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Allaiter un bébé allergique : vivre avec une éviction alimentaire

Comme je te le présentais dans ma première chronique, j’ai choisi d’allaiter ma fille allergique aux protéines de lait de vache (PLV). Cette allergie est la plus courante chez les nourrissons. Pour cela, il m’a fallu suivre un régime strict, sans la moindre PLV. Au moindre écart, à la moindre erreur, c’était parti pour trois jours d’enfer ! Alors, il a fallu apprendre à être prudente.

Enlever les PLV, facile !

C’est un peu la première réaction que j’ai eu.

Je ne vais pas te dire comment j’ai enlevé/remplacé la crème ou le beurre… pour la simple et bonne raison que ce sont des produits que je ne consommais pas à la base. Eh oui ! Les produits laitiers ne sont pas du tout mes amis pour la vie. La crème ? Merci, mais non. J’ai toujours détesté ça. En voir peut carrément me couper l’appétit (non, je ne suis pas une fille excessive !). Le beurre ? Je suis du sud. Ici, on cuisine à l’huile d’olive.

Pour les pâtisseries ou les gâteaux ? Bah… je trouverais un produit de substitution ou je m’en passerais… En effet, je suis « salée », et pas du tout « sucrée ». C’est déjà un point qui facilite ce genre de régime.

Ensuite, tu te rends compte que ce n’est pas si évident, car les industriels ont décidé de te compliquer les choses…

allaitement pour un enfant allergique aux PLV

Crédits photo (creative commons) : Aurimas Mikalauskas

… ou pas !

Pour de nombreuses raisons que j’ignore (mais qui sont certainement économiques), les industriels prennent un malin plaisir à ajouter des ingrédients inutiles partout (et je ne parle pas que des PLV !).

Par exemple, peux-tu m’expliquer pourquoi il y a de la crème dans des mousses au chocolat ? Personnellement, je mets 1 œuf et 100g de chocolat par personne quand j’en fais. Mais pas de crème. Idem pour la fameuse pâte à tartiner à la noisette : en plus de l’huile de palme, il y a du lait dedans ! Bon, pour résumer, côté sucré, tu peux quasiment tout mettre de côté.

Et c’est un peu pareil pour les plats salés. Sans dire que je suis adepte de plats déjà préparés, il m’arrivait d’en consommer. Conserves, plats surgelés… bon, ce n’est pas plus mal pour la santé de mettre tout ça de côté, c’est vrai. Mais ça dépannait.

Les allergies croisées

Il y a un truc « génial » dans les allergies : ce sont les allergies croisées. En gros, quand tu es allergique au protéines de lait de vache, tu as de forts risques d’être aussi allergique aux laits de chèvre, de brebis, ainsi qu’au soja. Super, non ? Autre exemple : si tu es allergique à la banane, tu as des risques de réagir aussi au kiwi, à l’avocat… et au latex. Logique…

Même si je savais que cela présentait des risques, j’ai décidé de tester le gruyère de chèvre et le parmesan de brebis (le Pecorino), et j’ai croisé fort les doigts. Je les ai croisés aussi bien pour ma fille (en espérant qu’elle ne soit pas aussi allergique à ces aliment) que pour moi. Parce voilà, je suis d’origine italienne et la pasta, c’est sacré ! Me priver de camembert, ce n’est pas facile. Mais ne pas mettre de parmesan sur les pâtes, je crois que c’est pire. Heureusement, ma fille n’a pas eu la moindre réaction.

La vie sociale avec une allergie

Bien sûr, ce n’est pas moi qui suis allergique. Mais, dans ses circonstances, je dois me comporter comme si c’était moi qui étais allergique. Bien sûr, mes proches sont au courant de l’histoire, mais je me vois mal expliquer à un restaurateur que « non, ce n’est pas moi qui suit allergique, c’est ma fille. Mais comme je l’allaite… ». Non, ce n’est juste pas possible. Je fais donc au plus simple : « Je suis allergique au lait de vache. Est-ce qu’il y en a dans votre raclette ? ». Bon, sans rire, j’ai toujours trouvé de quoi manger dans un restaurant. Je dirais que le plus dur a été chez certains proches…

Au niveau des amis et de la famille, il y a ceux qui comprennent tout de suite (et qui ne se trompent jamais !), ceux qui font des erreurs (mais j’en ai fait aussi, c’est normal)… Et puis il y a les autres : ceux qui s’en fichent, qui se disent que l’allergie de ma fille est dans ma tête (ou qui se disent autre chose, je ne sais pas bien). Sauf que ce n’est pas eux qui vont avoir un bébé malade pendant trois jours après que j’ai mangé leur verrine « Au fait, je crois que j’ai mis un peu de crème dedans ! ». Heureusement, au fur et à mesure que ma fille a grandi, ils ont vu que ce n’était pas qu’un délire de mère poule, mais que c’était bien réel.

Sinon, il faut favoriser les soirées chez soi. Au moins, on sait ce qu’on mange (mais ça finit par faire cher !)

Finalement…

Je dirais que je n’ai pas mal vécu cette éviction alimentaire.

Le plus dur a été de voir ma fille souffrir à chaque erreur (il y en a eu bien sûr. J’ai mis un peu de temps à comprendre qu’il y avait du lait dans le Nutella par exemple). De me dire que, si ça se peut, elle allait devoir suivre cette éviction toute sa vie.

Moi, ce n’était que pour le temps de l’allaitement. Et, si jamais cela se révélait impossible à vivre, je pouvais aussi la passer au biberon. J’ai choisi l’éviction.

Certaines trouveront mon choix fou/contraignant/courageux, je ne sais pas. Dans tous les cas, je ne demande pas de médaille pour ce que j’ai fait (en tant que mère, on a toutes droit à la même médaille !). Ce n’était ni plus ou moins bien qu’un autre choix. Je souhaite juste partager mon expérience et dire qu’un allaitement est possible dans ces conditions.

Aujourd’hui, ma fille a 4 ans et demi, et elle n’est plus allaitée (elle a été allaitée un certain temps – ou un temps certain, selon – mais cela fera l’objet d’une autre chronique). 85% des enfants allergiques aux PLV sont guéris avant leurs 3 ans, selon notre allergologue. Ici, c’est loupé. Elle est toujours allergique. Mais ça peut encore disparaître…

Et toi, tu as allaité un enfant allergique (aux PLV ou à autre chose) ? Tu as mis du temps à comprendre que cet ingrédient était souvent caché ? Tes proches étaient compréhensifs ? Tu as tenu le coup jusqu’au sevrage, ou tu as décidé de passer au biberon ? Raconte !

Toi aussi, tu veux témoigner ? C’est par ici !

A propos de l’auteur

Future mariée, 29 ans, et déjà maman d'une grande fille de 4 ans (et demi !!) allergique au lait de vache, je vais te parler de la façon dont j'ai abordé cette allergie.