite beaucoup de courage pour la suite mais aussi beaucoup d’amour entre vous pour envisager la suite quelque soit !

le 26/11/2016 à 09h34 | Répondre

Lisa

Ton témoignage est très poignant. Je ne peux imaginer la souffrance que vous avez pu ressentir, je trouve cela tellement horrible. Je suis également admirative de votre force, votre courage d’aller de l’avant. J’ai dans mon entourage proche, deux mamange, c’est très dur pour les parents. On commence à parler du deuil périnatal mais ça a longtemps été tabou. Je vous souhaite un avenir plein de joie et de bonheur. Une grande pensée pour votre petit ange.

le 26/11/2016 à 09h58 | Répondre

Madame Optimiste

Merci pour vos mots.
Pour répondre à Etoile, beaucoup de personnes de notre entourage ont eu la même réaction que toi. Cependant c’était vraiment notre choix de laisser arriver ce petit bout quand il le souhaitait. Nous avons beaucoup discuter avec le corps médical et le gynéco. tant que mes constantes et celle du bébé étaient bonnes on pouvait dépasser un peu. Toutefois le gynéco nous avait clairement dit qu’il n’irait pas au-delà du 5ème jour après la DPA. C’est vraiment lui qui a posé le cadre en fonction de ce que nous voulions. Nous ne pouvons donc pas leur en vouloir tout a été fait dans les règles et le respect des personnes. Alors oui avec des « si » on refait le monde ;). Nous nous posons beaucoup de questions pour un deuxième par exemple. Mais je reviendrai en parler ici plus tard.
Lisa, n’hésites pas à parler de leurs enfants à ces deux mamanges autour de toi. On a souvent besoin d’en parler encore et encore;

le 26/11/2016 à 11h17 | Répondre

Madame Bobette (voir son site)

Je suis très touchée par ton témoignage. Je n’ose pas imaginer la dose de courage qu’ils vous à fallu pour surmonter ça! La vie est tellement injuste! Mais commr tu dis, avec des si, on met Paris en bouteille… J’espère que le temps fait bien les choses et que vous réussissez à appréhender le après avec sérénité. J’espère que tu viendras nous parler de vos choix pour un éventuels deuxième et du cheminement qu’il y a eu derrière.
Une pensée pour ton petit ange.

le 26/11/2016 à 14h35 | Répondre

Cricri2j

J ai perdu ma fille cet été à un terme avancé, je ne peux que t envoyer mon soutien le plus profond. La douleur est indescriptible. Je lis que tu as été bien entourée, comment ont réagi tes proches? La famille? Tu peux en parler librement avec eux?

le 26/11/2016 à 14h48 | Répondre

Madame Optimiste

Pour te répondre Cricri2j. Nos parents étaient effondrés mais ont très vite pris les choses en main surtout dans l’immédiat. Mes parents étant les plus proches géographiquement ils ont rapidement été là et se sont installés à la maison pour soutenir mon mari sur le quotidien (les courses-le ménage- répondre à la famille éloignée…). Mes beaux parents sont arrivés ensuite et à eux tous ont accompagné mon mari dans les démarches administratives (mairie- crématorium-choix urne- cimetière/pas cimetière- visites famille aux pompes funèbres ). Etant toujours à la maternité, je ne pouvais pas m’en occuper. Je me suis donc concentrée en 1 sur avertir tout le monde- 2 rédiger un mail avec mon mari pour dire que nous encouragions tout le monde à nous poser des questions, pour leur expliquer que ce petit garçon était notre fils ainé et que nous en parlerions toute notre vie et pour les inciter à en parler autour d’eux si on leur demandait ce qui s’était passé. Globalement dans les semaines qui ont suivi nous avons beaucoup raconté notre histoire. Nos amis n’ont pas hésité à nous poser des questions et cela grâce au mail que nous avions envoyé à tous. Ils avaient besoin que l’on fasse le premier pas. Ensuite dans les mois qui ont suivi, nous avons toujours associé nos familles à notre cheminement: je racontais certaines de mes séances chez la psy, nos rencontres avec d’autres parents endeuillés, j’ai aussi questionné mes sœurs sur comment elles aussi vivaient ce deuil. Pour nos amis, comme nous sommes entourés de jeunes ou futurs parents, nous avons fait le « tri » de ce qui nous blessaient ou pas. Et dans un premier temps par exemple je me suis éloignée d’une future maman car je ne voulais pas parler grossesse. Mais je lui ai écrit pour lui dire/ expliquer ce que je ressentais. Ils l’ont très bien compris et nous ont laissé du temps. Nous avons beaucoup fonctionné au cas par cas et beaucoup pris l’initiative d’en parler en premier. Quelques uns nous ont aussi dit qu’ils ne pourraient pas en parler avec nous et nous respectons leur choix. Cela a par contre mis une certaine distance dans nos relations car pour nous cet enfant fait partie de notre histoire maintenant. J’espère avoir pu t’aider un peu.

le 26/11/2016 à 15h30 | Répondre

Banane

Je suis impressionnée par votre force. Les détails que tu livres en commentaires sont édifiants.
Vous avez géré ça de façon admirable.

le 26/11/2016 à 22h12 | Répondre

Madame Optimiste

Merci beaucoup. Tu sais c’est la première épreuve forte que nous avons du affronter et nous étions un peu démunis. La seule question importante c’était comment continuer à faire vivre ce petit garçon. La force tu la trouves parce que tu n’as pas vraiment le choix et c’est avec le temps que tu te rends compte que votre couple a été fort. Sur le coup tu avances à la minute, à l’heure.

le 27/11/2016 à 09h53 | Répondre

Ars Maëlle (voir son site)

Je suis extrêmement désolée pour vous, et très admirative de la façon dont vous avez géré vos relations dans ce moment si douloureux. Aider vos proches à vous soutenir en leur expliquant tout simplement comment vous souhaitiez qu’on vous parle de votre histoire me paraît une démarche remarquable, que je garde à l’esprit pour faire face ou accompagner les épreuves que la vie mettra peut-être devant nous ou nos proches.
Je vous souhaite le meilleur quels que soient vos choix futurs.

le 26/11/2016 à 22h21 | Répondre

Madame Optimiste

Encore merci. Je suis heureuse si cela peut te permettre de garder des idées pour affronter les épreuves de la vie. On parle beaucoup de tabou autour du deuil périnatal et c’est vrai. Pour lever le voile sur cette facette de la mort, il est nécessaire que les parents puissent en parler autour d’eux et pas seulement auprès de leur psy ou de groupes de paroles. Et pour nous, pour créer cette fenêtre de parole, nous avons effectivement pris le parti d’en parler les premiers et ça a plutôt bien fonctionné. Mais c’est notre choix personnel, chacun réagit comme il peut.

le 27/11/2016 à 10h00 | Répondre

Mlle Mora

Je te lis ce soir et je suis vraiment terriblement désolée de ce qui vous est arrivé à ton mari et toi. Quelle épreuve terrible. Je trouve également que vous avez réagi avec beaucoup de courage (notamment en permettant à vos proches de vous questionner, vous exposant à des questions qui auraient pu vous blesser…), et intelligence. Je te souhaite à toi et ton mari, le meilleur pour demain.

le 27/11/2016 à 20h33 | Répondre

Amelie

Ton histoire m’a énormément touchée. Déclenchée à J+7 (pour avoir finalement accouché à j+8, oui elle ne voulait vraiment pas sortir…) je me disais laissons lui le temps d’arriver seule, dans d’autres pays on ne calcule pas le dépassement de terme de la même façon… etc…
Est ce dû au dépassement? Est ce que ce genre de chose n’arrive pas aussi dans une même proportion à j-2 par exemple?
J’espère (et c’est facile à dire) que vous ne vous culpabilisez pas, on est nombreuses à dépasser le terme, vous n’avez pas mis votre enfant en danger.
Je vous souhaite en tous cas le meilleur pour son éventuel petit frère ou petite sœur.

le 27/11/2016 à 21h06 | Répondre

Madame Optimiste

Je ne sais pas si cela aurait changé quelque chose de le déclencher plus tôt. Les statistiques et enquêtes sur ces morts fœtales sont peu nombreuses. Ce que l’on sait avec du recul c’est que ce serait à refaire pour un premier nous prendrions les mêmes décisions donc on n’a pas culpabilisé longtemps. On s’en veut plus de ne pas avoir partagé plus de moments avec ce bébé dans mon ventre, de ne pas avoir profité encore plus de ces instants à trois. Cela il faudra vivre avec…

le 28/11/2016 à 10h53 | Répondre

SI TU SOUHAITES RÉAGIR C'EST PAR ICI !

As-tu lu notre Charte des commentaires avant de publier le tien ?