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A la une / Récit d'accouchement

Mon accouchement : quand la réalité balaie ton rêve…

9 mois… Il m’aura fallu 9 mois pour accoucher de cet article. 9 mois pour te raconter ce jour tant attendu! Une grossesse en somme, le temps de sortir la tête de l’eau de toutes mes aventures qui ont suivi le jour de la naissance de mon fils! 

L’accouchement… Je n’avais pas du tout d’appréhension ni d’angoisse puisque j’étais incapable de me projeter dans l’action et d’imaginer ce que serait cet instant tant attendu. Je n’avais qu’une seule réelle peur: la péridurale. Pendant des mois et des mois, et avant même d’être enceinte, je le savais au plus profond de moi, je ne veux pas de péridurale. JAMAIS. J’ai bien trop peur… Et pourtant…

Crédit photo: Dominique Bergeron 

Le rêve

Comme de nombreuses femmes, j’ai fait un plan de naissance qui a été relu avec les médecins qui me suivaient. J’avais assez peu de demandes particulières si ce n’est que je ne souhaitais pas de péridurale pour privilégier d’autres méthodes de gestion de la douleur afin d’éviter de me déclencher une crise d’angoisse (je suis phobique de l’immobilisation… Ouai je sais c’est bizarre…).

Je m’imaginais dansant et chantant durant le travail (oui oui littéralement), faisant les 100 pas, me balançant sur un ballon (comme à la maison), m’appuyant sur Monsieur Hamster, me faisant masser les pieds, le dos, la tête, la nuque, tout en prenant de grandes respirations. On entendrait presque les oiseaux chanter là. Bref, je m’imaginais en mode « total control » de la douleur, visualisant la tête du bébé descendant, etc. C’était le rêve. La réalité fut un peu différente…

Le jour J

Nous sommes le 10 juin, il est 2h du matin… Je suis réveillée comme tous les matins ces derniers jours par des douleurs, des petites contractions. Mais ce matin, elles sont un peu plus douloureuses, et ont du mal à passer. Je passe une journée assez longue où il m’est difficile de me reposer (on est en pleine préparation de notre van pour notre voyage, on se dépêche un peu pour en faire le plus possible avant la naissance). Je me couche en espérant dormir un peu mieux…

11 juin, 2h du matin, on recommence. Ça fait mal… 24h sans réel repos, je suis fatiguée. Je passe ma matinée à avoir quelques contractions, par vague. Ça fait doucement de plus en plus mal.

Vers 13h30 j’appelle la maternité où je dois accoucher. Je leur dit que j’ai des contractions depuis ce matin 2h, ça fait mal mais c’est encore assez irrégulier (entre 3 et 15 minutes d’intervalle). On me rappelle l’intervalle « réglementaire » (3 minutes pendant 2 heures), on prend mon nom pour sortir mon dossier afin d’être prêt. Et la bingo, deux heures plus tard, je les appelle, j’ai vraiment mal quand même, et c’est très régulier. On commande notre taxi, on prépare nos affaires (comprendre Monsieur range ses outils, ferme le camion, prend sa brosse à dent), et on est parti!

Le conducteur du taxi est un homme formidable qui comprend très bien ce qu’il se passe. Musique douce, pas de conversation, il prend le chemin un peu plus long mais moins cabossé, me souhaite bonne chance une fois arrivée. Bref, un voyage long (15 minutes), douloureux, mais oh combien calme.

Il est 16h30, j’arrive à la maternité!

Le travail

Me voilà installée dans l’espace de tri. Première douche froide, je ne suis ouverte qu’à 2cm (Bordel, que 2… Ok ok c’est pas grave, ça va aller, on respire). On me place sous monitoring (c’est quoi cet objet de torture? En plus on m’oblige à rester coucher? No way on me le refait!) pendant 1h…

18h45, je suis toujours ouverte à 2. « Hum peut être 2+ ». Je suis complètement abasourdie. Je souffre un peu quand même, l’intensité n’est pas encore la plus élevée, je peux supporter, mais sur la durée, je commence à fatiguer. Je ne le sais pas, mais le corps médical envisage de me renvoyer chez moi… Mais j’ai de la chance, le bain vient de se libérer, je vais pouvoir en profiter.

19h15-19h45, je suis dans le bain! Ça fait du bien. Monsieur Hamster allume les bulles. Mauvaise idée!!! Ça fait mal!!! Je me contente donc d’être dedans, à 4 pattes. Une fois sortie, on me réexamine. Ça n’a pas bougé d’un pouce. Je souffre toujours. J’ai tellement mal que je crie un peu à chaque contraction, et que je finis par faire peur à une de mes voisines de triage, qui est là juste pour un monitoring de contrôle. On me place donc dans une chambre en isolement. Comme ça n’a pas bougé, mais que je souffre, on m’injecte une dose de morphine, pour voir. Un quart d’heure plus tard je suis ouverte à 4cm. Visiblement la morphine a permis à mon corps de se relâcher. Juste à mon corps du moins, parce que dans ma tête je souffre depuis bien trop longtemps! Les contractions sont toujours très rapprochées, je crie pour évacuer, je ne me sens bien dans aucune position.

22h, je suis à 5cm. Ça avance ça avance… Mais une heure plus tard, ça n’a toujours pas bougé. Je suis toujours dans la zone de tri, en isolement. On me repropose le bain, j’y retourne, ça fait une activité. De toute façon, il ne peuvent plus me renvoyer chez moi.

23h30, ma chambre n’est pas encore prête, donc les infirmières m’apportent un peu de matériel. J’ai enfin un ballon! Je peux rebondir autant que je veux dessus! En réalité, je me contente de faire des huit avec le bassin pendant que Monsieur me masse le dos.

Je rejoins ma chambre à 00h10. Je suis alors ouverte à 5+. J’hurle à qui veut l’entendre qu’il faut m’assommer, faire quelque chose, je n’en peux plus de cette douleur. Monsieur discute avec les infirmières, avec moi. Je me souviens assez mal du comment j’en suis arrivée à dire oui pour la péridurale. Mais je dis oui.

Il est 1h du matin, je suis ouverte à 6, et l’anesthésiste entre dans ma chambre, tel une apparition divine. Les infirmières sont sous le charme, mon mari aussi (il m’a avoué que dès que l’anesthésiste est entré « je savais que tout allait bien se passer! Il avait une telle aura autour de lui »). Moi je vois rien d’autre qu’un monsieur un peu trop calme qui me pose beaucoup trop de question (j’ai d’ailleurs beaucoup de mal à y répondre tellement j’ai mal). Je pleure toute ma vie, on me pose la péri, et là… LE SOULAGEMENT. Plus de douleur. Par contre, me voilà perfusée de tous les bords… Mais, heureusement, je peux bouger mes pieds et donc me mettre dans plein de position différentes pour continuer le travail, et ça m’a pleinement rassuré.

2h30, j’ai pu me reposer un peu, Monsieur aussi (il a installé son lit pour dormir). Je suis ouverte à 8+. Ça avance mais le rythme s’est un peu ralentit.

4h30, encore un centimètre. On commence à installer le matériel pour la poussée. Les infirmières sont un peu inquiètes, mais sans plus.

La naissance

5h40, il est temps de pousser! Sauf que je ne sens pas les contractions… Me revoilà sous monitoring, et à devoir pousser quand on me le dit.

*Je ne vais pas te détailler toutes les péripéties (ralentissement très fort du travail, difficulté à sortir la tête, légère souffrance fœtale), mais j’ai poussé pendant 1h30. Monsieur Hamster m’a avoué bien plus tard qu’a un moment il a vraiment pensé que je n’y arriverais pas, et qu’il a eu peur. J’étais au bout de ma vie. J’avais couru au moins deux Marathon. J’ai tellement utilisé toutes mes forces que j’ai eu des courbatures à la cage thoracique et des douleurs aux poumons pendant tout l’été… Encore aujourd’hui je m’essouffle pour un rien. J’ai totalement perdu ma forme physique sportive. J’ai les épaules et les bras en vrac. Je ne parle même pas de mon dos encore 9 mois plus tard.*

12 juin 2018, 7h05, Bébé canard naît! Monsieur Hamster pleure (et moi je pense, « mon dieu mais que se passe-t-il? pourquoi moi je ne pleure pas? »), il coupe le cordon, est heureux. Moi je dis bonjour au bébé, et je n’ai qu’une pensée: C’EST FINI!!!!

Bébé canard est un peu timide, il ne pleure pas beaucoup. La pédiatre le prend donc sur la console dédiée aux premiers secours pour bébé. Monsieur Hamster est invité à l’assister. Tout le monde me dit que tout va bien. Moi je ne m’inquiète pas plus que ça, je suis tellement soulagée, c’est fini, je vais pouvoir dormir (hum hum…). On me recoud quelques déchirures. Pendant ce temps les infirmières sortent les machines pour aller assister une autre future maman. La pièce se vide petit à petit. Mon petit déjeuné a été servie, le ménage a été fait, la chambre est devenue une vraie chambre. Le silence s’installe. Me voilà maman.

Crédit photo: Dominique Bergeron 

Au final, j’ai eu un accouchement normal. Juste long. Enfin de mon point de vue, c’était interminable. Mais tout s’est bien passé. Je garde juste un souvenir assez moche de cette expérience car encore aujourd’hui j’en veux beaucoup à mon corps de ne pas avoir supporté la douleur, de ne pas avoir joué dans mon camp. Ce n’était définitivement pas le plus beau jour de ma vie. Mais le cerveau est bien fait, je suis incapable de me souvenir de l’intensité de la douleur de ce jour là. Et avec du recul, je me dis que ce fut très éprouvant sur le coup, mais que ça ne m’empêchera pas de retenter l’expérience!

La prochaine fois je te parle de la déclaration de la naissance et de la double nationalité de bébé Hamster!

A propos de l’auteur

28 ans, mariée en mai 2015. Je vis à Montréal depuis un peu plus de 6 ans. Arrivée comme étudiante, je cherche aujourd'hui du travail, en vain... Monsieur et moi entamons notre dernière année de vie Outre-Atlantique. Et cette année va être sportive puisque nous allons accueillir un petit canadien (ou une canadienne) en juin prochain! À la suite de ça nous prévoyons: - un road trip à travers l'Amérique du Nord en van - un retour en France (une 2e expatriation en somme...) - une installation quelque part dans cette France... Après où exactement... On verra! Tout ça avec un bébé! Oui oui! On aime les défis!! Tu peux aussi me suivre par ici : @mme_ebichu sur Instagram et bibichuenvadrouille.wordpress.com pour mon blog personnel.