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Ma grossesse par don d’ovocyte : nos interrogations


Publié le 5 octobre 2015 par Madame Arwen

Durant l’année qui a suivi notre premier entretien avec le CECOS, nous avons effectué toutes les démarches demandées. La gynécologue et la cardiologue étaient d’accord sur le fait que je pouvais supporter une grossesse, qu’il n’y avait pas de contre-indication particulière.

Entre-temps, plusieurs amies ont fait la démarche pour nous parrainer et effectuer un don. Les trois ont été refusées pour des motifs divers : l’une avait un IMC un chouilla au-dessus de 30 (c’est dommage, surtout que l’IMC est de plus en plus remis en cause par les médecins et nutritionnistes), et les autres n’ont pas pu donner pour des raisons de santé.

Nous avons eu beaucoup de chance d’avoir ces fées dans notre entourage, qui se sont proposées spontanément pour nous. Même si malheureusement, elles n’ont pas pu aller au bout, leur geste nous a énormément touchés, merci à elles.

Le rendez-vous avec la psychologue s’est bien déroulé. Contrairement à ce dont nous avions peur, elle n’a pas cherché du tout à estimer notre aptitude à être de bons parents. Elle s’est contentée d’écouter et de répondre à nos interrogations. Mais nous n’avions pas vraiment d’interrogations à ce moment-là. Rien qui ne méritait qu’on s’y attarde, ou rien que nous ne voulions avouer.

Cependant, au fil des mois, je me suis régulièrement posé des tas de questions, ou alors on m’en a posé. Bref, voici le résultat de mes pérégrinations intellectuelles.

Couple devant la mer

Crédits photo (creative commons) : Jeffrey Keeton

Que pensons-nous du don de gamètes ?

C’est notre seule option pour mettre au monde un bébé, alors nous ne la remettons pas en cause. Bien sûr, nous aurions préféré pouvoir avoir une grossesse naturelle, ne pas faire autant de démarches, ne pas devoir sonder des amies, l’air de rien, pour voir si elles seraient partantes pour nous parrainer.

Nous aurions pu également envisager l’adoption, mais Monsieur Aragorn n’était pas prêt pour ce type de démarches (encore plus longues et éprouvantes) et je n’étais pas prête à faire le deuil d’enfants biologiques (même si non génétiques).

Je pense également que cette démarche est plus « facile » à appréhender dans le cas d’un don d’ovocyte que dans celui d’un don de sperme. Avec un don d’ovocyte, la mère porte l’enfant, le nourrit, lui transmet énormément de choses pendant la grossesse. Elle influence le devenir de l’enfant pendant neuf mois. Je me sens déjà heureuse de pouvoir partager ça avec mon enfant.

Devons-nous en parler à notre enfant lorsqu’il sera là ?

Il a fallu un peu de temps, mais j’ai fait le deuil de la conception « naturelle ». J’ai accepté que mon futur enfant n’ait pas ce petit apport de gènes de ma part. J’ai compris que cet enfant serait de toute manière le mien, que cette histoire serait la nôtre, qu’il n’y aurait pas de tabou.

Nos proches sont au courant. Je pense qu’il n’y a rien de pire pour un enfant que de sentir qu’il y a quelque chose qui le concerne dont tout le monde est au courant sauf lui. Alors le jour où il nous demandera comment on fait les enfants, on lui expliquera l’histoire des graines qui se rencontrent et arrivent dans le ventre de la maman. Et on lui dira que des fois, le papa ou la maman n’a pas de graines, et qu’alors une gentille fée ou un gentil monsieur donne une graine pour l’aider.

Avec Monsieur Aragorn, on a été d’accord de suite pour ne rien lui cacher : ce sera son histoire, il aura bien sûr le droit de la connaître.

Sommes-nous des monstres d’égoïsme de vouloir créer un enfant qui aura une inconnue dans son ADN ?

Je me suis posé cette question après avoir lu des témoignages d’enfants nés d’une PMA avec tiers donneur. Ils sont adultes désormais, et certains parlent d’un manque qu’ils ressentent. Ils ne recherchent pas un parent supplémentaire, mais juste cette part d’histoire qui leur fait défaut.

Après avoir effectué beaucoup de recherches, il s’agirait principalement d’enfants qui ont appris tardivement leur conception et qui ont senti toute leur vie qu’il y avait un tabou à leur sujet, sans jamais pouvoir mettre des mots dessus. Ces enfants se sont alors souvent imaginé des choses beaucoup plus sombres sur leur histoire, et en ont souffert.

Je me suis donc dit que, comme nous avions prévu d’en parler, ce problème ne se poserait pas. Mes amies m’ont beaucoup rassurée en m’assurant que les enfants se posent de toute manière beaucoup de questions en grandissant, quel qu’ait été leur mode de conception : « Si j’avais eu des frères, serais-je différent ? », « Si j’étais l’aîné au lieu du benjamin… »,  » Si j’étais né à une autre époque… » etc.

En toute honnêteté, je pense que beaucoup de mes craintes ont été inspirées par les idées de la Manif pour Tous. Si l’on met de côté les familles homosexuelles, clairement visées et dénigrées par ce collectif, la Manif a également fait beaucoup de dégâts chez les couples hétérosexuels en parcours de PMA. Mais elle oubliait l’essentiel : l’amour que l’on donnera à ces enfants, quel que soit notre modèle familial.

Nous ferons tout pour qu’aucun tabou ne se greffe sur l’histoire de notre enfant, pour qu’il puisse se sentir libre d’en parler ou de le garder pour lui, pour qu’il comprenne que nos démarches ont toujours été motivées par un très fort désir de parentalité, de partager et de ressentir cet amour inconditionnel.

Que ressentirai-je en portant un enfant issu d’une cellule qui appartient à mon mari et d’une cellule qui appartient à une inconnue ?

Impossible d’avoir la réponse à cette question sans être dans la situation.

Les articles traitant des échanges entre la mère biologique et le fœtus lors de la grossesse m’ont beaucoup aidée à rationaliser. Les témoignages de femmes qui ont eu recours au don d’ovocyte sur divers forums m’ont également rassurée.

Et je peux te l’affirmer, maintenant que je le porte : c’est notre bébé. Je n’oublie pas la donneuse, mais je ressens vraiment cet enfant comme le mien. Il ne serait pas ce qu’il va être s’il avait été porté par une autre femme que moi, et ainsi, je contribue tout autant à sa création.

Dois-je parler sur ce blog de mes états d’âme ?

Je pense que oui. Je me suis posé la question : si un jour mon enfant lisait ça, que ressentirait-il ?

J’espère avoir écrit mes articles sans maladresse, qui traduisent bien le fond de nos idées : nous aimerons nos enfants quel que soit leur mode de conception.

Quelles qu’aient été nos interrogations, nous les avons poussées jusqu’au bout, pour ne rien faire à la légère. Nous avons réfléchi, questionné, investigué… Et une fois passés tous ces questionnements somme toute plutôt sains, il ne reste que la certitude de l’amour que nous lui porterons, de ce que nous souhaitons pour sa vie et pour son avenir.

Et toi ? Tu as déjà réfléchi à ce qu’impliquait un don de gamètes ? Tu as déjà bénéficié de ce genre de don ? Qu’en penses-tu ? Viens en discuter…

Toi aussi, ça te plairait de nous raconter ta grossesse mois après mois ? Toutes les infos pour devenir chroniqueuse grossesse, c’est par ici !

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Commentaires

21   Commentaires Laisser un commentaire ?

Madame Fleur (voir son site)

Waouh trois fées, c’est vraiment merveilleux. Du coup, même si leur don n’a pas pi avoir lieu au final cela vous a quand même permis de bénéficier du parrainage (si j’ai bien compris).
Je pense que vos interrogations sont légitimes et qu’en effet il est imortaant pour enfant que son histoire lui soit racontée.
J’ai lu ce matin qu’un décret est en cours pour permettre aux gens qui le souhaite de faire don de leurs gametes même s’ils n’ont pas encore eu d’enfants.

le 05/10/2015 à 10h07 | Répondre

Madame Arwen

Non malheureusement le parrainage n’est pris en compte que si la donneuse fait effectivement un don et non la démarche.
Concernant ce décret, la loi est parue depuis 2012 et le décret d’application se fait malheureusement toujours attendre… :/

le 05/10/2015 à 15h08 | Répondre

Die Franzoesin (voir son site)

Je suis très émue par ton billet, je trouve toutes vos réflexions saines et pleines d’amour et je suis sûre que si votre bébé les lit un jour, il sera tout simplement fier de ses parents !
A part ça c’est « drôle » parce que ce week-end j’ai parlé de ce thème à mon mari comme ça, et il m’a dit qu’il justement le don d’ovocyte très différent du don de sperme. A cause des neuf mois, comme toi… Je n’y avais personnellement pas pensé avant 🙂 .

le 05/10/2015 à 12h39 | Répondre

Madame Arwen

Merci! Un de nos amis nous a dit la même chose dernièrement, que le fait de pouvoir le porter changeait quand même pas mal les choses et le ressenti

le 05/10/2015 à 15h11 | Répondre

Celine

Je me retrouve dans bcp de vos interrogations.
Nous sommes aussi dans le processus de la PMA (depuis un an) mais pour nous c’est un don de spermatozoïdes qui nous est nécessaire.
Nous avons aussi essayer de trouver des « parrains ». La tache fut compliquée ! Déjà trouver dans notre entourage des trentenaires déjà papas et ensuite les convaincre de faire un don… Ça n’a pas fonctionner.
Ces papas heureux avaient une crainte : qu’un jour, un enfant biologique frappe à leur porte… (Même si aujourd’hui les dons sont anonymes).
Nous n’avons pas non plus trouver des femmes qui ont oser faire un don.

Au début du parcours, le médecin nous avait clairement dit que si l’on trouvait des donneurs, cela accélèrerait le processus. Mais avec notre mariage prévu pour la fin du mois, l’insémination est prévue pour la fin d année et ce qui, par la force des choses, nous convient.

le 05/10/2015 à 12h59 | Répondre

Madame Arwen

Oui je comprend la complexité de la tâche! Par contre nous il n’était pas possible d’être parrainé par un donneur de sperme, je pense que les listes d’attente des donneurs sont légèrement moins importantes et qu’ils privilégient au max les dons d’ovocytes. Je vais croiser très fort les doigts pour que l’insémination se déroule sans soucis et que vous puissiez accueillir un petit miracle 🙂

le 05/10/2015 à 15h14 | Répondre

Flora

Merci beaucoup pour ce billet rempli de bon sens et de pas mal de pistes de réflexion. Il parait que le CECOS est garant de choisir une donneuse le plus proche de la receveuse (couleur de la peau, des cheveux et des yeux). Je comprend l’idée dernière mais j’imagine que ça ne doit pas jouer en faveur des délais d’attente. Les parents ont ils droit de choisir (ou pas) ces critères d’appariement? (un peu comme pour l’adoption)

le 05/10/2015 à 13h34 | Répondre

Madame Arwen

Je dois avouer que je ne m’en souviens plus. Ils nous avaient dit qu’effectivement ils essayaient de faire au mieux. Mais je ne sais pas dans quelle mesure. Pour spoiler un peu sur la suite, dans les cliniques étrangères, ils demandent quels sont les principaux critères que l’on souhaite impérativement retrouver chez la donneuse. Je ne me souviens pas qu’ils nous aient demandé en France ce qui était le plus important. Clairement je souhaitais une donneuse brune, peau blanche ou légèrement matte, yeux verts (car mon mari a les yeux verts donc ce ne serait pas choquant) ou noirs comme les miens.

le 05/10/2015 à 15h19 | Répondre

Chaperon Rouge

Que ce soit pour le don de sperme ou d’ovocyte, le CECOS prend en compte les origines ethniques des parents et les traits physiques flagrant… Tu ne risque pas de voir naître un bébé noir alors que vous êtes tous les deux blancs, pour des raisons évidentes de bien être du futur enfant 😉

le 05/10/2015 à 20h35 | Répondre

Anne

Moi, j’ai fait don de mon ovocyte à ma femme : elle a porté mon enfant biologique (avec un don de sperme), et c’est notre enfant à toutes les deux, peu importe ce que pensent les gens de la Manif pour Tous, qui ne représentent qu’eux-mêmes ! J’ai raconté notre périple sur ce blog. Le don de gamète est un geste merveilleux, il permet à beaucoup de gens d’être parents et d’aimer leur enfant au-delà de tout. On sait à quel point notre enfant est précieux. Alors oui, tu es sa maman, mille fois oui. Et en effet, le mieux à faire est de n’avoir aucun tabou. Notre fils a 4 ans et demi, il sait depuis toujours comment il est né. C’était important pour nous de lui expliquer. Sur ce thème, il existe un livre plutôt bien fait de Serge Tisseron : le mystère des graines à bébé. Ce livre explique toutes les possibilités pour faire un bébé, quand un couple n’y arrive pas seul. Je te le conseille pour plus tard ! 😉
Félicitations pour ta grossesse !

le 05/10/2015 à 14h12 | Répondre

Madame Arwen

Effectivement je me souviens de votre belle histoire! Je note le conseil du livre, il pourra nous être utile 🙂 Merci!

le 05/10/2015 à 15h25 | Répondre

Madame D

Je trouve ton article très émouvant et plein de bon sens !

le 05/10/2015 à 14h44 | Répondre

Ornella

Je trouve vos questions aussi tres saines. J’ai souri en lisant ton article, car on a eu les memes questions mais elles nous ont menés sur un tout autre chemin. Quelque soit la decision prise dans ce type de situation, l’important est d’etre en accord avec ses choix. Plein de bonheur à vous.

le 05/10/2015 à 16h42 | Répondre

Stella

Je me pose aussi plein de question quant au don de gamète. Chez nous ce sera un don de sperme car mon mari a une azoospermie. On a pas encore commencer de parcourt en PMA mais j’y pense déjà pas mal! Comment je vais le vivre quand « on y sera », comment l’expliquer à un enfant, Comment ça va se passer, comment mon mari va le vivre? Plein de questions! J’aimerai connaitre des forums qui parle de cela, si tu as des conseils…

le 05/10/2015 à 17h34 | Répondre

Chaperon Rouge

C’est important de se poser ensemble toutes ces questions 🙂 tu as peut être vu que mon mari aussi, est azoospermique. Mais avant le don de sperme (qu’on envisageait avec beaucoup de décontraction), nous avons eu la chance de tomber sur un andrologue qui a proposé une chirurgie exploratrice. bon, en gros, sans vouloir faire de spoils, on peut aussi avoir de bonnes nouvelles avant d’en arriver là 😉

le 05/10/2015 à 20h39 | Répondre

Stella

Mais mon mari a déjà fait des essais bébé avec son ancienne compagne et je crois qu’il ne veut pas de ça! Après peut être qu’il changera d’avis mais au vu des tests qu’il avait fait il est plus que vraisemblable qu’il n’y ai rien! Il a une « maladie » spéciale qui fait qu’il ne produit pas d’hormones mâle naturellement (il doit se faire des piqures régulièrement) et en plus ses testicules n’étaient pas descendu et ses parents et médecin s’en sont redu compte assez tard donc double chance de stérilité.

le 06/10/2015 à 09h23 | Répondre

Chaperon Rouge

Très bel article sur des interrogations très importante! je pense que le simple faite que le bébé soit issu de la PMA doit être mentionné avec lui… Notre FIV lui sera raconté, quand viendra le temps des questions, selon ce qu’on le jugera prêt à entendre… En tous cas, il saura que la graine du papa n’arrive pas forcément toute seule jusqu’à la maman!

le 05/10/2015 à 20h40 | Répondre

Freya

Madame Arwen,

Je ne commente jamais mais là je me sens un peu obligée. Autant j’avais aimée ton mariage sur Mademoiselle Dentelle autant ton parcours ici me touche d’autant plus.
Lorsque j’ai entendue la campagne de publicité qui passe à la radio pour le don d’ovocyte j’avais trouvée l’idée excellente et m’étais dit que le jour où je serais maman je le ferais aussi (après tout je donne souvent mon sang et j’ai ma carte de donneuse d’organes, ça me semble être dans la continuité) Mais lire ton témoignage ne fait que me pousser encore plus dans l’envie de pouvoir donner un jour. Alors peut être que finalement j’aurais des problèmes à concevoir et que si c’est le cas je ne pourrais pas, mais si je peux le faire alors je serais ravie d’aider… Merci de nous faire partager ce que tu ressens 😉

le 06/10/2015 à 09h56 | Répondre

Madame Lucette

Parfois je me dis que toutes ces années d’attente ont eu l’avantage de nous rendre extrêmement « conscient » de ce que nous faisons en ayant un enfant. On a le temps de s’en poser des questions ! de mûrir ce projet, de réfléchir à nous en tant que parents. certes ça aurait été plus facile à vivre si ça avait marché naturellement et rapidement mais ces questions nous font grandir en tant que (futurs) parents et ça, c’est sans doute une bonne chose pour nos petits. je n’ai pas eu à me poser ces questions précisément mais le fait qu’elles soient présentes pour vous prouve que votre bébé a déjà des parents intelligent et conscients.

le 06/10/2015 à 11h20 | Répondre

Valicka

Merci pour ce bel article, plein de recul et de douceur. Il prouve à tous ceux qui en doutent que non, on ne se lance pas dans un parcours PMA parce qu’on a envie d’un enfant comme d’un nouveau jeu pour Noël. Qu’il y a une vraie réflexion derrière, un vrai questionnement, des doutes parfois douloureux. Ce billet semble apaisé et serein, et c’est chouette.
C’est intéressant de constater que, pour parler du don de gamète, tu parles d’un gentil monsieur et d’une gentille fée… comme si l’un avait plus de réalité et de concret que l’autre 😉

le 07/10/2015 à 09h30 | Répondre

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