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La pire journée de ma vie


Publié le 22 juillet 2019 par Bibi

Deux jours avant de partir pour mon mariage, j’apprends que je suis enceinte. La joie est immense, le bonheur complet. Mister Man et moi nous marions avec ce petit secret au creux de mon ventre, et nous sommes comblés. Il y a cependant certaines fois où la roue de la chance ne tourne pas toujours dans le bon sens…

Attention, cette histoire ne se finit malheureusement pas bien, donc si tu es enceinte et sensible à ce genre de sujets, je te conseillerai de passer ton chemin.

Une première échographie

En Suède, la seule échographie est celle d’anatomie, entre la 18e et la 20e semaine. Mon premier trimestre s’est bien passé, entre des petits vomissements et une grosse fatigue. Je suis un peu angoissée, mais après tout, qui ne l’est pas, à l’aube de devenir maman pour la première fois ? Nous entrons donc dans la salle d’échographie pour notre première rencontre avec notre mini-nous. Le technicien nous dit bonjour, papote quelque temps, puis concentre toute son attention sur le fœtus. Nous, jeunes parents excités, commentons la forme de son nez, la joie d’entendre son cœur battre.

Mais le technicien reste silencieux. Quand je lui demande si tout va bien, il ne répond pas tout de suite. Il fait une petite moue, et nous dit qu’il voit un défaut sur le cœur. J’ai tout de suite senti notre petite bulle de bonheur se fissurer. Pas une déchirure, juste une fente qui est venue s’immiscer dans notre cocon. Le technicien n’est cependant pas alarmiste, il nous dit qu’il faut vérifier ça. Il glisse au passage qu’il est aussi un peu inquiet aussi par rapport à la forme du crâne, mais cela nous parait trivial par rapport à toutes les images de malformations cardiaques qui nous traversent la tête. Il nous dirige immédiatement vers un médecin spécialiste du diagnostic prénatal, avec qui il nous prend rendez-vous quatre jours plus tard.

La suite des examens

Ces quatre jours m’ont paru durer des années. Par un accord tacite, ni mon mari ni moi n’avons demandé à notre ami Google ce qui pouvait arriver à notre bébé. La peur et l’inquiétude sont déjà à leur comble, rien de tel qu’une imagination fébrile et des diagnostics alarmants pour nous faire vriller.

Le rendez-vous arrive enfin. Je suis très, très, très stressée. En fait, je suis morte de trouille. Le médecin est très gentil, et très doux. Il nous explique tout, calmement. Il regarde attentivement le cœur et nous dit qu’effectivement, un des ventricules a un petit trou. Une petite malformation qui nécessiterait une opération dans les premiers jours de vie du bébé. Il examine également la forme du crane du bébé, mais nous affirme qu’il n’est pas inquiet. Il cherche majoritairement la forme d’un citron qui indiquerait une trisomie, mais ce qu’il voit ressemble à une framboise. Il veut quand même faire une amniocentèse, pour écarter tout doute. Nous acceptons, et il sort immédiatement la plus grosse aiguille que je n’ai jamais vu de ma vie.

Seringe

Crédit photo (creative commons): Ewa Urban (Pixabay

Personne n’aime les piqûres. Je déteste ça. Entre le stress, les mauvaises nouvelles, et les hormones qui ne me laissent jamais tranquilles, je commence à paniquer. C’est alors que Mister Man joue son rôle de mari à merveille. Il me voit sur le point de complètement flipper et entreprend de me distraire. Il me fait rire, me tient la main, détourne mon attention du médecin qui est sur le point de me poignarder avec une aiguille de 20 centimètres. La sensation de l’amniocentèse est très particulière : je sens clairement que l’on m’aspire quelque chose de vital. C’est comme si c’était mon énergie qui partait dans cette seringue. Ce n’est pas douloureux, juste épuisant. On me préconise de prendre mon après-midi et de me reposer, les résultats seront là dans une semaine. Rendez-vous est également pris avec un pédo-cardiologue pour la semaine suivante.

S’ensuit la plus longue attente de toute ma vie. J’essaie de rester confiante. Je sens ce petit être toujours tambouriner dans mon ventre. A l’échographie, on a bien vu que c’est une petite fille énergique. Elle est forte. Une opération à la naissance, qui lui permettrait de vivre une vie normale, ce n’est après tout pas si grave. Je décide de rester positive, de donner de ma force à mini-nous pour qu’elle continue à rester sereine pour les 4 mois qui restent. Jusqu’à ce que l’hôpital m’appelle. « Nous avons vos résultats, est-ce que vous pourriez passer cet après-midi ? ». Je sais tout de suite que les nouvelles ne sont pas bonnes. J’appelle mon mari, et nous nous dirigeons tous les deux vers l’hôpital.

Le verdict

Nous sommes silencieux. Nous savons tous les deux que quelque chose ne va pas. J’essaie de faire la conversation, pour me distraire, mais rien n’y fait : nous attendons notre tour avec l’impression d’être à l’abattoir.
Malheureusement, l’amniocentèse a révélé que notre fille a la trisomie 18.

La sage-femme qui nous annonce tout cela a la voix douce, et nous explique avec gravité ce que cela signifie. Une chance sur trois qu’elle arrive au terme, et seulement 5% des enfants nés avec cette déformation génétique survivent à leur premier mois de vie. Nous sommes dévastés. Elle enchaîne en nous disant qu’en Suède, une interruption médicale de grossesse est possible jusqu’au 21+6. Je suis à 20+6. Si nous décidons d’interrompre la grossesse, il faut prendre la décision le plus vite possible. Je regarde Mister Man, et je sais qu’il a décidé la même chose que moi. C’est comme ça que nous choisissons de mettre un terme à cette grossesse. Pour éviter à notre petite fille de souffrir, pour nous éviter de trop souffrir. La sage-femme nous indique les démarches à suivre et les différentes étapes qui nous attendent, et nous laisse seuls dans cette petite salle d’hôpital. Ce n’est qu’une fois la porte refermée que nous craquons, tous les deux, dans les bras l’un de l’autre.

Je passe la semaine suivante dans le brouillard le plus total. Tout ça ne me parait pas réel. Je continue à sentir mon bébé qui tambourine dans mon ventre. Et je sais que ça ne durera plus. L’interruption est prévue un lundi. Le vendredi, je dois prendre une pilule qui aidera au déclenchement. Car ce que j’ai mis du temps à comprendre, c’est qu’une interruption, à ce stade-là de la grossesse, c’est juste un accouchement déclenché à un moment où le bébé n’est pas viable. Personne ne l’a formulé comme ça lors des explications. Pire, au lieu du terme d’accouchement, ils disaient « expulsion ». Mot techniquement correct mais qui fait froid dans le dos. On m’explique comment ça va se passer, on voit un psychologue, on prévient notre famille. Je vis tout ça dans un état second. Je dors mal. Le vendredi, en avalant la pilule, j’ai l’impression de moi-même tirer un trait sur le petit bébé que je m’étais imaginé. C’est dur.

La pire journée de ma vie

Arrive le jour tant redouté. Et ce fut terrible. Probablement la pire journée de ma vie. La douleur physique était immense. La douleur psychologique encore plus. Pendant 15 heures, j’ai souffert… jusqu’à ce que je laisse partir ma fille. Mon mari a été à mes côtés pendant chaque instant, me soutenant, m’épaulant, et souffrant avec moi.

Avant la procédure, l’équipe nous a demandé de réfléchir sur un nombre de choix que nous aurons à faire avec le fœtus. Voulions-nous le voir ? Lui donner un nom ? Une sépulture ? Toutes ces questions qui nous ont aidé à envisager l’après. Les choix que j’ai fait sont définitivement personnels, et je ne sais pas ce qui aide le mieux dans le processus de deuil. J’ai par exemple absolument refusé de voir le fœtus. Pour moi, ce que j’aurai vu n’était pas vraiment ma fille. Mon bébé, je l’avais imaginé, rêvé, pensé… Mais ce petit être, au final, n’a existé que dans mon imagination, pendant les 5 mois où je l’ai porté dans mon ventre. Ce n’est pas ce que j’aurais vu le soir de ce lundi. Je préférais garder à l’esprit ce que mon imagination voyait, et non pas la triste réalité.

Femme triste de dos

Crédit photo (creative commons): Free-Photos (Pixabay)

Et après ?

La suite a aussi été douloureuse. Physiquement et psychologiquement. Heureusement, mon mari et moi avons eu du temps pour guérir. Ensemble. Mon corps a dû se remettre de cet accouchement, j’ai dû accepter ce vide en moi. Nous avions besoin de temps, pour respirer, pour nous faire à cette nouvelle réalité. Est arrivé un moment où j’ai pu ranger les affaires de bébé déjà achetés. Puis où nous sommes sortis voir du monde. Tout doucement, on a appris à avancer, avec mon ventre vide. Nous avons pris deux semaines de vacances au soleil, qui nous ont aidé à nous changer les idées. Suffisamment pour envisager un nouvel essai…

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