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A la une / Témoignage

« À la fin de l’année, on ne fait plus rien ! »

S’il y a une phrase qui énerve la prof qui est en moi en cette fin d’année scolaire, c’est bien celle-ci : « Ça ne sert à rien d’aller à l’école/au collège les dernières semaines, on n’y fait plus rien. »

À deux semaines des vacances d’été, nombre de mes élèves avaient déjà déserté les salles de classe pour rester au lit jusque très tard le matin, et devant la console jusque très tard le soir (non, je t’assure, je caricature à peine). Quelques uns sont partis rejoindre d’autres horizons parce que « vous comprenez, c’est moins cher en juin. » Deux sont partis en vacances dans leur pays d’origine, profitant d’une opportunité qu’ils n’ont qu’une fois par an, en juin. Ça, je peux l’entendre.

Mais revenons à nos moutons. Ce fameux : « On ne fait plus rien à l’école en juin ».

Classe joyeuse

Crédits photo (creative commons) : US Department of Education

Peut-être as-tu des enfants au collège (et je ne vais parler que du collège, puisque c’est ce que je connais le mieux) qui, en rentrant le soir à la maison, te disent : « On n’a rien fait en classe ». Peut-être es-tu une de ces personnes qui ne comprennent pas ce qu’on fait réellement, en classe, au mois de juin. Peut-être te demandes-tu à quoi ça sert, d’envoyer tes enfants à l’école jusqu’au bout.

Voici quelques éléments de réponse :

  • En juin, comme le reste de l’année, on travaille le langage.

Mais différemment. À travers des jeux pour mieux se connaître, des jeux de lettres, de langue, de mimes. On approfondit le lexique de base des élèves, on ajoute des préfixes et des suffixes, on module, sans s’en rendre compte.

  • On continue à mettre des mots sur ses émotions.

Pour mieux communiquer, et ne plus considérer la violence comme la seule solution. Incroyable ce qu’un jeu de Time’s Up peut t’apprendre sur ta capacité à réagir à des stimuli émotionnels, n’est-ce pas ?

  • On travaille les compétences sociales. Comme le reste de l’année.

Attendre son tour pour parler, respecter les autres, respecter la parole des autres, écouter et réagir, adapter son vocabulaire à la situation, adapter son attitude à la situation… Tout ça dans la bonne humeur, bien sûr. Parce qu’un jeu, en groupe, ce n’est pas que pour s’amuser. C’est aussi une façon de travailler ce qu’on a bossé pendant toute l’année, de mesurer le chemin parcouru, et de discuter avec les élèves de ce qu’ils pourraient encore travailler.

« Même pas vrai. Mon fils, en histoire-géographie/anglais/français, il a regardé un film. »

Crois-moi (et, oui, je sais, tu trouveras toujours l’exception qui confirme cette règle…), il y a forcément un objectif pédagogique ou culturel derrière le choix de film du professeur. Et même si ça ne te paraît pas très culturel, je le répète, il y a forcément une raison derrière le choix.

Oui, je sais, c’est dur de faire confiance au prof de ton fiston. Surtout quand ce dernier a retenu qu’on n’a « rien fait » et qu’on a « regardé un film ». Parole de prof qui a bossé la description physique et le présent simple en anglais avec le film Transformers ! Il y a toujours une raison.

Regarder un film, c’est (aussi) s’entraîner au repérage d’informations importantes, commencer à se constituer une culture cinématographique, aborder un thème au programme d’une façon différente, amorcer le débat, amorcer une réflexion sur un thème donné, adapter sa vision de soi si le film est émotionnellement chargé, développer la capacité à faire un lien logique entre les éléments (puisque la plupart des films sont obligés de caser des idées complexes dans un temps très limité), regarder le monde à travers un filtre qu’on n’aurait pas forcément trouvé tout seul, sortir de sa bulle pour regarder autre chose, autrement.

Ce n’est pas QUE du divertissement.

« Non, mais attends, ma fille a joué à un jeu de société ! Pour faire ça, autant qu’elle reste à la maison ! »

Parce qu’en jouant à un jeu de société, ta fille n’a pas eu de contact social ? Elle n’a pas été en interaction avec les autres ? Elle n’a pas passé de temps, de façon positive, avec ses camarades et, éventuellement, l’adulte responsable ? Elle n’a pas écouté, été écoutée, n’a pas gagné ou perdu, n’a pris aucun plaisir ? Bien sûr, elle aurait pu faire tout ça chez toi, avec ses frères et sœurs, c’est ça ?

Heureusement que les jeux existent pour développer nos compétences sociales, notre capacité à communiquer, notre aptitude à partager, à attendre son tour, à interagir avec d’autres ! Même un jeu simple peut apprendre quelque chose de primordial à ton enfant : la chance peut tourner à tout moment. Le message derrière étant : « N’abandonne jamais ». Peut-être qu’il faudra faire un effort pour regagner ce qui est perdu. Peut-être que c’est juste une question de patience, si le jeu ne demande aucune compétence en particulier. Dans les deux cas, le message reste le même.

De plus, tu n’es pas sans ignorer que tout jeu a ses règles. Les enfants (et les adolescents) ont besoin de limites claires pour évoluer en sécurité. Les règles de jeu apportent un cadre à respecter absolument, elles aident ton enfant (ou ton ado) à se construire une personnalité adaptée à notre société complexe. Ce qui vaut dans les jeux vaut dans la vraie vie, et c’est une leçon qu’il vaut mieux apprendre dans la joie et la bonne humeur que dans la douleur !

« Mes enfants ont dessiné sur le tableau pendant une heure. Pour dessiner, ils pourraient très bien rester chez moi. »

Encore une fois, ça n’engage que moi mais je suis persuadée que si j’avais écrit un peu plus souvent au tableau/à la verticale, j’aurais sûrement appris beaucoup de choses sur la façon dont mon corps s’adapte à son environnement, j’aurais su quelle position adopter dans quelle situation, et j’aurais moins d’ecchymoses. Parole de personne qui a eu énormément de mal à passer du plan horizontal au plan vertical (pour les esprits tordus : je parle du fait de passer de ma feuille de papier sur un bureau au tableau), et qui a énormément de mal, de façon générale, avec le positionnement dans l’espace. Mais ceci n’est que mon humble avis.

Et toi, tes enfants, ils vont à l’école jusqu’à la fin ? Ou ils partent en vacances plus tôt ? Allez, avoue !

Toi aussi, tu veux témoigner ? C’est par ici !

A propos de l’auteur

Professeur. Un peu Givrée. Anglophile. Presque bilingue. Amoureuse des chats. Nageuse à mes heures. Férue de voyages. Pas maman.