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Mon accouchement « un peu long sur la fin, mais ça va » – Partie 2


Publié le 22 mai 2020 par Maman Ours

Comme promis, me revoici pour te raconter la suite de mon accouchement. Jusque-là tout va plutôt bien, on vient d’arriver en salle de naissance.

Les contractions continuent. Je suis complètement dans un autre monde. Je ne sais pas si c’est cette bulle ou si je somnole par moments en même temps que de gérer tout cela (c’est le milieu de la nuit après tout), mais je n’ai pas conscience de tout. Toute cette phase est un grand flou pour moi.

On m’annonce à un moment que je suis complètement dilatée, avec seulement un petit bourrelet de col. Génial ! Par contre, le bébé n’est pas encore descendu. Bon, et bien ça va être la phase suivante. Il va mettre plusieurs heures à descendre dans mon bassin.

Je vois de la lumière pointer par les baies vitrées, et je réalise que le soleil se lève. C’est déjà la fin de la nuit. Ma notion du temps est complètement distordue. Avec le jour qui revient, ma conscience aussi. Laura s’en va, et la nouvelle sage-femme, Mélodie, se présente. Elle est adorable.

Crédits photos (creative commons) : Jordan Wozniak

Je bois un peu de jus de fruit pour « reprendre un peu des forces », mais je le vomis dans la foulée. OK, c’est compris, mon corps veut que mon estomac soit parfaitement vide. Message reçu ! Je n’absorberai plus rien avant d’arriver dans notre chambre.

On continue de gérer les contractions, je sais que Papa Ours doit avoir mal un peu partout à force que je me pende à lui, mais je sais aussi qu’à ce moment-là, je ne dois pas y accorder la moindre importance, alors je continue.

Petit Ours est enfin descendu. Hourra, peut-être qu’on approche du bout !

Mais non, car il n’a pas effectué sa dernière rotation : pour passer le dernier « virage » du bassin, le bébé doit regarder vers le dos de la mère. Et là, il regarde vers mon ventre. Alors on lui laisse encore du temps pour tourner. J’essaie plein de positions. À quatre pattes c’est pas mal, debout aussi. À plat ventre je n’aime pas, car j’ai tendance à m’endormir et à très mal gérer les contractions. Et me relever de cette position est très compliqué.

Le temps n’est égrené que par les nouvelles poches de perfusions, qui me font réaliser que quatre nouvelles heures se sont écoulées. À chaque fois, je pense que ce sera la dernière poche… mais non. Heureusement, on me débranche de la perfusion entre, je ne garde que le cathéter en place. Enfin, mis à part qu’il doit être enlevé et remis à l’autre bras au début de la journée.

Avec ma conscience qui revient, la nouvelle sage-femme qui passe bien plus de temps avec nous que pendant la garde précédente, la journée qui commence, je quitte un peu ma bulle. Le rythme des contractions s’étale un peu. Je discute entre, je les gère presque facilement. Quelle est la cause, quelle est la conséquence ? Est-ce parce que je suis sortie de ma bulle qu’elles ont ralenti ? J’ai l’impression qu’elles ont tendance à être plus présentes quand je suis seule avec Papa Ours. Ou bien mon corps avait peut-être juste besoin d’une pause après une nuit aussi intense ?

Mélodie est une aide précieuse. Je me demande un peu quand va arriver la phase de désespérance, car, jusque-là, je me sens très bien (relativement au contexte !), même si je commence à trouver que c’est un peu long.

Crédits photos (creative commons) : Daniele Levis Pelusi

Je ne ressens aucune envie de pousser. On essaie une ou deux fois pour voir en tout début de journée, mais cela ne fait rien, donc on n’insiste pas. Alors on continue d’alterner les positions régulièrement. La gynécologue, Laurence, vient se présenter. Elle est très calme et très gentille. Elle m’examine et dit qu’elle repassera plus tard.

Un peu plus tard, Mélodie me propose à nouveau de pousser, car cela aidera peut-être le bébé à tourner. Je m’applique bien, mais cela ne fait rien. Elle me fait alterner les poussées « en soufflant », et les poussées « en bloquant l’air » (beaucoup plus clichées, mais apparemment plus dynamiques, au moins dans mon cas). Je m’applique vraiment, mais je ne sens rien, je n’ai pas l’envie de pousser.

Mais on me dit que je pousse bien, alors je continue. D’ailleurs, je crois que pousser aide à ne pas trop avoir mal.

Je ne sais pas dans quel ordre devraient être mes souvenirs suivants.

Mélodie essaie d’inciter le bébé à tourner, avec ses mains, pendant que je pousse. C’est un peu plus douloureux, mais ça va. Seulement, ce n’est pas efficace. Elle finit par réussir à le faire tourner partiellement, mais il revient entre chaque poussée à sa position de départ. Petit têtu !

Elle me propose de sentir la tête du bébé. Ah bon, je peux ? Bah oui. Après tout, c’est mon vagin hein. En suivant ses conseils, je glisse un doigt, et, effectivement, je sens un truc tout mou qui bouche le passage. C’est le bébé !!!! Waouh, cette sensation ! Et le plus fou ? J’ai à peine inséré mon doigt, jusqu’au milieu de l’index environ ! Il est tout près, tout près ! Cela me fait tellement plaisir ! Je propose à Papa Ours de le toucher aussi tellement je suis contente. Il hésite un instant et la curiosité gagne.

Laurence, la gynécologue, revient, et essaie également de faire pivoter le bébé, mais elle n’a pas plus de succès.

Elle décide de faire une échographie pour voir exactement la position du bébé. Je me cache les yeux pour ne pas voir le sexe, mais en fait, aucun risque, la sonde est très bas, on ne voit que la tête du bébé !

Laurence décide de me faire pousser avec une ventouse, pour orienter le bébé pendant la poussée. Là, on passe un cran dans la douleur, ce n’est clairement plus très confortable pendant la poussée. Heureusement, entre, ça va très bien. Je n’y fais pas trop attention, mais je crois que ce doit être impressionnant, on dirait qu’elle tire fort pendant que je pousse. La ventouse lâche d’un coup, et elle part en arrière. Apparemment ça ne tient pas très bien sur la tête des bébés chevelus !

Elle installe une deuxième ventouse. Mais elle lâche aussi. Et le bébé n’est toujours pas tourné.

Là, je crois qu’il y a un petit conciliabule. On me demande d’essayer de faire pipi. Il semblerait qu’une vessie pleine puisse gêner la rotation. Toute la pièce se vide, et je me retrouve assise sur une sorte de bassine. J’apprécie qu’on me laisse mon intimité, mais je n’ai rien bu depuis la dernière vidange de mon estomac, donc je n’arrive rien à sortir.

Je suis debout quand la contraction suivante arrive, donc j’essaie de pousser debout, mais, ô surprise, ça ne marche pas plus.

En m’expliquant bien ce qu’elle va faire, Laurence m’installe une sonde urinaire et vidange ma vessie. Sauf qu’elle était absolument vide. Je crois qu’elle voulait aussi en profiter pour évaluer où j’en étais dans ma gestion de la douleur. Eh bien, moi qui redoutais beaucoup la sonde urinaire (un des avantages de ne pas avoir de péri… ou pas !), je ne sens qu’un gros pincement, mais bien plus gérable que les contractions. Ou alors je commence vraiment à maîtriser la respiration et la gestion de la douleur !

On m’explique alors qu’on va devoir essayer les spatules, car cela fait plus de 24h que j’ai fissuré, et plus de 10h que je suis à dilatation complète. J’entends une voix d’homme à la porte, c’est l’anesthésiste, qui, au courant de la situation, vient voir s’il doit poser une péridurale. Laurence lui indique que pour le moment, on tente sans. Il reste à proximité au cas où.

Mélodie m’explique qu’elle va me mettre un masque pour respirer du protoxyde d’azote pendant les poussées, afin de m’aider avec la douleur. C’est elle qui va le poser et l’enlever, je n’ai rien à faire. Enfin, rien concernant le masque quoi.

Laurence installe les spatules, une par une, de chaque côté. L’installation est assez désagréable.

À la contraction suivante, je dois pousser à nouveau, en bloquant ma respiration. Bon, je n’ai rien atténué jusque-là, promis. Alors je continue : ça fait mal. Très, très, très mal. Je ne m’y attendais pas. Je crie (pour la première fois). Mon cerveau n’est absolument plus là, mais j’ai un instant de panique : ça ne va pas être possible. Je ne peux pas supporter ça.

J’ai senti Papa Ours dire « là elle a mal ! ». Je sens que là, il souffre de me voir souffrir. Je n’y prête pas attention.

La contraction est finie, le monde normal revient. Mais cette fois, contrairement aux autres « entre-poussées », je suis sonnée.

Une nouvelle arrive. J’ai un peu peur, mais pas le choix, alors j’y vais. Cette fois-ci je n’ai pas la surprise de cette énorme douleur. Mélodie m’encourage et me dit de pousser sur cette douleur que je ressens là où le bébé va sortir. J’arrive à entendre cette phrase, alors je le fais : je pousse exactement là où je sens cette douleur. Et cela aide beaucoup. Cette poussée est très douloureuse, mais c’est moins horrible que la précédente. Et j’y retourne, encore et encore. Je ne sais pas combien de fois. Je ne sais pas si j’ai à nouveau crié. Je respire comme une forcenée dans le masque que Mélodie me pose sur le visage quand je dois reprendre de l’air. Je ne suis plus là. Et puis j’entends, de très loin, tout en même temps, Mélodie qui me dit « arrêtez de pousser » et Papa Ours qui me dit « je le vois, il est là, je vois sa tête ».

« Ouvrez les yeux, ouvrez les yeux, votre bébé est là, ne loupez pas ça ».

Les phrases finissent par atteindre mon cerveau. Je crois que ce sont deux des plus belles nouvelles de ma vie. En même temps. C’est fini ; le bébé est là. Un effort qui me paraît surhumain me fait ouvrir les yeux. Je suis à nouveau « consciente » et, effectivement, je vois un petit bébé, gluant, sanguinolent, qui s’élève entre mes jambes (OK en vrai c’est Laurence qui le tient, mais là, je ne la vois pas du tout !). Son corps apparaît, il est posé sur moi.

Crédits photos (creative commons) : Alex Hockett

Je le prends, je le frotte, je lui parle, je pleure, je déborde de joie, je regarde Papa Ours, il pleure aussi, il est ému, il est fier, je regarde ce bébé, c’est notre bébé, il est là, il est là !

C’est impossible à décrire. Je pleure en écrivant là…

Pour la suite, on est restés longtemps à le regarder, à se regarder, à s’embrasser, à le caresser. On m’a mis une perfusion. On m’a dit que le cordon ne battait plus, qu’on le clampait. On a proposé à Papa Ours de le couper. Mais il préférait regarder notre bébé et nous câliner. Alors Laurence l’a coupé. Mon placenta est sorti en quelques minutes. On m’a demandé de pousser, mais ce n’est vraiment rien du tout, une grosse boule chaude et un peu molle passe, et hop, c’est dehors. Laurence l’examine pour vérifier qu’il est entier. Je détache mes yeux du bébé pour regarder, j’étais très curieuse de voir cela. Elle m’explique bien. Puis on continue de câliner le bébé. Laurence me recoud, et m’explique. Les piqûres de l’anesthésie locale piquent un peu, mais ce n’est rien. J’ai une petite dizaine de points de suture en profondeur, et 5 à la surface.

Le bébé pleure, on lui parle. Il s’installe vers mon sein droit, pose la bouche dessus…. Et à cet instant précis, l’auxiliaire de puériculture (qui est arrivée je ne sais pas quand et ne s’est jamais présentée) l’attrape et le soulève. GRRRRRR. Je crois que c’est là qu’on découvre que c’est un petit garçon. Il était déjà né depuis un bon moment, mais je m’en fichais encore plus qu’avant. Mais désormais, on connaît son prénom. On le lui dit : « Petit Ours, tu t’appelles Petit Ours mon bébé ! ». Ce moment est magique. On peut le nommer, il existe. C’est incroyable. Il trouve, à nouveau, l’autre sein. Il va le téter pendant plus de 40 minutes.

Un long moment après, on nous propose de lui faire quelques soins. Il part avec son papa sur la table pour être examiné. Il est pesé. Mélodie me fait une petite toilette, je suis pleine de sang ! Au début, je décline les antidouleurs. Et puis l’anesthésie locale se dissipe, alors je les demande et elle me les met dans la perfusion.

On est restés là presque quatre heures. Qui sont passées encore plus vite que toutes les précédentes (quinze pourtant). La seule fois où j’ai vu Papa Ours presque aussi ému, c’était à notre mariage.

Oh mon dieu, notre petit bébé est né.

Crédits photos (creative commons) : Kelly Sikkema

Les sages-femmes du service maternité viennent nous chercher. On comptait rejoindre notre chambre en peau à peau, mais je ne supporte pas le bandeau de peau à peau qu’on me propose : j’étouffe, c’est trop serré. Alors on habille Petit Ours, et je mets une sorte de couverture sur le brancard, et on nous amène dans notre chambre.

Notre nouvelle vie commence.


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Commentaires

12   Commentaires Laisser un commentaire ?

Mme Espoir

Merci pour ce très beau récit d’accouchement !

le 22/05/2020 à 14h00 |

Maman Ours

avec plaisir 🙂

le 28/05/2020 à 11h54 |

Raphaelle

Mon dieu que d’émotion! C’est si joliment décrit! Tu m’as mis la larme à l’oeil!

le 22/05/2020 à 14h22 |

La Piu

Je n’ai qu’un mot : magnifique ! Quel long accouchement et quel courage tuas eu, tu as tenu jusqu’au bout! Bravo à toi et au papa, bienvenue à ton petit ours.

le 23/05/2020 à 08h09 |

Maman Ours

C’est clair que pour l’accouchement rapide dont je rêvais, on repassera haha !
Honnêtement je ne sais pas si c’est du courage : jusqu’à « presque la fin », ça allait (sincèrement)… et après je n’avais plus le choix de toute façon !

Merci pour ton gentil mot, et merci d’avoir pensé à inclure le papa…. ça n’a pas été facile pour lui cette histoire !

le 28/05/2020 à 11h57 |

Chacha d'avril

Que c’est bien raconté, beau et émouvant !! Moi qui risque de vivre mon premier accouchement par voie basse dans quelques semaines, ton récit m’aide à envisager ça de façon sereine, merci.

le 23/05/2020 à 08h55 |

Maman Ours

Je suis ravie que ça puisse t’aider ! D’autant plus que je suis persuadée que la sérénité à l’approche d’un tel moment est primordiale. Sois-en certaine, tu as des ressources et des capacités incroyables. Je te souhaite un merveilleux accouchement, aussi près que possible de tes souhaits !

le 28/05/2020 à 11h59 |

Lumi (voir son site)

Tu as super bien géré, bravo ! Et merci pour ce beau récit.

le 24/05/2020 à 08h40 |

Maman Ours

Merci ! et derien 🙂
(et je me dois d’ajouter que j’ai (surtout) été incroyablement bien entourée, par un Papa Ours époustouflant et une équipe en or ! )

le 28/05/2020 à 12h01 |

Maman qui naît (voir son site)

Magnifique! Tu as réussi à retranscrire ce moment si particulier. C’est vraiment émouvant. Et bravo pour ta concentration, ta gestion de la douleur et la patience dont tu as fait preuve. Je suis admirative.
Je vous souhaite que du bonheur!

le 28/05/2020 à 17h46 |

Maman Ours

Merci 🙂 je dois dire que j’ai eu la chance de tomber sur une équipe incroyable. Et merci tellement pour ces bons vœux 😀

le 28/05/2020 à 22h48 |

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