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Vivre la PMA quand on est en couple avec une femme : entretien avec Marie. Épisode 1 : le parcours


Publié le 26 août 2019 par Urbanie

Suite à l’article sur les conseils aux proches de femmes en PMA, j’ai été contactée par Marie, qui souhaitait aborder avec nous la question de la PMA pour les couples de femmes. Mea Culpa: il est vrai que, dans notre précédent article, nous avons abordé le sujet au travers du regard de femmes en couple hétérosexuel.

Or, il est vrai que, si les couples de femmes rencontrent des difficultés extrêmement similaires aux couples engagés dans un parcours PMA classique, l’obligation de s’expatrier pour avoir recours à une FIV et le regard des autres alourdissent encore un peu plus un chemin déjà suffisamment complexe en soi.

J’ai donc proposé à Marie de nous parler de son histoire dans une série de plusieurs articles. Pour ce premier billet, Marie nous raconte son parcours médical pour tomber enceinte de Léa.

Crédit photo (creative commons): StockSnap

Bonjour Marie. Est-ce que tu peux te présenter en quelques mots?

Bonjour, je m’appelle Marie, et je suis la maman d’une petite Léa, qui aura 4 ans en novembre. J’ai eu Léa avec mon ex-femme suite à un très long parcours PMA engagé à l’étranger, et je me suis remariée depuis.

Comment s’est passée la conception, justement ? est-ce que tu peux nous raconter votre parcours ?

La conception a été longue et compliquée. Quand j’ai commencé la PMA, j’avais 25 ans, donc j’étais encore jeune. C’est pour cela qu’on a décidé que je porterais l’enfant.

On est d’abord parties en Espagne, en grande partie parce qu’on avait l’impression que ce serait plus sympa d’aller là-bas qu’en Belgique. Nous pensions – à tort, mais ça, nous ne pouvions pas le savoir – que les choses seraient faciles et rapides. Sauf qu’on s’est retrouvées à enquiller les négatifs. J’ai fait 3 inséminations artificielles, dans une clinique espagnole, qui n’ont rien donné. Au bout de ces 3 essais, nous n’avions plus assez d’argent pour continuer là-bas.

A ce moment-là, qu’avez-vous décidé de faire?

Nous sommes parties en Belgique, à Gand. Nous avons été prises sans conditions, ni délais, ni rien. A priori, c’est une bonne chose, mais le manque de suivi nous a parfois joué des tours.

Le problème, quand tu es suivie à l’étranger, c’est que les consignes peuvent vite devenir contradictoires entre les médecins français, et les médecins de la clinique locale.

Il y’a des fois où tu t’es sentie mal prise en charge?

Un jour, j’appelle la clinique belge pour les prévenir de mes derniers résultats d’examens, leur indiquer la taille de mon endomètre, de mes follicules, en vue de la prochaine insémination (On ne procède pas à une insémination à n’importe quel moment du cycle, ndlr). Ils me disent : « OK, ce serait bien de venir lundi prochain». Je leur explique que je ne peux pas ce lundi là, je demande si je peux venir le lendemain et repousser mon injection pour provoquer l’ovulation.  « Oh ouais, y’a pas de problème! ». Et donc la, j’ai tiqué, et j’ai compris qu’ils se fichaient de mon suivi. Et que c’était à moi de prendre des décisions qui concernaient directement ma santé.

Qu’est-ce que tu as fait suite à ce coup de fil?

J’ai commencé par me renseigner sur le sujet, au point de devenir experte  en fertilité ! J’ai réalisé qu’on m’avait par exemple envoyée en insémination avec des endomètres de 3mm, et que ça ne pouvait juste pas marcher. Nous sommes donc parties dans un nouveau centre, à Liège cette-fois, sur les conseils d’autres couples. Notre troisième centre! Nous y avons été très bien suivies, mais il nous aura fallu passer par 3 centres, dans 3 villes différentes, via 2 pays différents.

Un sacré parcours du combattant, en effet. Et donc tout s’est bien terminé, de ce que j’en comprends?

Eh bien oui… mais le suivi français a été en décalage, parce que les pratiques belges et les pratiques françaises n’étaient pas les mêmes.

Il faut savoir que, dans les années 80, la France a été à la pointe de la PMA avec le Professeur Frydman, mais s’est arrêtée là.  Alors que d’autres pays en Europe ont poursuivi les travaux, sur les FIV notamment. Il y’a 4 ou 5 ans, au moment de ma FIV, certains protocoles étaient encore très expérimentaux en France, alors que d’autres pays les avaient déjà complètement adoptés.

Crédit photo (creative commons): RitaE

Tu aurais un exemple à nous raconter?

Par exemple, on ne pratiquait pas les transferts à J5 en France, à cette époque, contrairement à la Belgique. On considérait, en France, que l’embryon était beaucoup trop fragile à ce stade. Du coup, les médecins français nous regardaient bizarrement quand on abordait ces questions avec eux. Ce qui fait qu’on s’est retrouvées avec des situations merdiques.

Autre exemple, assez éloquent: j’ai fait une hyperstimulation suite à un protocole belge, afin de préparer la ponction à venir. Mon médecin français a voulu me donner des médicaments pour atténuer la douleur, la clinique belge m’a répondu « on ne vous prend pas pour la ponction si vous avez pris un traitement » – tout simplement parce que leur protocole d’anesthésie pour la ponction était très différent ce celui en cours en France. Donc les médicaments recommandés en France n’étaient pas compatibles avec le protocole belge.  Résultat : non seulement je n’ai pas pu prendre de médicaments, mais suite à cette hyperstimulation, les ovocytes récoltés ayant survécu étaient peu nombreux, puisque de mauvaise qualité. Et moi, je me suis retrouvée toute seule au téléphone avec mon médecin français pour lui expliquer les différences de protocoles entre pays. Et ça, c’est des trucs que tu ne peux pas deviner avant de les vivre. Si tu n’as pas un médecin de PMA, en France, qui connait bien le sujet et qui accepte de t’accompagner, c’est à toi de te débrouiller seule et d’apprendre.

Tu as du te sentir très seule…

Oui, mais heureusement, j’étais membre d’une association, Les Enfants d’Arc en Ciel, qui m’a énormément aidée à y voir plus clair, grâce aux expériences des autres membres. Même si ces personnes sont « simplement » des bénévoles, donc ne remplacent pas un médecin formé sur ces questions la.

Et au final, cela vous a pris combien de temps avant d’accueillir Léa?

On a commencé les démarches en janvier 2011. Et Léa est née en novembre 2015. On a cumulé 19 négatifs en tout et pour tout.

Revenons au suivi médical en France: comment les choses se sont-elles passées avec les médecins français? A la fois pour votre parcours PMA à l’étranger, mais aussi en tant que couple de femmes?

Il y’a des réseaux de médecins recommandés qui existent. Notre généraliste nous a suivies au tout début et nous a prescris tous les traitements nécessaires, du moins au début du parcours PMA. En revanche, nous avons du trouver un gynécologue quand nous avons entamé le parcours FIV et qu’il fallait prendre des traitements plus lourds.

On a fait le tour de tous les gynécos possibles spécialisés en PMA : je ne me déplaçais même plus, j’appelais directement les cabinets : « Bonjour, couple de femmes, PMA à l’étranger, est-ce que vous nous prenez? ». Ça nous évitait des pertes de temps.

Mais si vous étiez suivies à l’étranger, pourquoi avoir besoin d’un spécialiste de la PMA en France?

Il faut beaucoup de mobilisation au quotidien pendant un parcours PMA : avec un monitoring tous les deux jours (pour vérifier si le corps est prêt pour l’insémination, ndlr), tu as plutôt intérêt à avoir des professionnels à proximité. Je me souviens de fois où on a du traverser Paris en scooter pour une simple écho, parce qu’on avait pas le droit d’être suivies en centre de PMA français – et donc qu’il fallait faire les examens nécessaires ailleurs.

Le médecin qui nous a suivies pour Léa n’exerce plus: si je dois refaire une PMA aujourd’hui, je ne saurais plus à qui m’adresser.

Vous avez envisagé de laisser tomber?

Non, mais j’ai failli, à un moment, me mettre en couple avec un pote : on a dépensé 45 000 euros pour avoir notre fille. Je me suis dit « c’est plus possible! C’est beaucoup trop cher! ». J’ai donc envisagé me mettre en couple hétéro pour aller aux rendez-vous PMA en France tranquillement. J’ai également réfléchi à prendre un appartement ou un boulot en Belgique. Un appart’ à 300 euros par mois m’aurait coûté moins cher que la PMA.

Merci beaucoup pour ce premier récit. La prochaine fois, nous parlerons des réactions de l’entourage et de la façon dont l’histoire de Léa est racontée aux proches.


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Commentaires

8   Commentaires Laisser un commentaire ?

Madeleine

Merci pour ce témoignage. C est important, car qd on regarde les médias, on a l impression que la Pma, c est magique, qu’en 2 mois, la femme sera enceinte, sans soucis.
La Pma (que ce soit pour stérilité ou pas), c est la galère. Une énorme galère.
Courage à toutes les femmes qui se lanceront dans l aventure.
(Madeleine: 3 FIV, 12 embryons transférés un par un, un bébé et une fausse couche tardive)

le 29/08/2019 à 20h49 | Répondre

Urbanie

J’avoue que, quand tu n’y connais rien, tu as en effet l’impression qu’une simple fondation suffira à te rendre enceinte. On imagine pas la galère que cela représente (moi la première avant d’en passer par la!).

le 31/08/2019 à 20h15 | Répondre

Mme Espoir

Merci pour cet article !

Juste une petite remarque : le suivi en France peut être catastrophique également (si je me décide, je raconterai un jour les situations ubuesques que j’ai vécues). Si j’avais dû coordonner avec un autre pays clairement ça aurait été la catastrophe !

le 30/08/2019 à 10h49 | Répondre

Urbanie

Je te crois sur parole, j’ai un petit avant gout de la cata totale avec certains de nos médecins français. Ou comment rajouter du stress à une situation déjà super stressante…

le 31/08/2019 à 20h16 | Répondre

AurélieB

Merci pour cet article.
Etant également un couple atypique (34 ans de différence d’âge) le suivi de PMA a aussi été très compliqué… Et nous nous sommes fait rejeter par plusieurs centres avant d’être pris en charge….

le 09/09/2019 à 15h15 | Répondre

Urbanie

Mince! Sur quel motif?

le 10/09/2019 à 09h48 | Répondre

AurélieB

Par rapport à l’âge de mon conjoint (59 ans) au début du processus

le 10/09/2019 à 10h45 | Répondre

Urbanie

Je ne savais pas que les hommes étaient également concernés par la limite d’âge (même si cela semble logique). Vous avez réussi à rester en France pour votre PMA finalement?

le 14/09/2019 à 19h12 | Répondre

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