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A la une / Vie de maman

Notre quatrième et notre cinquième mois ensemble

J’ai choisi de te parler de deux mois d’un coup, parce qu’avec le recul, ces deux mois marquent une continuité, un cycle. Et il me paraît plus logique de les relier entre eux pour te raconter comment je les ai vécus.

La vie après les attentats

En ce quatrième mois, il ne se passe rien de bien exceptionnel. Enfin, du côté de Kate. Parce que du nôtre, eh bien, le mois de novembre est marqué par les tragiques attentats de Paris.

C’est pour moi l’occasion de me poser toutes sortes de questions. Face à la barbarie, je ne peux plus rester insensible. Ce qui change, par rapport à d’autres attentats que nous avons connus de près ou de loin et qui m’avaient pourtant bouleversée, c’est que cette fois-ci, je ne suis plus seule. Cette fois-ci, je suis responsable d’un autre être humain. Dans tous les sens du terme. Je dois bien entendu assurer la sécurité physique de Kate, mais aussi sa sécurité affective. Et je me retrouve profondément démunie face à tout ça.

Kate est alors trop petite pour comprendre réellement ce qui se passe, ou pour le verbaliser. En revanche, elle sent nos angoisses, notre tension. J’essaie de lui parler doucement, avec des mots simples. J’essaie de lui expliquer que si son papa et moi sommes tous les deux très tendus, ce n’est pas de sa faute à elle. Qu’il se passe des choses très graves dehors, mais que chez nous, elle est très aimée, et en sécurité.

Je me pose également beaucoup de questions sur ma responsabilité à moi, en tant que mère. Pourquoi avoir amené un bébé si innocent dans ce monde si fou ? Ne vais-je pas l’exposer à la souffrance, aux drames humains ?

Je savais, en mettant un bébé au monde, que je ne pourrais pas le protéger de la peine, des chagrins, des ruptures, des déceptions. Je savais qu’un jour Kate connaîtrait probablement des difficultés au travail, en amour, en amitié, qu’elle se chercherait et se poserait des questions.

Mais je me sentais prête à l’aider à grandir, pour qu’elle soit armée face aux petites et grandes déceptions de la vie. Des aléas, des moments un peu compliqués parfois, que nous connaissons tous. Mais qui, dans le fond, ne sont pas forcément bien graves. Or, soudainement, je me retrouve dans un « pays en guerre », pour reprendre le mot qui circule alors. Et ça, je n’y étais pas préparée.

Je sais que la vie va reprendre son cours, je sais que tout ira pour le mieux, je sais que je reste malgré tout une « privilégiée ». Moi qui suis née du bon côté de la barrière et qui peux satisfaire mes besoins simples, mais fondamentaux. Qui suis instruite et qui peux me faire soigner dans des conditions décentes. Mais je me retrouve bien bête, sur le moment.

Bébé 4-5 mois

Crédits photo (creative commons) : lina smith

Le début des grosses galères alimentaires

Ces deux mois sont également un peu agités côté alimentation : Kate boit peu. Très peu, même.

Je t’en avais parlé : je pratique jusqu’ici un allaitement mixte. Moitié sein, moitié biberons. Je t’avais aussi déjà raconté que Kate rencontrait un problème de santé mineur, mais qui l’empêchait de manger correctement : le RGO.

Peu avant son quatrième mois, son pédiatre nous donne un traitement à suivre. Il s’agit d’un médicament qui « coupe » l’acidité des remontées acides (qui persistent, mais qui, du coup, ne sont plus douloureuses).

Eh bien, tu te souviens quand je te disais que Kate ne voulait jamais être posée ? Qu’elle était un vrai bébé koala ? Il aura suffi de vingt-quatre heures de traitement pour qu’enfin, Kate accepte de faire une sieste ailleurs que dans nos bras. Kate avait sans doute des tendances de bébé koala, certes. Mais surtout, Kate avait mal. Et la position allongée favorisant les remontées (c’est physique !), Kate ne dormait bien que maintenue à la verticale, ou surélevée. Logique implacable !

Amie lectrice dont le bébé est un peu (ou très) koala, je t’invite à te poser la question suivante : et si c’était la douleur ? Sans tomber dans la paranoïa, ça peut expliquer pas mal de choses…

Si la demoiselle peut désormais rester un peu en position allongée, elle est toujours prise de temps à autre de crises de douleurs plutôt sévères. À deux reprises, nous devons appeler un médecin en urgence. À deux reprises, les médecins ne savent pas quoi nous dire. Il faut dire qu’un bébé qui se met à faire de graaaaaaaaaaaandes risettes au docteur pile à son arrivée, ça n’aide pas à poser un diagnostic (mais à passer pour des parents flippés, oui !). Bébé koala, bébé RGO… mais aussi petit bébé farceur !

En prime, les nuits sont de plus en plus agitées : comme Kate ne boit que très peu de biberons, et que je n’ai pas énormément de lait, elle se réveille pour téter… cinq à quinze fois par nuit. Oui, tu lis bien ! Inutile de te dire que je suis exténuée… et franchement désemparée par ce petit bébé qui grossit peu, et qui semble avoir mal.

Je continue donc de lire sur le sujet un peu partout sur Internet (mon nouveau meilleur ennemi depuis que je suis maman) et de discuter avec d’autres mamans : j’entends parler d’allergie aux protéines de lait de vache, voire d’intolérance aux protéines de lait de vache. Qui pourraient être la cause de bon nombre de RGO. Alors, je ne suis pas pédiatre, mais je sais une chose : dans ma famille, il y a au moins un cas avéré d’APLV très sévère. Et si moi, j’y ai échappé, il ne serait pas idiot de penser que Kate en souffre aussi…

Je retourne donc voir le pédiatre en ces fêtes de fin d’année, afin de lui parler de cette hypothèse, et de discuter avec lui de l’opportunité de donner dorénavant un lait à base de poudre de riz à Kate. Lui qui avait pourtant été à l’écoute lors de notre visite précédente m’envoie bouler cette fois-ci, en m’engueulant à moitié. Je me retrouve accusée de « me projeter sur ma fille » et de vouloir la « priver de calcium ». Pour lui, si elle ne boit pas ses biberons, c’est parce que Jean-Mi et moi ne sommes « pas assez directifs ».

C’est-à-dire qu’à moins de mettre un entonnoir dans le gosier de Kate, je ne vois pas bien comment faire pour être plus « directive » avec un bébé de 4 mois qui continue de pleurer de douleur. Mouais. L’année se termine sur deux certitudes : Kate a bien un reflux. Et il est temps de changer de pédiatre.

Et toi ? Tu t’es posé plein de questions après les attentats ? Ton bébé a aussi eu des soucis de santé ? T’es-tu sentie soutenue par les médecins ? Raconte !

A propos de l’auteur

Je m'appelle Julie, executive woman le jour, blogueuse/ instagrammeuse la nuit. Passionnée de littérature et de séries TV, je suis aussi et surtout maman d'une petite fille absolument adorable (#zéroobjectivité), mais aussi de deux bébés qui n'auront pas pu vivre. Tu peux me suivre sur mon blog perso (La Marmotteuse) et mon compte instagram spécialement dédié au deuil périnatal : à nos étoiles