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A la une / Vie de maman

Ce dont on ne doit pas prononcer le nom… ou pas ?

Consultation médicale il y a plus de 20 ans

Bon, tu expliques au médecin ce qu’il se passe ?

*Regard gêné vers le bureau*

Ben euh… j’ai mal euh… j’ai mal… au… minou ?

J’avais une infection urinaire, j’avais 6 ans ou quelque chose comme ça, j’avais mal, mais j’étais bien incapable de nommer l’endroit où j’avais mal, et je savais bien que le seul nom que j’avais pour en parler n’était pas le vrai nom. Je garde de cette consultation médicale, et de toutes les fois où il a fallu que je nomme mon sexe enfant un sentiment de honte très gênant. Je me suis rapidement promis que mes enfants ne connaîtraient pas ce sentiment, ni même cette situation beaucoup trop gênante.

Ce que l’on ne nomme pas

Et puis j’ai grandi, et j’ai réfléchi à la question de ce que l’on nomme, de la façon dont les choses sont nommées, et de ce que l’on ne nomme pas. Très rapidement, la conclusion a été évidente : il y a deux raisons pour lesquelles on ne nomme pas une chose : soit on ne la connait pas, soit on en a honte.

Ce que l’on ne connaît pas, on fait généralement une périphrase pour finir par le nommer, en expliquant sa fonction : c’est ce truc qui sert à faire ceci ou cela, ou qui permet ceci ou cela. Une fois la définition trouvée et le nom connu, c’est comme si une nouvelle porte s’ouvrait dans notre cerveau, comme si on acquérait une nouvelle connaissance de ce qu’est la chose que l’on nomme.

Ce dont on a honte, on choisit de ne pas le nommer comme pour en nier l’existence. Si j’ai honte de quelque chose que j’ai fait, je ne le dis pas, pour faire comme si je ne l’avais jamais fait et effacer cette action de ma mémoire et de la mémoire de ceux qui auraient pu y assister.

Alors le corps des femmes : inconnu, honteux, ou les deux ? Est-il passé sous silence inconsciemment parce qu’on ne le connaît pas, ou sciemment parce qu’on préfèrerait le nier ?

Crédit photo : sasint / https://pixabay.com/fr/adulte-asie-fond-plage-assez-1807500/

Ce que la maternité a apporté à mes réflexions

Les années ont passé, je me suis mariée, j’ai eu deux filles, et la question est devenue encore plus concrète. Pourquoi appellerait-on une oreille « oreille », un nez « nez », et un sexe féminin… comment l’appelle-t-on d’ailleurs ? En fonction des familles et des personnes, chacun y va de son petit nom plus ou moins ridicule, comme si les vrais noms étaient sales ou indignes d’intérêt. Pourquoi parlerait-on de pénis sans rougir et faudrait-il trouver des mots pour éviter de parler à nos enfants de vulve, de vagin et d’utérus (pour ne citer que cela) ?

En fait, j’ai le sentiment qu’en donnant un surnom à leur sexe, on cherche à préserver les enfants d’un regard malsain sur leur corps, mais que ce faisant on les maintient dans une ignorance qui, le temps passant et les hormones se réveillant à l’adolescence, se transforme peu à peu en honte ou en sujet de moquerie.

J’ai fini par arriver à la conclusion que si je ne voulais pas laisser mes filles dans l’ignorance de leur corps, il allait falloir le nommer, et le nommer vraiment. Bien sûr, ce n’est pas tous les jours évident parce que je sais bien que le jour où Biquette ou PetitChou parleront de vagin à l’école, on risque de les regarder de travers parce que les gens ont fini par projeter sur ces mots une espèce de gêne, ou parce que lorsque Biquette prend son bain avec ses cousines et explique qu’elle doit se laver la « vluv » il y a comme un blanc, mais tant pis. Il faut parfois que je me fasse un peu violence pour passer au-delà de l’habitude qui voudrait qu’on utilise un petit nom, mais le sujet est trop important pour moi.

Je suis convaincue que connaître les vrais noms des choses nous permet de mieux les connaître, et de mieux en connaître la beauté, et n’empêche pas pour autant d’être pudique. Il est évident que je ne veux pas que mes filles jettent un regard froid sur leur corps, mais plutôt qu’elles s’en émerveillent, et pour moi, ça passe par un vrai nom, et une explication belle et adaptée à leur âge, pas par un sobriquet. C’est comme cela qu’au détour d’une question innocente de Biquette sur la façon dont le bébé naissait, elle a appris qu’il y avait une maison dans le ventre des mamans qui ne servait que pour les bébés et qu’on appelle un utérus, et que ce même bébé naissait par un chemin secret, un chemin par lequel passe la vie, qui s’appelle un vagin.

En les regardant grandir, je suis émerveillée de l’innocence et du regard tout à fait naturel que mes filles jettent sur leur corps, et je veux à la fois préserver et faire grandir cet émerveillement en leur apprenant à connaître leur corps et à le nommer. Simplement, sans honte.

Et toi ? Comment fais-tu avec tes enfants ? Petit nom, vrai nom ? Comment fais-tu pour qu’ils connaissent leur corps sans en avoir honte ? 

A propos de l’auteur

MamBat au rapport, 28 ans et presque toutes mes dents ! Maman de Biquette (2015), PetitChou (2016), et future maman de MiniChat, j'aime lire, faire de la musique, coudre, prendre du temps avec ma famille et mes amis... rien que de très ordinaire donc !