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Une grossesse en Suède


Publié le 28 juin 2019 par Bibi

Comme tu le sais peut-être, je vis en Suède depuis maintenant près de 5 ans. Quand j’ai appris ma grossesse, une de mes premières inquiétudes a été d’accoucher dans un pays étranger. Dans ma tête, c’était une spirale infernale, dont voici la version courte: « Je ne connais rien des coutumes du pays, comment on fait ici? Et je ne veux pas accoucher en Suédois, il y a plein de mots que je dois apprendre, et puis comment je vais faire pour les rendez-vous médicaux et les vitamines et personne ne viendra me voir à la maternité » … Tu t’en doutais, j’étais quelque peu angoissée. Jusqu’à ce que Mister Man, en bonhomme rationnel qu’il est, m’a fait gentiment remarquer que je ne savais pas vraiment non plus comment ça fonctionnait en France. Et sur ces bons mots, mon angoisse irrationnelle (que l’on attribuera dorénavant aux hormones) a disparu. Mais du coup, qu’est-ce qui est vraiment différent, entre la France et la Suède?

Le suivi de grossesse

En Suède, si tout va bien, le seul interlocuteur d’une femme enceinte est la sage-femme, et la seule échographie est celle d’anatomie, entre la 18e et la 20e semaine. C’est un peu particulier de ne jamais voir le médecin, ne pas avoir d’échographie régulièrement comme en France. Pour peu qu’on soit un peu angoissée, ce manque de suivi est un peu déroutant. C’était mon cas au début. J’étais très perturbée par ce manque de suivi, moi, primipare perdue dans les eaux (et les maux!) troubles de la grossesse. Une ligne téléphonique est disponible, où l’on peut joindre à tout moment une sage-femme; ce qui m’a permis de calmer quelque peu mes angoisses.

Echographie

Crédit photo (creative commons) : Simon Paulin – imagebank.sweden.se

Les dépistages de trisomie et de diabète gestationnel ne sont proposés que s’il y a un facteur de risque, ou alors à la demande express de la femme enceinte. Je pense que c’est pour réduire les coûts généraux et éviter la surmédicalisation de la grossesse.

Globalement, l’attitude générale des suédois est très simple et « nature ». Etre enceinte n’est pas une maladie, ni une condition médicale. Si l’on est attentive à soi, que l’on ne fait pas d’excès, il n’y a aucune raison d’en faire tout un foin. Je ne compte pas le nombre de fois où, quand je disais à ma sage-femme « j’ai un souci », elle répondait : « oui, je comprends ». Et c’est tout. Pas de solution, à part l’accouchement, la majorité du temps. Ce qui est tout à la fois bien, et pas bien. Bien, parce que ça dédramatisait énormément tous les maux de grossesse, et c’était assez rassurant de voir le stoïcisme de mon personnel de santé. Pas bien, parce que de temps en temps j’avais l’impression de ne pas être prise au sérieux à moins de lourdement insister, voire d’exagérer mes symptômes.

Il s’avère que j’ai quand même vu un médecin, puisque dans ma 26ème semaine j’ai été diagnostiquée avec du diabète gestationnel. L’efficacité du système suédois fait qu’une fois mon diabète repéré, j’ai obtenu en deux semaines des rendez-vous avec un diabétologue, un obstétricien, une sage-femme et une diététicienne. Tout cela sans débourser un centime! Cela m’a aussi donné l’occasion de faire des échographies supplémentaires, histoire de garder un coup d’œil sur la Pépette.

Chez la sage-femme

Les rendez-vous sont assez espacés au début et plus fréquents en seconde partie de grossesse. A chaque visite, ma sage-femme écoutait le cœur de bébé à l’aide d’un stéthoscope de Pinard (et oui, avec un nom comme ça, évidemment qu’il a été inventé par un obstétricien français) qui ressemble un peu à un petit cornet. J’avais l’impression de revenir au Moyen-Age, mais ma sage-femme qui l’utilisait depuis des années se sentait plus à l’aise avec ça qu’avec le Doppler…

Stethoscope de Pinard

Stéthoscope de Pinard
Photo (creative commons) :
Wikimedia

Elle palpait et mesurait aussi mon ventre pour tout mettre dans mon dossier, qui m’a suivi pendant toute ma grossesse. A noter: aucun examen vaginal durant ces rendez-vous. C’est quand j’ai appris que les touchers vaginaux étaient assez courants en France que je me suis rendue compte de la chance que j’ai eu de ne pas avoir à subir cette exploration intime pour le moins désagréable.

Mon seul problème : tous nos rendez-vous se faisaient en Suédois. C’est ce qui me stressait le plus, au final, et pourquoi je pense que j’avais toujours une tension un peu haute quand je la voyais. C’est frustrant de ne pas réussir à s’exprimer pile comme on le voudrait, surtout sur un sujet médical et important… Cela dit, c’était un choix de ma part. Le gouvernement suédois offre la possibilité d’avoir un traducteur présent à tous les rendez-vous médicaux, sans frais ! Je ne voulais juste pas m’embarrasser d’une deuxième personne, et mon niveau de suédois est suffisant pour dialoguer.

Je suis assez fière d’avoir pu tout faire en Suédois, mais cela a quelque fois porté à des confusions rigolotes. Il est arrivé qu’au téléphone, avec une sage-femme, en Suédois, j’explique que mes seins, mon ventre et mes mains me démangent énormément. Mon interlocutrice me conseille alors une crème… qui, comme je le  découvre, une fois à la pharmacie, s’avère être en fait une crème contre les champignons de la flore vaginale! Totalement hors sujet.

La préparation à l’accouchement

En Suède, la préparation à l’accouchement consiste en un cours de 3 heures, mené par une sage-femme aidée d’une présentation PowerPoint. Autant te dire que c’est assez léger. Peu d’haptonomie, de sophrologie ou autres techniques de préparation sont disponibles (en tout cas pas dans ma ville de province). J’étais assez déçue par ce manque. Pas forcement parce que je ne me sentais pas assez préparée (j’avais lu suffisamment de livres en français, anglais et suédois pour tout te réciter sur l’accouchement), mais simplement pour discuter avec d’autres femmes enceintes!

J’ai eu aussi l’occasion de visiter l’hôpital où j’accoucherais, ce qui m’a rassuré. Comme tu l’as peut-être deviné, je suis quelqu’un qui aime savoir à peu près à quoi m’en tenir. Du coup, ne pas être perdue, voir à quoi ressemble l’équipement, tout ça m’a aide à me projeter et à envisager l’accouchement sereinement (enfin, aussi sereinement que possible quand on imagine un événement aussi énorme).

Au final, je me sentais assez calme et renseignée. Ma sage-femme a porté une attention particulière à ce qu’ils appellent une lettre d’accouchement (le plan de naissance, quoi). Nous l’avons rédigé ensemble, en portant attention à mes envies, mes peurs ou mes questions. Elle a pris le temps de m’expliquer les différentes approches pharmacologiques ou non que la maternité proposera. Elle a bien insisté pour que cette lettre soit complète, et explique clairement ma position par rapport à ce qui allait se passer. Appeler ça une « lettre » encourage à s’adresser directement au personnel qui va aider à l’accouchement, ce qui fait qu’au final, ce plan de naissance est devenu quelque chose d’assez personnel.

Ecriture

Crédit photo (creative commons): Free-Photos

J’étais contente d’avoir mis par écrit mes attentes, mes angoisses, le tout de manière assez libérée. Non seulement j’ai pu formuler clairement comment je me sentais avant le grand jour et ce que j’en attendais, mais du coup j’étais aussi assez confiante dans la façon dont le personnel allait me traiter une fois arrivée à la maternité.

Ce document a rejoint mon dossier et était la première chose que les sages-femmes m’ont demandé le jour J. Mais ça, c’est une histoire pour un autre jour!

Et toi, étais-tu contente de ton suivi de grossesse ? Les différences entre France et Suède te choquent-elles ?


Guide accouchement

Commentaires

12   Commentaires Laisser un commentaire ?

Doupiou

Effectivement ton expérience suédoise est aux antipodes du suivi de grossesse en France (du moins de mon suivi de grossesse finalement).
J’avoue que j’étais rassurée de voir très régulièrement mon gynécologue. Après j’avais une césarienne programmée alors je voulais bien me préparer.
Si j’avais pu tenter une voie basse, je pense que j’aurais préféré un suivi plus naturel et simple comme le tien

le 28/06/2019 à 08h53 | Répondre

Bibi

Ce que j’apprécie beaucoup, c’est que même quand c’est une grossesse un peu plus compliquée (comme j’ai pu le voir avec mon diabète gestationnel), les professionnels de santé sont peu invasifs, très respectueux et toujours au courant de ton dossier (grâce a un système de suivi électronique hyper efficace). Je me suis toujours sentie bien prise en charge. Alors j’imagine que pour toi c’aurait été tout aussi rassurant qu’en France!

le 01/07/2019 à 09h29 | Répondre

Workingmutti (voir son site)

Effectivement, rien à voir avec le suivi en France, parfois très anxiogène.
Mais cela répond quand même (à mon humble avis) à une demande des femmes dont la grossesse se passe bien.

Le tout est de définir ensuite ce qu’est une grossesse qui se complique … Personnellement, je n’aurais vraiment pas été rassurée, mais j’ai un lourd dossier médical aussi 😉

le 28/06/2019 à 13h02 | Répondre

Bibi

On est d’accord que ça c’est si tout se passe bien. Le problème selon moi est que parfois ils font trop confiance a la femme enceinte, qui n’y connait pas grand chose au final. Du coup j’ai eu l’impression de temps en temps d’un flou artistique bizarre, sans avoir les réponses précises dont j’avais besoin parce que c’est « selon comment je me sens ». Parfois, l’autorité d’un médecin français m’a manqué!

le 01/07/2019 à 09h24 | Répondre

Elodie

Moi je suis un peu étonnée qu’il n’y ait qu’une seule échographie et un peu déroutée par le stéthoscope de Pinard (que j’utilisais beaucoup en mission humanitaire ) car les futurs parents aiment écouter le coeur de leur bébé et je trouve ça chouette mais j’aime cette approche assez détachée. Personnellement je ne fais pas de toucher vaginal sauf cas bien particulier. Je trouve dommage que tu te sois sentie parfois peu écoutée soutenue ou comprise mais j’imagine que c’est aussi sage femme dépendant comme chez nous d’ailleurs!

le 29/06/2019 à 12h47 | Répondre

Bibi

Le stéthoscope, elle l’utilisait pour elle, et elle mettait le Doppler globalement une fois sur deux pour nous faire plaisir. Je pense que ma sage-femme était de la vieille école, cela dit, et que chez beaucoup d’autres le Doppler est plus automatique.

le 01/07/2019 à 21h37 | Répondre

Mrs Smith

Ton suivi de grossesse me rappelle pas mal le mien en Australie – peu de scans, que des rendez-vous sage-femme vu que je suis considérée ‘low risk’ et aucun toucher vaginal ce qui me convient très bien! 😉 Il y a la possibilité de se faire suivre de façon plus médicalisée mais j’ai l’impression qu’ils font plus confiance aux femmes et à leurs corps, notamment pendant l’accouchement, qu’en France où l’on se doit d’écouter les ‘experts’…

le 29/06/2019 à 14h51 | Répondre

Bibi

C’est exactement ça pour moi la majeure différence entre la France et la Suède (et l’Australie, d’après ce que tu en racontes): en Suède c’est la femme enceinte qui a le contrôle, alors qu’en France c’est le professionnel de santé. C’est encore plus flagrant pendant l’accouchement (mais ça c’est pour un prochain article!)

le 01/07/2019 à 09h21 | Répondre

C

Ça ressemble un peu à ce que je vis actuellement au Danemark, en moins extrême: aucune prise de sang pour confirmer la grossesse, 1er rdv médical à 9 SA, 2 échographies prévues et il est bien rappelé partout qu’on peut s’en passer si on le souhaite, aucun toucher vaginal si non jugé nécessaire et peu de solutions pour les maux de grossesse (mais ça peut aussi être le cas en France j’ai l’impression). Par contre possibilité de faire tout le suivi en anglais et préparation à l’accouchement et la parentalité sur un an: 5 séances avant l’accouchement et 5 après, et on est encouragé à former un « groupe de maman » pour se réunir pendant le congé maternité.
Pour ma part j’apprécie l’approche relax et non angoissante, mais j’ai fait quelques compromis pour me sentir plus à l’aise: une écho à 8 SA pour ma tranquillité d’esprit (pas d’oeuf clair ou GEU, un coeur qui bat..) + une pour le plaisir à 28 SA, et ma mère m’a envoyé de fantastiques anti-nauséeux de France (mon médecin me recommendait de manger des gâteaux quand je m’inquiétais de ma prise de poids….3 semaines que je survivais de pommes de terre bouillies et biscottes..)
Comment se passe le séjour à la maternité en Suède ? Ici c’est très très court: pour un accouchement sans complication, on est prié de quitter les lieux après 4-6 heures, le seul pré-requis étant une tétée réussie !

le 29/06/2019 à 23h20 | Répondre

Bibi

Alors depuis Mars maintenant il y a une écho aux environs de la 10e semaine, donc le suivi danois se rapproche du suédois! (a moins que ce ne soit l’inverse…) Pour les nausées, je n’ai pas eu le même problème mais c’est vrai que le plus bon conseil que j’ai eu c’était « massez-vous le poignet »…. Ton approche pleine de compromis me parait être la meilleure, j’opterais pour ça s’il y a une prochaine fois.
La maternité, c’est pareil, maximum 6 heures et ouste ! Mais je l’évoque dans un prochain article.

le 01/07/2019 à 21h16 | Répondre

Caro

j’ai envie de te dire: quelle chance! En France, les rdv sont multipliés à outrance, souvent anxiogènes… Pour ma 2e grossesse j »ai fait le choix de limiter autant que possible (pas de test trisomie, suivi par une sage femme, pas d’anesthésie..) mais ça reste malgré tout invasif. J’ai eu un test de glucose alors que je n’avais AUCUN facteur de risque… les touchers vaginaux, les échographies à outrance (pour ma 1re grossesse j’étais suivie par un gynéco qui avait envie de faire « joujou » avec son appareil à ultra sons. Les échographies, on le sait, sont nocives pour le foetus, il vaut mieux limiter au maximum, et si la grossesse se passe bien, inutile d’avoir les 3 échographie obligatoires. La préparation à la naissance peut être utile (ça m’a servi pour accoucher sans péridurale) mais globalement 10 séances remboursées, là aussi c’est un peu abusé. Quant à discuter avec d’autres femmes enceintes, euh… En tout cas je constate que ton suivi est respectueux, peu invasif et en même temps très sérieux puisque quand il y a eu une alerte tu as tout de suite été prise en charge. Bonne suite de grossesse!

le 30/06/2019 à 15h35 | Répondre

Bibi

Merci ! C’est vrai qu’au final je suis contente de mon suivi de grossesse. Comme tout système il a ses défauts mais il m’a bien convenu.

le 01/07/2019 à 09h25 | Répondre

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