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A la une / Témoignage

Accoucher en Suède, la théorie

La dernière fois, je te faisais le topo sur la façon dont une femme enceinte était suivie en Suède… Sans mentionner ce qui se passe le jour de l’accouchement. Je vais donc t’expliquer comment est supposé se dérouler ce grand événement en Suède.

Je vais bien évidemment parler de ce que j’ai vu et de ce que m’a relayé le personnel de santé. Mais je ne voudrais pas généraliser sur toute la Suède: selon les régions, les hôpitaux, les femmes, cela peut se passer différemment. Je vais aussi teaser mon accouchement sans rien t’en raconter, il faudra patienter un petit peu pour connaitre la fin de l’histoire…

La maternité

Tout d’abord, parlons des locaux. Quant le terme est arrivé (et là je vais me permettre de faire une gigantesque parenthèse mais en Suède, le terme est à 40 SA. Pas 41, comme en France. Une différence étrange dont je ne connais pas l’explication – donc si tu as une idée, n’hésite pas à m’en faire part dans les commentaires!) . Je disais donc (avant de me faire grossièrement interrompre par moi-même) que quand c’est le grand moment, la première chose à faire est d’appeler l’hôpital… Pour vérifier s’il y a de la place. En effet, la grosse différence avec la France, c’est qu’on ne choisit pas vraiment où l’on va accoucher. Cela se fait selon les places disponibles. Bon, dans une grande ville comme Malmö, c’est rare qu’il n’y ait pas de place.  Et au pire, l’autre maternité est à 20 minutes de taxi. Mais il est déjà arrivé, dans le nord de la Suède où les hôpitaux sont moins nombreux, qu’une suédoise accouche en Finlande, car c’est le seul hôpital à moins de 3 heures de voiture qui pouvait l’accueillir! Au final, le jour de mon accouchement, pas d’inquiétude, j’étais la seule parturiente du service.

Tout l’accouchement se fait dans une et même salle. Dans mon hôpital, le seul point très négatif pour moi était que les douches et toilettes étaient partagées avec une autre chambre. En plein accouchement, quand on est sous le jet d’eau de la douche, à poil, en pleurant, on a envie d’éviter de croiser la femme de la salle d’à côté qui veut faire pipi. Cela dit, les hommes n’ont pas accès à cet espace, la preuve en images:

Toilettes Maternite

 Crédit photo: photo personnelle

La philosophie

L’accouchement en lui-même est centré sur les besoins de la femme. En Suède, la femme est active, elle accouche naturellement, elle n’est pas accouchée par un tiers. Encore une fois, sages-femmes et infirmières sont les interlocutrices privilégiées. Elles accompagnent, guident, conseillent. Les sages-femmes m’encourageaient à être active: marcher, danser, m’accroupir, pour aider le corps à faire ce qu’il doit faire. Généralement, il y a un monitoring (avec électrodes ET toucher vaginal) toutes les 4 heures. Obstétricien et gynécologue n’interviennent qu’en cas de problème.

Sage-femme visitant une parturiente

Crédit photo: Suzanne M. Day [Domaine public]

C’est la parturiente qui, à son rythme, choisit ses moyens pour soulager la douleur. A ce niveau, je ne pense pas que les techniques soient très différentes de celles françaises. J’avais accès à une balle de pilates, des coussins chauffants, un déambulateur, du gaz hilarant et des TENS (mais si, tu sais, le neuro-stimulateur transcutané… Les petites électrodes). Il y avait aussi une baignoire (mais pas une baignoire de naissance, juste une baignoire pour prendre un bain et se relaxer), dont j’ai bien profité. Chaque chambre est dotée d’enceintes avec branchement USB, pour faire péter les décibels pour écouter de la musique si on le souhaite.

Pour la péridurale, il me suffisait de la demander et entre 15 et 45 minutes plus tard, hop ! j’étais dosée. En en parlant avec ma sage-femme, j’ai d’ailleurs appris qu’en Suède, cette méthode de soulagement de la douleur n’est pas aussi fréquente qu’en France. Statistique intéressante, si 53 % des primipares suédoises utilisent la péridurale (alors qu’en France elles sont 82%.), les mères ne l’utilisent la seconde fois que 35% du temps. Selon moi (mais ce ne sont que des spéculations), cela est dû au fait que les deuxièmes accouchements sont plus rapides, mais aussi que les mamans se sont rendues compte qu’elles n’avaient pas besoin de ce soulagement. Ce qui reste le plus populaire est le gaz hilarant. J’avais d’ailleurs hâte de tester ça ! Je ne connaissais pas cette technique, et l’idée de gérer moi-même le moment où soulager ma douleur, sans ralentir le travail, me plaisait beaucoup. Bien entendu, le plus important reste de se sentir bien (ou en tout cas, moins mal), et l’accent est toujours porté sur le souhait de la parturiente, sans jugement.

Une attention toute particulière est apportée au plan de naissance. C’est la première chose que l’on m’a demandé en arrivant (avec mon numéro de sécurité sociale, évidemment). Et je savais que chaque nouvelle sage-femme ou infirmière l’avait lu, car elles respectaient énormément mes envies. Ma « lettre d’accouchement » était simple et constituait en trois points majeurs: je préfère parler anglais (plutôt que Suédois) si possible, je veux qu’on m’explique clairement tout ce qui est en train de se passer, et je veux inclure au maximum mon mari. A chaque nouvelle procédure, le personnel m’expliquait clairement et en anglais ce qui allait se passer. Je me suis tout au long sentie écoutée, respectée, pas juste un autre numéro de chambre.

Les épisiotomies sont extrêmement rares. A la préparation à l’accouchement, j’ai demandé à la sage-femme si c’était un risque, et il a fallu que je lui explique ce que c’était exactement! Elle avait l’air de dire que c’était une pratique datée, et nous a même expliqué que toutes les sages-femmes qu’elle connaissait pratiquait le « nordic grip », une façon d’attraper bébé à la sortie qui évitait les déchirements la majorité du temps.

A l’arrivée de bébé

Une fois la chair de nos entrailles sortie … de la chair de nos entrailles (de rien pour cet image implantée dans ton cerveau), les différences avec la France sont encore plus flagrantes. Le clampage tardif du cordon ombilical est appliqué. Le peau à peau est systématique, pendant la délivrance. Puis vient la tétée d’accueil et les tests de naissance. En tout, on reste 2 ou 3 heures dans la salle d’accouchement. On est ensuite tous roulés dans le « département bébé » (traduction littérale !). C’est un genre d’hôtel des patients qui jouxte la maternité. On a alors droit à un premier petit-déjeuner d’anniversaire. : pain, fromage, pickles et jus de fruit, dont profitent la maman et le papa. En revanche, une fois bébé expulsé, ouste, dégagez ! La durée moyenne d’un séjour à la maternité est en effet de … 6 heures ! Eh oui, le manque de place est réel. Du coup, le fait que je sois restée quatre jours m’a paru être un luxe énorme.

Exit sign

Crédit photo (creative commons):  LEEROY Agency / Pixabay 

Au final, j’ai eu beaucoup de la chance d’accoucher en Suède. J’ai eu vraiment l’impression d’être traitée avec attention et respect, d’être écoutée et de vivre mon accouchement comme je le souhaitais. Bon, au final, les événements de la journée ont fait que je n’ai pas pu « profiter » pleinement de tout ce que l’hôpital m’offrait, mais ça, c’est une autre aventure !

Et toi, tu t’es sentie écoutée pendant ton accouchement? Ce que je décris te parait-il très différent de ce que proposent les maternités françaises?

A propos de l’auteur

32 ans et toutes mes dents, maman depuis août 2018 d'une fabuleuse Pépette, et expatriée en Suède depuis 5 ans, je suis une vraie geek, désorganisée (un peu), créative (beaucoup), mais surtout passionnée (de films, de livres, de jeux vidéos...) C'est maintenant avant tout ma petite famille qui déchaîne ma passion!