Vivre en famille : le bonheur, le bazar... et tout le reste !

Notre parcours d’adoption : la rencontre avec le médecin de la COCA


Publié le 1 août 2018 par Mme Espoir

Au cours de notre processus d’agrément, il y a une visite qui nous tenait à cœur, même si elle n’était pas obligatoire : rencontrer un médecin « spécialiste » de l’adoption.

Lors de notre réunion EFA avait été évoqué le Dr C., médecin référent dans notre région pour la COCA (rien à voir avec la boisson gazeuse, il s’agit de la Consultation d’Orientation et de Conseil en Adoption). L’assistante sociale qui suit notre dossier d’agrément nous en avait également parlé. Il nous a semblé important d’aller le voir. En effet, lorsqu’on adopte un enfant à l’étranger il y a de très grandes chances que ce soit un enfant « à besoins spécifiques » c’est-à-dire porteur de pathologies, grand (+ de 6 ans) ou une fratrie. Les soucis de santé peuvent être bénins (gale, parasites divers, dénutrition…) ou plus importantes (pied bot, cardiopathies…), voire très rudes (VIH) sans compter les maladies psychiques.

Nous ne savions trop comment nous positionner sur le sujet. Il faut être conscient que pour adopter à l’international, ne pas être un minimum ouverts à cela vous ferme beaucoup de portes. Adopter un enfant en bonne santé relève quasiment de l’impossible (ou est très long). J’étais bien au courant de tout ça et prête à de nombreuses concessions, mon chéri un peu moins. Nous n’étions pas forcément d’accord sur ce que nous accepterions. Rencontrer quelqu’un qui pourrait nous orienter était une idée qui nous semblait judicieuse et nous avons profité des vacances pour prendre rendez-vous.

Crédits photo (Creative Commons) : Tumisu

Un rendez-vous décourageant ?

Ce rendez-vous était nécessaire même s’il a été difficile. Nous y sommes allés en famille. Nous avons laissé le choix à Schtroumpfette d’y assister ou pas et elle a tenu à être là. J’en suis plutôt satisfaite car elle a pu se faire une idée très précise de ce que cette adoption allait être.

Le médecin qui nous reçoit ne prend pas de gants. Il nous fait un point sur la situation de la situation. Avec un enfant et mon mari qui a plus de 40 ans, nous ne sommes clairement pas en position favorable. Il nous dépeint une situation assez catastrophique de l’adoption internationale. En 2005, il y avait environ 5000 adoptions par an. L’an dernier moins de 1000. Sachant que le nombre d’agréments délivrés n’a pas baissé il nous a fait comprendre qu’adopter à l’heure actuelle est mission peut-être pas impossible mais presque.

Il nous indique aussi qu’adopter un enfant qui semble en bonne santé peut être trompeur car certaines pathologies avancent masquées soit parce qu’elles n’ont pas été détectées soit parce que les gouvernements les cachent. Il faut donc être prêt à assumer quelque chose dont nous n’aurions pas forcément eu connaissance. Tu vas te dire que quand tu as un enfant et qu’un problème te tombe dessus, tu dois assumer aussi. Je dirais que c’est différent car dans le cas d’une adoption il y a le problème de santé vient en plus de bien d’autres soucis (l’attachement, le déracinement de l’enfant…) et que la gestion du tout peut être explosive. En tout cas c’est comme ça que mon mari et moi le ressentons mais il est de toute façon évident pour nous qu’à partir du moment où nous accueillons notre enfant nous ferons face ensemble.

Dans tous les cas et même sans pathologie, il faut être conscient que l’enfant aura un retard émotionnel mais aussi dans ses apprentissages. A 5 ans, il ne faudra pas attendre de lui ce qu’un enfant biologique de 5 ans est en mesure de faire. En clair, il ne saura pas écrire, peut-être pas tenir un crayon, aura peut-être du mal à s’attacher à nous (et le trouble de l’attachement est réellement très difficile à vivre), aura des difficultés de sommeil, une phase de régression, des colères… Un enfant adopté ne sera jamais un enfant comme les autres et ce même si l’adoption se passe bien.

De très bons conseils

Mais il nous donne aussi des conseils vraiment indispensables. Selon lui, il ne faut pas hésiter à adopter un enfant qui a une pathologie physique « réparable ». Une cardiopathie minime, une hépatite, une fente labiale (aussi appelé bec de lièvre) sont impressionnantes et peuvent faire peur, dégoûter ou rebuter. Mais une fois passé le temps de l’opération ou du traitement l’enfant aura une vie tout à fait normale (hum hum, après lectures sur le sujet il s’avère que c’est vrai du point de vue physique, moins si on considère tout ce que ça engendra sur son état d’esprit, son estime de soi et sa scolarité). Il est plus réservé sur les pathologies « au long cours » (notamment tous les problèmes liés au syndrome d’alcoolisation fœtale, des problèmes de retard intellectuel) qui sont très lourds à gérer même pour des parents adoptifs prêts à tout pour avoir un enfant.

Il nous indique qu’il vaut mieux renoncer à l’adoption individuelle car c’est souvent dans ces cas que les échecs d’adoption sont les plus nombreux. Il nous déconseille fortement certains pays pour lesquels tous les dossiers des enfants à adopter, absolument tous, sont faux. Les parents se retrouvent alors à gérer des situations absolument intenables et auxquelles ils n’étaient absolument pas préparés. Ses conseils sont très précis puisqu’il nous donne le nom de 2 OAA par qui passer pour réussir notre adoption et nous énumère également les pays à privilégier.

A la fin de la rencontre, il s’est adressé individuellement à moi. Entre 4 yeux, il m’a dit que les organismes pour l’adoption mettaient parfois la pression aux futures mamans pour accepter des enfants qui ne rentraient pas au départ dans leur projet. Et que la crainte de ne jamais avoir d’enfant faisait accepter des poids trop lourds à porter et détruisait des familles. Il en voit passer tous les jours. Nous avions Schtroumpfette, il faudrait penser à conserver notre équilibre familial avec elle. Il me conseille donc de m’endurcir et d’être forte. De ce côté je ne m’inquiète pas, M. Chéridamour sera là pour dire non et me raisonner.

Une impression positive malgré tout

Ce rendez-vous nous a perturbés mais nous avons apprécié ce médecin qui a su nous dire des choses difficiles avec beaucoup de tact sans pour autant mâcher ses mots (ça peut paraître contradictoire mais ça ne l’est pas) et qui a fait preuve de beaucoup de gentillesse. Ne pas avoir un discours de Bisounours est appréciable, nous préférons nettement être mis devant les faits plutôt que de nous engager dans une voie en pensant que tout est facile pour tomber de haut quand il serait trop tard.

Il nous a donné les grandes lignes et les grandes tendances sur les enfants adoptés mais a insisté sur le fait que rien n’est figé. Nous sommes bien entendus libres de suivre ou pas ses conseils. Il est honnête en nous expliquant que ce sont les conditions optimales mais que bien heureusement faire différemment peut donner lieu à des adoptions réussies. Chaque enfant et chaque couple de parents est différent. Adopter un nourrisson en bonne santé peut paraître « sûr » alors qu’adopter un « grand » de 10 ans avec problème de santé peut sembler très risqué et pourtant c’est peut-être la première adoption qui échouera et pas la seconde.

Il nous a invité à revenir le voir lorsque nous serions acceptés par une OAA ou l’AFA et si jamais nous avions la chance d’être apparentés de lui apporter le dossier pour qu’il nous dise ce qu’il en était vraiment car avec le temps il avait appris à « lire entre les lignes ».

Cette rencontre nous a aussi permis de réaliser que nos choix de départ étaient cohérents, corrects et de nous renforcer dans notre volonté de ne pas outrepasser les limites que nous nous étions posées. Le critère d’âge notamment auquel nous étions confronté a trouvé sa réponse : nous sommes fixés sur l’adoption d’un enfant jusqu’à 4 ans et 364 jours (5 ans non révolus). Mon mari et moi avons pu définir de manière plus précise nos choix en matière de santé et ce que nous nous sentions capables d’assumer. Nous sommes plutôt restrictifs en la matière : nous excluons tout ce qui concerne les handicaps lourds et/ou avec incertitude de développement intellectuel mais nous sommes ouverts à des pathologies réparables et/ou minimes même si elles nécessitent une surveillance au long cours.

Nous en sommes sortis l’esprit un peu plus clair et en mode « même pas peur, notre motivation est indestructible » (rien à voir avec la réunion d’information en fait !) et plus conscients que si notre projet aboutissait ce serait une chance fabuleuse.

—–

Et toi, as-tu un enfant différent ? Comment as-tu abordé sa différence ou sa maladie ?  

Inscris ton email ci-dessous et reçois idées, conseils et témoignages directement dans ta boîte de réception !

Super ! Va vite confirmer ton inscription dans l'email que je viens de t'envoyer !

Commentaires

7   Commentaires Laisser un commentaire ?

Gwence59

Petite question qui a peut être déjà été posée mais je prends tes récits d’adoption en cours de route ! Pourquoi ne pas adopter en France ? C’est toujours la question que je me pose quand je vois des couples dans des reportages adopter à l’étranger.. Je me demande pourquoi aller si loin quand il y a des petits enfants seuls chez nous. J’espère que ma question n’est pas déplacé 😉

le 01/08/2018 à 07h56 | Répondre

Marie B

Je me permets de répondre à la place de Mme Espoir.

Elle en parle là : http://www.dans-ma-tribu.fr/les-etapes-de-ladoption/

« Pour adopter en France, il y a des critères à respecter (là encore, ils dépendent de chaque Conseil Départemental). Dans mon département ils sont au nombre de trois :

Il faut être mariés
L’âge moyen du couple doit être inférieur à 38 ans
Et enfin, il ne faut pas que l’un des membres du couple ait d’enfant biologique
Si tu remplis ces critères, il ne te reste plus qu’à être trèèèèèès patient pour te voir attribuer un pupille de l’état (il s’agit dans la plupart des cas de nourrissons nés sous X). Je ne vais pas trop m’attarder sur l’adoption nationale, car si tu lis les 2ème et 3ème critères, tu te rendras compte qu’elle nous est fermée et je suis donc moins renseignée. »

le 01/08/2018 à 08h30 | Répondre

Mme Espoir

La question n’est pas déplacée 🙂 Merci à Marie B d’avoir mis le lien vers l’article où j’explique pourquoi nous n’adoptons pas en France.

J’ajoute quelques précisions : les délais pour adopter en France ont longtemps été bien supérieurs à ceux d’une adoption à l’internationale (je n’ai pas les chiffres exacts mais c’était quelque chose comme 4 ans à l’étranger pour 9 en France). D’où le fait que les couples se tournaient vers l’étranger. Actuellement les délais ne sont plus aussi différents (même si c’est toujours plus long en France) et de plus en plus de couples décident de ne pas tenter d’adopter à l’international d’autant plus que leurs chances de se voir apparenté avec un nourrisson est bien supérieur dans notre pays. Cependant, c’est à nuancer car certains départements ne respectent pas/plus l’ordre chronologique des demandes ce qui fait que des couples, même remplissant les critères, sont dans l’incertitude et savent qu’ils ne pourront peut-être jamais adopter en France : ils se tournent alors vers l’étranger pour avoir plus de chances.

le 01/08/2018 à 12h06 | Répondre

Selma

En plus des précédentes réponses, j’ajouterais que non, il n’y a pas des petits seuls qui attendent en France. Les 600 ou 700 enfants adoptés chaque année en France sont à 90% des petits nés sous le secret (« sous X »), qui sont adoptés très rapidement et sans difficulté : pour eux, il y a beaucoup plus de couples en attente que d’enfants, et il faut rentrer dans les critères pour avoir une chance d’être un jour apparenté… Les plus grands qui deviennent adoptables sont très très rares. Les pupilles de l’état qui restent pris en charge par l’ASE ne sont pas adoptables, pour diverses raisons (âge, souhait de l’enfant, état de santé ou psychologique trop fragile, liens maintenus avec la famille biologique, etc). Les adoptants se tournent vers l’étranger parce qu’il y a peu d’enfants à adopter en France, et non l’inverse. Mais l’étranger devient aussi de plus en plus compliqué…

le 01/08/2018 à 17h46 | Répondre

merle

En France (comme dans les autres pays) il faut que les enfants aient été abandonnés pour être adoptable. Il y certes beaucoup d’enfants qui sont dans des familles d’accueils ou dans des centres car ils ont été retirés à leurs parents par une décision de justice. Mais si ces parents n’ont pas légalement abandonnés leurs enfants, ceux ci ne peuvent pas être adoptables. C’est à la fois une bonne chose : ça permet à des parents « paumés » de se reprendre en main et de pouvoir récupérer leurs enfants, et une mauvaise quand on voit des enfants qui sont retirés de leur famille dès la naissance car ils sont en danger et qui seront baladés entre leur parents biologiques (qui ont évidemment toujours le droit de les voir, dans un cadre défini par la loi) et des centre d’accueil, des familles d’accueil… sans jamais pouvoir réellement avoir une famille stable.

le 01/08/2018 à 10h55 | Répondre

Mme Espoir

Ce médecin de la COCA nous a dit la même chose pour l’étranger : il y a beaucoup d’enfants seuls dans les rues et qui vivent dans la misère à l’étranger mais pour autant ils ne sont pas adoptables car ils ont quand même une famille…

Pour ce qui est de la France, nous avons appris au cours de la procédure d’agrément que les choses étaient en train de bouger (depuis la loi du 14 mars 2016).

le 01/08/2018 à 12h33 | Répondre

WorkingMutti (voir son site)

Merci pour ce billet qui nous plonge dans la réalité de l’adoption internationale. On pense qu’il suffit de faire un dossier car il y’a tellement d’enfants malheureux dans les pays pauvre (déjà entendu) ..

Pour ma part je ne me sens pas les épaules d’accompagner un enfant ayant des problèmes psy (en ayant eu moi même). Mais pourquoi pas un enfant avec un handicap physique, si je connais bien la pathologie avant. J’aurai besoin de me préparer à cette nouvelle réalité.

le 02/08/2018 à 09h24 | Répondre

SI TU SOUHAITES RÉAGIR C'EST PAR ICI !

As-tu lu notre Charte des commentaires avant de publier le tien ?