Menu
A la une / Récit de grossesse

Moi, les soignants et l’hôpital

Être « patient » est véritablement un apprentissage. Parsons a beaucoup écrit sur les rôles de médecin et de patient, et ils ne m’ont jamais semblé aussi vrais que pendant ma grossesse.

vieux

Crédits photo (creative commons) : Gaspare Traversi

Petit rappel : je travaille moi-même à l’hôpital. J’y suis minimum douze heures par jour, minimum douze jours par mois, et (sans les vacances) douze mois par an. Et pourtant, je ne sais pas être « patient ».

Je travaille, et j’ai toujours travaillé, dans des services assez clos, plutôt bien dotés, car rapportant souvent plus que des services d’hospitalisation classique. Du coup, le public de l’hôpital, je le côtoie peu. Mais j’ai eu tout le loisir de le découvrir pendant ma grossesse.

Le public

Situation 1

L’homme et moi, en salle d’attente.

Patient 1 : « Sérieux, ça fait trois heures que j’attends, putain, pourquoi ils appellent ça des urgences ? Moi, c’est la deuxième fois que je viens parce que j’arrive plus à manger autant qu’avant, et faut que j’attende. »

Patient 2 : « Non mais moi, la dernière fois, ça faisait deux semaines que j’avais mal aux dents, ils m’ont dit d’aller chez mon dentiste !! »

Patient 1 : « De toute façon, ici, c’est des incompétents. Ils n’ont même pas voulu me faire d’arrêt maladie, quand je suis venu, la dernière fois. Soi-disant les urgences, c’est pas fait pour ça. »

Patient 2 : « Moi, je vous le dis, les médecins, c’est plus ce que c’était ! »

Ce que j’en retiens : Il faut vraiment revoir l’organisation du parcours de soins en médecine de ville, et qu’on apprenne aux gens le rôle d’un service d’urgence.

Situation 2

Moi, assise sur un banc de trois personnes, dans la salle d’attente de l’anesthésiste. Une femme enceinte arrive, accompagnée de son ami.

La dame, parlant très fort pour qu’on l’entende : « Non mais t’énerve pas, laisse tomber, les gens, c’est des cons. Ils se lèveront pas, parce qu’ils n’ont aucune éducation. »

L’ami de la dame : « Te laisse pas faire, t’es prioritaire, je vais les faire lever, moi, si tu veux. » S’adressant à nous, visiblement très agacé : « Ma femme est enceinte, elle voudrait s’asseoir, vous ne pourriez pas vous lever ? »

L’anesthésiste arrive, interrompant l’échange, et appelle Monsieur X.

Monsieur X, se levant péniblement, au couple : « Félicitations pour votre futur bébé, Messieurs dames. Mais si je puis me permettre, n’en faites pas un abruti comme vous. Le handicap non visible existe. Je souffre de spondylarthrite ankylosante, pour laquelle je vais me faire opérer. Je porte un corset et, non, je ne peux pas tenir la station debout. De plus, vous êtes dans un hôpital. Il y a de fortes chances pour que beaucoup de personnes ici soient prioritaires. »

Ce que j’en retiens : Rien, j’espère juste que la connerie, ce n’est pas héréditaire.

Le personnel

Situation 1

L’infirmière X : « Madame Indécise ? »

Moi, me levant : « Oui… »

Patiente A, se levant et m’interrompant : « Ça fait quarante minutes que j’attends, on ne m’aurait pas oubliée ? »

L’infirmière X : « Bah… vous avez déposé vos étiquettes dans la bannette ? C’est quoi votre nom ? »

Patiente A : « Oui, c’est au nom de Madame A… »

L’infirmière X, la coupant : « Non mais les étiquettes, ça vole pas, hein ? Si vous les aviez mises dans la bannette, elles y seraient. »

Patiente A, doutant d’elle-même : « Je suis pourtant sûre de les y avoir déposées en arrivant… »

L’échange dure, et la patiente A est de plus en plus mise en cause. On lui dit qu’il faut qu’elle remonte faire trente-cinq minutes de queue pour de nouvelles étiquettes.

Cinq minutes plus tard, le médecin sort de la salle d’échographie.

Le médecin : « Les filles, je vous dépose ça, je les ai prises par erreur en prenant le dossier de Madame B. »

L’infirmière Y : « Ah, c’est les étiquettes de la petite dame. Faut aller la prévenir ! »

L’infirmière X : « Vas-y si tu veux, mais moi, je ne vais pas remonter jusqu’à l’accueil. »

Ce que j’en retiens : Rien, j’ai juste envie de pleurer.

Situation 2

Moi, dans la salle d’attente des explorations fonctionnelles (bon, là où on fait les monitorings, hein !). Arrive une collègue.

Ma collègue : « Ah bah, Madame Indécise, qu’est-ce que tu fais là ? »

Moi : « J’attends pour mon monitoring, mais elles sont un peu sous l’eau. Du coup, je fais du shopping sur mon téléphone… »

Ma collègue : « Eh, mais t’aurais dû dire que t’étais là. T’exagères, toi, aussi. Tu vas pas patienter ! Attends, je les préviens. »

Moi : « Non mais tu sais, ça va aller. J’ai le temps, je suis en congé maternité… »

Ma collègue : « Ah bon, t’es sûre ? C’est con, mais bon, comme tu voudras. »

Ce que j’en retiens : Je crois que la notion de service public n’est pas toujours très claire, même pour nous, soignants.

Medical personnel simulate emergency treatment during a mass casualty exercise at Balad's Air Force Theater Hospital yesterday. It's such an amazing change from when I was here a few years ago: the hospital would have been far too busy treating real patients to begin to think of conducting an exercise like this. There's still the need to stay sharp and on top of one's game, but I'm sure glad the levels of violence here have dropped so much.

Crédits photo (creative commons) : Robert Couse-Baker

La structure

Situation 1

Moi (encore), devant le guichet d’accueil des consultations pour l’obstétrique.

Moi : « Bonjour ! J’ai rendez-vous avec Mme Z pour l’acupuncture ! »

La secrétaire A : « Ici ? Vous êtes sûre ? » S’adressant à sa collègue : « On fait ça, nous ? »

La secrétaire B : « Bah non, ça fait huit mois qu’on le fait plus. Qui vous a donné rendez-vous ? »

Moi : « J’ai appelé le secrétariat il y a deux semaines… »

La secrétaire B : « Ah, j’étais en vacances il y a deux semaines, ça doit être Nadine qui a fait ça. »

Moi : « Fait quoi ? »

La secrétaire B : « Bah, vous donner un rendez-vous qu’elle n’aurait pas dû vous donner. En plus, je ne sais pas où je vais trouver l’info, moi ! Fallait que ça me tombe dessus. Pfffff… (Silence.) Pfffff… (Silence.) Ils vous ont fait déplacer pour rien, Madame ! Il faudra vous renseigner en ville, pour l’acupuncture. »

Moi : « C’est étrange… Vous en êtes sûre ? J’ai pourtant reçu un courrier de l’hôpital qui confirmait mon rendez-vous. »

La secrétaire B : « Ouais, ça s’est arrêté il y a huit mois. Ma collègue a dû se tromper. »

M’éloignant de l’accueil, j’appelle le standard, et demande à parler à la fameuse Madame Z. Je suis mise en ligne, ça décroche.

Moi : « Bonjour, vous consultez bien pour de l’acupuncture à l’hôpital W ? »

Madame Z : « Oui, pourquoi ? »

Moi : « J’ai rendez-vous avec vous ce jour, et on m’a dit qu’il n’y avait pas de consultation… »

Madame Z : « C’est étrange, vous êtes où ? Moi, je suis juste à côté de l’accueil obstétrique, là où il y a deux secrétaires. »

Moi: « Je suis face à elles. »

Ce que j’en retiens : OK, quand les choses bougent toutes les semaines, c’est dur de suivre le rythme. Mais ils ne peuvent pas faire une newsletter, un truc qui permette à tous les employés d’être au courant des nouveautés ?

Situation 2

Moi, arrivant au guichet des consultations en gynécologie et obstétrique.

Moi : « Bonjour ! J’ai rendez-vous avec le docteur X pour une échographie. »

La secrétaire : « Oui. Je peux avoir vos étiquettes ? Merci, patientez en salle d’attente. »

Je m’installe en salle d’attente… Quarante-cinq minutes plus tard, je retourne au guichet de la secrétaire.

Moi : « Vous savez combien il y a de personnes avant moi ? Mon mari a pris sa matinée, mais il doit retourner au travail après. »

La secrétaire : « Non. Soit vous attendez, soit vous partez, hein. Parce que moi, j’en sais rien. »

Moi : « Vous ne pouvez pas essayer de la joindre sur son téléphone sans fil ? »

La secrétaire : « Non, il marche plus, le sien. De toute façon, ils sont toujours en panne, leurs téléphones. Vous voulez prendre un autre rendez-vous ? »

Moi : « Elle a des disponibilités quand ? »

La secrétaire : « Pas avant deux mois et demi. »

Moi : « Ben, ce sera un peu tard, pour mon échographie de troisième trimestre… »

La secrétaire : « Ah bah ça, j’y peux rien. Faudra voir en ville, si vous partez. »

J’attends donc. Une heure quarante-cinq en tout.

Ce que j’en retiens : Il manque quatre gynécologues pour faire tourner le service. Quand il y a une urgence au bloc, le gynécologue doit donc quitter ses consultations. Dans l’absolu, je comprends, ce n’est pas de sa faute… Mais tout de même, une heure quarante-cinq…

À tous les gens que j’ai croisés durant ces neuf mois, merci de m’avoir (volontairement ou non) divertie.

Et toi ? Comment se sont passés tes rendez-vous médicaux pendant tes neuf mois de grossesse ? T’ont-ils fait rire ? Ou plutôt donné envie de pleurer ? Viens nous raconter !

A propos de l’auteur

Je suis une fille ( ça j'en suis sûre!), jeune ( faut le dire vite.) drôle ( oui, même si je suis la seule à rire ) Je suis enceinte de mon premier humain miniature, et je vis cette grossesse plutôt au jour le jour. Disons que comme il était pas prévu pour tout de suite, on a pas eu le temps de faire un power point avec plan détaillé. Je viendrais donc m'épancher ici sur cet état soi-disant merveilleux qu'est la grossesse.