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Petit mode d’emploi de l’infertilité


Publié le 12 juin 2015 par Magnificial

Tout commence simplement : un jour, avec l’accord de Monsieur, tu bazardes ta pilule. Au revoir, petits comprimés blancs à ingurgiter au quotidien !

Mais au bout d’un an d’essais bébé non-concluants, tu te résignes à consulter une gynécologue. Ajoute sept mois d’attente, car son agenda est rempli !

Quand tu la vois enfin, tu lui présentes ce bilan : quatorze cycles à vide, qui s’allongent depuis un an et demi. Son diagnostic tombe : règles irrégulières, mauvaise ovulation, donc peu de chance de tomber enceinte sans traitement approprié. Elle te tend une ordonnance longue comme le bras et une fiche de sécu : la demande de prise en charge à 100 % pour stérilité. Le terme est enfin lâché. Stérilité. En apparence, tu restes calme. En dedans, tu pleures sans interruption.

Couple triste

Crédits photo (creative commons) : Petr Dosek

Et c’est à partir de là que ta tête part en vrille et entame un décompte inlassable des jours.

Au premier jour de tes règles, tu calcules la date prévue d’accouchement comme si c’était pour ce mois-ci.

Tous les matins, tu vérifies ta température avant le lever, si possible à la même heure, même les week-ends où une grasse matinée aurait été la bienvenue.

Durant les dix premiers jours de ton cycle, tu avales un comprimé d’acide tranexamique* pour réduire le flux trop abondant de tes règles.

Au matin du troisième jour, tu te rends au laboratoire d’analyses médicales pour faire une prise de sang à jeun. Le bilan hormonal permettra de vérifier les taux de FSH, LH, et autres termes incompréhensibles. Comme tes veines ne sont pas apparentes, il te faudra subir pas moins de six piqûres pour le premier prélèvement. Les fois suivantes, tu sauras montrer l’endroit précis où il faut piquer.

Du troisième au huitième jour, tu n’oublies pas tes deux comprimés de clomiphène citrate* pour favoriser l’ovulation.

La veille du douzième jour, à l’heure H-8 du rendez-vous chez la gynéco, tu préviens Monsieur qu’il est grand temps de passer aux exercices pratiques. Et si lui ne se fait jamais prier, tout ça devient trop mécanique pour que toi tu apprécies ce moment. Tu passes une mauvaise nuit pleine d’appréhension.

Le lendemain, tu arrives une demi-heure en avance, pour passer avec une demi-heure de retard un test post-coïtal, qui doit vérifier la compatibilité de ta glaire cervicale avec ses spermatozoïdes à lui. Le prélèvement se fait dans une posture inconfortable, les pieds sur les étriers. Puis tu passes une échographie. L’annonce tombe : « Je ne vois pas de follicule. Désolée, il va falloir refaire le même test au prochain cycle. »

Ta dose de clomiphène est augmentée au cycle suivant. Comme on découvre par la suite que tu as aussi un problème de glaire, une infirmière vient tous les jours à domicile te faire des injections de follitropine bêta* dans la cuisse.

À partir du milieu du cycle, chaque passage aux toilettes peut être l’occasion d’utiliser un test d’ovulation. Hors de question de passer à côté !

Du seizième au vingt-cinquième jour, tu enchaînes avec deux comprimés de progestatif de synthèse*, pour favoriser la nidation. Si celle-ci n’a pas lieu, ce même traitement fera de toute façon venir le prochain cycle au bout de quelques jours.

Lorsque les règles tardent à venir, tu commences à lorgner les tests de grossesse à chaque fois que tu passes devant une pharmacie. Une fois que tu as craqué et acheté l’objet convoité, tu attends avec fébrilité le lendemain matin.

Mais tu auras beau zieuter le test de toutes tes forces, tu n’apercevras pas la moindre deuxième barre. Tu jettes le test avec tes espoirs à la poubelle. Puis tu attends le retour des règles, qui ne tarderont pas à venir. Dans quelques jours, ou peut-être le jour-même du test, alors que tu pensais avoir été très très patiente.

Lors de l’arrivée des règles, tu peux au choix :

  • ne pas t’en soucier et te dire qu’après tout, tant mieux, ce n’est pas tout à fait le moment, car tu as tes prochaines vacances en Italie à planifier ;
  • ne pas baisser les bras et te dire que ce n’est que partie remise ;
  • te résigner, te dire que la prochaine fois sera pareille et proposer à ton mari d’adopter un chien ;
  • pleurer toutes les larmes de ton corps et te demander : « Pourquoi moi ?! » ;
  • devenir aigrie, te mettre en colère contre le monde entier et en particulier contre cette pimbêche de voisine/meilleure copine/petite sœur/collègue de travail/cousine du côté de la grande-tante par alliance du cousin germain de ton mari qui est enceinte et cela au premier essai, alors qu’elle est en couple depuis moins longtemps que toi.

Puis tu recommences les étapes une à une, jusqu’au cycle suivant. Et ainsi de suite, tant que le test de grossesse n’est pas positif.

À la fin, rassure-toi, tu auras le droit à ton happy end.

Au moment où tu n’y crois plus. Quand les fêtes de fin d’année arrivent, et que tu es lessivée aussi bien physiquement que moralement. Quand, au bout du troisième cycle de suivi médical, la gynéco veut t’orienter vers la PMA. Quand, finalement, tu renonces à ce bébé tant voulu…

C’est à ce moment précis que celui-ci choisit de se nicher dans ton ventre, tout seul, discrètement.

Pour te compliquer une dernière fois les choses, la date prévue d’accouchement tombe un mois pile avant tes vacances en Italie. Programmées il y a plusieurs mois, suite à un énième test négatif. On appelle ça l’ironie du sort.

Pour moi, ces faits se sont déroulés il y a plus de sept ans. Même si maintenant je suis la maman de trois enfants, je n’oublie pas qu’il m’a fallu deux ans pour tomber enceinte la première fois et que j’avais très peur de ne pas pouvoir avoir d’enfant. Voilà pourquoi j’éprouve toujours beaucoup de peine et de compassion pour les femmes qui ont du mal à tomber enceintes.

Courage à vous, quelle que soit l’issue…

Et toi ? Tu as aussi déclaré la guerre à l’infertilité ? Tu connais l’alternance traitements/tests de grossesse ? Tu as dû annuler un beau voyage pour un heureux événement ? Viens nous raconter !

* Pour éviter toute publicité, le nom de la molécule est indiqué au lieu du nom du médicament.

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Commentaires

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Madame Fleur (voir son site)

Merci pour ton témoignage. Je suis sûre qu’il fait écho à ce que vive de nombreuses femmes.

le 12/06/2015 à 12h11 | Répondre

Madame Vélo

Très beau témoignage. Félicitations à toi et ta famille. Et courage à toutes celles qui vivent ça.

le 12/06/2015 à 13h56 | Répondre

l'endormie

Je suis ravie de voir un ressenti d’une personne également passée par la case PMA.

J’ai également un parcours un peu difficile (des ovaires polykistiques, une réaction excessive au citrate de clomifene que j’ai donc du remplacer par des injections de gonadotrophines, toutes les échos, les prises de sang qui vont avec, 2 fausses couches, avec a chaque fois un retour (presque) à la case départ…)

Mais contrairement à toi j’ai toujours vécu ces épreuves de façon positive, même si parfois je perdais confiance en moi, en ma capacité à devenir mère un jour.

Je voudrais rassurer les personnes qui lisent cet article et qui pourraient être confrontées à ce genre de situation qu’on peut aussi bien la vivre. ça doit dépendre de plusieurs facteurs.

Je vois que finalement tu as réussi à fonder la famille que tu souhaitais, et je te félicite.

le 12/06/2015 à 15h28 | Répondre

Madame Trilingue

Merci pour la précision de ce témoignage et le happy end qui va avec.
Les infertiles doivent trouver les ressources pour ne pas sombrer.
Je suis maman depuis un mois d une adorable petite fille désirée 3 ans, dont 2 passés en PMA.
Elle est arrivée spontanément après une pause dans les traitements éreintants et un beau voyage de noces au Portugal.
Courage à toutes !!!

le 12/06/2015 à 17h02 | Répondre

Mme Beebop

merci pour cette lueur d espoir….

le 12/06/2015 à 17h55 | Répondre

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