Vivre en famille : le bonheur, le bazar... et tout le reste !

Ces phrases que l’on entend


Publié le 10 juin 2019 par Mme Espoir

Lorsque nous nous sommes lancés dans notre parcours pour l’adoption, nous avons presque aussitôt été confrontés à certaines idées préconçues ou opinions toutes faites. Ce ne sont pas forcément des choses négatives et elles montrent clairement la méconnaissance sur le sujet (ce qui est naturel).

Voici un récapitulatif des phrases auxquelles nous avons eu droit le plus souvent.

« C’est anormal que vous n’ayez pas le droit d’adopter un bébé ! »

Cette phrase montre le malentendu qu’il y a concernant l’adoption. L’adoption, ce n’est pas trouver un enfant à des parents qui ne peuvent en avoir, c’est trouver les meilleurs parents possibles à un enfant. Il n’y a pas de droit à être parent.

Quand un couple âgé de 45 à 48 ans (ou plus âgé) veut à tout prix adopter un nourrisson, il est assez normal que les services sociaux lui fassent comprendre que se sera compliqué. D’une part car il y a si peu d’enfant à adopter que sont privilégiés les parents jeunes. Et d’autre part, on sait qu’en avançant en âge on perd en vitalité. Se lancer dans l’adoption à 45 ans signifie attendre encore des années avant que l’enfant n’arrive, potentiellement l’accueillir 5 à 10 ans plus tard… Et les travailleurs sociaux essaient de mettre en adéquation l’âge des parents avec celui de leur futur enfant pour construire un projet cohérent.

Vu nos âges avec M. Chéridamour, nous avons eu conscience dès le début et sans que cela nous pose problème que nous ne serions pas apparentés à un bébé. Et si beaucoup s’en offusquent voyant là un refus de nous laisser pouponner, nous prenons surtout en compte que c’est l’enfant qui prime. Je n’ai aucune envie qu’on me prenne pour la grand-mère de mon enfant (il arrivera sans doute quand j’aurais déjà 42, 43 ou 44 ans !). Et d’autre part comme je l’ai déjà dit, cela me semble plus naturel pour ma part d’adopter un enfant déjà grand. Par contre être cataloguée à 38 ans dans la catégorie « âgée » j’avoue que j’ai un peu de mal parfois (mais c’est juste mon ego qui parle).

« On ne va quand même pas vous refuser l’agrément »

L’agrément est souvent ressenti comme un diplôme de « bon parent » et se le voir refusé est ressenti comme le signe qu’on sera de mauvais parents. Lorsque j’évoquais un possible refus les gens poussent les hauts cris. Lorsqu’on voit Schtroumpfette, on peut aisément se rendre compte qu’on est tout à fait capable d’élever un enfant.

Mais l’agrément est là pour accompagner le projet des futurs parents et déterminer s’ils seront capables de répondre aux besoins très spécifiques d’un enfant adopté. Il a des blessures à surmonter, il arrive avec sa propre histoire. Il faudra beaucoup de patience, de volonté et d’attention de la part des parents pour surmonter toutes les difficultés et passer le cap houleux de l’adolescence. L’agrément permet de voir s’ils y sont préparés et s’ils ont conscience de tout ce que ça implique. Et ça n’a donc rien à voir avec être un bon ou un mauvais parent. Encore une fois, c’est l’enfant qui prime et non le désir des parents.

Crédits photo : Rawpixel.com

« Ce n’est pas normal que ce soit si difficile d’adopter alors qu’il y a tant d’enfants malheureux »

Oui, il y a beaucoup d’enfants malheureux en France et dans le monde. Mais ils ne sont pas tous adoptables, loin de là !

Ils ne sont le plus souvent pas adoptables du point de vue juridique. En France, le lien avec les parents est toujours maintenu autant que possible. Il y a de nombreux enfants placés en famille d’accueil mais bien peu peuvent finalement être adoptés. Il y a là des améliorations à faire (et qui sont en cours d’après ce que nous a appris la psychologue vue pendant l’agrément).

De même à l’étranger, ce n’est pas parce qu’un enfant est dans la rue qu’il n’a pas de parents ou de famille. Son adoption n’est donc pas possible.

« Tu ne peux pas adopter en France ? C’est injuste ! »

M.Chéridamour ayant déjà un enfant, nous ne pouvons effectivement pas adopter en France. C’est une règle quasi générale dans tous les départements. Est-ce réellement si injuste ? Le contraire serait-il recevable ? Un couple ayant déjà un enfant naturel qui passerait en priorité par rapport à un couple n’en ayant pas, est-ce plus acceptable ? Je ne trouve pas et je réponds c’est qu’il y a si peu d’enfants adoptables qu’il faut bien des critères. Celui-ci ne me paraît pas illogique.

Je nuance cependant souvent en disant que ma vision est faussée par ma relation avec Schtroumpfette. Si j’étais mariée à un homme ayant déjà un enfant qu’il ne voit jamais et avec lequel nous n’aurions aucune relation, je crois que je vivrais ce critère beaucoup plus mal tout en le comprenant quand même. A noter qu’il est possible d’adopter en France quand on a déjà des enfants dans des projets très spécifiques.

« C’est beau ce que vous faites »

D’une certaine manière on espère apporter du bonheur à un enfant. Mais l’adoption est au contraire une démarche qu’on peut trouver très égoïste. Est-ce vraiment si admirable que ça d’arracher un enfant à sa vie, à sa culture, à son pays ? Certes, on peut le voir comme enlever un enfant à une vie de misère pour lui offrir un avenir matériel et affectif. C’est cependant très subjectif ce côté « vie de misère », car pour l’enfant c’est sa vie et ça ne veut pas dire qu’il est forcément malheureux. Et cette rupture est tellement brutale que c’est aussi peut-être le traumatiser profondément. Ou au contraire lui donner une seconde chance, une 2ème naissance grâce à notre amour. Tout ça, seules les années nous diront si nous avons bien fait.

Toutes ces phrases partaient toutes d’un bon sentiment : nous soutenir et nous encourager car nous serons selon nos amis de bons parents. Expliquer les choses et les remettre dans leur contexte a cependant été chaque fois nécessaire. Et comme nous n’en sommes encore qu’au début, je me demande quelles autres remarques nous allons avoir par la suite.

—–

Et toi, as-tu eu des remarques qui t’ont surprise quand tu as annoncé ton projet d’adoption ou de grossesse ? Qui t’ont fait réagir ?


Pssst : porte le bracelet Ava chaque nuit et obtiens sans effort des informations sur ton cycle, ta fertilité, ta grossesse et ta santé. Alors, pour mettre toutes les chances de ton côté pour avoir un petit bébé, je te propose 10% de réduction sur le bracelet Ava avec le code : DansMaTribuXAva ! Commande-le dès maintenant par ici !

 

Commentaires

21   Commentaires Laisser un commentaire ?

Rigel

Je trouve que tu fais preuve d’une incroyable maturité en écrivant tout cela. On sent en te lisant que M.Chéridamour et toi avez été au bout de la réflexion sur votre démarche.
Vous serez des parents fantastiques <3

le 10/06/2019 à 07h53 | Répondre

Stanzie

Merci pour toutes ces réflexions si justes, bien loin des lieux communs et qui donnent un coup de frais au sujet de la parentalité !
Je trouve qu’elles sont très utiles aussi aux parents attendant des enfants biologiques. D’ailleurs les meilleurs conseils que je n’ai jamais reçus enceinte sont ceux de la tante de mon mari … qui a adopté ses deux enfants ! Cette conversation sur l’accueil de l’enfant tel qu’il est, et l’accueil de mes propres sentiments à la naissance’ tels qu’ils sont à été initiatique … Je retiens vraiment ce leitmotiv de l’interet supérieur de l’enfant sur le désir des parents. Une fois expliqué cela semble couler de source, mais dans une société qui repousse toujours plus loin les possibles scientifiques on a tendance à l’oublier au profit de la performance parfois …
Merci pour chacun de tes articles que je lis attentivement. Je les trouve toujours très riches de réflexion !

le 10/06/2019 à 09h02 | Répondre

Mme Espoir

Je n’avais pas du tout envisagé que ces réflexions puissent aider des parents biologiques. Ça me semble tellement être des questions liées à l’adoption ! Mais en effet pour les uns comme pour les autres, l’intérêt de l’enfant est au cœur des questionnements.

le 11/06/2019 à 16h30 | Répondre

Virg

Je trouve que la démarche d’adoption a un point de vue très sain du point de vue de l’enfant puisqu’il est placé au centre. Je suis du coup outrée par l’envers du décor, pour avoir lu ou entendu des témoignages d’enfants placés ou de familles d’accueil, il y a vraiment beaucoup de travail. En effet, le lien familial est alors placé au centre de toutes les décisions, souvent à l’encontre de l’intérêt de l’enfant. En premier lieu, cette fichue manie de retirer l’enfant de sa famille d’accueil quand il y est depuis trop longtemps sous prétexte d’un lien trop fort avec la famille d’accueil, surtout quand elle l’a recueilli trop jeune. Le système français détruit litéralement des enfants à l’heure où tout le monde convient que ces liens d’attachement font toute la différence dans le développement futur de l’enfant. Grrrr

le 10/06/2019 à 09h11 | Répondre

SarahCoteOuest

Ce n’est pas systématique de retirer l’enfant de la famille d’accueil. Ma belle-mère accueille un enfant depuis plus de 10 ans, il a trouvé un équilibre, il va passer son bac et réfléchit à des études supérieures! Pour le coup, je trouve qu’il est plutôt bien pris en charge par le service (même si tout n’est pas parfait bien sûr)

le 11/06/2019 à 09h34 | Répondre

Virg

Ça dépend si l’administration considère que le lien familial a un avenir ou pas. Mais elle considère ça dans beaucoup de cas : parent incarcére, parent en soin psy ou désintox. Le problème c’est qu’il arrive que le parent ne soit pas en capacité d’assumer avant plus d’une dizaine d’années. A mon sens, le développement de l’enfant devrait être prioritaire : s’il est depuis le plus jeune âge en famille d’accueil et si ça se passe bien, quel est le sens de le priver de ses liens avec sa famille d’accueil pour préserver le lien filial ? C’est une vraie question et la réponse dépend si tu prends le point de vue du parent qui se sent « dépossédé » (ce n’est pas du tout le bon terme, j’espère qu’il sera compris), de l’enfant qui est une nouvelle fois arraché à ses liens d’attachement, parfois pour attérir en foyer en plus, de la famille d’accueil qui a quelque part adopté cet enfant.
J’opte pour ma part pour l’enfant mais je ne suis pas concernée, c’est donc très facile pour moi. Toutefois, ma mère et ses frères et soeurs ayant été abandonnés par leur mère (qui a accepté la déchéance des droits parentaux carrément), je constate au quotidien leur attachement presque maladif et aveugle pour leur père et les difficultés émotionnels qu’ils ont tous dû surmonter avant de pouvoir se dire sereins, adultes.

le 11/06/2019 à 10h50 | Répondre

Mme Espoir

Je connais très peu le cas des enfants placés, donc je ne m’aventurerai pas sur ce terrain. Par contre de ce que nous a dit la psychologue lors de l’agrément les choses bougent à ce niveau depuis la loi de 2016 sur la protection de l’enfance. Mais c’était déjà il y a plus d’un an qu’elle nous a dit ça, je ne sais pas où les choses en sont actuellement…

le 11/06/2019 à 16h42 | Répondre

Virg

Je tilte tout juste que je peux te donner un conseil pour le bon développement de ton enfant à venir : plus tu en sauras sur son histoire, mieux il se portera. J’ai bien vu que ma mère a eu besoin de réponse, de se confronter à sa propre mère pour comprendre cet abandon. Elle ne l’a fait qu’à 40 ans mais cela lui a vraiment été salutaire, pourtant les raisons sont sordides. J’imagine que mettre des mots permet à l’enfant de comprendre qu’il n’y est pour rien et de prendre du recul. Je transmets l’info en tout cas, si elle peut servir 😉

le 11/06/2019 à 19h32 | Répondre

Sarah

Je trouve que au sujet de l’adoption comme de la PMA, beaucoup de gens n’ont aucune idée de ce que cela représente. J’ai déjà entendu « tu n’as qu’à faire une FIV », comme si c’était simple et que ça marchait à tous les coups » ou bien « tu n’as qu’à adopter », comme s’il suffisait d’aller choper un gamin dans un orphelinat comme on va acheter une poupée. Je trouve en tout cas que vous êtes dans une belle démarche, et réfléchie.

le 10/06/2019 à 10h13 | Répondre

Mme Espoir

« C’est pas grave, t’as qu’à adopter » est le titre d’un roman 😉 Les gens ne se rendent en effet pas compte que les choses ne sont pas si simples…

le 11/06/2019 à 16h46 | Répondre

Elisa

Je suis une enfant adoptée tard (4 ans). Je trouve votre démarche magnifique mais je trouve cela scandaleux qu en France, ça soit si long alors qu il y a bcp d enfants sont en attente d avoir des parents. Mes parents ont attendu 10 ans pour m’avoir et pourtant ils ne souhaitaient pas de nourrisson (Pcq c’est souvent plus long). Il avait une situation sociale et financière stable et mariés depuis des années. Ils ont commencé les démarches à 25 ans. Pour mon petit frère, apres mon arrivée, ça a mis 3 ou 4 ans. Au moins un enfant adopté a bcp de chance car c est un enfant très désiré. Bon courage dans votre démarche.

le 10/06/2019 à 14h26 | Répondre

Mme Espoir

10 ans c’est en effet très long comme attente, surtout pour un couple qui ne désire pas un nourrisson ! Est-ce qu’ils ont su pourquoi les choses ont pris tant de temps ?

le 11/06/2019 à 16h50 | Répondre

Cécile

Votre article est vraiment qualitatif. Bonne continuation à vous et à votre famille !

le 10/06/2019 à 14h46 | Répondre

Maman Ours

Waouh. Toutes (ou presque) ces phrases, je les ai dites ou pensées un jour. Et je les comprends toujours. (et comme tu dis, elles servent souvent à encourager les futurs parents).
Mais en lisant ton article, je les vois différemment ! Tes explications sont tellement justes et surtout, font tellement passer l’enfant avant tout…
On sent vraiment beaucoup de réflexion, et surtout, beaucoup d’amour pour votre futur enfant.
Je suis toute émue de me dire qu’il y a quelque part (il est peut-être déjà né du coup ??) un petit enfant qui va avoir, un jour, beaucoup de chance de vous « recevoir » comme parents !

le 13/06/2019 à 11h58 | Répondre

Mme Espoir

Il est en effet possible que notre enfant ne soit pas encore né !

le 14/06/2019 à 11h47 | Répondre

Mickael Gastaud

Je suis actuellement au travail et je viens de lire ton article, est il est top – Jeune (37 & 39ans) parent d’un petit garcon de 3 ans adopté au Kazakhstan, je me retrouve dans tes paroles –
Je vais d’ailleurs partager cet article à mes collegues 😉 –
Quelques remarques Post-Adoption parfois sont les suivantes : « Mais tu lui diras un jour que tu n’es pas ca vrai mère ? » – « Pour moi, ca serais pas possible, d’adopter un enfant, ca serait pas mon fils/fille », « Sais tu pourquoi il a été abandonné » ?
Bref, des questions ou remarques qui manque tout simplement de reflexion –

le 13/06/2019 à 12h59 | Répondre

Mme Espoir

Nous ne sommes pas encore post-adoption mais effectivement il paraît qu’on peut avoir des remarques qui pour le coup sont plus que de la maladresse…

le 14/06/2019 à 11h51 | Répondre

Robby

Je viens de prendre le temps de lire votre parcours et j’avoue attendre la suite avec impatience. Nous sommes (ma femme et moi) un petit peu plus jeune 33/34 ans 😉 et avons notre 1er rdv avec notre Psychologue adoption au mois d’août. Le parcours du combattant démarre pour nous officiellement !!. Vous lire ma réconforter dans notre choix à l’adoption et les conseils ou suggestion que vous apportez nous serrons certainement très précieux. C’est peu être idiot de ma part mais j’ai eu l’impression par moment que vous étiez en train de raconter notre histoire sans que nous l’ayons encore vécu !! J’espère vraiment une fin heureuse à cette belle aventure.

le 19/06/2019 à 15h11 | Répondre

Mme Espoir

Mon mari et moi sommes un couple adoptif lambda. Beaucoup d’étapes que nous avons traversée ressemblent à celles d’autres couples. Je suis heureuse si cela peut aider ! Bon courage pour les entretiens !

le 21/06/2019 à 17h27 | Répondre

SI TU SOUHAITES RÉAGIR C'EST PAR ICI !

As-tu lu notre Charte des commentaires avant de publier le tien ?