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Alors, il fait ses nuits ?


Publié le 19 mai 2020 par Madame Vélo

Cela fait longtemps, très longtemps, qu’un article sur le sommeil des bébés me trotte dans la tête. Sans trop savoir par quel bout l’aborder, ni comment le dérouler. Il est temps de me lancer.

Le sommeil des parents

A l’époque, lorsque j’étais encore jeune et insouciante et que je n’avais pas encore d’enfants, j’étais une bonne dormeuse. Pas une si grosse dormeuse que certains, mais pour être bien il me fallait au moins huit heures de sommeil. Et surtout, j’avais un sommeil très profond. Une mauvaise expérience d’un type bourré qui s’est introduit par erreur chez nous en pleine nuit (rassures-toi, sans aucune mauvaise conséquence) m’a un jour fait prendre conscience que je pourrais me faire poignarder dans mon sommeil sans que je m’en rende compte !

Alors déjà, quand lors de ma première grossesse, j’ai expérimenté les réveils nocturnes pour cause de vessie trop pleine ou pire, d’insomnies, j’ai dégusté niveau fatigue et j’ai pris peur pour la suite.

Et la suite ne m’a évidemment pas épargnée.

Crédit photo (creative commons) : Kelly Sikkema

Le sommeil des bébés

Est-ce que tu savais, toi, que les bébés se réveillaient si souvent la nuit ? Est-ce que tu avais été préparée à cela ? Moi non.

Oui oui, mon cas n’est sans doute pas universel, car je n’y connaissais rien en bébés. Alors je suis tombée de haut. Et en plus, je n’avais pas tiré le meilleur numéro.

Crapouillou était un bébé qui pleurait beaucoup, et qui dormait très peu. On m’avait dit qu’un bébé dort environ 20 heures sur 24 heures. Au bout de quelques jours d’épuisement, nous avons compté le nombre d’heures de sommeil cumulé sur 24 heures, et nous arrivions à peine à 11 heures. Douze dans les meilleurs jours.

Je suis passée brutalement de nuits de huit ou neuf heures ininterrompues, à des nuits de quatre-cinq heures entrecoupées trois ou quatre fois par des plages d’éveil plus ou moins longues mais généralement plutôt longues (1h30 à 3h). Et le pire, c’est que même quand Crapouillou s’endormait enfin, moi il me fallait encore plusieurs longues dizaines de minutes avant de me rendormir.

Alors, qu’on soit bien clair : si je te raconte ça près de cinq ans après, ce n’est pas pour me plaindre. Je sais que je ne suis pas un cas isolé, que tous les parents vivent le même cauchemar et j’ai une pensée sincère de courage et d’empathie pour toutes celles et ceux qui le vivent en ce moment.

Non, si je te raconte ça c’est pour dénoncer deux choses :
1) Je n’étais pas préparée à vivre ça. Et du coup, j’ose supposer que beaucoup de jeunes parents ne le sont pas non plus.
2) La pression de l’entourage et de la société concernant le sommeil des bébés.

Alors, il fait ses nuits ?

Parce que évidemment, quand à chaque rendez-vous chez le/la pédiatre ou le/la puéricultrice, il y a cette invariable question : « bébé fait ses nuits ? » « Il se réveille combien de fois ? »

Quand à chaque repas de famille on nous demande : « alors, ça y est, il fait ses nuits ? »

Quand n’importe quelle personne, qui nous connaisse de près ou de très loin, prend de tes nouvelles en commençant par cette question « il fait ses nuits ? »

Quand dans n’importe quelle publication destinée aux jeunes parents il est écrit qu’un bébé fait ses nuits en moyenne autour de ses 3 mois.

Et que partout, tout le temps, par tout le monde, on entend des pseudos vérités du genre :
– oh bah moi je me souviens, à l’époque, au bout d’un mois mes enfants ont fait leurs nuits !
– de toute façon un bébé fait ses nuits vers ses 3 mois.
– et puis tu verras, vers un mois – un mois et demi, il trouvera son pouce et dormira mieux.
Et j’en passe…

Eh bien, toutes ces questions, ces remarques, ne font qu’attendre et espérer qu’une chose de la part des parents : que leur bébé fassent leur nuit.

Mais c’est quoi, faire ses nuits ?

Selon certaines définitions, quand un bébé « fait ses nuits », cela veut dire qu’il dort sans se réveiller pour manger pendant six heures d’affilé entre 21h et 6h.

Bien. Mais perso, un bébé qui dormirait de 21h à 3h du matin, peut-être que selon la définition accordée il ferait ses nuits, mais une chose est sure, c’est qu’il ne ferait certainement pas MA nuit !

Et puis, c’est quoi cette règle qui voudrait qu’un bébé normalement constitué fasse des nuits complètes vers ses trois mois ? C’est une norme franco-française arrivée je ne sais comment dans les esprits des adultes du XXème siècle et qui perdure encore en ce début de XXIème. Cette fausse règle pointe du doigts tout parent dont le bébé ne « ferait pas encore ses nuits » au delà du troisième mois : ça devient de leur faute. Parce que : tu l’allaites, tu le cajole, il dort dans votre chambre, tu l’entends à cause du babyphone, tu ne le laisses pas pleurer, tu accoures au moindre pleurs, tu es trop stressée, inconsciemment tu n’a pas envie de te séparer de lui aussi longtemps, etc. Ne rayez pas la mention inutile, toutes ces excuses je les ai sois entendues directement, soit elles m’ont été rapportées par d’autres maman les ayant entendues.

Mais la question que je me pose c’est : pourquoi toute la société, en allant des proches au personnel médical en passant par les petites mamies dans la rue, s’inquiètent de savoir si bébé fait ses nuits… donc c’est à dire, si bébé mange encore la nuit… quand tout le monde s’en fout et s’en contre-fout que tu sois encore réveillée plusieurs fois par nuit pour toute autre raison : maladie, dent qui pousse, fièvre, besoin de réassurance, cauchemar, bruit dans la rue, trop chaud, trop froid, couche pleine, etc. ?

Car, en se focalisant sur le fait que bébé fasse ses nuits ou non, on oublie un peu vite que le sommeil d’un enfant n’est pas acquis avant ses six ans. Et que même si beaucoup d’enfants dorment plutôt bien après leurs trois ans, tous les parents, je dis bien tous, sont susceptibles d’être réveillés la nuit même après que leur enfant ait arrêté de boire du lait la nuit : envie de pipi, maladie, cauchemar, tombé du lit, peur du noir, etc. Et pire à l’adolescence : est-il rentré de soirée ? Ne lui est-il pas arrivé quelque chose de grave ? Même arrivée à l’âge adulte, ma mère venait me soutenir la nuit si j’étais très malade et vomissais mes tripes.

Que tous les enfants de moins de trois ans que je connais sont tous passé par des phases qui ont pourri les nuits de leurs parents : dent qui pousse, douleurs, toux nocturnes, couche qui déborde, angoisse de la séparation, besoin de réassurance, peur du noir, peur des monstres, tombé du lit, et j’en passe.

Alors, quelle différence entre un bébé qui se réveille pour manger, et un bébé qui se réveille parce qu’il a de la fièvre ? Pour le parent, le résultat est le même : sa nuit est hachée et le lendemain il se réveillera fatigué. Dans un cas on en fait une norme sociale surveillée et dans l’autre on s’en moque complètement.

J’ai connu des bébés qui ont continué à manger la nuit jusque tard (les miens !) voire très très tard (passé deux ans), et je connais des bébés qui ont arrêté de manger la nuit très tôt. Je connais des bébés qui ne s’endorment que passé 23h et d’autres qu’on n’entend plus après 19h. Je connais des bébés qui sont tout le temps malade, et d’autres qui passent entre les microbes. Je connais des bébés qui même malades dorment bien, et d’autres qui n’en dorment pas pendant plusieurs nuits. Je connais des bébés qui ont le sommeil lourd, et d’autres qui ont le sommeil léger. Je connais des bébés qui se rendorment vite, et d’autres qui ont besoin de beaucoup de temps pour se rendormir, Je connais des bébés qui se perdent dans leur lit et d’autres qui ne bougent pas d’un pouce. Je connais des bébés qui savent trouver leurs doigts ou leur tétine sans se réveiller, et d’autres qui n’y arrivent pas.
Mais je ne connais pas un seul bébé qui soit tout l’un ou tout l’autre. Je ne connais pas un seul bébé qui a « fait ses nuits » en sortant de la maternité et qui n’a plus jamais embêté ses parents la nuit jusqu’à ce qu’il quitte le nid.

En revanche, tous les parents que je connais sont fatigués et aimeraient dormir un peu plus. Et ça, dans le quotidien, on l’oublie un peu trop vite je trouve.

Alors, maintenant, je ne demande plus « Alors, ton bébé, il fait ses nuits ? ».

Et toi, tu te sens comment face à cette pression pour que bébé fasse ses nuits ?



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Commentaires

7   Commentaires Laisser un commentaire ?

Bibi

Merci pour cet article ! Cette question aussi je la trouve ridicule, et pourtant la mienne a toujours bien dormi. J’ai découvert à quel point ce « il fait ses nuits » est français en en parlant avec une américaine qui vivait à Paris et qui s’étonnait que tout le monde pose la question. La norme aux States pour les nuit sans réveils nocturnes c’est 2 ans. Et ici en Suède, il me semble pas qu’il y ait d’âge « normal » sans réveils nocturnes. On demande avant tout comment toi tu vis (subis?) tes nuits…. Si ça te va (=que t’es pas trop en PLS), à toi et ton bébé, c’est que tout va bien!

le 19/05/2020 à 07h54 | Répondre

Lumi (voir son site)

Un article plein de bon sens !
Les gens mettent une pression inutile sur les parents avec ce qui devient une question automatique. Dans le meilleur des cas, c’est certes une façon de s’inquiéter de leur fatigue… mais ça n’aide pas du tout de s’entendre rappeler qu’untel fait déjà ses nuits quand notre trésor se réveille encore 3 fois !
Surtout qu’on ne sait pas, en vrai, ce qui se passe chez les autres la nuit. Machin qui fait ses nuits à 3 mois réveille en fait ses parents chaque fois qu’il perd sa tétine. Bidule finit sa nuit dans le lit parental (mais il y dort !). Truc a pleuré plusieurs nuits derrière une porte fermée…
Bref, chacun fait selon ses valeurs et parfois comme il peut, et finalement ça ne concerne pas grand-monde en dehors des parents et l’enfant du moment que tout le monde va bien !
Ici mon fils a deux ans et demi et il n’y a que depuis deux mois environ que la nuit complète est devenue notre norme (j’entends par là que c’est plus fréquent que l’inverse…). Mais je m’apprête à repartir de zéro en août ! On verra si le deuxième est meilleur dormeur… Mais bon, c’est la loterie (on m’a parlé de pacte démoniaque mais j’ai peur que le prix soit élevé…).

le 19/05/2020 à 07h56 | Répondre

Madame Fleur (voir son site)

Pour ma seconde grossesse la SF de la maternité avait expliqué aux futurs parents que quand quelqu’un leur disait qu’un enfant faisait ses nuits en sortant de la maternité cela voulait dire que l’enfant dormait entre 4 et 5h la nuit. J’avais trouvé ça très honnête de sa part.
Pour le moment j’ai eu les deux modèles, l’enfant qui ne dort pas jusqu’à ses deux ans. Et pour laquelle on expérimente encore de temps en temps une bonne nuit pourrie fatiguante (coucou la nuit dernière). Et le second modèle qui ne s’est jamais réveillé qu’une seule fois par nuit depuis sa naissance et qui peut déjà dormir sans souci 10 heures d’affilée. Pour autant quand on me demande je dis que c’est une bonne dormeuse mais qu’on verra quand elle rentrera en crèche. Je sais que les maladies sont la première cause de nuit pourrie chez nous !

le 19/05/2020 à 09h19 | Répondre

Pauline

Pour notre aînée, on a arrêté de se lever plusieurs fois par nuit quand elle a eu 3 ans. heureusement on a eu quelques périodes où pendant 1 semaine ou 2, elle dormait d’une traite mais globalement la norme était qu’elle nous empêche de dormir (et on a enchaîné des nuits blanches les 18 premiers mois). Un jour où je m’en plaignais à une amie sans enfant et en lui disant que le pire, c’était qu’elle avait un sommeil pourri, oui, mais qu’à côté de ça, elle était facile, très sociable, très peu malade, avec un développement normal, mangeant bien… et que ça me désolait que tout le monde ne nous parle que de son sommeil et que j’avais l’impression qu’on ne se souviendrait que de ça plus tard. Cette amie m’avait dit que, dans son cas et celui de nos amis communs (tous sans enfant), c’était aussi une façon pour eux de s’inquiéter pour nous et de vérifier qu’on tenait le coup.
Les mauvaises nuits ne nous ont pas découragés. On a eu 4 enfants très rapprochés, la 2de a fait ses nuits à 15 jours -12h de suite et dansant de joie quand on la mettait dans sa turbulette- avant de se dérégler vers 8 mois et jusqu’à 2 ans environ. Et les derniers, ça a été plus classique, moins long que l’aînée m, parfois chaotique parfois bien… le 3e de 3 ans fait des cauchemars régulièrement, le 4e de 2 ans appelle toutes les nuits depuis 3 mois (et aujourd’hui l’ainée a tjs un peu de mal à s’endormir mais une fois partie, plus rien ne la réveille).

le 19/05/2020 à 10h21 | Répondre

Hermy

Je suis comme toi, une grosse dormeuse et si j’ai pas mon quota de sommeil, je deviens exécrable. J’ai de la chance, j’ai deux enfants ascendants marmottes mais je sais que niveau sommeil, rien n’est acquis et qu’un tout petit truc peut faire tout dérégler (coucou la varicelle l’année dernière !).

le 19/05/2020 à 10h31 | Répondre

Marina

C’est bizarre je n’ai jamais pris cette question comme toi. Probablement parce que ce n’est pas non plus ce que j’ai en tête quand je la pose.

Mon but c’est de savoir si le bébé fait ses nuits et donc si les parents peuvent se reposer correctement. (Ma question suivante c’est souvent « cool, il dort et toi, tu y arrives? »).
Je trouve qu’il y a quand même une grosse différence entre un bébé qui dort 8-12h par nuit et qui se réveille quelques nuits par mois/trimestre à cause d’une maladie, des dents, de causes inconnues… et un enfant qui ne dort presque jamais et qui réveille ses parents.

C’est justement parce que les bébés et les parents sont tous différents que je pose la question pou voir si je peux aider mes amies/ sœurs/cousines… Avec des conseils parfois (sachant que les techniques ne marchent pas avec tous les enfants), de l’écoute ou du babysitting.

Je savais que les bébés se reveillaient souvent la nuit et mettaient parfois longtemps à se rendormir. Entre autre grâce aux nombreux commentaires quand j’étais enceinte: « Profite, dors tant que tu peux. Après la naissance tes nuits seront hachées pendant 3-5-24 mois. »
Ici j’ai fait partie de la même équipe que toi ou presque. Bébé dormait 12-13h par jour seulement. Mais c’était 11-12h la nuit et rien la journée. (Les réveils nocturnes étaient très brefs.) Je n’étais pas trop fatiguée mais bien désemparée pour l’occuper en journée.
Il n’y a pas de bébé parfait ni de recette miracle.

le 19/05/2020 à 11h39 | Répondre

lali

Tout pareil. Je n’ai jamais posé cette question pour l’enfant, mais vraiment pour les parents. est-ce qu’ils ont l’occasion de pouvoir se reposer, dormir plus de 2h d’affilées etc…

le 22/05/2020 à 09h50 | Répondre

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