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Quand la reprise du travail ne se passe pas bien : les expériences d’Étoile et d’Urbanie + quelques conseils pour toi


Publié le 10 novembre 2016 par Camille

On te retrouve cette semaine avec les deux dernières expériences malheureuses de nos mamans travailleuses, celles d’Étoile et d’Urbanie. Et pour ne pas te laisser tout autant démunie si toi aussi, tu es victime de discrimination, tu retrouveras à la fin de l’article des conseils pratiques pour t’en sortir !

Conseils pour reprise du travail si discrimination

Crédits photo (creative commons) : Unsplash

Étoile

Avant la reprise

Je travaillais dans le service financier d’un grand groupe. Jeune mariée, tout le service avait les yeux scrutés sur moi, en particulier un de mes chefs.

Après une année difficile avec des horaires très denses, mon chef voulait juste savoir si j’étais enceinte lors de mon entretien de fin d’année, sans même prendre en compte le travail accompli. J’ai donc dû, malgré moi, l’annoncer très tôt, sans possibilité de défendre tout le travail accompli au cours de l’année. Cette grossesse « ne tombait pas au bon moment » pour mon équipe, car nous avions de gros projets en cours. Mais entre nous, il y a toujours du travail dans la finance, et jamais de bon moment pour tomber enceinte !

Pendant ma grossesse, je n’ai donc pas pu adapter mes horaires de travail, j’étais donc en moyenne onze heures par jour sur mon lieu de travail. Avec le temps de transport, je ne rentrais jamais à la maison avant 20h30/21h. J’étais épuisée. Mon gynécologue m’a arrêtée à 5 mois de grossesse pour éviter des complications. Mon corps ne suivait plus et je n’arrivais visiblement plus à nourrir mon bébé suffisamment (un retard de croissance a été évoqué).

Je ne saurai jamais si c’était lié à mon rythme de travail, au stress que je ressentais à cette époque, et je ne rejette la faute sur personne. Je pense juste que j’aurais dû mettre de côté temporairement ma conscience professionnelle afin de tenir plus longtemps, et je regrette quelque part que mes responsables n’aient pas cherché à me décharger un peu de ma masse de travail. Peut-être n’y avait-il pas assez de ressources à l’époque ?

Ce n’est pas vraiment très drôle d’être arrêtée aussi tôt, avec toutes les inquiétudes qui vont avec sur la santé du bébé. Et surtout, je pense que certaines personnes ont pensé tout bas que mon arrêt était un arrêt de complaisance. Bref, le regard des autres a été difficile à gérer.

Après la reprise

J’ai demandé une mutation dès mon retour de congé maternité.

Déjà, il y a eu trop de souffrance de mon côté par rapport au déroulé de ma grossesse, même si, je le répète, je ne veux rejeter la faute sur personne. Trop de jugements, de ressentiments (peut-être des deux côtés ?). Je ne veux pas entrer dans les détails, mais il y a des choses qui marquent et qui ont de quoi faire perdre confiance en soi. Globalement, j’ai ressenti plusieurs fois cette impression que j’avais été une tire-au-flanc en tombant enceinte (et en plus avec des problèmes !) et la sensation que je devais « assumer ce que j’avais fait ».

Par conséquent, à mon retour, j’avais l’impression d’être mise de côté. Comme si mon absence de plusieurs mois m’avait fait tout oublier, comme si j’avais perdu toutes mes compétences. En outre, j’avais fait le tour de mon poste actuel et on avait mobilisé les ressources nécessaires pour me remplacer pendant mon absence, donc ça me paraissait logique d’évoluer. J’ai trouvé très rapidement un nouveau poste en interne, et ça a été une véritable chance. C’est l’avantage d’un grand groupe !

Aujourd’hui, j’ai un poste avec plus de responsabilités, plus intéressant et beaucoup plus flexible, afin de pouvoir le concilier avec ma vie de famille. Je travaille dans un monde exclusivement masculin et je m’y sens très bien. Je suis flexible et mon chef l’est aussi : lorsqu’il y a des échéances ou des réunions importantes, je suis là. Parallèlement, il me laisse gérer les contraintes liées à une vie de famille, comme par exemple emmener bébé chez le pédiatre ou partir plus tôt pour le récupérer.

Bref, j’ai une complète autonomie dans mon travail et je me sens valorisée. Sans doute parce que je suis tombée sur une équipe plus pro et meilleure communicante. Peu importe les horaires, tant que le travail est fait. La flexibilité va dans les deux sens. Il m’arrive fréquemment de travailler une heure ou deux les weekends si nécessaire. Et tu sais quoi ? J’ai regagné en motivation, en confiance en moi et je suis à nouveau contente d’aller travailler.

Urbanie

Avant la reprise

Mon cas est un peu particulier, puisque j’ai été très longtemps absente de mon poste. Disons que j’étais chargée de communication dans un grand groupe. À l’époque, tout se passait merveilleusement bien : mon travail était reconnu, mon équipe au top, ma manager géniale. Quand j’ai perdu mon premier bébé, tout le monde a été d’un soutien sans faille, y compris ma hiérarchie.

Et puis, je suis retombée enceinte, et je suis partie un long moment (presque un an, entre mes arrêts maladie et mon congé maternité). À mon retour, la quasi intégralité de mon équipe avait changé, suite au départ de notre directrice. Et c’est là que les ennuis ont commencé…

Après la reprise

Alors, je ne peux pas entrer dans les détails, puisque tout ceci est encore trop frais. Je manque encore de recul, et je ne veux pas étaler mon linge sale en public. Mais pour être honnête avec toi : j’ai dû être arrêtée quatre mois. Prise d’antidépresseurs, abandon total de mes activités, visite hebdomadaire chez un psychiatre. J’étais même incapable d’ouvrir un livre, moi qui lis tellement…

Ce que je peux faire, en revanche, c’est te donner quelques conseils si tu es également en grande souffrance au travail.

Les conseils d’Urbanie

Ne reste pas seule :

C’est vraiment le plus important. La souffrance au travail va souvent de pair avec un grand isolement (que ce soit lié au comportement de ton chef, de tes collègues, ou à un arrêt de travail). Cherche des alliés si tu peux en avoir parmi tes collègues (BIG UP à ceux qui ont accepté de m’aider, d’ailleurs !), sollicite l’aide de ta hiérarchie. Le CHSCT (Comité d’Hygiène, de Sécurité et des Conditions de Travail) et le médecin du travail sont également là pour t’aider, ainsi que l’inspection du travail en cas de manquement grave de la part de ton employeur.

Va voir un avocat :

Je sais que quand on te parle d’aller voir un avocat, tu t’imagines d’office en plein procès, et tu trouves que c’est sans doute trop « procédurier ». Et pourtant, un avocat est là aussi pour te guider, te donner des conseils (le bon sens commun n’est souvent pas celui de la loi, et ça peut être utile de le savoir !), sans forcément aller au contentieux.

Connaître tes droits, tes recours, te sentir soutenue, comprendre que c’est l’autre qui est en tort aux yeux de la loi et pas toi : ça m’a grandement aidée à aller mieux et à ne pas me sentir complètement abandonnée ! Et pourtant, je peux te dire qu’on a presque dû me traîner par la peau des fesses pour que j’aille consulter la toute première fois…

Fais-toi aider :

Il existe plusieurs dizaines de consultations souffrance au travail un peu partout en France, spécialisées dans l’écoute et l’aide (psychologique, mais aussi juridique). Tu peux aussi aller voir un psy, si tu sens que tu as besoin de parler de ce qui t’arrive à quelqu’un.

Pars !

Oui, je sais, ce qui t’arrive est injuste. Mais ta vie et ta santé mentale valent mille fois plus qu’un poste, quel qu’il soit. C’est aussi pour ça qu’aller voir un avocat peut t’être utile : en cas de démission, ça peut être pas mal d’avoir quelqu’un pour te défendre et négocier ton départ dans les meilleures conditions.

Et puis, dis-toi qu’il vaut mieux prendre un nouveau départ au sein d’une équipe qui sera ravie de t’accueillir et de bénéficier de tes compétences, plutôt que de moisir sur un poste où l’on ne veut plus de toi parce que tu es devenue maman…

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Et toi ? As-tu subi des pressions à ton retour au travail ? Quelles mesures as-tu prises pour y mettre fin ? Viens en parler…

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Commentaires

8   Commentaires Laisser un commentaire ?

Madame Fleur (voir son site)

Je crois que le mieux dans ces cas là est effectivement de quitter le navire.
Mais je suis assez effarée qu’il faille aussi en arriver là parce que vous êtes devenue mamans. C’est vraiment inadmissible, le monde ne tourne pas rond.

le 10/11/2016 à 08h13 | Répondre

Ars Maëlle (voir son site)

Encore des exemples du manque de vision à long terme de certains employeurs/managers : plutôt que de laisser Etoile lever le pied et faire « seulement » 35h par semaine, soit un 100%, ils t’ont poussée jusqu’à la limite et du coup ça a été 0% pendant 3 mois de plus que prévu. Plutôt que d’accueillir le retour d’Urbanie, ils t’ont pourri la vie et gâché ta capacité de travail (plus ta santé, mais les employeurs qui se soucient de la santé de leurs salariés ne sont pas si courants).
Je note toutes les instances et personnes qui peuvent aider, on y pense d’autant moins qu’on est dans une petite structure qui n’a pas de RH, de service médical etc…

le 10/11/2016 à 08h16 | Répondre

virginie

Je suis décidément outrée par ce que je lis… heureusement que vous arrivez toutes les deux à rebondir mais je ne peux pas m’empêcher de penser à celles qui vivent ces situations seules.

le 10/11/2016 à 09h05 | Répondre

Madame Lavande

C’est en lisant vos commentaires que je me rend compte de la chance que j’ai au boulot !
Et pourtant je ne leur ai pas facilité la tâche en partant en arrêt quasiment du jour au lendemain (la gynécologue des urgences a été claire : plus un seul trajet en voiture de plus de 10km !) et pour 8 mois d’absence au total !
Et tout s’est passé au mieux à mon retour, pour tout dire j’ai eu ma plus grosse augmentation depuis mon arrivée dans cette société (5ans) à mon retour de congé parental !
Tout ça pour dire que bien heureusement les choses évolue quand même, il y a de l’espoir. Et finalement les sociétés qui font une vraie place aux mamans en sont récompensées: on s’investit plus pour notre boulot !! Depuis mon retour j’ai pris pas mal de responsabilités en plus et mon travail n’a jamais souffert de mes contraintes personnelles.
Alors c’est clair que plutôt que de rester dans une entreprise qui ne veux pas de vous et de vous rendre malade, il vaut 1000 fois mieux partir voir ailleurs !!

le 10/11/2016 à 10h25 | Répondre

Madame Nounours

Comme je l’ai dit dans le précédent article je trouve que c’est hallucinant de devoir quitter ou changer de poste au sein d’une entreprise de par le fait qu’on devient maman. Je pense que si je n’avais pas trouvé mon nouvel emploi je serai parti de mon ancienne société car je sais que mon retour de congé maternité aurait été un cauchemar avec mon ancien manager et certains collègues. Je suis outrée que Urbanie à dû voir un avocat pour être aidée vis à vis de son employeur car bon avoir un enfant c’est naturel.

le 10/11/2016 à 13h32 | Répondre

Vivi

A l’époque ou je travaillais à l’accueil d’un supermarché, une hôtesse de caisse est tombée enceinte. Quand elle l’a annoncé à notre responsable, j’ai eu pour mission de ne la mettre qu’aux caisses rapide en libre service (vous savez celle ou l’hôtesse reste debout a aller et venir d’une caisse à l’autre pour débloquer tous le monde et apprendre aux gens comment s’en servir. Certains établissement mettent un tabouret à disposition de cette hôtesse. Nous, même pas.). Et vous savez pourquoi ? Parce que « ça lui apprendra à tomber enceinte, non mais ! »

Comme ça a été mentionné dans un commentaire plus haut, je ne comprends pas comment des managers peuvent faire ça. Quand on se plait et que l’on est apprécié à sa juste valeur dans une entreprise, on se donne 10x fois plus… Et puis merde, avoir un enfant ne fait pas de vous quelqu’un à punir !
Ais-je besoin de signaler que je ne travaille plus pour eux ?

le 10/11/2016 à 16h41 | Répondre

Madame C

Étoile,
Dans le même cas que toi. Je travaillais dans la finance. Quelques mois avant de tomber enceinte mon chef m’avait demandé si c’était dans mes projets, car franchement ca ne l’arrangeait pas.
Quand je lui ai dit que j’étais enceinte, j’ai eu les félicitations de rigueur, sans plus…
Quand je lui ai demandé comment on pouvait s’arranger pour que je puisse bénéficier de mon heure de moins (sachant que je faisais au moins une heure de sup par jour), il m’a dit:  » les jours où tu es fatiguée part un peu plus tôt » (sous entendu, fais ton taf) et sinon débrouille toi avec le stagiaire.
Il refusait que je prenne mes congés : « tu pars déjà en congés mat, vous avec la eh pour ta les faire payer ».
La veille d’être arrêtée à 6 mois et demi de grossesse, il m’avait envoyé un Mail avec une liste de choses à faire qui même en étant présente 7/7 etait impossible à faire.
Bref, la gyneco que j’ai rencontrais en urgence m’a arrêtée sans même me connaître.
Les 15 premiers jours de l’arrêt, je n’ai fait que dormir…

Maintenant, je suis revenue, j’ai changé de poste et tout va très bien.
Aucun cadeau pour la naissance, seulement des appels pour que je les aide sur les dossiers.
Rétrospectivement, j’ai trop donné et j’ai même mis la santé de mon bébé en danger…

Future maman, ménage toi !

le 10/11/2016 à 22h55 | Répondre

Inno

Étoile, il me semble que même avant le bébé ton travail n’est pas simple, pour le dire gentiment. Faire ces horaires là, qu’on soit enceinte ou non, c’est trop. Fais attention au burn out.

le 14/11/2016 à 09h11 | Répondre

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