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Deuil périnatal : à qui en parler?


Publié le 12 février 2019 par Urbanie

Une des principales problématiques du deuil périnatal, c’est le grand silence qui l’entoure. Il n’existe aucun mot dans la langue française pour désigner la perte d’un enfant, et ce n’est pas tout à fait un hasard, la langue étant le reflet de la culture d’un peuple. Pour y avoir été confrontée, je peux te le confirmer: face à un tel drame, l’entourage préfère souvent ne pas discuter de ce qui s’est passé, ne pas nommer les choses.

Or, le plus difficile pour les parents endeuillés, c’est de justement ne pas pouvoir mettre des mots sur le traumatisme, ni ne pouvoir parler de cet enfant qui n’a pas eu vraiment le temps de vivre. Très souvent, les proches éludent ou détournent le regard lorsque la mère ou le père tentent de prendre la parole sur ce qui leur est arrivé. C’est le moment des petites phrases dites parce que l’autre ne sait pas quoi dire, des « vous en ferez d’autres » et des « il faut passer à autre chose », qui ferment la conversation sans appel possible.

crédit photo (creative commons): sweetlouise 

 

Le hic, c’est que parler est thérapeutique. Les parents endeuillés en ont littéralement besoin pour avancer dans leur deuil. Le risque? Se retrouver, des années après, sans avoir pu évacuer ce qui leur pèse sur le cœur. C’est un peu comme mettre plein de saletés sous le tapis dans l’espoir de faire croire que le sol est propre: arrive un moment où la crasse accumulée finit par moisir… pardonne moi l’expression, mais je pense très sincèrement que la parole en cas de traumatisme, c’est un peu comme de la poussière sous un tapis qu’on aurait balayée un peu trop vite. Il y’a un moment où ça finit par moisir.

Or, à qui parler? Le plus souvent, les proches sont démunis. Que dire à un parent qui a vécu le pire? Quels mots pour consoler celui dont on arrive à peine à concevoir le drame qu’il vit? J’ai déjà beaucoup écrit sur le sujet, mais je pense que je pourrais écrire encore une centaine d’articles de conseils, sans en voir la fin, tout simplement parce qu’il n’existe aucune formule miracle, ni solution prête à l’emploi. Parce que je pense que je serais également la première à ne pas savoir quoi dire, si je n’étais pas déjà passée par la.

Alors vers qui se tourner, sans crainte de rejet, ni de maladresses? Quel public choisir pour évoquer des récits parfois presque indicibles?

Heureusement, il existe bel et bien des lieux (virtuels ou non) qui peuvent aider et soulager. Voici ceux qui m’ont aidée tout au long de ces années:

 

Le psy

Oui, cela peut paraître évident, mais aller voir quelqu’un peut être d’une grande aide. Je ne reviendrai pas sur les différents types de psy qui existent, en revanche sache que tu peux demander à parler à un membre du personnel de l’hôpital où tu es suivie au moins lors de ton hospitalisation. C’est un choix que j’ai fait: la psychothérapeute qui nous a reçus lors de mon premier accouchement a su nous guider lors du drame. Je suis persuadée que cette intervention a été salutaire pour la suite.

J’ai également choisi de voir quelqu’un sur le long terme, ce qui m’a été particulièrement bénéfique puisque je suis retombée enceinte très rapidement suite à ma première IMG. Or cumuler une grossesse et un deuil périnatal récent peut être extrêmement anxiogène. Pas besoin de consulter toutes les semaines si le cœur ne t’en dit pas (je n’y vais qu’une fois par mois). Mais j’ai ainsi un espace personnel, privilégié, où je peux parler de ce que j’ai sur le cœur, sans crainte de choquer. Et en étant certaine d’être reçue avec délicatesse et bienveillance.

 

Les associations

Il existe plusieurs associations qui accompagnent le parent endeuillé, quel que soit son « profil ». Leur rôle: sensibiliser le grand public aux problématiques du deuil périnatal (et rendre ce sujet un peu moins tabou); militer auprès des pouvoirs publics pour faire avancer la législation (pas toujours à l’avantage des parents); et, surtout, accompagner les mères et les pères endeuillés à travers des conseils pratiques et des groupes de soutien.

Parmi celles-ci, citons: Petite Emilie (spécialisée dans les Interruptions Médicales de Grossesse) (je trouve que leur forum devrait être remboursé par la Sécu) (ça tombe bien, il est gratuit), ou encore l’association Agapa (qui organise des rencontres dans plusieurs villes de France, avec la bonne idée de « thématiser » les groupes: IVG, IMG, Fausses-Couches précoces… l’assurance d’être entouré(e) de personnes ayant un vécu extrêmement similaire – même si je reste convaincue que le deuil périnatal reste un sujet universel).

La formidable Laetitia, de l’association Lignes de Vie, a également réalisé un bon gros travail de recensement des associations et initiatives locales (merci encore Laetitia pour ce si gros boulot).

L’association Souvenange propose également un accompagnement à la maternité pour les parents souhaitant faire prendre en photo leur bébé décédé par un(e) vraie(e) photographe pro.

 

Les forums spécialisés

Je me méfie pas mal des forums, qui peuvent devenir de véritables zones de non droit, mais bien sélectionnés ceux-ci peuvent être salutaires pour celles et ceux qui n’ont pas accès aux groupes de paroles des associations, ou qui ne souhaitent pas parler physiquement à d’autres personnes. Là encore, je ne peux que te recommander les forums associatifs, dont celui de Petite Emilie: ils sont modérés, donc pas de dérive possible, en revanche tu peux bénéficier de vrais échanges avec d’autres parents et recevoir des conseils avisés des membres de l’association. J’y ai également vu de véritables amitiés se nouer.

 

Les blogs

Tu peux soit choisir d’en ouvrir un, pour partager ton expérience (je me sers par exemple du mien pour sensibiliser en douceur), ou suivre ceux d’autres parents. Lire des témoignages et correspondre avec certaines blogueuses m’a beaucoup aidée à l’époque à me sentir moins seule, et comprise. L’avantage, c’est que beaucoup de blogs aident à retrouver un peu d’espoir lorsque l’on suit le parcours de son auteur sur des années (et qu’on constate qu’il va beaucoup mieux).

Le blog d’Anne-Solange (« Cachemire et Soie »)

Tu peux suivre la désormais célèbre Virginie Grimaldi, sur les réseaux sociaux, qui a vécu une Mort Foetale In Utero il y’a plusieurs années de cela.

Yannick Papange, un des rares hommes (et Youtubeur) à s’exprimer sur ce sujet.

Le blog de Ioulia, Si mon histoire était contée.

Le blog Malyslon de Julie, qui contient une section sur le deuil périnatal.

Ma petite plume, qui parle de l’IMG.

 

Les livres

Certains ont été rédigés par des professionnels, d’autres par des parents endeuillés. Parmi ceux-ci j’en citerais deux (n’hésite pas à compléter si nécessaire dans les commentaires, ça m’intéresse aussi):

Le berceau vide (éd. Eres), de Marie-José Soubieux, pédopsychiatre et psychanalyste.

Nos étoiles ont filé (ed. Stock), d’Anne-Marie Revol (Grand Prix des Lectrices de Elle)

J’ai aussi pas mal lu sur les liens qui se nouent pendant la grossesse, pour comprendre l’impact que la perte du bébé entraîne sur la mère. Je citerais cet ouvrage en particulier: Psychologie et psychiatrie de la grossesse, aux édition Odile Jacob.

A vif, le livre de Ioulia S. Condroyer (qui tient le blog Si mon histoire était contée, dont je te parlais plus haut)

Ma petite plume, de Julie De Troy Lecante (qui tient également le blog du même nom mentionné plus haut).

A titre personnel, j’ai choisi de combiner ces 5 modes d’expression: chacun à une phase différente du travail de deuil. Tous m’ont beaucoup aidée, de façon différente et complémentaire.

 

Et toi, d’autres ressources que tu aimerais partager? Tu souhaites que j’aborde d’autres sujets liés au deuil périnatal? Raconte!


Tu en as marre de courir les magasins pour les fringues des enfants ? Et ce tous les mois, vu à la vitesse à laquelle ils grandissent ? Et je ne parle pas du petit qui hurle (que ce soit le tien ou celui d’une autre, grrr) parce qu’il ne veut pas essayer ce pull-là… Et si tu recevais directement chez toi de jolis looks (du 1 mois au 14 ans !) à essayer TRAN-QUILLE-MENT. Ça va ? Tu gardes et tu payes. Ça ne va pas ? Tu renvoies gratuitement. Bref, viens vite tester Little Cigogne !

Commentaires

6   Commentaires Laisser un commentaire ?

Pauline

Bonjour Urbanie,

Pendant une période de ma grossesse, j’ai beaucoup lu ton blog pour me « préparer », car j’avais peur de devoir faire le choix de l’IMG (même si je sais qu’on ne peut pas être prête à cela). Nous avons finalement eu de la chance que l’anomalie détectée n’ait pas de conséquences sur le développement du bébé. Cela dit, je suis toujours très touchée et émue de te lire. Je n’arrive pas à imaginer les épreuves que tu as traversées, et je comprends qu’en parler est salutaire. J’ai eu a chance d’être bien entourée pendant la grossesse, mais j’ai aussi fait face à certaines personnes qui évitaient le sujet (et des personnes très proches). J’ai également eu besoin d’en parler avec une psy, car c’est vraiment un espace pour se décharger, comme tu le dis, sans être jugée.

Je te remercie pour tout ce que tu partages avec nous, et je te souhaite le meilleur, à toi et à ta famille, en espérant que vos projets se concrétisent.

le 12/02/2019 à 09h46 | Répondre

Workingmutti (voir son site)

Merci pour cet article qui saura certainement aider des couples qui passent par cette terrible épreuve

le 12/02/2019 à 16h59 | Répondre

Urbanie

Merci à toi pour ton gentil commentaire!

le 13/02/2019 à 07h35 | Répondre

Delphine

Bonjour Urbanie, Merci beaucoup pour cet article, et plus largement merci pour tous tes articles autour du deuil perinatal, qui m’aident beaucoup à avancer. J’y ai été confronté récemment (en octobre 2018, au 5eme mois de grossesse), et la lecture de ton blog me rassure quant à la « normalité » des différentes phases que je traverse. Merci encore

le 12/02/2019 à 23h47 | Répondre

Urbanie

Bonjour Delphine,
Mes condoléances pour ton bébé. <3 Et merci pour ton gentil commentaire.

le 13/02/2019 à 18h24 | Répondre

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