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La peur de donner naissance à une victime ou à un monstre


Publié le 20 novembre 2014 par Reeza

J’ai toujours voulu avoir un enfant. Je suis l’ainée (et de loin) des cousins/cousines et j’ai toujours adoré m’occuper d’eux depuis qu’ils sont bébés, jusqu’à leur adolescence. Du coup, c’était une évidence pour moi : un jour, je serai maman et ça sera chouette ! Je viens tout juste de me marier et avec mon mari tout neuf, nous avons commencé les essais bébé avec beaucoup d’amour et de tendresse.

Oui mais. Après chacun de nos essais, une partie de moi espère ardemment que je ne sois pas enceinte. Des questions – légitimes pour une future maman – de type « serai-je une bonne mère ? Est-ce que je saurai lui apprendre nos valeurs ? Est-ce qu’il sera heureux ? Est-ce qu’on est vraiment prêts ? » tournoient, mais une revient sans cesse : sera-t-il une victime ou un monstre ?

Cette question a bien sûr une origine. Il y a plusieurs années, j’ai été malheureusement violé par mon copain de l’époque. Si je vais très bien aujourd’hui, ma peur est double pour mon futur enfant, parce que…

Playmobil peur du monstre ombre chinoise

Crédits photo (creative commons) : Yael P

Il pourrait être une victime comme moi…

Quand j’étais enfant, j’étais très timide et facilement impressionnable. Mon père m’a appris à me défendre de mille et une façons, m’a donné des armes, comme la confiance en soi, pour arpenter plus sereinement la vie. Mes parents m’ont fait mille et une recommandations, m’ont dit et répété que j’étais toujours libre de dire non, que mon corps m’appartenait, et que je devais toujours dire clairement ce que je voulais ou pas. Ils ont été là, à l’écoute, sans juger, quels que soient les soucis ou les bonheurs. Ils ont tout fait et plus, ils ne pouvaient pas faire mieux.

Pourtant, ça n’a pas suffit.

Alors comment pourrais-je mieux aider mon enfant qu’ils ne l’ont fait pour moi ? Comment pourrais-je le protéger si j’ai été incapable de le faire pour moi-même ?

C’est normal d’avoir peur pour son enfant, c’est normal de ne pas vouloir qu’il lui arrive du mal. Il faut bien les lâcher un jour… et si justement ce jour, il lui arrive quelque chose, j’imagine que mon enfant me dira ce que moi-même j’ai dit à mes parents : « Oui, c’est arrivé. Non, ce n’est pas de votre faute. J’ai besoin de vous maintenant. Je vais me battre et continué de vivre. Ne vous en faîtes pas, je vais aller bien. » Et comme mes parents, je culpabiliserai sans doute et l’accompagnerai le mieux possible quel que soit la violence qu’il a subit.

Ce qui m’effraie n’est pas de devoir hypothétiquement gérer ma culpabilité, mais de voir mon enfant en proie à la sienne, de le voir souffrir parce qu’il n’a pas su se protéger, et de le voir douter de ses compétences… Quel que soit la violence subie, la confiance en soi est éclatée, morcelée… alors que la victime n’est en réalité responsable de rien ! J’ai peur qu’il vive ce que j’ai vécu.

… ou il pourrait être un monstre comme lui

Ce copain de l’époque était un garçon incroyablement charmant. Mes parents l’adoraient, c’était un « garçon bien ». En société, il se comportait très bien avec moi, faisait rire mes amis, était serviable et souriant. Bref, il était apprécié et avait tout pour lui.

Il n’a jamais reconnu m’avoir violé. Pas parce qu’il ne voulait pas l’admettre, mais parce qu’il était intimement persuadé que, jamais, au grand jamais, il n’aurait pu commettre cet acte inhumain. Jamais il n’a pensé que son comportement était mal, jamais il a pensé à me faire du mal. Moi-même, j’ai mis deux ans pour me rendre compte de ce qu’il m’arrivait.

Comment est-ce possible ? Comment peut-on faire autant de mal si longtemps à quelqu’un sans s’en apercevoir ?

Parce qu’il ne m’a pas écouté, parce que je n’ai pas su m’exprimer clairement, parce que, parce que… Il n’y a pas d’excuse ou de justification à donner. Ce garçon insoupçonnable a commis un crime sans s’en rendre compte, persuadé d’être dans son bon droit. C’est ce qu’on appelle la culture du viol. Il est difficile de résumer les concepts qui sont derrière ce titre, et je n’ai pas envie de l’expliquer ici, parce que d’autres l’ont fait mieux que je ne pourrais le faire. Tu trouveras de nombreux articles sur internet, si tu souhaites en savoir plus (en voici deux par exemple : ici et ).

Ce que je veux dire, c’est qu’actuellement, c’est sexy d’insister quand elle dit non (parce que « c’est pas un vrai non »), d’être un brin macho, ou de se « laisser » convaincre. Bref, tous ces messages sur la sexualité dont nous sommes bombardés quotidiennement. Et si ce garçon, bien sous tous les angles, avec des parents instituteurs aussi présents que les miens, a pu aller trop loin, mon enfant risque aussi de faire du mal. Il pourrait être un bourreau.

Serai-je plus forte que les messages de la société et de la mode ? Réussirai-je à lui apprendre les limites de ce qui est bien et mal ? Ses parents à lui ont échoué en tout cas, je ne vois pas pourquoi je réussirai…

J’ai peur

Et donc, j’ai peur… Peur de ne pas être à la hauteur, de ne pas réussir à le protéger, de le sur-protéger, de lui mettre une pression énorme, d’avoir peur de lui, de ne pas être là, d’être trop là…

La liste serait trop longue pour énumérer toutes mes peurs liées à ce traumatisme. Mon mari me soutint évidemment, tout comme ma famille et mes amis. Nous avons de longues conversations, nous essayons de nous préparer, j’essaie de calmer mes angoisses.

Nous ferons le mieux que nous puissions, sans aucun doute, et j’espère vraiment que ça suffira à faire en sorte qu’il ne soit ni une victime ni un monstre.


Tu en as marre de courir les magasins pour les fringues des enfants ? Et ce tous les mois, vu à la vitesse à laquelle ils grandissent ? Et je ne parle pas du petit qui hurle (que ce soit le tien ou celui d’une autre, grrr) parce qu’il ne veut pas essayer ce pull-là… Et si tu recevais directement chez toi de jolis looks (du 1 mois au 14 ans !) à essayer TRAN-QUILLE-MENT. Ça va ? Tu gardes et tu payes. Ça ne va pas ? Tu renvoies gratuitement. Bref, viens vite tester Little Cigogne !

Commentaires

11   Commentaires Laisser un commentaire ?

Madame B

Reeza, déjà, bravo pour avoir eu le courage de faire ce témoignage. Je suis sensible à ton histoire car quelqu’un l’a vécu dans mon entourage. Malheureusement je n’ai pas la clef pour t’aider a surmonter tes angoisses. Ce que je peux te dire c ‘est : j’ai entendu parler de viol en étant une jeune ado car on a voulu me prévenir, mais j’aurais préféré garder mon innocence un petit peu plus longtemps. Le deuxième point, c ‘est que visiblement, tu as conscience de l ‘importance de l ‘éducation et de l’accompagnement pour faire un petit être adorable, et rien que pour çà, je suis sure que tu feras du très bon boulot. Bon courage pour la suite!

le 20/11/2014 à 08h37 | Répondre

Reeza

Merci pour tes encouragements.
Effectivement, l’éducation a pour moi un rôle clé dans une société (adulte comme enfant). Et c’est quand même là qu’on se rend compte qu’être parent, c’est une sacrée responsabilité ! J’imagine qu’on se sent tous un peu démuni au début et qu’on commence tous avec nos lots de casseroles 🙂

le 21/11/2014 à 07h51 | Répondre

Two Love

Bravo aussi d’avoir réussi à coucher tes angoisses sur le papier, cela n’a pas dû être facile.
Ensuite, je voudrais juste intervenir par rapport à ton petit ami de l’époque. Tu parles de son éducation, tu penses que ses parents n’ont rien raté mais je crois qu’on ne peut jamais vraiment savoir comment est éduqué un enfant, ce qu’il se passe dans sa famille, ce qu’il entend au quotidien… Attention, je ne dis pas que c’est de la faute de ses parents, je tiens juste à dire qu’il ne faut pas être aussi catégorique concernant son vécu et son apprentissage notamment de la sexualité.
En ce qui concerne tes propres enfants, effectivement, on ne peut pas les protéger de tout, même si on le voudrait. Alors,je pense que l’important, c’est de le mettre en garde, de lui montrer le droit chemin et surtout, de lui dire qu’en cas de problème, les parents seront toujours présents pour lui, qu’il ne sera jamais seul pour affronter un problème ou un traumatisme. Il faut instaurer un dialogue et une confiance réciproque.
Je te souhaite beaucoup de courage pour la suite et je suis sûre que tu feras une bonne mère!

le 20/11/2014 à 09h52 | Répondre

Reeza

Je comprends ce que tu veux dire. C’est vrai qu’on a vitre tendance à croire qu’on connaît bien la vie de son conjoint. Ce que je voulais dire c’est qu’en cotoyant sa famille (il a un frère aussi) pendant 2 ans, j’ai trouvé qu’elle ressemblait beaucoup à la mienne ! D’ailleurs j’étais traitée comme leur fille… La pilule a été d’autant plus dure à avaler.

Je suis bien d’accord avec toi que le dialogue est primordial. C’est parce que j’avais ce lien avec ma famille que je suis sur pied aujourd’hui. C’est peut-être ça finalement une famille. Ne pas pouvoir empêcher les malheurs mais être le premier acteur pour la reconstruction et la vie.

le 21/11/2014 à 07h59 | Répondre

Virginie

Tu ne peux pas savoir comment ce témoignage raisonne en moi, j’ai moi-même été victime d’une tentative de viol, je n’ose imaginer ce que tu as vécu vu ce que j’ai ressenti devant une tentative, et la petite soeur de mon mari a subi des attouchements étant petites… je ne te fais pas de dessin sur nos angoisses à propos d’un futur enfant, je pense d’ailleurs que c’est le principal frein, nous ne savons pas du tout comment faire face : arriverons-nous à le laisse vivre sa vie ?

le 21/11/2014 à 07h56 | Répondre

Reeza

Je suis désolée de ce qui vous est arrivé, à toi et à ta belle-soeur…

On a tendance à oublier que les victimes d’abus sexuels (peu importe le degrès, il n’y a pas de hiérarchie dans le traumatisme) refont une vie après, qu’elles ne sont pas définies par leur vécu. Ca n’empêche des grosses casseroles trainées derrière et des spectres qui planent sur la plupart des aspects de la vie.

Je peux difficilement te donner un conseil, étant moi-même sujette à cette angoisse. Mais j’ai décidé de faire confiance… aux gens, à la vie mais surtout à moi-même. Parce que c’est peut-être ça le plus dur, de ne plus pouvoir faire confiance, d’avoir peur de tout, y compris de soi.
J’ai envie d’avoir un enfant même si je suis terrorisée mais j’ai décidé de me focaliser sur mon envie plutôt que sur ma peur. Après tout, il y a aussi beaucoup d’enfants qui ont pu vivre sans traumatisme de ce genre 🙂

le 21/11/2014 à 08h14 | Répondre

Virginie

Nous avons peur de ne pas savoir gérer si cela arrivait un jour à notre futur enfant. Avec tout ce qui serait susceptible de remonter à la surface, pffiou, je n’ose imaginer nos réactions respectives. Du coup, face à cette peur, on bloque. Nous arrivons petit à petit à surmonter ça, à le reléguer très loin dans notre esprit car je veux également des enfants. J’espère simplement qu’on ne va pas leur transmettre nos angoisses, il paraît que les non-dits sont terribles dans une famille. Peut-être faudra-t-il aborder le sujet ? Comment faire ? c’est compliqué et il ne faut pas se planter, il ne s’agit pas de traumatiser l’enfant à vie en voulant le préserver.

le 21/11/2014 à 08h21 | Répondre

Madame Vélo

Oui c’est prouvé depuis peu, les peurs et les traumatismes se transmettent de générations en générations, au même titre que nos gènes. C’est pour ça que le dialogue et la communication est super important, et qu’il ne faut pas en faire des « secrets enfouis ».
Ton article est intéressant, parce que même sans avoir été victime de ce genre d’horreurs, c’est quelque chose qui me hante depuis mon enfance : et si un jour je me fais violer ? je ne sais pas d’où me vient cette peur, mais je sais que j’aurais toujours peur pour moi, et pour mes enfants plus tard. Et qu’en plus je risque de leur transmettre cette peur…

le 21/11/2014 à 11h10 | Répondre

Nilith lutine

Ton témoignage est très touchant, bravo d’avoir osé parler de cette angoisse !

Je rejoins Two Love sur le fait que, quoi que tu aies pu voir de la vie et des parents de ce garçon quand tu étais avec lui, tu ne sais pas vraiment comment il a été élevé. 😉 On lui a sûrement dit qu’il ne fallait pas faire de mal aux autres. Mais on lui a peut-être aussi dit « de se comporter comme un homme », « d’être fort », « les garçons ça ne pleure pas », ces petites phrases qui contribuent à ne plus savoir vraiment reconnaître ses propres émotions… et celles des autres.
Lui a-t-on vraiment dit que « non c’est non », et pas seulement quand c’est quelqu’un qui a une autorité sur lui qui le lui dit (ça marche pour le viol, mais ça marche aussi, plus petit, quand on embête un autre enfant qui dit pourtant « arrête ! ») ?

C’est vrai, on n’a aucune certitude de ce que deviendront nos enfants. On a rarement des certitudes avec les enfants, en vérité. Comme d’habitude, on fait de notre mieux, avec nos valeurs, notre vécu.
Courage ! ♥

le 21/11/2014 à 12h12 | Répondre

chlo

Merci.
Merci pour ton courage, tes mots posés.
J’ai été violée, a 16 ans par trois jeunes débiles qui pensaient que j’étais de la viande.

J’ai aussi un mari tout neuf et on a aussi commencé nos essais de bébés…. mais j’ai tellement peur, d’un cas comme de l’autre. Victime ou bourreau, j’ai tellement peur d’enfermer une éventuelle petite fille dans un cocon d’ouate qui ne lui permettra pas de vivre sa vie, ou de lui apprendre tellement que c’est SON corps etc qu’elle ne se sente pas non plus en mesure d’avoir de vraies relations charnelles consenties le jour venu…
Peur d’enfermer un éventuel petit garçon dans un schéma de « trop gentil »….
(et je sais bien que les garçons peuvent etre victimes et les filles bourreaux, mais moi, dans mon chemin à moi, ça ne me « parle » pas, ça ne me « touche » pas autant…)

Bref, je ne sais meme pas pourquoi j’écris cela, mais merci, en tous cas. Merci de me faire sentir moins seule….

le 22/11/2014 à 22h42 | Répondre

Black Cherry

J’ai envie de dire que la grossesse est un moment propice et surement privilégié pour (re)tisser les liens avec les autres femmes et j’ai le sentiment que cette solidarité est d’autant plus importante lorsque l’on est ou a été affaiblie par des agressions de cet ordre. Je pense qu’il ne faut pas hésiter à s’entourer doublement et trouver ceux (celles?) à qui s’adresser qui sauront entendre. Je crois que nous pouvons nous protéger les unes les autres. C’est une conviction que je ressens personnellement.

le 28/11/2014 à 21h13 | Répondre

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