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Accoucher en Suède, la pratique


Publié le 27 septembre 2019 par Bibi

C’est le jour que l’on attend à partir du moment où l’on a vu le résultat du test de grossesse. On pensait être préparés, on a lu toutes les histoires, on s’est renseigné sur chaque possibilité. Et pourtant, rien ne s’est déroulé comme prévu.

Un début tranquille

Après un troisième trimestre presque parfait et avec deux semaines d’avance, c’est un peu par surprise que notre fille a débarqué dans notre vie.

Tout commence un lundi vers 4 heures du matin. A 9 mois de grossesse, je ne m’étonne plus de me réveiller à cette heure-ci à cause d’un petit inconfort. Je vais aux toilettes (évidemment), et tente de me recoucher. Mais mon dos me fait toujours un peu mal. Et c’est marrant mais c’est par intermittence. Après réflexion, ces moments d’inconfort bizarres arrivent par vagues…. Oui, oui, il m’a bien fallu 20 minutes pour me rendre compte que j’avais des contractions. Je commence aussitôt à les mesurer.

En Suède, la règle est simple : 5-1-1-1. Toutes les 5 minutes, 1 contraction qui dure 1 minute, et ce pendant 1 heure : il est temps d’aller à l’hôpital. Mais ça, c’est la théorie. En pratique, le compte n’est jamais rond. Pendant environ 2 heures, mes contractions durent entre 45 secondes et 1 minute 30, toutes les 3 ou 8 ou 6 minutes. Je me dis: « ce n’est pas grave, pour l’instant ça n’est pas beaucoup douloureux, on voit comment ça évolue ». Jusqu’au moment où je découvre un peu de sang dans ma culotte (spoiler alert : c’était le bouchon muqueux). Là, je commence un peu à paniquer. J’appelle l’hôpital et réveille mon mari.

Je profite de ce moment pour faire l’éloge de mon amoureux. Il déteste se réveiller, n’est vraiment pas du matin, et met généralement 30 minutes et une bonne douche pour être à peu près intelligible. Mais ce matin-là, au lieu du zombie habituel, Mister Man s’est calmement levé, a commencé méthodiquement à finir le sac pour la maternité, a demandé à voir le chronomètre des contractions et a même commencé à me préparer un petit déjeuner. Le brave homme devait fonctionner complètement au radar, mais avec une efficacité et un calme impressionnants.

Nous décidons donc d’aller à l’hôpital à pied, vu que ce n’est qu’à 20 minutes et marcher est supposé aider le travail. Bon, la petite marche de 20 minutes en a duré 40, pour accommoder non seulement mes contractions mais aussi ma démarche de pingouin. Arrivés à l’hôpital, bien évidemment, mes contractions se sont calmées. Après 30 minutes de monitoring (pendant lesquelles on découvre que si je rigole trop fort, c’est enregistré comme une contraction) et un check cervical, la sage-femme nous confirme joyeusement que oui, le bébé ne va pas tarder, je suis ouverte à 3, mais que ce n’est que le début du travail et que ça pourrait durer des jours. Elle nous encourage à rentrer chez nous, continuer à mesurer les contractions et revenir quand on atteint enfin les fameux 5-1-1-1. Donc, hop, demi-tour, retour à la case départ.

Route avec le mot "start" au début

Crédit photo (creative commons) : Gerd Altmann

Un aller-retour

Je fais tout ça à pieds (mais je m’arrête pour m’acheter des nuggets de poulet, ma dernière envie de femme enceinte). Mes contradictions se sont effectivement espacées, donc je me dis qu’on peut en avoir pour un moment. J’entame alors ce que je pensais être une longue séance de glandage sur le canapé. Sauf qu’une demi-heure après m’être empiffrée de mes nuggets, je sens un petit plop. Calmement, je pense « c’est possible que ce soit la poche des eaux qui se rompe » et me dirige dans la salle de bains pour vérifier. Contrairement à ce que l’on voit dans les films Hollywoodiens, ce ne sont pas les chutes du Niagara, mais un petit filet d’eau qui coule le long de ma cuisse.

Je demande à mon mari, toujours impassible sur le canapé, d’appeler l’hôpital pour savoir quoi faire. Au téléphone avec la sage-femme, il déclare, en anglais, (dans une traduction littérale que l’on excuse vu l’ampleur du moment) : « my wife lost her waters »(ma femme a perdu les eaux). La sage-femme hilare à l’autre bout du fil, lui rétorque: «do you think she will ever find them again? » (est-ce que vous croyez qu’elle les retrouvera un jour?). Sur ce, elle nous demande ce que l’on compte faire. Euh… pardon ? Si on l’appelle, elle, dont c’est le métier, c’est pour qu’elle nous donne des indications. Devant la valse possiblement infinie qui s’est entamée entre mon mari et son interlocutrice, (“qu’est-ce que vous pensez que vous allez faire? » «Je ne sais pas, qu’est-ce que vous pensez qu’on doit faire» « je ne sais pas, qu’est-ce que vous pensez est le mieux à faire ? ») je prends la décision d’aller à l’hôpital.

Taxi

Crédit photo (creative commons): Leonid Mamchenkov 

Nous voilà repartis, mais cette fois en taxi. Après un rapide monitoring, on nous confirme que cette fois, c’est la bonne, je reste ici, j’accouche dans les heures qui viennent ! Bizarrement, on est très excités, mais pas du tout en panique, voire même très calmes. On enchaîne les blagues. Après 9 mois d’attente, on va enfin rencontrer notre petite puce!

Un travail efficace

A l’arrivée, j’avais transmis ma « lettre d’accouchement » au personnel, dont je t’ai déjà parlé ici. La mienne était assez simple. Je savais que je ne devais pas faire trop de plans, parce qu’on ne sait jamais comment ça va se passer. Je n’avais donc que 3 points, importants pour moi :

  1. Qu’on m’explique tout ce qui se passe et mes options. C’est le moyen pour moi d’avoir l’impression de contrôler un minimum les événements. Et qu’on le fasse en anglais (pas en suédois)
  2. Qu’on inclue mon mari au maximum.
  3. Et qu’on soit joyeux ! J’avais envie de rire et d’être positive malgré la douleur, pour toujours garder à l’esprit que c’est avant tout un heureux événement.

Je ne voudrais rien te spoiler, mais au final, aucun de ses trois points n’ont été respectés.

Je profite d’être la seule parturiente de la journée pour demander à ce que l’on me fasse couler un bain. C’est un luxe que je te conseille : dans l’eau chaude, mon dos qui devenait douloureux s’est totalement détendu. Il est donc maintenant 12h, je suis ouverte à 4. Je suis totalement relax, je suis même en train de me dire : « Honnêtement accoucher, c’est plutôt simple, ça ne fait pas si mal que ça, je suis la meilleure et toutes les autres exagéraient. » Oui, oui, je fais ma maligne, mais tu vas voir, je le paye rapidement.

Après une heure à barboter joyeusement, quelque chose change. D’un coup. Et c’est le moment où j’arrête de faire la maligne. Parce que mes contractions commencent à me faire mal. Vraiment. Avant, c’était comme des douleurs intenses de règles, mais localisées plutôt vers le dos. Maintenant, ça ressemble plutôt à un énorme poing qui m’agrippe le bas du dos, et serre très (trop) fort, faisant voyager la douleur du dos vers l’intégralité de mon ventre. Je sors donc de la baignoire (en 5 fois) et me redirige vers ma chambre. Mon mari appelle la sage-femme et détourne son attention suffisamment longtemps pour que je vomisse l’intégralité de mes nuggets sur mes chaussons. La sage-femme m’affirme que c’est assez normal, et que ça indique que le vrai travail a commencé. Super. Il est 14h10. On commence un monitoring et après un check cervical, j’apprends que je suis déjà à 7 ! Il me passe par la tête que vu la progression du travail, je n’aurais peut-être même pas le temps d’avoir l’option pour une péridurale. Hyper fière de moi (entre chaque contractions), je glisse à mon mari qu’on a de la chance que je sois aussi efficace.

Un gros couac

La douleur est toujours très intense, mais bientôt mon attention est attirée vers autre chose. La sage-femme ne trouve pas le battement de cœur du bébé. Elle n’a pas l’air affolée, donc je ne m’affole pas. On tente de le percevoir dans une autre position. Et dans une autre. Peine perdue. La sage-femme ne s’affole toujours pas, mais elles sont maintenant 2 autour de moi à resserrer la ceinture du moniteur, à me manipuler pour que je change de position, et à tenter de me mettre dans le nez le masque à gaz qui atténue la douleur. Je refuse de respirer dans ce truc, je veux savoir ce qui se passe. Les sages-femmes décident de placer une électrode sur le cuir chevelu de bébé pour détecter les impulsions électriques du cœur. Elles sont maintenant 4.

J’essaye de garder mon calme et de ne pas paniquer (et de ne pas oublier de respirer pendant chaque contraction). S’ensuit, en tout cas pour moi, la confusion la plus totale. Il y a de plus en plus de personnel médical autour de moi, mon mari essaye vaillamment de me passer un peu d’eau sur le visage, plus personne ne sourit. Je commence à paniquer. L’obstétricien, que je n’avais même pas vu arriver, me dit de but en blanc, « ça va être une césarienne, madame ». Ok. Après une prise de sang du fœtus, ils ont repéré une grande détresse. Je n’ai même pas le temps de calculer ce qu’il m’arrive que je suis déjà emportée au bloc opératoire. J’ai juste le temps de glisser à mon mari « tu restes avec elle quand elle sera sortie », et hop. Tout le monde s’agite autour de moi, on me parle en Suédois, en anglais, on me manipule, je ne sais absolument pas ce qui est en train de se passer, et ce qui va se passer. J’appelle mon mari. J’ai peur. J’essaye de ne pas trop paniquer, entre chaque contraction. Quelqu’un se penche au-dessus de moi et me fait respirer dans un masque à oxygène. Je m’endors.

Docteur dans une salle d'operation

Crédit photo (creative commons):  David Mark /Pixabay 

En trois minutes, mon accouchement efficace et joyeux s’est transformé en énorme panique. On apprendra plus tard que le bébé s’était enroulé 3 fois le cordon autour du cou. J’étais totalement endormie pendant l’opération, et j’en suis assez reconnaissante, parce que d’après ce que me raconte mon mari les 10 minutes suivantes m’auraient fait prendre 10 ans d’un coup. Une fois sortie, son score Agpar était de 2. Elle ne respirait pas. Mon mari décrit un carrousel de professionnels de santé qui lui tapent sur les fesses et lui secouent violemment les jambes, pour la forcer à pleurer. Heureusement quelques minutes après, son score était de 9.

Un réveil confus

Quand je me réveille, je sais que je ne suis plus enceinte. Mais je ne sais pas où est mon bébé. Je dois avouer que, si l’anesthésie n’avait pas été aussi efficace et que je m’étais réveillée avec toutes mes capacités mentales, je serais devenue folle. A la place, j’ai dû demander faiblement si j’avais un bébé. On m’assure que ma Pépette va bien, et qu’elle est avec mon mari. Je repose la question. Tout va bien, mais le personnel devra me le dire au moins une bonne vingtaine de fois avant que je sois un minimum rassurée. Un membre de l’équipe, que je ne remercierai jamais assez, a l’idée brillante de prévenir mon mari (avec la Pépette dans les bras), que je vais passer devant leur chambre en chemin vers la salle de réveil. Cela me permet d’avoir un mini aperçu d’un nouveau-né en bonne santé et d’un mari heureux. Après une bonne heure, toute seule, à essayer de sortir de l’espèce de brouillard mental dans lequel m’a mis l’opération, on me roule jusque dans notre chambre, où je peux enfin rencontrer ma fille.

Crédit photo (creative commons): MrClean1982

Je la sers très très fort dans mes bras, et sentir sa chaleur et sa respiration au creux de mon cou m’assure que même si ce n’était absolument pas l’accouchement dont j’avais rêvé, au final, j’ai une magnifique petite fille qui vaut bien qu’on m’ouvre les entrailles. Mon plus grand regret est de ne pas avoir connu ma fille avant sa 3eme heure de vie.

Et toi, comment s’est déroulé ton accouchement? Est-ce que tout s’est passé comme prévu?


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Commentaires

6   Commentaires Laisser un commentaire ?

Madeleine

Ouh lala. Ouf, tout fini bien. Quand j entends ça, je me demande comment ils font pour les accouchements à domicile… Quelqu’ un sait ?
J espère que les suites ont été plus simples !!!

le 27/09/2019 à 07h32 | Répondre

Elodie

La règle pour les accouchements à domicile c’est d’être proche d’une structure capable de prendre en charge la mère et l’enfant en cas de souci. La SF surveille régulièrement le rythme cardiaque et au moindre doute la future maman est transférée en urgence puis prise en charge rapidement.

le 28/09/2019 à 04h13 | Répondre

Melimelanie

Le score d’Apgar a 2 je connais… Ils ont eu la mauvaise idée de proposer à mon mari de venir voir notre fils « pour le rassurer » (vu qu’ils l’avaient immédiatement emmené après l’accouchement) qui est revenu dans la salle d’accouchement blême à me dire qu’il n’était pas sûr que notre fils allait survivre… Je n’ai été rassurée que 3h après (un peu comme toi) et encore j’avais du commencer à m’énerver pour qu’on daigne m’apporter mon bébé.

En tout cas ta conclusion est très belle. Au final ce qui compte c’est qu’elle aille bien maintenant. <3

le 27/09/2019 à 08h04 | Répondre

Doupiou

Accouchement en catastrophe avec césarienne sous AG aussi… Je l’ai très mal vécu psychologiquement car je n’ai pas été prévenue qu’on allait m’endormir.
Quand je me suis réveillée, je pensais avoir encore mon fils dans le ventre, j’ai vite déchanté quand j’ai croisé les regards des soignants dans le bloc.
Au final, même 18 mois après, la seule chose que je retiens de cette journée c’est que je n’ai pas entendu ni vu mon fils naître

le 27/09/2019 à 09h44 | Répondre

Die Franzoesin (voir son site)

Oh c´est dur dis donc… Meme si tu retiens le meilleur et tu as bien raison. Quand on lit ca on est content mine de rien de vivre à notre époque avec un systeme de santé compétent (qu´il parle anglais, francais ou suédois 😉 ). Et je me pose un peu la meme question que Madeleine, mais j imagine que ca fait justement partie des risques quand on accouche à domicile, qu une tuile imprévue de ce genre se passe…

le 27/09/2019 à 11h00 | Répondre

Elodie

Toutes les études montrent que l’accouchement à domicile n’est pas plus risqué qu’un accouchement en structure à partir du moment où la grossesse est physiologique et que tout ait été préparé en amont.
Là on n’a pas de notion de temps dans l’article et c est normal Bibi nous raconte les choses comme elle les a vécu. Dans la réalité le temps que les différentes SF débarquent, cherchent le cœur avec le capteur externe puis place une électrode au scalp (capteur interne), qu elles prélèvent le sang fœtal, qu’elles aient le résultat des lactates (marqueurs sanguins de la santé du fœtus) etc etc il a bien du se passer au moins 30 min. Si cette situation avait eu lieu à domicile la patiente aurait été transférée très rapidement et césarisée à l’arrivée

le 28/09/2019 à 04h20 | Répondre

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