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A la une / Vie de maman

Après mon accouchement : entre immense bonheur et détresse totale

La dernière fois, je t’ai laissée juste après mon accouchement. Mes babyboys étaient en pleine forme, avec des poids plus qu’honorables pour des jumeaux : un peu plus de 3kg pour l’un, et un peu moins pour l’autre !

Je reviens dans ma chambre, à la lumière du jour, il est midi, et nous sommes enfin tous les quatre (et j’ai l’estomac plein !).

Voilà, cette fois, on y est : après cinq ans d’attente, deux ans de PMA, ils sont là, nos bébés d’amour. C’est tellement incroyable, et je suis tellement heureuse, que je pleure d’émotion, à grosses larmes. Nous avons tellement de chance !

Non seulement, pour nous, les traitements ont fonctionné, mais en plus, nous avons les deux petits garçons les plus adorables du monde. Je trouve ça tellement incroyable. Nous formions déjà une famille, avec mon mari, mais désormais, nous sommes quatre. Je n’en reviens toujours pas, et je me sens tellement chanceuse. (OK, je répète beaucoup la même chose, mais bon sang, c’est tellement dingue d’avoir autant de chance !!!)

Commence alors ma nouvelle vie, par ces quelques jours à la maternité, où je vais faire connaissance avec mes bébés. J’en passerai six post-accouchement, donc sept en tout. Et on ne peut pas dire qu’ils ont été faciles, ces quelques premiers jours ! Fatigue, hormones, émotions, double travail, tout ça me submerge complètement.

Je pleure parce que je suis heureuse (je t’ai dit que je me trouvais tellement chanceuse ?), je pleure parce que je suis fatiguée, je pleure parce que je me sens complètement dépassée, je pleure parce que j’ai peur d’être seule quand mon mari va reprendre le travail, je pleure parce que j’ai la nette sensation physique d’être passée sous un bus, bref, je pleure.

premiers jours avec jumeaux

Crédits photo (creative commons) : dyonis

Le premier soir, on me propose de prendre mes bébés à la nurserie. Les laisser tout seuls dans une autre pièce avec des gens qu’ils ne connaissent pas me semble totalement inhumain, et je refuse. D’autant que le papa dort avec nous cette nuit-là : on peut gérer à deux.

On se réveille sans arrêt (toutes les heures ? Deux heures ? Je ne sais plus…). Enfin, plutôt, JE me réveille : le papa dort sur un matelas au pied de mon lit et n’entend rien. Du coup, je dois l’appeler, de plus en plus fort. Comme je ne veux pas réveiller la maternité entière (mon mari dort très profondément, vois-tu), je finis par lui lancer des trucs sur la tête depuis mon lit. C’est assez drôle de le voir surgir brusquement au pied de mon lit, saucissonné dans son sac de couchage ! Je lui demande de se lever, car moi, je suis tellement mal physiquement que je ne peux pas sortir de mon lit (et en plus, je suis branchée à une perfusion).

Le deuxième soir, je craque, et j’accepte que les bébés partent à la nurserie, ce qui me permet de dormir quelques heures. La troisième nuit est horrible : l’un de nos bébés a mal au ventre, et on ne peut pas le poser dans son lit sans qu’il ne hurle.

Le lendemain, mon mari reprend le travail (il posera son congé paternité de dix-huit jours – jumeaux obligent – quand je rentrerai à la maison), et je me retrouve seule. L’horreur totale. Je tiens à peine debout, j’ai mal au dos en haut, au milieu, en bas, je suis incapable de me tenir droite, ou même de rester debout sans m’appuyer à quelque chose le temps de changer une couche, et je dois gérer deux bébés qui mangent souvent.

Le matin, j’appelle ma mère, en larmes. Elle doit passer dans l’après-midi : je lui demande de venir le plus tôt possible, en apportant une tétine, car ça soulage la douleur des maux de ventre.

Je suis assise dans mon lit, un enfant dans les bras, l’autre sur mes jambes. Je les ai installés comme j’ai pu, mais je ne sais pas comment faire pour les remettre dans leur berceau tellement j’ai mal. Je me noie. Dans mes larmes, dans ma douleur, dans mes émotions, dans cette vague qui m’emporte et ce vent qui siffle : « Tu n’y arriveras jamais ! » dans mes oreilles.

J’appuie sur le bouton d’appel, mais tout le monde est occupé. Du coup, on s’enquiert de mon besoin par l’interphone. Je suis seulement capable d’articuler : « Je ne vais pas y arriver… », avec de gros sanglots dans la voix. Après quelques minutes, la psychologue de l’hôpital pousse la porte. Il se trouve qu’elle prenait un café dans la salle de garde, et qu’elle m’a entendue. Elle prend un bébé dans ses bras, me laisse parler et pleurer, elle me parle et me rassure. Après son passage, ça va un peu mieux.

Le reste de la semaine sera un tout petit peu plus calme, mais je repars de la maternité avec un dos très douloureux et un moral en dents de scie. Je pleure toujours autant. Pendant les quelques jours qui suivent, une sage-femme vient chez moi peser les enfants et voir si je vais bien. Elle voit que je pleure beaucoup, et me dit que si ça dure au-delà de quelques jours, il faudra me faire aider.

Je croyais que les jeunes mamans déprimées, victimes du baby blues, l’étaient parce que leur grossesse était terminée et qu’elles avaient du mal à renoncer à la fusion avec leur bébé : c’est souvent la définition qu’on en donne. De mon côté, ce n’est pas ça : je suis terrifiée à l’idée que dans trois semaines, mon mari va retourner au travail et me laisser seule. Il est mon roc, ma bouée. Pour moi, c’est certain : sans lui, je n’y arriverai pas. Je suis à la fois tellement heureuse et tellement malheureuse…

Cette détresse est passée au bout de quelques jours… pour revenir ensuite, sous une forme un peu différente. Je t’en reparlerai.

Et toi ? Comment se sont passés les jours qui ont suivi ton accouchement ? Étais-tu en forme ou, comme moi, complètement fracassée ? Et ton moral ? Raconte-nous…

A propos de l’auteur

Mariée, 40 ans, parisienne et future maman... de jumeaux ! Quand ils seront là en janvier 2016, on tâchera de résoudre l'équation petit appart et seulement deux bras par adulte avec deux enfants, leurs rythmes et leurs besoins + tout ce que ça implique comme nombre de couches, de biberons, de meubles, de poussettes etc. Mais avec un peu d'ingéniosité et de débrouillardise (et autant d'humour et de recul que nos nuits sans sommeil nous le permettront) on va s'en sortir, j'en suis sûre !