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A la une / Témoignage

A-t-on besoin d’une loi pour nous interdire la violence envers nos enfants ?

Peut-être que ce titre t’interpelle. Ou peut-être pas. Je me suis posée cette question hier suite à la lecture d’un commentaire sur un réseau social. Dans ce commentaire, il était question de bienveillance et de la loi anti-fessée qui fait frémir la toile : il est interdit d’utiliser la violence physique ou verbal envers un enfant. Enfin me direz-vous ! Peut-être que les mentalités changeront, qu’il y aura moins d’abus, moins d’enfants maltraités, moins d’enfants battus…

Oui mais … Parmi la tonne de commentaire que l’article avait suscité, nombre prônait qu’une fessée, une gifle ou autre n’avait jamais fait de mal ni traumatisé, que les enfants sont rois maintenant et qu’on en fait des mal-élevés, qu’il faut bien éduquer et sévir et que ça fait des siècles que c’est comme ça. Or, moi, dans ma grande naïveté, j’ai toujours cru qu’on avait pas besoin d’user de la violence pour éduquer. Ma mère ne nous a jamais donné la fessée (pour être honnête, j’ai reçu une gifle pendant mon adolescence, on s’en souvient encore, et ma mère s’en veut toujours). Je n’ai pourtant pas l’impression d’être mal-élevée. On m’a expliqué, on m’a mise au coin quelquefois. Et ça a suffit. J’ai toujours mieux compris et obéi quand on m’expliquait calmement que quand on m’aboyait dessus. Alors recevoir une fessée…

Bref. Je ne crois pas que la violence physique ou verbal soit nécessaire. De la patience oui. Parce que oui, un enfant, ça teste, ça use. Ca nous regarde dans les yeux pendant qu’il s’approche de la « bêtise » à faire. Ca nous force à répéter cent fois les mêmes choses. Ca nous épuise. Et je comprends qu’on puisse en avoir marre, qu’on s’énerve, qu’on en puisse plus de « ce gosse qui n’écoute pas ».

Mais je crois sincérement que c’est ça l’éducation. Expliquer. Cent fois. De cent manières différentes si besoin. De sortir de la pièce et de donner la main au papa/à la mami/à la nounou quand, en l’espace de 30 secondes, notre enfant nous a rendu chèvre. De respirer profondemment et de monter au créneau. Et tu sais quoi ? Au bout d’un moment, l’enfant s’arrête et passe à autre chose. Potentiellement pour faire une autre « bêtise » mais il aura compris.

Tu te dis peut-être que c’est bien joli tout ça, que je vis dans un monde bisounours, que la Freesia, elle ne sait pas ce qu’elle dit parce que Cookie n’a même pas un an. Oui, Cookie commence tout juste à nous tester, à comprendre les interdits et à vouloir les enfreindre. Et oui, j’en ai encore pour au moins 15 ans. Mais je ne suis pas si « novice » que ça je crois. Je me suis fait la main (sans mauvais jeu de mots évidemment) sur ma sœur pré-ado dont je me suis occupée pendant plusieurs années. Elle en a fait des bêtises ou était sur le point d’en faire. Elle m’a fait tourner en bourrique, elle m’a humiliée, elle m’a rabaissée, elle m’a affrontée et manqué de respect. Mais j’ai toujours usé de la parole et au final, elle m’a toujours obéi (et aujourd’hui, je crois qu’elle me respecte beaucoup pour ça). D’un autre côté, j’ai gardé une demi-douzaine d’enfants, j’ai enseigné à des ados et à des enfants, j’ai gardé mon neveu et mon beau-frère, j’ai travaillé en collège… Je pense donc sincérement avoir vécu des moments tendus où on m’a poussé à bout dirons-nous, mais je n’ai pas eu recours à la violence, je crois. On n’admettrait de toute manière pas qu’un enseignant ou un étranger quelconque « touche » à notre enfant alors pourquoi nous nous le permettons-nous ?

Crédits photo (creative commons) : Counselling

Alors pour revenir à nos moutons. La loi. Ca y est, on en parle depuis l’été dernier; elle a été officiellement adoptée fin décembre pour être finalement censurée par le conseil constitutionnel fin janvier. On est quand même l’un des rares pays occidentaux à ne pas l’avoir mise en place et on se fait d’ailleurs grondé par l’Europe (enre autres) depuis  plusieurs années pour ça. Elle ferait même partie des textes de lois qui sont lus lors d’un mariage maintenant. Elle proscrit les châtiments corporels (et psychologiques) infligés aux enfants. Parmi les châtiments, le plus fréquent, celui dont on parle le plus est la « simple fessée ». Beaucoup différencient la gifle, la « bonne baffe quand on dépasse les limites » ou « baffe de bon fonctionnement », l’humiliation, la fessée ou la douche d’eau glacée à la maltraitance pure et dure (« ceux qui tabassent leurs enfants »); ils ne se considèrent pas maltraitants puisqu’eux-même ont été élevé ainsi. Certains y voit une intrusion (« j’élève mes enfants comme je veux »), d’autres une loi qui ne sert à rien. Je ne pense pas que cette loi soit inutile. Par contre, je suis outrée qu’on en ait besoin. Il y a des lois contre la violence entre adultes ou envers les animaux mais la violence envers des enfants sous couvert de principes éducatifs est tolérée. Violence (éducative) ordinaire.

On apprend à nos enfants qu’il ne faut pas se battre mais une claque ou une fessée plus tard « pour leur apprendre » ne nous choque pas. Plutôt que d’expliquer pourquoi il ne faut pas traverser la route à ce moment là, qu’il y a des voitures qui peuvent arriver, qu’il faut attendre le petit bonhomme vert et traverser sur le passage piéton, qu’il faut regarder à gauche puis à droite, on donne une gifle à grand coup de « tu m’as fait peur ! Traverse pas ». Pas sure que l’enfant en question ait compris pourquoi il ne fallait pas traverser là, même s’il a certainement compris qu’il avait commis une erreur.

Parce que oui, je crois qu’une fessée, ça a des répercussions. La plupart des gens s’en souvienne d’ailleurs. Parfois, ils sont capables de dire exactement pourquoi ils l’ont reçu, la plupart du temps parce « qu’il l’avaient sûrement cherché ». Mais « ils n’en sont pas morts » pour autant, clament-ils.

Une fessée, c’est humiliant. Une fessée, ça marque. Une fessée, ça bloque (psychologiquement et physiquement). On ne sait plus comment réagir, on est perdu. Une fessée, ça entraîne aussi des réactions inverses à celles attendues : l’enfant peut se rebiffer et devenir difficile à contrôler, à apaiser. Une fessée, ça entraîne une dévalorisation de soi, une perte de confiance, un manque d’estime. On se rabaisse. On l’a sûrement mérité et fait quelque chose de grave (même sans savoir exactement quoi ni pourquoi). Une fessée, ça stresse le corps et l’esprit. Une fessée, ça forge un état d’esprit même inconscient où la violence est normale. Inconsciemment, on trouve cette violence ordinaire banale et l’enfant aura tendance à la reproduire plus tard.

Pour moi, si par principe d’autorité, on donne la fessée pour éduquer un enfant, l’enfant obéira peut-être mais par crainte. Je suis intimement persuadée que traités « gentiment », avec respect, les enfants se montrent plus ouverts, accessibles et en capacité de comprendre. Ils chercheront à comprendre. Par eux-même.

La devise « ne fais pas à autrui ce que tu ne voudrais pas qu’on te fasse » est tout à fait valable dans ce cas-ci. Si l’amoureux me gifle parce que j’ai cassé une assiette, on parlera de violence conjugale. Pourquoi, sous réserve qu’il s’agit de nos enfants, appelle-t-on ça éducation ?

Je sais pertinemment qu’on peut être tellement énervé(e), excédé(e), épuisé(e), que ça part « tout seul », parce qu’on a pas ou plus la patience pour trouver d’autres solutions. Mais je reste persuadée que la fessée sert à ce moment-là d’exutoire. Ça vaut alors peut être le coup de tenter d’autres alternatives qui deviendront peut-être de nouveaux automatismes et un meilleur exemple à donner à nos enfants.

Crédit photo : Photo personnelle

(Malgré les apparences, l’amoureux et Cookie sont en train de jouer… )

Donc oui, je crois qu’on a besoin de cette loi. Le changement fait peur mais avec un peu de bienveillance, de bons exemples et de patience, peut-être qu’on n’en aura plus besoin dans quelques années, qui sait.

 

Et toi ? Est-ce que tu as entendu parler de cette loi ? Qu’en penses-tu ? As-tu déjà utilisé la fessée avec tes enfants ? Est-ce que tes enfants aussi te rendent chèvre ? 

A propos de l’auteur

26 ans, mariée depuis quelques mois, en couple depuis six ans et maman d'un bébé chat et d'un bébé (plus si bébé) Cookie né en avril 2016, je suis prof de français pour migrants, optimiste, bordélique, passionnée de voyages, de contes, de cuisine et de tout ce que essayer de faire avec mes dix doigts, je fatigue (légèrement) mon entourage. Mais c'est souvent pour la bonne cause ! Pour me contacter : Instagram : @djawene Email : freesiabdv@gmail.com