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« Maman comment on fait les bébés ? » ou l’éducation sexuelle avant 6 ans


Publié le 23 juin 2014 par Anne Delacour

« Maman, comment on fait les bébés ? »

Que tu redoutes la question ou pas, tu peux être certaine qu’elle arrivera. Les enfants sont curieux de tout et ils sont particulièrement friands des questions existentielles qui tournent autour de la naissance, la création de la vie, la grossesse et la conception.

(La vie, la mort, le cosmos, pourquoi le ciel est bleu et pourquoi la dame a de la moustache, ils t’en réservent des belles, de questions, crois-moi. Mais concentrons-nous aujourd’hui sur la conception. Chaque chose en son temps.)

Nous, les adultes ? Parfois, on est un peu empruntés. Ou gênés. Voire on a franchement honte.

Certes, au fil du temps, on a pris l’habitude de discuter à table avec son conjoint de la consistance du vomi du bébé, et on voit régulièrement Junior sortir des toilettes en déclamant  « Maman, tu aurais du voir mon caca, il était vraiment ÉNORME, cette fois ! ».

Mais parler de pénis, de spermatozoïdes et de trompes de Fallope ? Sans ricaner comme des ados de 5ème à qui on fait un cours de reproduction humaine ? C’est une toute autre affaire.

Pour certaines personnes, c’est à la limite du faisable. (D’où les histoires d’enfants qui naissent dans les choux et les roses. Teeeellement plus pratique !)

J’ai eu plusieurs fois l’occasion de me prêter à l’exercice (de répondre à des questions de mes enfants, hein, pas de naître dans une rose). Voici donc les quelques règles que je me suis fixées personnellement et qui jusqu’ici, m’ont plutôt bien servies.

fillette souriante à taches de rousseur

Crédits photo (creative commons) : Emery Co Photo

Répondre à la question, mais pas plus

Pour moi, c’est la règle d’or.

J’ai remarqué que mes enfants me posent les questions quand ils sont prêts à entendre la réponse et uniquement à ce moment-là. Je choisis donc de répondre à leurs questions avec vérité et précision (pas question de parler de choux ni de roses !), mais exactement à ces questions-là, sans donner plus d’infos que ce qui est demandé.

Pour être claire : pas besoin de lui faire un schéma détaillé d’un pénis et d’un vagin s’il demande juste comment cousine Stéphanie est tombée enceinte. Dans un premier temps, une histoire de petite graine suffira probablement largement. Cela évitera que ton enfant soit exposé à des concepts trop complexes ou effrayants pour lui.

(Et s’il a d’autres questions, ne t’inquiète pas, il ne se gênera pas pour te les poser !!)

Ne pas anticiper les questions

Parfois, les questions arrivent naturellement quand un petit frère ou une petite soeur s’annoncent dans une fratrie. Mais parfois, non. Et à mon avis, c’est très important de respecter ça.

Ce n’est pas parce que la famille s’agrandit que ta fille doit forcément s’intéresser à ses ovaires et son utérus. Tout dépend de son âge et de sa maturité.

Fais-lui confiance pour te faire savoir quand elle est prête à apprendre comment on fait les bébés. Tu peux être sûre que le jour où elle sera prête, elle te posera la question.

(Probablement à la caisse du supermarché ou dans le bus, devant 23 autres personnes.)

Utiliser de vrais mots

Oui, tu peux parler des petites graines qui se rencontrent pour faire un bébé, mais n’hésite pas à placer aussi les vrais mots savants ici et là. « La graine de papa, on appelle ça un spermatozoïde, elle rejoint la graine de maman, on appelle ça un ovule, et ça forme un bébé, qui grandit dans une poche spéciale dans le ventre de la maman, l’utérus. »

Pourquoi ? Parce qu’on n’a pas forcément les bons mots pour expliquer et nommer les différentes choses en « parlance » bébé. Dire qu’un bébé sort par la zézette de la maman ou qu’il grandit dans son ventre, cela peut prêter à confusion dans la tête d’un enfant. Plus tu es précise, moins il y a de risque de confusion et d’interprétations qui peuvent faire peur ou dégoûter, du style « le bébé va se noyer dans du pipi » ou « le bébé nage à côté du caca de Maman dans son ventre ».

Choisir le moment et le lieu

Si tu es gênée, n’hésite pas à remettre la question à plus tard. Les enfants ont le don de poser ce genre de question dans des endroits et à des moments incongrus. À table avec Mamie pendant le repas de Pâques, par exemple. Pendant que toi tu es occupée, lui, il réfléchit. Et parfois, il lui manque des infos pour sa réflexion alors, forcément, il te pose des questions.

Une formule qui marche pour moi : « C’est une question importante, ça, dis donc ! Tellement importante que j’ai besoin de réfléchir un peu avant de te répondre. On en parle dès qu’on rentre à la maison. » Tu n’as pas besoin de discuter des mérites du préservatif devant Belle-Maman ET tu as du temps pour réfléchir. Gagnant-gagnant.

Parler des faits, pas d’opinion

Bien sûr, il ne s’agit que de mon avis, mais à ce stade, je trouve important de ne pas mélanger faits et opinions. Expliquer comment on fabrique un bébé, ce n’est pas pareil que de dire que faire l’amour est sale (ou génial), qu’une fille doit rester vierge jusqu’au mariage, qu’on ne doit pas faire d’enfants hors mariage, qu’accoucher à la maison est plus naturel (ou complètement inconscient) ou qu’avoir un bébé est le but naturel de tout être humain.

Quelques soient tes opinions sur la question, tu auras largement l’occasion de les faire passer à d’autres moments (bien plus que tu ne le penses, probablement, les enfants sont de véritables éponges à valeurs parentales…).

Quand j’ai vraiment envie de mentionner une de ces opinions, j’aime bien dire clairement qu’il s’agit d’une opinion que tout le monde ne partage pas. « Certains pensent qu’il faut absolument être mariés avant de faire des enfants. D’autres pas. » Cela laisse la porte ouverte à l’enfant de poser la question « et toi, tu penses quoi ? », si c’est important pour lui.

Utiliser un livre

Il font de chouettes livres, maintenant. Un petit tour sur Amazon (ou à la libraire du coin !) et hop, tu as un support sympa avec quelques images plus ou moins explicites pour t’aider à articuler certains termes avec lesquels tu n’es pas forcément à l’aise.

Mes coups de coeur :

Et dedans il y a - livre éducation sexuelle comment faire bébé

Et dedans il y a, de Jeanne Ashbé, à l’Ecole des Loisirs.

Un livre avec des rabats à manipuler idéal pour les tous petits à partir de 2 ans. Si tu cherches un livre tout mignon pour expliquer à ton grand bébé qu’un petit frère ou qu’une petite soeur arrive, c’est parfait ! On y évoque la grossesse, ce qu’il y a dans le ventre de maman et ce que ça va donner plus tard, le tout sans aucune image explicitement sexuelle.

livre Graine d'Amour

Graine d’Amour, de Jean Teulade et Jean-Charles Sarrazin, à l’École des Loisirs.

Ce livre est parfait à partir de 3-4 ans. Il est question de spermatozoïde et d’ovule, mais rien d’explicite dans les images ni les évocations (on y parle plutôt de tuyaux et de grottes). Le récit couvre l’ensemble de l’histoire, de la conception à l’accouchement en passant par la grossesse et le texte est très joliment écrit. Trois fois que je le lis, trois fois que j’ai la larme à l’oeil. (Je n’ose pas imaginer ce que ça aurait donné si j’avais lu ce livre à ma fille alors que j’étais encore enceinte ! Prévois un mouchoir !)

parcours paulo livre education sexuelle enfant

Le Parcours de Paulo, de Nicolas Allan, à L’École des Loisirs.

Un peu plus explicite encore, je le conseillerais plutôt à partir de 5-6 ans. On y voit une femme et un homme nus (mais pas non plus d’érection ni de jambes ouvertes, hein), un diagramme hyper simplifié des appareils génitaux de chacun et une évocation du « rapprochement » des parents dans le lit parental. L’histoire est plus axée sur le parcours du spermatozoïde que sur la grossesse en elle-même. Le texte est romancé et très rigolo. Top !

Et toi, tu fais comment ? D’autres règles que tu t’es fixées ? Quelles questions est-ce qu’ils te posent, tes enfants ? D’autres livres à recommander en particulier ? Raconte !

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Commentaires

5   Commentaires Laisser un commentaire ?

Madame Dorée

Justement, ma nièce m’a demandé il y a quelques jours « ce que j’avais mangé pour avoir un bébé dans mon ventre ». Pas facile de répondre! Et comme ce n’est pas ma fille, j’ai préféré éluder la question car je ne sais pas comment ses parents veulent qu’on aborde la chose…

le 23/06/2014 à 12h27 | Répondre

Pivoiline

Haha ! Je trouve ça trop mignon comme question !

le 23/06/2014 à 18h28 | Répondre

Mlle Bretzel

J’ai aussi droit à une question de la part de mes nièces. Elle était complètement inattendue, car j’étais très peu enceinte (mais je pense qu’elle avait été brieffée pour pas me fatiguer)… sauf qu’elle m’a demandé si c’était « le petit Jésus qui avait mis le bébé dans mon ventre »… …
Enorme moment de solitude pour moi, mais j’ai réussi à répondre sans imposer mon opinion, justement…
Depuis, j’en ai parlé à ma belle-soeur (sa mère) et on a bien rigolé car elle ne voyait pas du tout d’où ça sortait. Apparemment, elles en avaient déjà parlé ensemble, ma belle-soeur avait tout bien expliqué… et ma nièce a tout oublié !
La preuve s’il en est qu’on peut dire les choses comme elles sont sans que ce soit traumatisant ! Il parait que c’est super classique, les enfants qui oublient et qui reviennent à la charge à chaque grossesse dans l’entourage… 😀

le 23/06/2014 à 19h51 | Répondre

myrabelle

le coup du « si ils posent les questions, c’est qu’ils sont prêts pour la réponse », j’ADORE! j’aurai aimé qu’on aie ce genre d’idées quand j’étais petite… une amie est partie là dessus, et franchement, je pense que c’est LA phrase que tous les parents devraient avoir à l’esprit! quant aux livres, hé oui, L’école des loisirs reste un super vivier!!!!

le 23/06/2014 à 22h59 | Répondre

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