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A la une / Vie de maman

Ce printemps 2048

C’est une belle journée pour ce mois de mars. Depuis des années, les étés deviennent de plus en plus chauds et les canicules ne sont appelées que telles lorsque la température dépasse 48 degrés pendant trois jours consécutifs. Mais aujourd’hui la vingtaine de degrés du petit matin et l’air frais rendent la chaleur des rayons du soleil appréciable.

C’est un samedi et j’ai eu une semaine difficile au travail, bientôt je serais à la retraite. Je compte les mois qui me séparent de ce jour : vingt-six exactement. Malgré la fatigue, j’ai une tonne de choses à faire : ma fille va bientôt arriver avec son mari et sa fille pour fêter le trentième anniversaire de son frère.

Les préparatifs de la fête

Je récupère sur mon disque dur quelques photos rigolotes de mon fils pour les mettre sur un diaporama. J’avais parlé de cette idée à PetitePerle, elle m’avait dit que c’était une bonne idée même si ses yeux disaient qu’elle me trouvait ringarde. Elle savait très bien mentir pour ne pas me blesser.

L’émotion me submerge lorsque je remonte le dossier des photos des premières années de mon Barbouille. Le petit bébé souriant et calme avait laissé place à un charmant jeune homme posé mais têtu. Heureusement j’étais une maman 2.0 et je prenais énormément de photos. Je me remémore sa dixième bougie (elle m’avait marqué celle-là), puis sa première, le jour de sa naissance…

Mais pas le temps de me laisser aller, la famille arrive déjà pour m’aider à préparer le repas et décorer ma maison. Mes sœurs, belles-sœurs et beaux-frères ont répondu présents pour nous donner la main à Mari Barbu et moi. Tous mes neveux et nièces sont là aussi, on n’est pas trop de bras pour tout préparer avant que Barbouille ne rentre du travail ce soir.

On s’affaire en cuisine, les décorations emplissent rapidement la maison et une petite pause pizza à midi pour remplir les estomacs est la bienvenue. Je cours partout et ne vois pas le temps passer. Comme ces trente dernières années (pense-je tout bas)

Il est déjà seize heure, je dois aller récupérer PetitePerle et sa famille à l’aéroport.

PetitPerle

Son avion depuis Bordeaux n’a pas de retard. C’est rare depuis les sévères réductions des emplois des dernières années. Je la vois arriver de loin, dans une jolie robe longue fleurie, ses cheveux détachés rebondissent sur ses épaules. Elle a toujours détesté les attacher. Elle me fait un large sourire et presse le pas. Derrière elle, son mari et ma petite fille peinent à la rattraper. Les larmes me montent aux yeux lorsque je la serre dans mes bras. Elles jaillissent complètement lorsque MiniPerle se jette sur moi.

On ne se voit pas souvent depuis que PetitePerle est partie faire ses études de médecine à Bordeaux mais le peu de moments que nous avons ensemble sont très intenses. Je voudrais tellement voir ma petite fille plus souvent que six à sept fois par an. Elle grandie vraiment vite. A deux ans, c’est le portrait craché de sa maman au même âge.

J’ai toujours su que PetitePerle serait dans la médecine. Elle adorait aller chez le docteur ! Même ma grand-mère m’a dit qu’avec ses doigts longs et fins elle aurait une carrière de sage-femme ou gynécologue. Elle ne s’était pas trompée. PetitePerle est devenue une obstétricienne reconnue pour son combat contre les violences gynécologiques. Un débat de société qui commençait tout juste alors que j’avais moi-même à peine trente ans.

Dans la voiture qui nous ramène à la maison, je me remémore le mariage simple et émouvant de ma grande fille avec mon gendre, œnologue de profession. Un homme discret et calme, à l’opposé du caractère de ma PetitePerle. Je suis fière des valeurs d’indépendance et de motivation qu’elle a su exploiter.

Elle me manque terriblement. J’aimerais l’avoir près de moi plus souvent, elle et ma petite-fille. Mais je ne peux pas l’empêcher de vivre sa vie. Ma propre mère m’a toujours dit qu’on ne fait pas des enfants pour soi. Je suis nostalgique de ses câlins lors des couchers et de ses comptines qui remplaçaient mon autoradio. Voilà que la vue de la cour de la maison me tire de mes pensées.

Barbouille

La copine de Barbouille débarque à peine que Mari Barbu termine de décharger les valises. Il va arriver d’une seconde à l’autre. J’aime beaucoup cette fille malgré des débuts difficiles. Je la trouvais vulgaire et trop extravertie mais depuis six ans qu’elle fréquente mon fils, je l’apprécie de plus en plus. Je crois que la relation trop fusionnelle entre moi et Barbouille a été un réel frein à certaines de ses relations. Et je m’en veux.

La berline de mon garçon se gare dans la cour alors que tous les invités se cachent derrière les meubles. Mes neveux et nièces gloussent. Chut chut, il arrive !

Depuis ma cachette, je vois mon fils entrer dans la maison. Il est le portrait de son père. Petit, trapu et avec une barbe qu’il prend plaisir à soigner même si la mode est passée depuis une bonne quinzaine d’années. Il remarque immédiatement la décoration et esquisse un sourire.

Tout le monde sort de sa cachette dans un tonitruant « surprise ! » alors que Barbouille fait semblant d’être surpris. Je me précipite sur lui avant sa copine et le serre fort dans mes bras. Oui, je suis devenue la belle-mère horrible que je redoutais !

Alors que Mari Barbu s’approche de son fils, il lui souhaite un bon anniversaire avec une tape sur l’épaule. Barbouille n’est pas aussi pudique que son père et lui fait un câlin. Puis Mari Barbu ne peut pas s’empêcher de lui demander si la journée à l’entreprise s’est bien passée. Je n’aurais jamais cru qu’il reprendrait l’activité de son père. Après avoir voyagé des mois et des mois après son BAC, Barbouille n’a jamais réussi à trouver des études dans lesquelles s’épanouir. Quand à ses vingt ans Mari Barbu lui a proposé de l’embaucher, il voyait cela comme un emploi alimentaire. Puis il doucement pris goût au travail de son papa au point de reprendre l’entreprise il y a trois ans.

Depuis, Barbouille est devenu très casanier. Fini les voyages au bout du monde. J’ai même presque dû le mettre dehors de la maison familiale tant il prenait ses aises ! Mais il passe au minimum deux fois par semaine me faire un coucou et surtout discuter affaires avec son papa. Dans ses moments-là, je file dans le jardin laissant les deux hommes de ma vie parler autour de leur bière.

crédit photo : Larisa-K

La fête bat son plein, l’odeur des grillades remplie les narines. Je suis heureuse de voir que mes sœurs et belles-sœurs sont toujours autant fêtardes malgré les années qui se sont écoulées.

Un vrai tableau de film, tout le monde rigole et passe du bon temps. Pourtant il manque des personnes. C’est l’âme triste que j’imagine mes parents et beaux-parents à nos côtés. Mes parents étaient encore de ce monde lorsque nous avions fêté les trente ans de PetitePerle. Mes beaux-parents les ont précédés de peu. C’est amère que je prends conscience que nous sommes les prochains sur la liste.

Alors je profite. Je profite de ses moments présents. Je profite des sourires, de rires, de la joie, du bonheur. Je profite de ces parfums de fête et d’amour.

Ne pas penser au passé. C’est trop tard de toute façon. Des regrets il y en a, comme ce petit troisième enfant rêvé mais jamais venu. Comme ce sentiment horrible de ne pas avoir assez profiter de mes enfants, ces moments où la fatigue et la colère m’avaient fais perdre patience avec mes enfants. Mais des belles années restent encore à venir et il n’est pas trop tard pour voir grandir mes amours. Je sais que nous resterons soudés et unis quoi qu’il arrive.

C’est ce moment d’introspection que choisi Barbouille pour nous annoncer que le plus cadeau qu’il vient de recevoir pour ses trente ans, c’est l’annonce d’un bébé de plus dans la famille.

Dans quelques mois, la famille s’agrandira encore et je prendrais des nouvelles rides. Mais je suis heureuse de ce que la vie m’a offert et m’offrira à nouveau.

A propos de l’auteur

Salut moi c'est Doupiou ! Je suis mariée, maman d'une PetitePerle née à l'été 2015 et d'un petit Barbouille né peu avant le printemps 2018. Tatouée, motarde, fan de foot mais aussi très coquette, addict aux robes et aux talons : je suis pleine de contradictions ! Je viens ici te raconter mon quotidien avec mes deux enfants et mes expériences de la parentalité. J'essaie toujours de positiver !