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La draisienne et l’enfant : vers l’apprentissage du vélo

Dans mon métier, je suis formatrice à la mobilité à vélo. Vaste programme. Mais entre autres choses, j’apprends aux gens à se déplacer à vélo. Et donc, pour certains, à faire du vélo. Et j’ai un large public qui va du petit enfant à la personne âgée, du scolaire au salarié en passant par le particulier !

Je suis tellement imprégnée de mon métier, qu’il me paraît logique que pour apprendre à un enfant à faire du vélo il faut d’abord passer par la draisienne (et c’est la même chose pour des adultes d’ailleurs!). Et j’avais l’impression que tout le monde le savait. Or je me rends compte que c’est encore loin d’être si répandu que cela. Alors voici un petit article pour t’aider à apprendre à ton enfant à faire du vélo.

Crédit photo : photo personnelle.

Étape 1 : l’apprentissage de l’équilibre

Le vélo, pour quiconque sait en fait, ça paraît simple et logique. Mais en fait, il a ceci de particulier qu’il est foncièrement illogique pour un non-initié. En effet, son utilisation repose sur un paradoxe : c’est la vitesse qui donne l’équilibre. Pour un petit enfant, qui découvre toutes les possibilités de son corps et qui explore son environnement sur ses deux pieds (équilibre sur 2 pieds qu’il a par ailleurs mis du temps à acquérir!), ce n’est pas une chose facile.

Petit cours d’histoire très rapide : le premier vélo a été inventé en 1817 par le baron Karl Von Drais en Allemagne, qui cherchait un moyen rapide et économique pour remplacer le cheval (qui a l’inconvénient de coûter cher et d’avoir besoin de se reposer). C’était un vélo sans pédales (qui ont été inventées plus tard, en 1860) qui se propulsait à la force des jambes. Ce Baron lui a donné son nom : la draisienne. Ensuite, les grandes avancées techniques qui ont donné au vélo son équipement et son allure d’aujourd’hui se sont faites au début du XXème siècle, et pour une grande majorité en France.

Avec la draisienne, l’enfant va pouvoir apprendre la subtilité de l’équilibre de son corps et de la machine, grâce à un mouvement simple qu’il maîtrise déjà : le mouvement de la marche. Il pourra progressivement découvrir que plus il prend de la vitesse, plus il propulse la draisienne, et plus il peut rester en équilibre. Et cet apprentissage se fait de façon tout à fait autonome puisqu’il a les deux pieds qui touchent par terre, et qu’il peut donc tout maîtriser.

En plus de l’équilibre, l’enfant apprendra à diriger sa monture, à maîtriser sa trajectoire, à ralentir et accélérer, à s’arrêter.

Tu peux proposer une draisienne à ton enfant dès l’âge de 22 mois. A cet âge-là il faut une petite draisienne, car il faut bien veiller que les deux pieds de l’enfant soient bien à plat sur le sol lorsqu’il est assis sur la selle. Comme pour tout apprentissage : cela prend du temps (surprise hein!). Donc ne te décourage pas si les premières fois il met 20 minutes pour parcourir 50 mètres. Résiste également à la tentation de le pousser, car l’enfant risque alors de choisir la facilité (si je peux avancer plus vite sans avoir à faire le moindre mouvement grâce à papa/maman qui me pousse, pourquoi je m’embêterais?!). Les toutes premières fois, l’enfant a tendance à ne pas vraiment s’asseoir sur la selle et à se mettre un peu debout. Répète lui gentiment de s’asseoir, de bien poser ses fesses sur la selle. Tu verras, au bout de 3 semaines de pratique ton enfant aura compris le principe et aura déjà pris beaucoup d’assurance !

D’ailleurs, je te donne un autre conseil pour que l’enfant s’approprie bien l’objet. Avant même de le mettre sur la draisienne, commence par lui montrer l’objet et à nommer avec lui les différents éléments : la selle, le guidon, les poignées, les roues. C’est tout bête, et ça nous paraît tellement logique à nous qui sommes habitués à ce vocabulaire, mais pour lui c’est tout nouveau. Et si tu ne lui a pas montré ce qu’est la selle, il va sans doute avoir des difficultés à comprendre ce que veut dire « assis-toi bien sur la selle » !

De même, veille à ce qu’il positionne correctement ses mains sur les poignées. D’ailleurs, quand il apprendra à tenir sa draisienne (pour monter dessus, ou pour marcher à côté), explique lui de toujours la tenir avec les deux mains sur les poignées (et non pas une main sur le milieu du guidon et l’autre sur la selle – si je caricature au maximum!).

Au bout de quelques semaines, ton enfant aura compris le « truc » et tu le verras filer à vive allure sur sa draisienne ! Selon son tempérament, il va ensuite expérimenter son équilibre à toute épreuve : profiter d’une descente pour se laisser à aller jusqu’à prendre beaucoup de vitesse, accélérer et se laisser porter sur la plus longue distance possible, positionner ses pieds au milieu ou au contraire les lever très hauts, etc. Jusqu’à : faire des virages serrés, des slaloms improvisés, des descentes à fond les ballons, lâcher une main… N’aie pas peur, s’il essaye c’est qu’il se sent en confiance et qu’il sait qu’il peut y arriver ! Et même s’il faut déplorer une chute de temps en temps, toutes ces expériences vont renforcer ses muscles et sa confiance en lui – et en plus il apprendra à tomber sans se faire (trop) mal !

Étape 2 : pédaler

Une fois que ton enfant a expérimenté son équilibre sous tous les angles et que tu le vois super à l’aise avec sa draisienne, tu peux passer au vélo avec des pédales.

Attention quand même, il faut avoir atteint une certaine taille pour monter sur le vélo, et attendre que ton enfant ait atteint un certain âge.

Par exemple ici, Crapouillou a commencé la draisienne à 22 mois. A 25 mois il dévalait les pentes à fond les ballons et savait s’arrêter. A 2 ans et demi son équilibre était suffisamment acquis pour passer au vélo. Mais à 2 ans et demi il était encore trop petit pour toucher les pédales (sans parler du démarrage et du freinage dont je parle plus bas). Il a pu pédaler un peu avant ses 3 ans, mais il a fallu attendre 3 ans et 3 mois pour qu’il puisse être à l’aise sur son vélo sans devoir se déhancher à chaque tour de pédales !

L’apprentissage du pédalage se fait généralement assez vite. Mais encore une fois : laisse lui le temps d’apprendre !

Quelques petits conseils :

  • c’est la moitié avant du pied qui doit être posée sur la pédale et pas le talon
  • le regard doit être porté loin devant. La tentation est très grande de regarder ses pieds, mais il faut apprendre très vite à l’enfant à ne pas regarder ses pieds/ses roues/ses pédales
  • pour qu’il comprenne le mouvement, tu peux te mettre devant lui, bloquer sa roue avant avec tes jambes, tenir fort son guidon, et lui demander de pédaler à l’envers.
  • la selle ne doit pas être trop basse (alors si ton enfant a 3 ans et demi tu n’auras pas ce problème dans un premier temps, mais s’il a déjà 4 ou 5 ans, les selles sont trop souvent mal réglées). Si l’enfant doit lever trop haut ses genoux quand il pédale, non seulement ça va le déséquilibrer, mais en plus il ne pourra pas bien solliciter les muscles des mollets pour appuyer sur les pédales.
  • reste bien à côté de lui, mais une fois qu’il est lancé n’hésites pas à le lâcher !
Crédit photo : photo personnelle

Étape 3 : apprendre à s’arrêter

Plus que le pédalage, c’est le freinage qui est difficile à apprendre. Presqu’autant que l’équilibre. En effet, ça n’a rien d’intuitif de s’arrêter avec ses mains ! D’autant plus quand ça fait un ou deux ans qu’on s’arrête avec ses pieds (en draisienne l’enfant freine avec ses pieds) (d’ailleurs je ne conseille pas forcément les freins sur les draisiennes des plus petits, car ils n’auront de toute façon ni la force ni la dextérité pour s’en servir).

Autant je ne suis pas fan du monopole de Déca**** sur une grande partie des articles de sport, autant il faut reconnaître qu’ils ont sorti récemment des poignées de freins pour les enfants qui sont super bien étudiées ! Elles sont ergonomiques (pour des enfants), souples et légères. Tu peux aussi les acheter à l’unité et les installer sur un vélo acheté d’occasion (ou ton vélo de quand tu étais enfant!).

J’essaye d’apprendre à Crapouillou à freiner en faisant des jeux. Là encore, il n’y a que l’entraînement et la pratique qui aideront l’enfant à apprendre à freiner.

Étape 4 : apprendre à démarrer tout seul

Vois avec ton enfant de quel pied il préfère démarrer. La pédale doit être positionnée en hauteur (mais pas à la verticale) pour pouvoir « lancer » le vélo en appuyant dessus.

Ceci dit, c’est assez compliqué pour un très jeune enfant de démarrer « correctement » et dans un premier temps il développera sa technique toute personnelle ! Mais ça ne t’empêche pas de lui montrer comment bien faire de temps en temps.

Les choses à éviter

Les tricycles peuvent avoir l’avantage d’apprendre à l’enfant le mouvement du pédalage. Mais comme nous l’avons vu, ce n’est pas de pédaler qui est le plus dur, mais d’avoir l’équilibre. Or le tricycle n’aide en rien du tout à avoir l’équilibre.

Les tricycles à pousser notamment, peuvent avoir l’avantage aux yeux des parents de remplacer la poussette et d’être plus léger. Cependant, l’enfant n’est pas en situation active mais passive. En lui laissant un peu de temps pour être à l’aise en draisienne (généralement entre 1 et 2 mois), celle-ci pourra remplacer la poussette, tout en offrant à l’enfant de l’autonomie et un moyen de se défouler !

Mais surtout, LE truc à éviter, ce sont les petites roulettes. Beaucoup de personnes les considèrent encore comme un passage obligé, et s’en servent de transition entre la draisienne et le vélo. Or les petites roulettes font courir le risque à l’enfant de perdre complètement le bénéfice acquis avec la draisienne concernant l’équilibre. En effet, avec des petites roulettes, l’enfant prend l’habitude d’avoir un appui qui l’empêche de tomber, et de se pencher légèrement sur un côté pour être stable. Ce qui est complètement contraire à l’équilibre sur deux roues apprit avec la draisienne !

Crédit photo : photo personnelle

L’enfant à vélo

Ton enfant sait maintenant faire du vélo : bravo !

Dans un premier temps il faut toujours rester avec lui, car un enfant de moins de 8 ans ne sait pas encore bien analyser son environnement, faire attention à plein de choses en même temps (ce qui se passe devant ET derrière lui par exemple), respecter entièrement le code de la route (qui est quand même assez complexe). D’ailleurs, les enfants sont admis sur les trottoirs jusqu’à l’âge de 8 ans.

Ce qui ne t’empêche pas de rouler sur la route avec lui avant qu’il n’ait 8 ans ! J’ai emmené Crapouillou dans des rues avec bandes cyclables un peu avant ses 4 ans. Dans ce cas, place-toi toujours derrière lui, et non pas devant lui. Ainsi tu pourras mieux veiller sur lui, et lui donner des indications. Je conseille aussi d’équiper son vélo d’un fanion afin qu’il soit bien vu des automobilistes.

Veille régulièrement à ce que ses pneus soient bien gonflés, que ses freins freinent bien, que sa selle soit bien réglée. Et tu peux même le doter d’un éclairage avant et arrière et d’une sonnette, comme le prévoit la réglementation (mais pas les fabricants qui considèrent encore trop souvent qu’un vélo pour enfant est un jouet et pas un moyen de déplacement).

J’espère que ces conseils te seront utiles. Si tu as des questions n’hésites pas à me les poser. Tu peux aussi te rapprocher d’une association de promotion du vélo urbain (il y en a plus de 300 en France rattachées à la FUB, donc forcément une près de chez toi!).

A propos de l’auteur

Nous nous sommes mariés en mai 2014 et la famille s'est agrandie pile 1 an après avec l'arrivée de notre premier fils. Crapouillou est devenu grand frère 20 mois plus tard. Madame vélo parce que je me déplace beaucoup à vélo, normal je travaille dans le développement durable (bonjour le cliché !).