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A la une / Témoignage

Mon allaitement (presque trop) parfait

Quand j’étais enceinte, je m’étais donné comme objectif d’allaiter 3 mois au minimum, et si possible 6 mois si tout se passe bien. Je savais que ça pouvait être compliqué, voire même impossible, mais 3 mois de lait maternel était pour moi l’idéal. J’ai beaucoup lu, me suis renseigné sur les possibles complications, les positions, j’ai posé des questions aux mamans que je connaissais, bref, je me sentais prête. Alors que je ne l’étais pas du tout.

À la maternité

Pépette est née par césarienne sous anesthésie générale. Ce qui fait qu’on ne lui a pas proposé le sein pendant ses 6 premières heures. Pour être honnête, j’étais tellement droguée que je me souviens à peine de ses premiers repas. Les infirmières et son papa lui donnait de la formule à la coupe.

Ce n’est que le matin suivant que je lui ai présenté le sein. Moi qui rêvais d’une tétée d’accueil, on en était loin. Encore toute ensommeillée, déboussolée par ce petit bout de vie à côté de moi, je ne savais ABSOLUMENT PAS quoi faire. Pépette, affamée par ses 3 heures sans repas, gigotait beaucoup en cherchant clairement le sein (on a ensuite beaucoup ri avec son papa, car pendant son premier mois, quand elle avait faim elle ressemblait à un cochon truffier, qui renifle et remue la tête partout à la recherche de l’or liquide). Mais ni elle ni moi ne savions précisément quoi faire… On a donc dû continuer à la coupe. C’est à la tétée suivante que notre sauveuse est arrivée.

En effet, dans l’hôpital où j’étais, tous les mardis matins il y a un café dédié aux mamans qui allaitent, où une consultante en allaitement donne conseils, avis et réconfort. Ce que je ne savais pas, c’est que cette dame en profite pour faire un saut à la maternité, rendre visite aux nouvelles mamans.

Je vois donc arriver cette dame d’un certain âge, pile au moment où l’on doit remettre Pépette au sein. Je suis désemparée, fatiguée et clairement perdue. Ni une, ni deux, la conseillère en allaitement prend mon bras, le met la, l’autre bras, comme ça, positionne Pépette manu militari…. et instantanément, ma fille se « latche » et commence à téter goulûment. Ça a été un tel soulagement (émotionnel, mais physique aussi, puisque j’avais eu ma montée de lait quelques heures auparavant) que j’ai éclaté en sanglots.

Crédit photo (creative commons) : StockSnap

Les premiers mois

A partir de ce moment, j’ai eu énormément de chance, puisque je n’ai eu aucun problème. Quelques crevasses au tout début, mais rien de grave et facilement gérable avec de la lanoline. Les premiers pics de croissance m’ont surpris (on ne m’avait jamais parlé de ça!) mais jamais je n’ai douté de ma quantité ou de mon capacité à nourrir mon bébé.

Le papa a pu participer, puisque je pompais mon lait 2 fois par jour pour qu’il lui donne le biberon (un le matin avant qu’il parte au boulot, et un vers minuit). Mon allaitement était tellement efficace que j’ai même pu donner au lactarium de l’hôpital ! (Si tu le peux, fais-le, ça aide beaucoup de bébés !) J’étais clairement en surplus de lait, je passais mon temps à changer de tee-shirt si Pépette se nourrissait cinq secondes plus tard que prévu, ou dès que j’entendais un autre bébé pleurer (la nature est bizarre quand même), mais tout roulait !

Quand j’étais enceinte, j’avais lu que l’allaitement était un moment de contact et de lien fort avec son bébé. Pour moi, ce n’était pas le cas. Les premières secondes, quand Pépette se calmait clairement à mon contact, étaient satisfaisantes, mais pour moi, ensuite… c’était juste ennuyant. Il faut dire que Pépette ne tétait pas tant de fois que ça par jour, mais elle compensait avec des tétées de 30-40 minutes… J’en profitais pour regarder une série sur ma tablette, lire un livre. Mais ces instants ne m’ont jamais paru magiques. Je m’en étais peut être fait une image trop féerique.

Ça se gâte

A ses deux mois, Pépette commençait à faire ses nuits (oui, je sais, tu me hais). C’est le moment également où elle a refusé de prendre le biberon. Tout le monde m’avait parlé du danger de la tétine, qu’elle préfère le biberon parce que c’était plus simple, mais personne ne m’avait dit que le contraire était possible aussi. Du coup, subitement, ma bornée de fille a décidé qu’elle préférait le sein. On a essayé toutes les tétines, biberons, on l’a même affamé une fois pendant 10h (et comme ça a été difficile pour moi!), rien à y faire: Mademoiselle voulait maman.

Et elle n’a jamais changé d’avis. S’en est ensuivi une période très difficile pour moi. Je n’avais pas d’échappatoire, il fallait que toutes les 4 heures, je sois avec ma fille pour qu’elle tête. Rajoute à cela le fait que pendant 2 mois après qu’elle fasse ses nuits, je me réveillais toujours à 4 heures du matin avec le tee-shirt trempé et les seins douloureux: j’en avais marre. J’ai même sérieusement envisagé à ses 4 mois d’arrêter complètement. Je me sentais emprisonnée, enchaînée à ma fille. Mon mari ne pouvait rien faire pour m’aider. J’étais fatiguée de toujours regarder ma montre quand je n’étais pas avec elle, pour rentrer avant la tétée. Fatiguée de cette pression de toujours devoir être présente. Mais j’ai tenu bon, pour elle, mais aussi parce que je n’avais pas le choix.

Crédit photo (creative commons): skeeze

Des câlins pour la fin

Avec la diversification, les choses se sont améliorées. J’ai continué à donner le sein, déjà parce que c’était plus simple, mais aussi parce que je sentais que Pépette n’était pas prête à être sevrée. A ses 7 mois, je ne donnais le sein que le matin et le soir.

Et c’est à ce moment-là que j’ai commencé à apprécier les tétées. Elles sont redevenues un choix. Alors bon, ça voulait dire que c’était forcément moi qui me réveillait le matin avec les poules. Mais ces moments sont devenus des moments câlins. Le fait que ma fille soit plus grande et plus consciente de notre contact a surement aidé à ma nouvelle appréciation: elle me regarde dans les yeux, fait des bisous après la tétée (et avant le rot, voire même… pendant, la classe).

Crédit photo (creative commons) : Omar Medina Films

Nous avons continué comme ça, même après qu’elle ait commencé à prendre de la formule (dans une coupe, les biberons étaient toujours totalement inacceptables) et que ma production se soit sérieusement tarie. Même après qu’elle n’en ait plus besoin, je pense. 2 jours après son premier anniversaire, alors qu’elle ne prenait le sein qu’en guise de bonne nuit le soir, j’ai fini de l’allaiter. Cela faisait clairement un bon mois qu’elle n’en avait plus besoin. Mais au final, moi qui 6 mois plus tôt pestait contre cette obligation, j’ai eu du mal à lâcher prise.

Car arrêter de l’allaiter, c’est possiblement compliquer le coucher (alors qu’en vrai, elle s’éteint comme une lampe dès qu’on la pose dans son lit). C’est ne plus avoir de moments complices et calmes rien qu’à nous deux (alors qu’en vrai, elle fait des gros câlins et des bisous régulièrement). C’est aussi accepter que mon petit bébé devient une petite fille, et ça, je ne peux rien y faire. Je suis toujours nostalgique de ces moments, mais je suis aussi béate devant la façon dont mon bébé grandit sans que je m’en rende compte. Au final, je suis contente et assez fière d’avoir allaité ma fille près d’un an, dont 6 mois en allaitement exclusif. C’est maintenant une page qui se tourne, avec de nouveaux défis !

Et toi, comment s’est passé ton allaitement? C’était plutôt un instant câlin ou une obligation?

A propos de l’auteur

32 ans et toutes mes dents, maman depuis août 2018 d'une fabuleuse Pépette, et expatriée en Suède depuis 5 ans, je suis une vraie geek, désorganisée (un peu), créative (beaucoup), mais surtout passionnée (de films, de livres, de jeux vidéos...) C'est maintenant avant tout ma petite famille qui déchaîne ma passion!