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L’aide éducative à domicile : kézako ?


Publié le 27 octobre 2015 par Leaureine

Comme tu le sais peut-être déjà, je suis assistante de service social de formation. Depuis trois ans (et demi !), je travaille pour un Conseil Départemental, où j’occupe un poste d’intervenante en aide éducative à domicile (AED).

Mais qu’est-ce que c’est que ça ??

Ton fils de 3 ans est un véritable tyran à ton domicile, il ne respecte rien, ni personne, et tu ne parviens pas à lui mettre un cadre. Tu es épuisée, et tu ne sais plus comment faire.

Ton adolescente de 15 ans a décidé d’envoyer tout valser, sèche les cours, passe son temps à faire le mur, s’enferme dans sa chambre, s’endort à 3h du mat et se réveille à 13h… Les conflits entre vous sont de plus en plus présents, et il n’y a plus de communication.

Tu viens de subir un traumatisme important, ta famille a été bouleversée, les places des uns et des autres sont mal définies, et les enfants souffrent de tout ça.

Ton ex-mari et toi n’êtes absolument pas sur la même longueur d’onde en termes éducatifs, et vous ne parvenez jamais à vous mettre d’accord. Du coup, les enfants en profitent, et c’est la guerre permanente.

Voici quelques exemples de situations dans lesquelles je peux intervenir. On peut y ajouter les cas où un enfant revient chez ses parents après plusieurs années de placement en famille d’accueil et doit être accompagné dans ce retour, où des parents déficients intellectuels ont accueilli un enfant et sont déboussolés dans leur rôle de parents, où un enfant est repéré comme étant en souffrance à l’école et, malgré tout le soutien de l’équipe scolaire, n’arrive pas à s’en sortir…

Enfant à la campagne

Crédits photo (creative commons) : Travis Swan

Tu l’auras compris, mon travail consiste à intervenir auprès des familles qui rencontrent des difficultés dans le domaine éducatif, selon la loi de réforme de la protection de l’enfance de 2007.

Je ne suis ni Super Nanny, ni Pascal le grand frère (même si je peux parfois adopter certaines de leurs techniques), mais à la demande des parents, je viens au domicile essayer de comprendre avec eux le nœud du problème et tenter de trouver des solutions pour régler ce qui coince.

J’interviens auprès de tous les types de familles : j’aide les personnes défavorisées, comme les « classes moyennes », et il m’arrive aussi d’intervenir dans des milieux encore plus favorisés… Tout le monde, à un moment donné, peut rencontrer des difficultés avec ses enfants. Ce n’est pas une honte.

Quand je dis que j’interviens à la demande des parents, c’est bien parce que, dans ce cas, il n’y a pas de Juge des enfants dans l’histoire. C’est ce qu’on appelle une mesure administrative : il n’y a pas de décision judiciaire, mais simplement un engagement entre le Conseil Départemental (mon employeur), les parents, et moi. Nous fixons ensemble des objectifs de travail, et chacun doit y mettre du sien pour s’en sortir.

Bien entendu, si au cours de mon intervention, je découvre que les enfants sont en danger au domicile de leurs parents (maltraitance, violences physiques ou sexuelles, défaut d’entretien grave…), je suis dans l’obligation de le signaler au Juge des enfants, qui prendra une décision. Mais, entre nous soit dit, ça ne m’arrive pas souvent : les parents qui m’appellent sont partie prenante et ont vraiment envie que les choses s’arrangent, même si ce n’est pas facile.

Les mesures d’AED sont ordonnées pour six mois, ou un an, et peuvent être renouvelées autant que de besoin. Je rencontre soit toute la famille (parents et enfants), soit juste les parents, soit juste les enfants. Évidemment, lorsque les parents sont séparés, je rencontre les deux, et je travaille avec les deux ! D’ailleurs, si l’un d’eux refuse la mesure, je ne peux pas intervenir du tout… L’adhésion doit être complète !

On commence par apprendre à se connaître, à se faire confiance. Mes questions peuvent parfois sembler intrusives, mais j’ai vraiment besoin d’avoir une connaissance assez complète de la situation pour pouvoir aider la famille. En tout cas, je ne vais pas plus vite que la musique : j’avance au rythme de la famille !

Parfois, je propose aux enfants des activités extérieures, pour mieux les comprendre, et également pour travailler la relation de confiance. Et puis, loin de papa et maman, parfois, on peut plus facilement dire les choses, oser se livrer.

Tous les entretiens que je mène sont confidentiels, y compris ceux avec les enfants (sauf cas de maltraitance etc.). Lorsque j’agis comme médiatrice entre les enfants et leurs parents, je dois obtenir l’aval des uns ou des autres pour retranscrire ce qu’ils ont pu exprimer de leurs difficultés, de leur souffrance, de leur colère. J’aide à mettre des mots, à sortir ce qui fait mal, pour aller vers l’apaisement.

Au-delà de la parole, on peut aussi aller vers des choses très pratiques : écrire (et afficher sur le frigo) les règles de vie de la maison à respecter, fixer ensemble les heures d’utilisation de l’ordinateur et du téléphone portable, organiser une réunion au collège pour trouver une solution à des problèmes de comportement, accompagner les parents à un rendez-vous médical concernant l’enfant s’ils ne comprennent pas ce que dit le médecin, soutenir un jeune dans sa recherche d’apprentissage…

Je travaille donc aussi avec tout un tas de partenaires : les assistantes de service social de secteur, la Protection Maternelle et Infantile (PMI), les écoles/collèges/lycées, les clubs de sport, les centres sociaux, les centres médico-psychologiques, les unités d’intervention auprès des adolescents… Bref, tout ce qui tourne autour de la problématique de la famille !

Voilà, en schématisant, ce qu’est mon travail dans le département où j’exerce. Dans d’autres départements, cette mission peut être déléguée à des associations, composées également de travailleurs sociaux.

En me lisant, tu te demandes comment faire pour avoir accès à une aide toi aussi ? Je te conseille de te rapprocher de ton service social de secteur, en allant sur le site de ton Conseil Départemental. Tu trouveras toutes les coordonnées nécessaires. Tu ne seras ni jugée, ni dénigrée : des professionnels sont là pour entendre ta souffrance de parent, et pour t’accompagner.

Et toi ? Connaissais-tu ce service ? As-tu parfois l’impression de ne pas t’en sortir avec tes enfants ? Y a-t-il d’autres parents autour de toi pour qui ce pourrait être utile ? Viens en parler…

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Commentaires

18   Commentaires Laisser un commentaire ?

Banane

Je ne savais pas qu’un tel métier existait! Ça me parait une très bonne chose.
Pour l’instant nos difficultés ont toujours été réglé par un passage chez le psy, mais c’est une solution qui le parait interessante aussi.
A l’occasion je me renseignerai auprès de mon département. Il faut appeler directement le Conseil Départemental?

le 27/10/2015 à 07h56 | Répondre

Leaureine

Oui, cette mission n’est pas très connue en effet. L’assistant(e) de service social est plutôt connue pour les aides financières ou pour les placements d’enfants (image de vieille sorcière aigrie inside)…mais notre métier a pourtant une très large palette d’actions de prévention, avant d’en arriver là !!!
Effectivement, tu peux te rapprocher de ton Conseil Départemental, il te donnera les coordonnées du service social de ton secteur d’habitation.

le 27/10/2015 à 08h52 | Répondre

Virginie

idem, je n’avais aucune idée de l’existence de ce métier. C’est vraiment génial et ton métier doit être hyper intéressant, c’est carrément un projet de vie que tu « traites » à chaque fois en impliquant tous les acteurs concernés ET nécessaires.
En plus, j’imagine que, la volonté des gens étant de s’en sortir, c’est forcément constructif d’une manière ou d’une autre; contrairement à l’aide sociale imposée.
Je garde l’idée en tête et diffuserai la page sur FB. On ne sait jamais, ça peut servir à quelqu’un.

le 27/10/2015 à 08h28 | Répondre

Leaureine

C’est hyper intéressant ET très prenant ! On s’investit beaucoup, que ce soit moi, les familles, les enfants, les partenaires… Merci pour ton partage !

le 27/10/2015 à 08h53 | Répondre

pitch

je découvre aussi ce métier! c’est fou de voir comme certaines métiers qui peuvent apporter un vrai aide mais qui soient si peu mis sur le devant de la scène! petite question tout de même: est ce que tu as le droit de t’occuper des familles que tu connais plus personnellement? (je me mets à la place d’une famille et je me dis que même si tout cela reste confidentielle je n’aurais pas trop envie d’être suivi par quelqu’un que je connais plus ou moins (comme un ancien camarade de classe, quelqu’un de mon village, un parent éloigné…) comment ca se passe dans ces cas la?

le 27/10/2015 à 08h50 | Répondre

Leaureine

J’ai la chance de travailler loin de chez moi, donc je ne risque pas de « tomber » sur une famille que je connais. Mais c’est arrivé pour ma collègue : dans ce cas là, elle m’a demandé de prendre en charge la situation, afin de ne pas entrer dans un risque de conflit, de malaise face à cette personne qu’elle connaissait en dehors. C’est l’avantage d’être deux à exercer cette même mission sur un territoire !
Quant à l’absence de mise sur le devant de la scène, je pense que c’est en grande partie dû au fait que nous (l’ensemble des assistants de service social) ne savons pas bien communiquer sur notre métier, et qu’il est encore très très marqué par des représentations négatives. Nous n’apparaissons dans les journaux qu’après des drames où tout le monde se demande « mais qu’ont fait les services sociaux? »… il ne nous est pas facile de montrer et d’expliquer les petits pas que nous faisons avec les familles, car cela touche à l’intime.
Bref, c’est pour ça que je suis là, essayer, à ma toute petite échelle, de faire évoluer les points de vue !

le 27/10/2015 à 08h58 | Répondre

Dubmel

C’est vraiment intéressant à découvrir, merci ! Ça m’intéresserait beaucoup d’en savoir plus sur comment tu le vis: quelles sont tes horaires de travail, combien de cas gères-tu en même temps ? Comment prends-tu soin de toi pour ne pas te laisser miner par les situations difficiles ? Trouves-tu que c’est un métier le plus souvent gratifiant ou frustrant ?…. Dans la mesure de ce que tu as envie de partager bien sûr !

le 27/10/2015 à 09h24 | Répondre

Leaureine

Mais c’est un plaisir de te répondre Dubmel !
Mes horaires sont…heu….très variables. Je commence à 8h30 le matin, et je peux finir à 17h30, en période de vacances scolaires ! Car je peux voir les enfants dans la journée. Sinon, c’est plutôt 18h30/19h. D’autant que je suis sur un secteur très rural, donc avec beaucoup de déplacements et de kilomètres.
Ma collègue et moi avons 35 mesures en suivi, c’est à dire 35 enfants, soient environ 20 familles. C’est beaucoup. Et ce n’est pas facile d’être présent pour tous de la même manière.
Prendre soin de soi professionnellement n’est pas toujours évident. Ma technique à moi c’est de faire toujours de mon mieux, de me rappeler que les échecs sont autant d’expériences et de manière de rebondir autrement. Je ne ramène pas de travail chez moi, et j’utilise mon heure de trajet pour penser à autre chose. Il y a forcément des situations qui vont me toucher plus que d’autres, parce qu’on travaille avec l’humain, et qu’on n’est pas des robots…il faut savoir mettre des mots sur ses émotions, oser dire aux personnes qu’on rencontre « je suis très touchée par ce que vous venez de me dire », et surtout en parler en équipe avec ma collègue, ma secrétaire, les responsables… C’est important de ne pas rester seule avec ce qui me pèse ! Et heureusement, on rigole aussi beaucoup avec les personnes accompagnées !
Gratifiant ou frustrant? Les deux en fait ! Voir une maman réussir à laisser aller son enfant en centre de loisirs alors que six mois auparavant c’était impossible pour elle de le confier à quelqu’un d’autre, c’est hyper gratifiant, même si ça parait dérisoire vu de l’extérieur. Tout comme entendre un père dire à sa fille qu’il s’inquiète pour elle et qu’il ne veut pas qu’elle souffre, alors que dans cette famille on ne parle pas des sentiments…
C’est aussi frustrant parce que parfois, un pas en avant égal dix pas en arrière dans certaines familles…parce qu’on peut accompagner longtemps une famille et se rendre compte qu’elle est dans l’incapacité de modifier son fonctionnement… parce qu’on peut beaucoup étayer un jeune, et le voir malgré tout s’effondrer… et puis parce que bien souvent les moyens institutionnels ne suivent pas, ce qui est une réalité.
J’espère avoir pu répondre à tes questions !

le 27/10/2015 à 09h47 | Répondre

Madame Fleur (voir son site)

Je ne connaissais pas vraiment cet aspect là du métier. Et je trouve que tu fais un métier admirable.
Je retiens bien tes conseils, on ne sait jamais ce qui peut arriver dans le futur.
Merci de nous avoir fait partager ça !

le 27/10/2015 à 10h54 | Répondre

Mlle Mora

C’est un très beau métier que tu pratiques et c’est formidable que notre pays propose de l’aide à chacun. Merci de nous avoir parlé de ton métier, et les précisions dans ton dernier commentaires sont très intéressantes également.

le 27/10/2015 à 12h32 | Répondre

Madame Vélo

Oh je ne connaissais pas du tout ce métier ! Et je trouve ça super ce que tu fais !! Tout comme Pitch je suis effarée de voir que certaines choses existent pour aider les familles, les personnes en général et que ça soit si peu connu. Mais tu as raison, aujourd’hui le terme « service social » ou « travailleur social » sont mal connoté au vue du grand public. Bravo pour ce que tu fais et merci de l’avoir partagé avec nous 🙂

le 27/10/2015 à 13h48 | Répondre

Magali

très bien écrit Leaureine
belle description d’une facette de notre métier lorsque l’on travaille en éducatif

le 27/10/2015 à 15h55 | Répondre

Celestine

Bel article pour éclaircir un peu les missions des travailleurs sociaux. Et oui, malgré les spécificités de nos métiers (je suis éducatrice spécialisée) on exerce parfois sur les mêmes postes.

le 30/10/2015 à 15h53 | Répondre

Yelena (voir son site)

Etant moi même ASS (en scolaire) je suis ravie de cet article 😀 Rien de plus à dire, merci collègue 😉

le 04/11/2015 à 20h58 | Répondre

Jennifer

Je ne savais pas toutes les facettes de ton métier. Je le connais car j’ai travaillé un peu de temps dans un SESSAD (pas beaucoup de monde connait ce type d’association, quand je dis où j’ai travaillé, on dit un quoi?). J’étais la secrétaire du Service mais je me suis toujours demandé en quoi consistait le travail d’AED. Merci pour cet article qui a éclairé ma lanterne ^^

le 10/11/2015 à 15h44 | Répondre

Marie-Laure

C’est très intéressant, en effet. Mais tu ne parles pas du travail des TISF : qu’en est-il dans ta région?

le 11/11/2015 à 19h54 | Répondre

Christelle

je souhaiterais savoir ou je peux me renseigner pour avoir une aide éducative (tout sauf UTPAS) je suis d’hellemmes-lille dans le Nord

le 17/05/2016 à 11h18 | Répondre

Johanna

Bonjour

Je recherche une personne comme vous pour intervenir à mon domicile pouvez vous me contacter ?

Cdt

le 07/10/2017 à 18h21 | Répondre

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