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L’Interruption Médicale de Grossesse: mes vraies réponses aux questions que tu te poses certainement


Publié le 23 novembre 2018 par Urbanie

Je remarque souvent que l’Interruption Médicale de Grossesse est entourée de fantasmes et de croyances: sur le déroulé, sur les raisons qui poussent à la décider, sur l’après. J’ai donc décidé ici de te donner un regard le plus sincère possible sur cette décision, que nous avons été amenés à prendre à deux reprises en 4 ans (si cela t’intéresse de comprendre pourquoi – la curiosité reste quelque chose de naturel – je te renvoie vers mon blog qui retrace notre historique). Bien entendu, mon regard reste très personnel, mais je pense qu’il pourra t’aider à mieux comprendre,  que tu sois un proche ou directement concerné.

Crédit photo (creative commons): TanteTati

 

1. Comment se déroule une Interruption Médicale de Grossesse? Tu es endormie?

Une IMG se déroule comme un accouchement classique, mais déclenché, c’est-à-dire que tu n’es pas sous anesthésie générale, et qu’il ne s’agit pas d’une opération. Tu peux en revanche demander la péridurale, bien évidemment. Les parents peuvent ensuite prendre leur bébé dans les bras et passer un peu de temps avec lui.

 

2. Est-ce que tu as eu mal? Comment gères-tu le fait d’accoucher alors que tu sais que ton bébé sera décédé?

Pas très bien au moment de l’annonce tu t’en doutes. Il est normal, quand on apprend le déroulé (l’accouchement, donc), de se liquéfier. C’est souvent à ce moment là que beaucoup de couples se figent et décident de ne pas voir leur bébé, une fois l’accouchement passé. C’est normal: tu es absolument terrifiée à l’idée d’accoucher, ta réaction est parfaitement naturelle. Ne te sens surtout pas coupable de réagir ainsi, nous passons toutes par la.

Concernant la douleur, normalement, puisque l’accouchement est déclenché, la péridurale est posée avant. Donc non,  tu n’as pas mal (sauf en cas de pépin avec la péri, bien entendu). En revanche, chaque femme est différente, chaque accouchement également. Et on ne va pas se mentir, dans une situation pareille, parfois l’accouchement peut être plus long (on a du mal à laisser « partir » son bébé). Donc moi je n’ai jamais eu mal, mais je ne peux que répondre pour mon cas personnel.

 

3. Est-ce que tu regrettes ton choix?

C’est une décision que nous avons prise à deux reprises, donc non (sinon, nous ne l’aurions pas prise la seconde fois). En fait, pour moi c’est une décision que l’on ne peut pas regretter si elle a été décidée de façon suffisamment éclairée en amont. J’insiste donc fortement sur le terme « suffisamment éclairée ».

N’hésite pas, si tu es un jour concerné(e) par ce choix, à questionner au maximum l’équipe médicale. N’hésite pas à demander un RDV avec un pédiatre spécialiste en cas de pathologie grave ou de malformations (je pense particulièrement aux malformations cérébrales, si complexes à cerner). Ne te laisse pas influencer par un médecin qui lèverait un peu trop vite les yeux au ciel si tu mentionnes le fait de garder le bébé: normalement, les médecins ne devraient pas réagir ainsi, mais ils restent des êtres humains avant tout. Donc soumis à des préjugés, des croyances. Ne te sens pas coupable face à une sage-femme qui te regarderait de travers pendant l’IMG: vous seuls, avec ton mari, savez pourquoi vous prenez cette décision, et vous n’êtes pas responsables des projections que les autres ne manqueront pas de faire.

Rapproche-toi d’associations pour obtenir le maximum d’informations: Petite Emilie, qui oriente et renseigne les parents ayant fait le choix d’une IMG; Spama, qui accompagnent les parents dans leur choix d’accueillir le bébé en soins palliatifs. Agapa, qui accueillent tous les parents endeuillés, tout court.

Dans tous les cas, il n’existe pas une « bonne » ou une « mauvaise » décision: il n’ya que la décision que les parents décident de prendre, face à une situation médicale complexe (et, le plus souvent, très incertaine).

 

4. Moi je sais déjà que je garderais/ ne garderais pas le bébé.

Il s’agit d’une des fameuses « projections » dont je parlais plus haut, et d’une remarque que j’ai souvent entendue. Je crois que c’est aussi le fantasme le plus répandu. J’en ai d’ailleurs déjà parlé de façon assez détaillée dans cet article ci.

On ne peut pas savoir à l’avance quelle décision on prendra, puisque la décision se prend sur la base d’un dossier médical. Et, à moins de se savoir porteur d’une maladie génétique héréditaire, il est absolument impossible d’anticiper de quoi sera atteint le bébé. Et encore: même dans une situation similaire, il est impossible d’anticiper sa décision le moment venu, une fois bel et bien enceinte. Bien entendu, certaines personnes (très croyantes et très pratiquantes, par exemple) feront tout pour éviter l’IMG. Mais globalement, on ne peut pas savoir comment on réagira en tant que parent face à l’annonce d’une maladie. Je crois que c’est quelque chose qu’on ne peut pas tout à fait comprendre si on ne l’a pas vécu.

 

5. Quelles sont les alternatives?

Si le bébé est atteint d’une pathologie létale, on peut décider d’attendre que le bébé décède in utero, ou de l’accompagner en soins palliatifs. Si le bébé est porteur d’un handicap, on peut tout simplement souhaiter s’organiser au mieux pour lui permettre la meilleure vie possible. Il n’ya aucune obligation, quoi qu’il en soit.

 

6. Légalement, comment ça se passe?

Une IMG n’est pas une IVG, même si les deux font partie de la même loi. Il ne suffit pas de décider de l’IMG pour y avoir accès en tant que parents (précision importante). Il faut que le bébé soit porteur d’une maladie ou d’un handicap reconnu comme incurable au moment du diagnostic. Donc non, on ne demande pas une IMG parce que l’échographie a montré qu’il lui manquait un bras ou une main. Sauf si la découverte entraine un risque trop important pour la santé de la femme (par exemple, un risque de décompensation psychique si la femme était déjà atteinte d’une maladie d’ordre mentale).

On ne fait pas non plus la demande juste sur la base d’une échographie ou d’un examen isolé. Il faut en général un peu plus de temps que cela. Très souvent, des examens complémentaires sont demandés: tests génétiques, amniocentèse, échographies de contrôle, IRM… Le tout peut prendre plusieurs semaines, voire plusieurs mois.

Ce n’est qu’une fois que le caractère incurable de la pathologie, et que sa gravité ont été révélés, que les parents peuvent faire la demande. Cette demande doit être examinée et validée par deux médecins d’un centre de diagnostic anté-natal.

Puis (et là, je vous préviens, ça va en faire tiquer certains) c’est la mère qui signe la demande. La loi Veil protège en effet la décision des femmes. Il faut également se décider à ce moment là sur les « formalités de l’après. Y aura-il une autopsie? Un enterrement? Une crémation? Une tenue? Ces questions, si elles ne sont pas spécialement drôles, restent très importantes pour le processus de deuil qui s’amorce ensuite.

Voilà pour les questions qui me sont le plus fréquemment posées, je sais qu’elles ne sont pas drôles, mais je trouve important de pouvoir y répondre de façon factuelle, sans tabou.

Et toi, tu as d’autres questions auxquelles tu voudrais que je réponde? Dis-moi, je ferai un autre article si nécessaire.


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Commentaires

14   Commentaires Laisser un commentaire ?

Lisa

Merci pour ton article très éclairant et nécessaire.

le 23/11/2018 à 08h51 | Répondre

Jolise

Je n’ose même pas imaginer le parcours difficile que cela a pu être. Bravo d’avoir le courage de revenir dessus. Je ne suis pas concernée directement mais ma voisine avec que je m’entends a du passer par là. Je n’ai jamais osé poser trop de questions mais je pense qu’ils en ont bavé. Heureusement pour elle elle est de nouveau enceinte et tout se passe très bien!

le 23/11/2018 à 09h12 | Répondre

Urbanie

Merci Jolise!

En parlant de ta voisine, même si elle est de nouveau enceinte, elle doit être également très angoissée (bien plus que pour une grossesse sans antécédents particuliers de ce type). N’hésite pas à lui demander comment elle va si tu es assez proche d’elle, cela lui fera sans doute très plaisir de se sentir écoutée. 🙂

le 23/11/2018 à 09h52 | Répondre

SarahCoteOuest

Ça doit être une décision extrêmement difficile à prendre. Et si j’avais des idées bien arrêtées avant d’être maman, je ne sais pas du tout maintenant comment je réagirai après plusieurs mois de grossesse. Merci pour cet article, c’est un sujet qui est peu abordé (et on n’a pas vraiment envie d’y penser quand on a un projet d’enfant), mais les couples doivent être tellement démunis quand ils y sont confrontés. Merci à toi de partager ton expérience

le 23/11/2018 à 09h25 | Répondre

Urbanie

Merci à toi pour ton gentil commentaire. 🙂

le 23/11/2018 à 09h53 | Répondre

Doupiou

J’attendais ton article avec impatience mais surtout beaucoup d’appréhension : comment va-t-elle réussir à briser ce tabou qu’est l’IMG ?

Je te trouve formidable. Formidable de courage par les moments par lesquels tu es passée mais surtout formidable d’écriture par cet article.
Tu es honnête, bienveillante, trouve les mots juste sans tomber dans le pathos ou au contraire minimiser cet acte.
Bref, je te tire mon chapeau d’avoir su avec autant de talent, parler d’un sujet si délicat

le 23/11/2018 à 12h07 | Répondre

Urbanie

Merci! <3

Je n'ai pas l'impression d'être si incroyable que ça, mais je demande ce genre de commentaires plus souvent pour rebooster mon ego hahahaha! 🙂

le 25/11/2018 à 07h37 | Répondre

Cricri2j

Je suis contente que tu n aies pas souffert physiquement. Moi j avais eu terriblement mal à la pose des laminaires et 8 tentatives de péri qui m ont fait tomber dans les pommes.

L accouchement est très long car en effet on « retient » cet enfant encore un peu à l intérieur de soi…

le 23/11/2018 à 21h26 | Répondre

Urbanie

Là où je vais, ils posent les laminaires avec une péri ou une anesthésie d’éléphant (c’est toi qui choisis, moi je prends la péri, comme ça au moins, c’est posé). Mais j’ai cru comprendre que cela pouvait être affreusement douloureux. :/

le 25/11/2018 à 07h36 | Répondre

Mme Lau

Bravo à toi pour cet article. J’imagine qu’il t’a fallu beaucoup de courage et de force pour l’écrire.
Tu m’a tiré les larmes aux yeux…
J’avoue que je me suis déjà posée la question mais sans jamais réussir à me dire ce que je ferrai mais comme tu le dis si bien je pense qu’on ne le sait jamais jusqu’au jour où l’on est malheureusement confronté à cette situation.
Encore bravo pour ton courage et ta force, ta fille a de la chance de t’avoir (ainsi que ton mari, faut être deux pour affronter ça, d’ailleurs ton nous parle pas de lui et de son cheminement, j’imagine que ce doit être particulier aussi…)

le 23/11/2018 à 21h59 | Répondre

Urbanie

Merci!

Non, je ne parle pas de mon mari, parce que je me dis que sa façon de voir les choses et de les vivre est privée. C’est quelqu’un de très pudique, je ne pense pas qu’il serait à l’aise avec le fait de partager ça.

le 25/11/2018 à 07h39 | Répondre

WorkingMutti (voir son site)

Merci d’avoir levé le voile sur ces moments si douloureux. Merci d’avoir parlé du côté matériel des choses. Merci de l’avoir fait avec tact. Tu as toute mon admiration pour réussir à avoir écrit cet article.

le 25/11/2018 à 11h55 | Répondre

Marine

Je suis toujours impressionnée par tes articles Urbanie. Je ne sais pas si c’est le cas, mais ils paraissent « sereins », très précis, bienveillants, tellement pertinents. Tu as l’air d’avoir une force de caractère et une résilience folle accompagnée d’une grande sensibilité.
Je viens d’avoir aujourd’hui les résultats des tests génétiques pour le risque de trisomie (qui sont négatifs) que j’attendais depuis un très long mois. Ça fait donc un mois que j’essaie de « prendre une décision », mais comme tu le dis si bien, tant qu’on n’est pas face à la situation de manière certaine, ça me parait impossible de savoir ce qu’on va décider.
Dans mon cas, je suis chanceuse cette fois ci, pas de décision compliquée à prendre. Enfin je crois que j’étais arrivée à une conclusion qui me convenait à moi, mais qui n’était pas la même que celle de mon mari, ce qui peut encore compliquer la donne.
En bref, merci pour tes articles.

le 27/11/2018 à 10h47 | Répondre

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