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Mon don d’ovocytes en Belgique : un cheminement complexe


Publié le 22 septembre 2018 par Miss Chat

En septembre 2017, j’ai décidé de faire un don d’ovocytes et ai contacté le centre PMA près de chez moi pour commencer les démarches.

Faire un don ou quand tes convictions sont ébranlées

Pendant très longtemps, j’ai été convaincue que je ne pourrais jamais faire un don d’ovocytes. Pour moi, un ovocyte même non-fécondé, c’était mon enfant, la chair de ma chair, et il me semblait impossible de m’en séparer ou de le donner à quelqu’un d’autre. Je ne suis pas croyante ni religieuse mais l’idée de ne jamais voir grandir mon enfant me paraissait impensable, ne même pas savoir quel nom il porterait, à quoi il ressemblerait, ce qu’il ferait de sa vie. Honnêtement, je me disais que ce serait horrible de vivre ça !

Puis j’ai lu les témoignages de plusieurs femmes ayant bénéficié du don d’ovocytes et l’idée a commencé à faire son chemin : décidément, c’était quand même fabuleux ce que ça permettait, non ?

Et un jour, j’ai eu ma fille, facilement, et puis mon fils, encore plus facilement.

Crédits photo (creative commons) : RitaE

Et ça m’a frappée à ce moment-là. C’est si caricatural, entendu et ré-entendu mais je vais le redire quand même : c’est si merveilleux d’avoir des enfants. Ca chamboule tes perspectives, tes sentiments, ta manière de tout percevoir. Ca révolutionne ton coeur. L’idée que des gens n’aient jamais accès à cela alors qu’ils en ont envie m’a fendu le coeur. On a tous des exemples autour de nous de gens qui doivent passer par la PMA pour avoir un enfant. Je me suis sentie très triste à l’idée que certains arriveraient en bout de parcours sans bébé, sans espoir. Ou en tout cas, pas sans l’aide de gamètes extérieures.

Ah le don de gamètes… En fait, je pouvais les aider, ces gens. Je pouvais concrètement faire quelque chose pour eux, plutôt que de rester dans mon coin à juste me sentir triste pour eux. Je n’étais pas encore tout à fait au clair avec ma démarche mais je me suis dit que je ne pouvais pas rester les bras croisés.

J’avais eu si facilement mes enfants, j’étais jeune, en parfaite santé et sensibilisée à la question. C’est devenu évident pour moi que je devais me lancer dans le don d’ovocytes. En plus, mon groupe sanguin est O-, soit donneur universel, mais je n’ai pas le droit de donner du sang à cause de mon petit poids… Ca me faisait tellement râler de ne pas pouvoir participer pour cette raison ! Par contre, j’étais dans les clous pour un don d’ovocytes, ça représenterait une belle revanche ! (…et je ne désespère pas d’un jour dépasser 50 kg pour pouvoir donner mon sang quand même… snif)

A toutes ces raisons très personnelles s’ajoutait le fait qu’un excellent centre PMA se trouvait à 5 minutes de chez moi et que j’avais la chance de fixer librement mes horaires de travail, tout en étant télé-travailleuse, avec des boss hyper flexibles et compréhensives. Niveau logistique, on ne pouvait rêver mieux.

J’ai donc contacté le centre PMA en septembre 2017 pour lancer la machine. Comme je disais, je n’étais pas encore à 100% au clair avec ma démarche et comment je me sentais face au fait de donner mes ovocytes.

Une introspection nécessaire

En Belgique, la législation laisse à mon sens beaucoup de champs libre aux centres PMA en matière d’encadrement du don d’ovocytes. Il y a un minimum légal à respecter évidemment mais les procédures sont assez différentes d’un centre à un autre.

Par exemple, mon centre ne prévoit aucune consultation psychologique lorsque l’on fait un don. Ce n’est même pas proposé ni suggéré à la donneuse. C’est ma gynécologue, en apprenant que je me lançais dans le don, qui m’a fortement recommandé de demander une entrevue avec un psy car un tel don n’était absolument pas anodin et méritait une discussion approfondie. Ma gynéco étant adepte du strict minimum médical et pas du genre à se prendre la tête, je savais que son avis n’était pas à prendre à la légère et que je devais sérieusement en discuter avec quelqu’un. J’ai donc demandé au centre qui m’a confirmé que c’était possible (autant de visites que je le souhaitais, avec une psychologue du centre spécialisée dans ces questions) et que c’était évidemment pris en charge financièrement par le centre. Ben voilà, fallait le dire.

La semaine suivante, j’avais déjà mon rendez-vous avec la psy. C’était la première fois de ma vie que j’allais voir une psychologue et je ne savais absolument pas à quoi m’attendre. J’ai toujours eu l’impression d’être une personne indépendante et au mental de fer, qui n’avait pas besoin d’une personne extérieure ne me connaissant pas aussi bien que je me connaissais pour savoir où j’allais et comment je me débrouillais psychologiquement. Je n’avais même pas vraiment de questions précises en tête, en dehors des questions logistiques liées au don mais pour lesquelles il y avait un entretien spécifique avec une sage-femme.

La psy s’est avérée très douce et bienveillante et a essayé de mettre des mots avec moi sur ce qu’on pouvait ressentir lors d’un don, avant, pendant et après. Elle m’a d’abord posé des questions sur moi, mon environnement familial et personnel, puis sur mes motivations. Elle m’a demandé comment j’envisageais le don du point de vue de ceux qui allaient en bénéficier, comment je me projetais dans le futur, quel regard je portais sur ces enfants à naître et sur l’anonymat recommandé par la loi belge (et appliqué dans ce centre). On a également exploré mon ressenti vis-à-vis de mes propres enfants. J’ai pu poser toutes mes questions, auxquelles elle a pu répondre je pense honnêtement.

La loi belge laisse en théorie la possibilité aux donneurs et aux receveurs de choisir pour l’anonymat ou non. En pratique, la faveur du législateur va à l’anonymat total et les centres l’appliquent donc à la lettre. Je ne peux donc pas choisir de tenir mon identité à disposition des potentiels receveurs et de leurs enfants. Dans un sens, je trouve ça dommage car je me dis que certains enfants ont peut-être envie de découvrir cet héritage biologique, de mettre un visage, un nom, une explication sur ce qu’ils sont. Et moi, j’aurais voulu savoir qui ils sont, ce qu’ils seront devenus. Mais cela m’arrange tout autant de rester anonyme, ça évite de se poser des questions autrement plus encombrantes : comment les considérer, comment interagir avec ces enfants que je ne connais pas, quelle valeur sentimentale leur donner. Je pense que je préfère finalement ne pas devoir me demander tout cela.

En marge du don, j’avais également accepté de faire partie d’une étude clinique sur les ovocytes, qui se faisait juste avant le don lui-même. La psy m’a permis de mettre le doigt sur un aspect de ma décision : participer à cette étude, qui était exclusivement un processus médical et de recherche scientifique s’étendant sur plusieurs mois, m’a aidé à me détacher « sentimentalement » du don d’ovocytes et à l’assimiler à l’étude clinique, comme une sorte de prolongation logique. Je continuais une démarche désintéressée et médicale en faisant ce don d’ovocytes.

Tu peux trouver ça étrange ou dangereux peut-être mais ça m’a rassurée. Pour le fond de doutes qui me restait et me faisait parfois hésiter, le fait d’envisager les choses de cette manière m’a aidée à prendre une décision. Une part de moi (la partie curieuse !) pense toujours que je ne saurai jamais comment ses enfants s’appelleront, à quoi ils ressembleront, ce qu’ils feront. Mais c’est devenu une curiosité détachée de ma part et non plus un point sentimental pouvant me toucher ou m’atteindre.

Et mes enfants ?

Au cours des premières démarches pour lancer le don, j’ai également eu un rendez-vous informatif avec la sage-femme en charge. Un point qui m’a refroidie a été de savoir qu’il n’existait pas de banque nationale d’ovocytes et que tous les gamètes collectés resteraient là, à disposition exclusive des patientes de ce centre précis. Donc, potentiellement, des voisins qui auraient pu en bénéficier ou des gens qu’on pouvait croiser souvent. Force est de constater que leur patientèle est à 50% étrangère et que les chances de les croiser étaient pratiquement nulles. Mais pour les autres ? Plus largement, et même si cela avait été une banque nationale, la Belgique est toute petite : c’est forcément plus probable que mes enfants rencontrent un jour ces enfants issus de mon don ! C’est une crainte assez courante, je pense, lorsqu’on envisage un don de gamètes : et si mes « vrais » enfants se mettaient en couple avec ces enfants « biologiques » ?

Le législateur belge a toutefois « bien » pensé les choses : le nombre de receveuses à qui bénéficiera le don est limité, chaque donneuse en Belgique peut donc « produire » maximum 6 enfants (nés vivants). C’est le nombre qui a été déterminé comme étant « statistiquement sûr » pour éviter des croisements trop fréquents (pour info, c’est 10 en France). Bon ok… Et après tout, si ça n’arrive que sur une seule génération, de manière très rationnelle, on sait que l’impact sur la santé est pratiquement nul. Je t’avoue que c’est une crainte qui plane toujours un peu mais contre laquelle je ne pense pas qu’il existe un remède…

Ca posait aussi la question de savoir quoi dire à mes propres enfants. Devais-je les informer de ce don ? Mon premier réflexe serait de le faire, lorsqu’ils seront ados ou jeunes adultes. Mais apprendre une telle nouvelle, qu’ils ont des frères et soeurs biologiques quelque part, ne va-t-il pas les inquiéter, les perturber, que sais-je ? J’ai encore quelques années devant moi pour y réfléchir. Et peut-être que j’irai revoir une psychologue pour cela, tiens.

La sage-femme m’a également informée lors du premier entretien que les gamètes restaient rarement plus d’un an dans la banque et que tous étaient distribués, contrairement à ce que laissaient penser les différents sites internet que j’avais consultés. Ce don sera donc utilisé à coup sûr, ce qui avait un côté rassurant : passer par tout ça ne serait pas vain. Mieux, dans le cas où une famille souhaite donner un petit frère ou une petite soeur à leur premier enfant issu d’un don et qu’il n’y a plus d’ovocytes disponibles, la donneuse peut être recontactée pour refaire un don, de manière à ce que la fratrie ait les mêmes origines génétiques et biologiques. J’ai trouvé ça super et je sais déjà que j’accepterai.

Alors, c’est parti pour le don (et l’étude).

Quel serait ton cheminement vis-à-vis du don d’ovocytes ? Qu’est-ce qui te ferait hésiter ? Qu’est-ce qui t’encouragerait à le faire ?

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Commentaires

6   Commentaires Laisser un commentaire ?

Chacha d'avril

Merci d’avoir partagé le cheminement de ton questionnement, c’est très intéressant.
Je pense souvent au don d’ovocyte et je pense que je le ferais peut être un jour. Mais je n’avais pas pensé à tout ce que cela implique vis à vis des enfants déjà existants et ça me donne matière à réflexion…

le 22/09/2018 à 09h18 | Répondre

Miss Chat

Je pense que c’est une réflexion qu’il faut avoir au préalable. Je n’y avais pas pensé non plus jusqu’à ce que la psychologue me pose des questions sur mes enfants.

le 25/09/2018 à 11h22 | Répondre

Madeleine

Ce qui me préoccupe, ce sont les tests génétiques qu’on peut faire grand publique. Genre 23andme. Comme dans cet article: https://www.letelegramme.fr/france/test-adn-ne-d-un-donneur-de-sperme-anonyme-il-retrouve-son-geniteur-16-01-2018-11815366.php
Du coup, l anonymat n est plus possible… Et le sera de moins en moins.
Ca me fait peur pour mes enfants. Et puis comment savoir comment la loi évoluera. Y en a bien un qui dira qu il a le droit d hériter, comme on confond de plus en plus génétique et filiation dans notre société.
Et pourtant, quel cadeau de donner la vie…
Pas simple, tout ça…

le 23/09/2018 à 07h17 | Répondre

Miss Chat

J’avoue ne pas voir de menace là-dedans. D’une part, je pense que la probabilité est infime qu’on puisse te retrouver par ce biais (la preuve, tu entends parler de ça seulement dans les journaux tellement c’est rare). Et personnellement, comme je l’ai dit, je ne suis pas à 100% pro-anonymat donc ça ne me dérangerait pas outre-mesure qu’on me retrouve.
D’autre part, je trouve que si on s’arrêtait au fait que « peut-être la loi va changer », on ne ferait jamais rien de notre vie. Pour ce cas précis, j’ai quand même beaucoup de mal à croire que la loi pourrait effectivement changer, que ça soit sur l’anonymat, la reconnaissance d’un enfant ou l’héritage. Ca fait un peu trop d’éléments. Par ailleurs, je pense justement qu’on confond de moins en moins génétique et filiation (par contre ceux qui le confondent se font plus entendre ; c’est le cas de beaucoup de choses).

le 25/09/2018 à 11h28 | Répondre

Madame D

Moi c’est le sentiment de ton mari face a tout ça qui m’intéresse.
je suis un peu comme toi sur toute ta pensée sur le sujet mais pour l’instant mon mari est absolument contre…

le 24/09/2018 à 17h00 | Répondre

Miss Chat

Je lui en ai parlé avant de lancer les démarches, il était intrigué mais pas fermé. On en a beaucoup discuté dans les mois qui ont suivi. Cette année, une de ses collègues a dû faire appel à un don de sperme et je crois que ça lui a fait un électro-choc : il y a des gens qui n’ont que cette solution pour avoir un enfant, c’est bien de pouvoir les aider.
Aujourd’hui, il considère qu’il n’a rien à dire dans ma décision de toute façon, il me soutient dans ma démarche et envisage vaguement de faire lui-même un don (mais je ne suis pas sûre qu’il fera le pas).

Autant je pense que les conjoints n’ont effectivement pas voix au chapitre, autant je peux comprendre qu’on veuille respecter leur opinion 😉 (ne serait-ce que pour la paix des ménages !) Je ne crois pas que j’aurais lancé ça sans qu’il soit supportif honnêtement.

le 25/09/2018 à 11h37 | Répondre

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