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A la une / Vie de maman

Alors, il fait ses nuits ?

Cela fait longtemps, très longtemps, qu’un article sur le sommeil des bébés me trotte dans la tête. Sans trop savoir par quel bout l’aborder, ni comment le dérouler. Il est temps de me lancer.

Le sommeil des parents

A l’époque, lorsque j’étais encore jeune et insouciante et que je n’avais pas encore d’enfants, j’étais une bonne dormeuse. Pas une si grosse dormeuse que certains, mais pour être bien il me fallait au moins huit heures de sommeil. Et surtout, j’avais un sommeil très profond. Une mauvaise expérience d’un type bourré qui s’est introduit par erreur chez nous en pleine nuit (rassures-toi, sans aucune mauvaise conséquence) m’a un jour fait prendre conscience que je pourrais me faire poignarder dans mon sommeil sans que je m’en rende compte !

Alors déjà, quand lors de ma première grossesse, j’ai expérimenté les réveils nocturnes pour cause de vessie trop pleine ou pire, d’insomnies, j’ai dégusté niveau fatigue et j’ai pris peur pour la suite.

Et la suite ne m’a évidemment pas épargnée.

Crédit photo (creative commons) : Kelly Sikkema

Le sommeil des bébés

Est-ce que tu savais, toi, que les bébés se réveillaient si souvent la nuit ? Est-ce que tu avais été préparée à cela ? Moi non.

Oui oui, mon cas n’est sans doute pas universel, car je n’y connaissais rien en bébés. Alors je suis tombée de haut. Et en plus, je n’avais pas tiré le meilleur numéro.

Crapouillou était un bébé qui pleurait beaucoup, et qui dormait très peu. On m’avait dit qu’un bébé dort environ 20 heures sur 24 heures. Au bout de quelques jours d’épuisement, nous avons compté le nombre d’heures de sommeil cumulé sur 24 heures, et nous arrivions à peine à 11 heures. Douze dans les meilleurs jours.

Je suis passée brutalement de nuits de huit ou neuf heures ininterrompues, à des nuits de quatre-cinq heures entrecoupées trois ou quatre fois par des plages d’éveil plus ou moins longues mais généralement plutôt longues (1h30 à 3h). Et le pire, c’est que même quand Crapouillou s’endormait enfin, moi il me fallait encore plusieurs longues dizaines de minutes avant de me rendormir.

Alors, qu’on soit bien clair : si je te raconte ça près de cinq ans après, ce n’est pas pour me plaindre. Je sais que je ne suis pas un cas isolé, que tous les parents vivent le même cauchemar et j’ai une pensée sincère de courage et d’empathie pour toutes celles et ceux qui le vivent en ce moment.

Non, si je te raconte ça c’est pour dénoncer deux choses :
1) Je n’étais pas préparée à vivre ça. Et du coup, j’ose supposer que beaucoup de jeunes parents ne le sont pas non plus.
2) La pression de l’entourage et de la société concernant le sommeil des bébés.

Alors, il fait ses nuits ?

Parce que évidemment, quand à chaque rendez-vous chez le/la pédiatre ou le/la puéricultrice, il y a cette invariable question : « bébé fait ses nuits ? » « Il se réveille combien de fois ? »

Quand à chaque repas de famille on nous demande : « alors, ça y est, il fait ses nuits ? »

Quand n’importe quelle personne, qui nous connaisse de près ou de très loin, prend de tes nouvelles en commençant par cette question « il fait ses nuits ? »

Quand dans n’importe quelle publication destinée aux jeunes parents il est écrit qu’un bébé fait ses nuits en moyenne autour de ses 3 mois.

Et que partout, tout le temps, par tout le monde, on entend des pseudos vérités du genre :
– oh bah moi je me souviens, à l’époque, au bout d’un mois mes enfants ont fait leurs nuits !
– de toute façon un bébé fait ses nuits vers ses 3 mois.
– et puis tu verras, vers un mois – un mois et demi, il trouvera son pouce et dormira mieux.
Et j’en passe…

Eh bien, toutes ces questions, ces remarques, ne font qu’attendre et espérer qu’une chose de la part des parents : que leur bébé fassent leur nuit.

Mais c’est quoi, faire ses nuits ?

Selon certaines définitions, quand un bébé « fait ses nuits », cela veut dire qu’il dort sans se réveiller pour manger pendant six heures d’affilé entre 21h et 6h.

Bien. Mais perso, un bébé qui dormirait de 21h à 3h du matin, peut-être que selon la définition accordée il ferait ses nuits, mais une chose est sure, c’est qu’il ne ferait certainement pas MA nuit !

Et puis, c’est quoi cette règle qui voudrait qu’un bébé normalement constitué fasse des nuits complètes vers ses trois mois ? C’est une norme franco-française arrivée je ne sais comment dans les esprits des adultes du XXème siècle et qui perdure encore en ce début de XXIème. Cette fausse règle pointe du doigts tout parent dont le bébé ne « ferait pas encore ses nuits » au delà du troisième mois : ça devient de leur faute. Parce que : tu l’allaites, tu le cajole, il dort dans votre chambre, tu l’entends à cause du babyphone, tu ne le laisses pas pleurer, tu accoures au moindre pleurs, tu es trop stressée, inconsciemment tu n’a pas envie de te séparer de lui aussi longtemps, etc. Ne rayez pas la mention inutile, toutes ces excuses je les ai sois entendues directement, soit elles m’ont été rapportées par d’autres maman les ayant entendues.

Mais la question que je me pose c’est : pourquoi toute la société, en allant des proches au personnel médical en passant par les petites mamies dans la rue, s’inquiètent de savoir si bébé fait ses nuits… donc c’est à dire, si bébé mange encore la nuit… quand tout le monde s’en fout et s’en contre-fout que tu sois encore réveillée plusieurs fois par nuit pour toute autre raison : maladie, dent qui pousse, fièvre, besoin de réassurance, cauchemar, bruit dans la rue, trop chaud, trop froid, couche pleine, etc. ?

Car, en se focalisant sur le fait que bébé fasse ses nuits ou non, on oublie un peu vite que le sommeil d’un enfant n’est pas acquis avant ses six ans. Et que même si beaucoup d’enfants dorment plutôt bien après leurs trois ans, tous les parents, je dis bien tous, sont susceptibles d’être réveillés la nuit même après que leur enfant ait arrêté de boire du lait la nuit : envie de pipi, maladie, cauchemar, tombé du lit, peur du noir, etc. Et pire à l’adolescence : est-il rentré de soirée ? Ne lui est-il pas arrivé quelque chose de grave ? Même arrivée à l’âge adulte, ma mère venait me soutenir la nuit si j’étais très malade et vomissais mes tripes.

Que tous les enfants de moins de trois ans que je connais sont tous passé par des phases qui ont pourri les nuits de leurs parents : dent qui pousse, douleurs, toux nocturnes, couche qui déborde, angoisse de la séparation, besoin de réassurance, peur du noir, peur des monstres, tombé du lit, et j’en passe.

Alors, quelle différence entre un bébé qui se réveille pour manger, et un bébé qui se réveille parce qu’il a de la fièvre ? Pour le parent, le résultat est le même : sa nuit est hachée et le lendemain il se réveillera fatigué. Dans un cas on en fait une norme sociale surveillée et dans l’autre on s’en moque complètement.

J’ai connu des bébés qui ont continué à manger la nuit jusque tard (les miens !) voire très très tard (passé deux ans), et je connais des bébés qui ont arrêté de manger la nuit très tôt. Je connais des bébés qui ne s’endorment que passé 23h et d’autres qu’on n’entend plus après 19h. Je connais des bébés qui sont tout le temps malade, et d’autres qui passent entre les microbes. Je connais des bébés qui même malades dorment bien, et d’autres qui n’en dorment pas pendant plusieurs nuits. Je connais des bébés qui ont le sommeil lourd, et d’autres qui ont le sommeil léger. Je connais des bébés qui se rendorment vite, et d’autres qui ont besoin de beaucoup de temps pour se rendormir, Je connais des bébés qui se perdent dans leur lit et d’autres qui ne bougent pas d’un pouce. Je connais des bébés qui savent trouver leurs doigts ou leur tétine sans se réveiller, et d’autres qui n’y arrivent pas.
Mais je ne connais pas un seul bébé qui soit tout l’un ou tout l’autre. Je ne connais pas un seul bébé qui a « fait ses nuits » en sortant de la maternité et qui n’a plus jamais embêté ses parents la nuit jusqu’à ce qu’il quitte le nid.

En revanche, tous les parents que je connais sont fatigués et aimeraient dormir un peu plus. Et ça, dans le quotidien, on l’oublie un peu trop vite je trouve.

Alors, maintenant, je ne demande plus « Alors, ton bébé, il fait ses nuits ? ».

Et toi, tu te sens comment face à cette pression pour que bébé fasse ses nuits ?

A propos de l’auteur

Nous nous sommes mariés en mai 2014 et la famille s'est agrandie pile 1 an après avec l'arrivée de notre premier fils. Crapouillou est devenu grand frère 20 mois plus tard. Madame vélo parce que je me déplace beaucoup à vélo, normal je travaille dans le développement durable (bonjour le cliché !).