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Faire des choix


Publié le 21 décembre 2019 par Mme Espoir

Dans mon article d’aujourd’hui, je vais parler d’une étape indispensable mais pas simple du tout. J’espère que je ne vais pas te choquer par mes propos et si c’est le cas, j’en suis d’avance désolée. Et j’espère par ailleurs ne pas me répéter avec d’autres articles que j’ai déjà écrits…

La question des limites et des ouvertures des futurs parents adoptifs est un sujet qui est évoqué en profondeur avec les travailleurs sociaux. Je vais revenir sur les choix que M. Chéridamour et moi avons fait plus en détail.

Tenir compte des spécificités

Un enfant adopté, surtout s’il n’est plus un nourrisson, va avoir certaines difficultés : attachement peut-être compliqué, problèmes scolaires, retards divers dus à la vie en institution, troubles de l’attention, parfois même des régressions… Accompagner notre enfant, le prendre en charge et l’aider à se développer et s’épanouir va être chronophage et demander beaucoup d’investissement de notre part. Tous les témoignages de parents adoptifs que j’ai lus le disent : un enfant adoptif c’est extrêmement prenant et plus demandeur qu’un enfant biologique et ce même s’il n’a pas de pathologie.

La question est pour nous de savoir et de définir très précisément ce à quoi nous sommes ouverts. J’avoue que cela a été compliqué par moments d’avoir l’impression de faire « notre marché ». Je n’étais pas très à l’aise dans mes baskets et j’avais ce sentiment d’être une personne égoïste de refuser un enfant ayant tel ou tel problème de santé. Après tout, si c’était notre enfant biologique nous ne nous serions posé aucune question.

Crédits photo (creative commons) : composita

Ces limites que nous ne franchirons pas

Il faut se mettre en tête que le frein de l’un des deux constituera un frein pour les deux. En effet, « imposer » à l’autre parent quelque chose qu’il ne se sent pas d’assumer serait vraiment négatif et je pense que l’enfant finirait par le sentir.

Ni M. Chéridamour ni moi ne nous sentons capables d’assumer un enfant ayant un très lourd handicap, physique ou mental. Nous ne sommes pas armés, pas prêts à l’accepter. L’un comme l’autre nous souhaitons que notre enfant soit autonome au quotidien à l’âge adulte.

Dans notre couple, je suis plus ouverte que M. Chéridamour. Par exemple, accepter un enfant diabétique ne me posait aucun souci alors que lui n’arrivait pas à envisager cette hypothèse. Je pense qu’il n’arrivait pas à accepter l’idée de gérer un enfant qui aura un traitement à vie alors que je connais des personnes dans mon entourage proche qui vivent tout à fait normalement malgré leur diabète. Il a cependant évolué sur le sujet.

De même, après avoir refusé de penser à adopter un enfant atteint du VIH, je me suis renseignée sur le sujet. Mes lectures de témoignages, d’avis de médecins m’ont fait prendre conscience que c’était une pathologie lourde mais que je me sentais à même de gérer. Mais pas M. Chéridamour : pour lui cette maladie est encore trop marquée sociétalement et il lui semble impossible d’arriver à gérer les réactions de l’entourage, des éducateurs, des autres parents.

Une autre question qui est revenue est celle de la prématurité. Accepterions-nous un enfant grand prématuré ? A partir de combien de semaines ? Pour nous prématurité rimait avec incertitudes de développement. Quand l’enfant a été bien suivi par une équipe efficace, surveillé de très près, il y a des éléments pour être rassuré. Mais dans un pays étranger, où la médecine est peut-être défaillante ? Alors qu’on ne saura probablement rien de la manière dont notre enfant est venu au monde ? C’était compliqué à envisager pour nous. J’ai donc demandé conseil aux tribulettes qui ont traversé cette épreuve et cela nous a permis d’établir nos limites avec M. Chéridamour (en terme de poids, de semaines de grossesse, de suivi du nourrisson).

Ce que nous accepterons

Il y a bien sûr les petits soucis de santé avec lesquels il faudra faire comme les parasites divers (poux, gale, parasites intestinaux…), les anémies, les maladies de peau bénignes… Nous avons par ailleurs certaines ouvertures assez « classiques », définies après consultation du médecin de la COCA (consultations d’orientation et de conseils en adoption).

Étonnamment, les réactions les plus fortes et les plus négatives que nous ayons eues à affronter concernent non pas ce que nous n’étions pas prêts à assumer mais ce que nous sommes prêts à accepter. Des personnes m’ont demandé si j’allais vraiment pouvoir aimer un enfant « défiguré » par une fente labio-palatine. La psychologue nous a demandé d’aller voir sur Internet des photos d’enfants atteints par cette pathologie. Oui c’est difficile et il ne faut pas le nier ce sera peut-être compliqué au début. Mais ce que je crains bien plus qu’un enfant ayant un problème physique visible c’est le regard malveillant des autres sur mon enfant.

Il y a un choix que nous avons fait, qui nous a semblé évident et que personne autour de nous n’arrive à comprendre. Lors d’un entretien, la psychologue nous a demandé si nous nous sentions capables d’adopter un enfant né d’un viol ou d’un inceste. Étrangement, alors que nous avions beaucoup débattu d’autres possibilités avec M. Chéridamour, celle-ci n’avait jamais été évoquée. Mais la réponse a été si évidente pour nous que nous avons répondu simultanément et sans quasiment réfléchir un « oui » franc qui a satisfait la psychologue.

Crédits photo (creative commons) : sasint

J’ai assez vite arrêté d’en parler autour de moi car je me suis à chaque fois heurtée à un mur, voire à des réactions très vives. Et pas seulement de personnes n’y connaissant rien en adoption mais aussi de la part de futurs parents adoptifs. Cela m’a vraiment fait douter. Faisions-nous fausse route avec M. Chéridamour ? Avions-nous assez réfléchi sur le sujet ? Nous en avons discuté longuement et notre conviction n’a pas varié : oui, nous nous sentons capables d’accompagner notre enfant s’il a une histoire douloureuse. Et nous sommes conscient que cette blessure « invisible » peut être plus dévastatrice qu’une blessure ou un handicap physique.

Si tu es futur parent adoptif et que le sujet des limites t’intéresse, je te conseille le numéro de la revue Accueil (revue spécialisée dans l’adoption) consacré aux limites dans l’adoption (n°192 de septembre 2019). Cela m’a vraiment réconforté de le lire et de voir que tous les parents adoptifs se posent les mêmes questions, que chacun a ses propres limites et que des parents qui ont dû affronter des situations qu’ils voulaient éviter ont réussi à rebondir et à construire une famille unie.

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Et toi, est-ce que tu t’es posé beaucoup de questions concernant la santé de ton futur enfant ? As-tu dû fait des choix qui n’ont pas été compris par ton entourage ?

Commentaires

2   Commentaires Laisser un commentaire ?

Virg

Aborder ses limites me paraît hyper sain en fait, et en avoir, c’est juste normal. Je pense que tout parent ayant vécu de près ou de loin l’inceste ou le viol se mettra par réflexe une limite si ce n’est pas parfaitement réglé dans sa tête. Et ce, pour protéger l’enfant (projection, malaise, etc.). Pour le sida, ma tante étant séro, franchement, pour moi cela n’en aurait pas été une mais j’imagine que quelqu’un ayant connu le deuil par cette maladie aurait dit non. Et ainsi de suite.
Bizzaremment, je trouve ça génial tous ces questionnements, ça engendre une introspection salutaire, que les gens ne feraient pas forcément pour eux-mêmes mais, s’agissant d’un enfant, ils ne se posent même pas la question et foncent dans leurs émotions. Ça fait un peu « je remets mon émotionnel au carré pour être opé pour mon futur petit chou » 😉

le 21/12/2019 à 13h51 | Répondre

Mme Espoir

Les parents adoptifs doivent en effet être très au clair avec eux-mêmes, leur parentalité et leurs limites. Sans ça, impossible d’accueillir un enfant sereinement et de pouvoir l’aider au mieux.

le 03/01/2020 à 12h04 | Répondre

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