Vivre en famille : le bonheur, le bazar... et tout le reste !

La Fabrique – Partie 1


Publié le 8 mars 2019 par Camomille

Pour la journée de la femme, je te propose cet article un peu original… en espérant  qu’il te plaira (et que tu t’y retrouveras un peu).

Aujourd’hui est un jour particulier. Brunehilde a vu le sang couler pour la première fois entre ses jambes. Elle est jeune encore, beaucoup trop jeune, mais elle sait que ce sang lui ouvre les portes de la Fabrique. Elle y pense avec un mélange d’excitation et d’appréhension. Ce sang, c’est sa clef.

Plusieurs années plus tard, elle se sent prête. Elle a rencontré Clotaire, un homme parfait pour elle, ils se sont établis, ils ont confiance en l’avenir. Il la pousse gentiment. « Et si on y allait ? » L’appréhension a disparu, seule l’excitation demeure. Preuve s’il en faut que la jeune femme est prête.

C’est ainsi qu’un matin, ils se lancent dans l’Aventure. Main dans la main, ils cheminent. La route n’est pas difficile pour accéder à la Fabrique, mais il y a quelques ornières. Tout à leur bonheur, ils ne remarquent pas ces couples qui trébuchent. Ces femmes qui essayent de relever leur homme, ces hommes qui tentent de faire avancer leur femme. Leur couple est soudé, porté par le même désir et ne voit qu’une chose : ce grand bâtiment qui se précise davantage à chacun de leur pas.

Ensemble, les voici arrivés. Le portail bée. Il est joli ce portail. Finement ouvragé, des angelots se répondent sur toute la surface. Ces gros bébés joufflus leur insufflent une motivation supplémentaire, des fois qu’ils en manqueraient. Brunehilde et Clotaire sont maintenant dans une grande cour. L’aménagement est très sommaire. Quelques bancs sont disposés çà et là. Rien de plus. Nul besoin d’être averti pour le remarquer. Cette grande cour impersonnelle est un espace d’attente. Brunehilde sait qu’il faut y passer. Mais le nombre d’êtres errants l’effraie. Elle ne les savait pas si nombreux. Et si elle devait rester dans cette cour le reste de sa vie ? Elle regarde Clotaire. La peur se lit dans ses yeux. Il n’avait jamais envisagé une longue attente. Pour lui aussi, c’était une évidence qu’ils auraient leur ticket. Vite.

Quelques temps passent. Brunehilde a maintenant repéré ceux qui désespèrent et ceux qui ont confiance. Elle sait que cette rousse hante cette cour depuis des années, s’accrochant de toutes ses forces à un espoir de plus en plus ténu. Elle a compris que cette brune n’est là que par formalité, presque blasée : c’est son quatrième passage. Tout ça elle l’a compris. Et chaque jour qui passe l’oppresse davantage. Elle rêve tellement de son ticket. Elle observe cette grande porte bleue, au fond de la cour. Cette porte qui est la seule et véritable entrée dans la Fabrique. Certes le portail est un premier élément mais maintenant qu’elle l’a franchi, elle considère qu’il ne compte pas : trop facile, il n’est jamais fermé. Et ce sang qui devait être sa clef et qui continue de couler lui donne maintenant des envies de meurtres.

Ce matin-là, le fonctionnaire passe devant elle, comme d’habitude. Il la jauge en la regardant de haut, comme d’habitude. On pourrait croire que c’est un homme sans cœur. C’est juste un homme usé par des années de service, dont le cœur s’est fermé petit à petit afin de se protéger. Processus naturel et nécessaire. Elle le sait, elle ne lui en veut pas. Elle ne lui en veut plus.

Soudain, Brunehilde le voit porter sa main à sa besace. Elle observe sa main, longue et délicate. La voilà qui plonge, qui fouille à la recherche du sésame. La voilà qui ressort, accompagnée. La jeune femme sent ses yeux s’embuer. Enfin ! Elle observe ce bout de carton. Il lui semble si dérisoire, ce petit rectangle beige et pourtant, c’est une révolution. Un dernier regard à Clotaire. Il sourit, béat. Ils s’enlacent. Et elle se dirige vers cette porte, seule. L’aventure est maintenant féminine. Son compagnon n’y participera que de loin.

Crédit photo (creative commons) : SkitterPhoto

A l’instant où elle s’apprête à composter, la porte s’ouvre sur une femme éplorée. Un accident. Ça arrive les accidents. Son carton n’était pas assez solide. Il s’est déchiré avant qu’elle n’ait le temps de passer au guichet. Elle doit attendre un autre ticket maintenant. Brunehilde se renfrogne. Elle regarde avec suspicion son propre ticket. Est-ce un billet gagnant ? Ou au contraire, est-ce un billet qui fait perdre du temps et fait souffrir ? Un seul moyen de le savoir : enfin, la voilà qui entre dans la Fabrique.

Toute à sa joie d’avoir reçu un ticket, elle n’a pas remarqué qu’elle n’était pas la seule femme à avoir été choisie. Elle en prend conscience en même temps qu’elle entend le bruit de la lourde porte qui se referme. A ses côté se dresse la rousse, un curieux mélange d’ombre et de soleil. Sénégonde attend ce moment depuis tellement longtemps qu’elle ose à peine respirer, de peur que son souffle fasse s’envoler son précieux ticket. Non, ses précieux tickets : elle en tient un dans chaque main, ahurie. Son regard va de l’un à l’autre dans un mouvement incessant. Il y a également Alboflède qui arbore l’air de ceux qui savent, avec un soupçon de suffisance. Et enfin Rixende qui fixe son ticket, perplexe, presque hagarde. Brunehilde ne l’a jamais vue dans la cour. Elle l’envie d’abord de ne pas avoir connue cette insoutenable attente. Puis, lorsqu’elle prend conscience de son regard déboussolé, elle la plaint. L’aventure est trop importante pour être prise avec légèreté. Une certaine préparation est nécessaire.

Les quatre femmes se regardent à la dérobée. Elles sont toutes très différentes, rien ne les relie. Rien sauf ces petits tickets. Rixende le maltraite dans son poing serré. On pourrait croire qu’elle veut le déchirer. Il est évident qu’elle hésite. Sénégonde pose une main dans son dos. Calme toi ma fille, ne commet pas l’irréparable, prends le temps de la réflexion. Doucement, Rixende se calme, desserre son poing, lisse son ticket. Une larme s’échappe de son œil.

C’est le moment que choisit le fonctionnaire pour surgir devant elles. Sa marche est militaire, ses mots parcimonieux. Il n’y a pas de temps à perdre, la première salle les attend. Alboflède les rassure. Il n’y a rien d’inquiétant, elle le sait, elle y a déjà été deux fois. Et surtout, depuis cette salle on voit le Guichet. De loin bien sûr. Mais enfin, on le devine. Les quatre femmes s’enfoncent dans le dédale des couloirs.

La suite arrive très bientôt, promis !

 


Tu en as marre de courir les magasins pour les fringues des enfants ? Et ce tous les mois, vu à la vitesse à laquelle ils grandissent ? Et je ne parle pas du petit qui hurle (que ce soit le tien ou celui d’une autre, grrr) parce qu’il ne veut pas essayer ce pull-là… Et si tu recevais directement chez toi de jolis looks (du 1 mois au 14 ans !) à essayer TRAN-QUILLE-MENT. Ça va ? Tu gardes et tu payes. Ça ne va pas ? Tu renvoies gratuitement. Bref, viens vite tester Little Cigogne !


Pssst : porte le bracelet Ava chaque nuit et obtiens sans effort des informations sur ton cycle, ta fertilité, ta grossesse et ta santé. Alors, pour mettre toutes les chances de ton côté pour avoir un petit bébé, je te propose 10% de réduction sur le bracelet Ava avec le code : DansMaTribuXAva ! Commande-le dès maintenant par ici !

 

Commentaires

14   Commentaires Laisser un commentaire ?

Béné sans bagage

Juste génial 🙂 Bravo !

le 08/03/2019 à 07h49 | Répondre

Marie Obrigada

Chouette ! Hâte de découvrir la suite !

le 08/03/2019 à 09h18 | Répondre

Madame Pinpon

Quel bel article… Mon ticket s’est déchiré il y a peu de temps, je viens d’en obtenir un autre et celui-ci sera vérifié aujourd’hui, journée du droit des femmes. J’espère, un beau message pour moi, et pour toutes celles qui attendent depuis trop longtemps…

le 08/03/2019 à 09h35 | Répondre

Camomille (voir son site)

J’espère que cette fois sera la bonne <3

le 08/03/2019 à 12h48 | Répondre

Workingmutti (voir son site)

Quel bel article sur un sujet si sensible 🙂 . Merci ! Mon ticket a été déchiré de nombreuses fois mais heureusement, j’ai eu la chance de pouvoir aller au bout parfois.

le 08/03/2019 à 10h34 | Répondre

Madame Lagon

C’est une belle métaphore et j’ai hâte de connaître la suite (j’ai attendu longtemps, je viens de recevoir mon ticket et il a l’air solide, mais ça n’enlève pas l’angoisse, ni la culpabilité par rapport à des amies qui ont souffert plus que moi)

Juste une question : pourquoi les 2 fonctionnaires sont-ils des hommes ? C’est un choix inconscient ou ça représente quelque chose ? (ça me frappe, parce que ça place les femmes de l’histoire en position de subir et les hommes en position de pouvoir, alors que la métaphore aurait pu partir sur des personnages féminins représentant « Dame nature » par exemple, qui n’est pas forcément douce ni juste d’ailleurs)

le 08/03/2019 à 10h56 | Répondre

Camomille (voir son site)

Je me suis posée la question. Mais mettre « une » fonctionnaire relevait d’un parti pris. Nous n’avons pas de neutre en français, mais c’est bien comme ça que j’imagine ces fonctionnaire : asexués.

le 08/03/2019 à 12h50 | Répondre

Die Franzoesin (voir son site)

C´est magnifique Camomille ! Tu as un vrai talent ! J´ai eu les larmes aux yeux quand Sénégonde regarde ses deux tickets <3

le 08/03/2019 à 12h00 | Répondre

Luciole

J’aime beaucoup, c’est un très beau texte. Bravo !

le 08/03/2019 à 14h09 | Répondre

Sarajade

C’est superbe, et drôle : ça ressemble à une dystopie horrible, on se dit « Oh mon dieu jamais on ne pourrait laisser faire ça!! », alors que c’est exactement la vraie vie :’) Ca met en lumière la « cruauté » et « l’injustice » de la nature, j’espère que dans la suite on pourra voir toute sa magie et sa beauté 🙂

le 08/03/2019 à 14h15 | Répondre

ELFée

Magnifique, quel talent! J’ai vraiment hâte de lire la suite !!!!
Et pourquoi pas une suite au-delà du guichet?
Si tu écris d’autres choses de ce genre j’espère que tu tenteras l’aventure de la publication un jour !
Pour ma part dans cette Fabrique j’ai de la chance, j’entre dans la grande cours et je reçoit mon ticket presque aussitôt. Et si mon premier ticket s’est déchiré juste après le passage de la porte bleue, jai eu le bonheur d’en recevoir un nouveau aussitôt, avant même de revoir couler mon sang.

le 08/03/2019 à 16h55 | Répondre

Vanouille

Texte splendide !!! J’attends la suite avec impatience!!

le 09/03/2019 à 11h01 | Répondre

June

Quel bel article! Très bien écrit, c’est un réel plaisir de le lire, merci!

le 09/03/2019 à 17h18 | Répondre

Louna

Oh bravo pour cette fiction si bien écrite : quel talent !
J’ai vraiment hâte de lire la suite !

le 13/03/2019 à 11h09 | Répondre

SI TU SOUHAITES RÉAGIR C'EST PAR ICI !

As-tu lu notre Charte des commentaires avant de publier le tien ?