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A la une / Récit d'accouchement

Mon bel accouchement intense : dans le vortex de la naissance

Donc comme je te le racontais précédemment, ce 28 juillet, j’ai des contractions régulières et ni le bain, ni le Spafon ont l’air de faire quoi que ce soit

Avec mon mari, on se dit que c’est un peu tôt (36+6) mais en général, je me sens bien : j’ai envie de danser alors que ça fait des semaines que je me traîne. Je demande à mon mari de mettre de la musique et je danse dans mon salon avec ma fille. Les contractions ne sont pas douloureuses mais me paraissent vraiment régulières, je décide de minuter.

Contraction toutes les 2 minutes !

On appelle la sage-femme qui connaissant le passif (accoucher en 3 heures la première fois après la perte des eaux) me dit d’aller directement à l’hôpital et qu’elle nous rejoint là bas.

Les contractions se rapprochent doucement (on passe à toutes les 1m45) donc on se bouge pour finir les affaires et on confie notre grande à la voisine en attendant les grands-parents qui ont 45 minutes de route.

Crédit photos (cc): Tabitha Blue

En route pour la maternité…

Nous voici dans la voiture en route pour l’hôpital.

Ça parait irréel, je ne ressens plus trop l’euphorie de quand je dansais sur mes contractions… Et puis, j’ai l’impression qu’elles ne sont pas si intenses qu’elles le devraient.

Mon mari panique un peu en voiture : il trouve ça tellement moins bien et moins parfait que pour notre grande, il a peur.

Arrivés à la maternité, ma sage-femme me dit qu’on va voir où ça en est mais je ne suis pas à 37 semaines donc normalement elle doit passer la main à l’hôpital pour un « accouchement médical ». Mais bon, pour quelques heures, c’est peut-être négociable… Je vois la chambre d’hôpital clairement et ça me pince un peu le cœur de devoir rentrer dans la magie de la naissance là, dans cet endroit si impersonnel, j’ai un moment de déception…

Résultat de tout ça, mes contractions se calment grave et quand elle m’annonce que je suis à 2 (donc comme la semaine précédente), je déprime…

Discussion entre ma sage-femme et la sage-femme de l’hôpital, Elles se demandent si c’est du vrai travail ou si j’aurais pas une infection urinaire et donc décider de contrôler ça.

Finalement, rien à signaler et mes contractions ont presque disparu, on me renvoie chez moi… en me disant que c’est peut-être pour demain ou pour dans quelques semaines ! On me conseille de rentrer dormir et on me donne même un somnifère si besoin.

Retour à la maison

En rentrant en voiture, je dis à l’amoureux que je suis sûre que c’est l’environnement qui a stoppé le travail alors qu’à la maison, je dansais mes contractions et je me sentais bien… bref, à ce moment, je regrette mon accouchement à domicile rêvé…

On rentre à la maison. Il fait nuit. J’ai toujours pensé que je dois accoucher la nuit. Notre fille va bien, elle dort paisiblement.

Je demande à mes beaux-parents de rester dormir la nuit au cas où. J’ai l’impression que ce faux-départ est passager et que c’est imminent.

Et forcément, retour à la maison, retour des contractions…

Quand mes beaux-parents vont se coucher, ça monte d’un cran, ça devient intense. Je demande à l’amoureux de me préparer une bouillotte et de monter le ballon dans notre chambre.

C’est sans doute un des plus précieux souvenirs que je garderais de cette naissance, les 2h passées dans la chambre avec mon amoureux, mon ballon, ma bouillotte, la lumière tamisée… C’est intense mais je ressens à nouveau de la joie. Je danse, je saute sur mon ballon, je souffle mes contractions, je regarde mon amoureux en souriant entre deux vagues…

Et ça évolue vite, on arrive à toutes les 1:40min, contractions de 50 sec.
Mais je demande à mon mari de ne pas rappeler la sage-femme tout de suite, je me sens bien, je veux passer minuit, les 37 semaines… je ne veux pas que la bulle éclate à nouveau… On en vient presque à rêver d’accoucher là, je m’en sens la force.

Mais à 23h55, d’un coup, les vagues deviennent intenses et me prennent complètement, ça devient grave dur, je vais vomir dans ma salle de bain et j’ai des tremblements.

Je dis à l’amoureux d’appeler la sage-femme mais qu’elle vienne d’abord ici. J’ai pas l’impression ni l’envie que je pourrais bouger. Et surtout, je ne veux pas aller à nouveau à l’hôpital pour rien !

La sage-femme vient, elle me dit qu’elle comprend que je sois bien ici mais elle veut m’examiner rapidement ; elle a très peur d’une hémorragie de la délivrance comme pour la première grossesse, elle ne veut pas prendre le risque d’un accouchement à domicile.

Cette fois, c’est la bonne !

Je suis ouverte à 6.

On va à l’hôpital. J’ai moins peur du changement d’environnement d’un coup, on a embarqué ensemble avec mon mari, dans l’intimité, dans ce fameux « vortex de la naissance » (c’est l’expression utilisée par Karine la sage-femme et je l’aime beaucoup), j’ai confiance, on va accueillir ce bébé, je vais le mettre au monde moi-même, même si ce n’est pas chez moi…

Arrivés à l’hôpital, ça commence à être vraiment dur. Surtout quand il a fallu contrôler les tremblements pour fixer la fameuse perf « au cas où ».

Mais à part ce moment d’immobilisation, je peux bouger comme je veux. Ma sage-femme est géniale, elle met les lumières au minimum, se met dans un coin, parle rarement mais quand elle sent que j’ai besoin. Elle me laisse écouter mon corps , sans check up intrusifs, elle contrôle le cœur de temps en temps dans des positions improbables.

Je passe le plus clair de cette partie du travail debout, accoudée sur le lit avec mon mari qui me masse, appuie sur le bas du dos pour me soulager, je suis un peu sur la chaise et un peu accroupie mais je reviens toujours à ce semi 4 pattes debout mais accoudée sur le lit. J’ai mal et plus d’une fois, j’ai cru perdre pied.

Spoiler alert : cette fois j’ai clairement connu la phase de désespérance…

Ce qui m’a aidé c’est la voix de Karine la sage-femme « depuis que le monde est monde, les femmes accouchent et les bébés naissent. La femme a tout ce qu’il lui faut en elle pour accoucher son bébé et le placenta qui vient avec ». j’ai aussi une image mentale de plage au bord de l’océan le soir même si je me sens parfois dans les rouleaux.
Et mon mari qui est là, qui respire avec moi, qui me rappelle que je vais y arriver, que je suis tellement forte…
Ma sage-femme me dit que dès que je sens l’envie de pousser, que je le fasse…

Le bébé arrive

Ça commence en effet à pousser… elle me propose de passer à 4 pattes sur le lit avec le haut relevé, la même position qu’actuellement mais à genoux et sur le lit, pour éviter que le bébé risque de tomber de haut. Elle demande si je veux un check-up au passage.

Ça me rassure, je dis oui, j’ai peur de mal écouter mon corps, je tremble de partout…

Je suis bien à dilatation complète, c’est parti, faut sortir ce bébé. Je suis donc sur les genoux, le lit plié en deux, je suis accoudée sur un coussin en haut du lit et je pousse… mais rien n’a l’air de bouger et je commence à perdre pied.

La sage-femme me demande si elle peut regarder et propose de rompre la poche des eaux qui a l’air de bloquer. Elle dit gentiment « ça peut permettre d’accélérer les choses mais je ne peux rien promettre et c’est ta décision ». Je dis oui. J’ai tellement l’impression que mes poussées sont inefficaces que j’espère vraiment que ça débloque.
Et c’est reparti…

Je sens que ça avance mieux mais je commence à vraiment fatiguer. Je n’arrive plus à reprendre pied, à respirer entre les contractions, je crois que je n’y arriverai jamais.
Mon mari me répète “tu es tellement forte, tellement forte”.
Je n’arrive plus à me tenir accoudée. Je n’ai plus de force, je sens des tremblements venir à nouveau.
Je demande à changer de position et a passé sur le dos pour n’avoir plus mon poids à porter.
Je vais donc accoucher dans une position similaire à mon premier accouchement : sur le dos avec les jambes repliés… mais comme le lit est plié, c’est un peu remonté, je vois tout ce qui se passe entre mes jambes.
Cette dernière ligne droite a été difficile, j’ai eu énormément de mal à sortir mon bébé, j’ai crié que je n’en pouvais plus, que je n’y arriverais pas.

Et puis, j’ai fini par le sortir ce bébé. C’était magique, j’ai vu la tête, puis les épaules sortir et conformément à mes vœux, je l’ai attrapé moi-même avec l’aide de mon amoureux.

J’apprendrais plus tard qu’en fait c’était si dur car il était mal placé, pas dans l’axe et il regardait le ciel mais la sage-femme ne m’a rien dit, elle a cru en mes capacités à le sortir comme ça…

Et je l’ai fait ! Et incroyablement, sans une égratignure !

La découverte

Après on nous a laissé avec le bébé dans notre bulle, j’ai du avoir la fameuse injection mais je n’y ai pas prêté attention.

On a découvert que c’était un petit garçon (l’assistante nous a demandé « alors ? », j’aurais aimé qu’on ne nous parle pas comme dit dans notre projet de naissance mais comme on n’avait pas eu le temps de l’imprimer, elle ne pouvait pas savoir – c’est un de mes rares regrets, ce n’est pas si grave).

On a bien laissé le cordon battre 15 min. On a même fait quelques photos. Et puis on a sorti le placenta avec la sage-femme doucement avec le bébé sur moi.

Tout allait bien, pas d’hémorragie, pas de déchirure, ils nous ont donc laissés tous les trois seuls pour une heure je pense. Notre fils a trouvé le sein.

Ensuite, on nous a apporté à manger, il y a eu quelques contrôles du bébé dans la pièce même et on nous a proposé que je prenne une douche et qu’on rentre rapidement comme tout allait bien. Nous avons passé moins de 6 heures à l’hôpital.

Mes sentiments par rapport à cette naissance

Ce deuxième accouchement m’a paru plus dur au niveau douleur que le premier. Mais le premier, c’est comme si c’était quelque chose qui m’était arrivé (très rapidement en plus) alors qu’ici j’ai vraiment eu l’impression que c’est moi qui ai accouché, moi qui ai mis au monde cet enfant. Je n’ai pas eu aussi la bouffée d’ocytocine de la même manière que la première fois mais un sentiment immense de gratitude et de bonheur général s’est doucement installé, j’ai mis mon bébé au monde, je suis allée le chercher très très loin, j’ai eu mal mais je me sens tellement forte de l’avoir fait….

Le grand moment restera, après un intense travail, d’avoir attrapé cet enfant entre mes jambes pour le poser moi-même sur moi, je n’ai jamais autant eu un sentiment de puissance dans ma vie – pas dans le sens « pouvoir » sur la vie ou autre mais dans le sens capacité, de ce que je suis capable.

Bref, ça restera mon Everest à moi.

J’ai donc à nouveau eu la chance (et j’en ai pleinement conscience) d’une merveilleuse naissance et je peux continuer de répéter que j’ai adoré accoucher !

Et toi, comment as-tu vécu ton accouchement ? Raconte !

A propos de l’auteur

Maman d'une petite fille merveilleuse née en novembre 2017 et d'un petit garçon fantastique né en juillet 2019, j'habite aux Pays-Bas avec mon amoureux, j'ai été prof de FLE et directrice d'une école de langue que j'avais co-créée... Aujourd'hui, j'explore de nouveaux horizons et si tu veux continuer à me lire, ça se passe sur www.claire-schepers.com