Menu
A la une / Témoignage

Notre grande aventure de l’allaitement : allaitement non écourté et co-allaitement

Je te racontais la dernière fois comment se sont passés les débuts de l’allaitement chez moi. Mais l’aventure ne s’est pas arrêtée !

Reprise du travail et poursuite de l’allaitement

J’ai repris le travail aux douze semaines de ma fille. À ce moment-là et depuis quelques semaines déjà, j’avais décidé qu’il était hors de question de mettre en péril mon allaitement en faisant du mixte (c’était mon idée de départ, réticente à tirer mon lait), il est tout à fait possible de donner du lait en poudre à son bébé quand on n’est pas là et de continuer à donner le sein matin et soir par exemple mais c’est un coup de poker, parfois ça fonctionne pendant des mois, parfois ça met fin très vite à l’allaitement au sein.

J’avais donc investi dans un tire-lait manuel, j’avais été un peu traumatisée par le tire-lait électrique loué à l’hôpital après la naissance et comme je n’étais pas sûre de tenir longtemps à pomper mon lait sur mon lieu de travail, je ne voulais pas dépenser trop pour ça (j’ai appris il y a peu que j’aurais en fait pu me faire rembourser par mon assurance maladie).

Au travail, en effet à l’époque, à moins qu’une salle de classe soit libre, il n’y avait que le petit bureau / salle des profs à l’époque où je pouvais tirer mon lait. Cette pièce est partagée avec les profs et donc pas totalement isolée même si je pouvais choisir mes horaires quand je savais que je ne serai sans doute pas trop dérangée. Je n’étais pas super à l’aise avec l’idée mais comme je suis la cheffe d’une équipe presque uniquement féminine, je me suis dit aussi que je donnais un message fort : dans mon entreprise, c’est tout à fait normal de tirer son lait (depuis, nous avons un bureau de plus, et quand une de mes collègues a repris le travail après son congé maternité, elle a donc tout naturellement récupéré la clé pour pouvoir y tirer son lait…).

J’ai donc fait des réserves avant ma reprise et puis après, j’ai mis un message sur le groupe de l’équipe pour prévenir que s’ils me voient avec un grand lange au niveau de la poitrine avec les mains cachés dessous, c’est que je tire mon lait, mais que pas de problème pour entrer ou parler (dans les faits, j’ai souvent trouvé des moments seule et sinon c’est vite devenu normal pour tout le monde. À part la fois où des enfants d’un cours sont rentrés, je ne me suis jamais vraiment sentie mal à l’aise…).

Et comme j’ai toujours eu une production de compétition, j’ai tiré des 3 à 9 mois de ma fille mais j’ai pu fournir la crèche en lait maternelle jusqu’à ses un an !

J’espère pouvoir faire de même pour mon fils. (Même si le tire-lait, ce n’est pas ma plus grande passion, on va dire que ça a au moins l’avantage de m’obliger à faire des vraies pauses dans mon boulot).

Allaitement non écourté ?

Dès le début de mon allaitement, si on me demandait « combien de temps tu veux allaiter ? », je répondais « on verra ». Je ne m’étais pas vraiment fixée de limite. L’idée c’était tant que ça nous convient au bébé et à moi.

Et puis, plus ça allait, plus j’adorais allaiter : je suis très sensible au shoot d’hormones que ça provoque, ça me rend zen direct après une journée stressante. J’adore le lien que ça tisse avec le bébé, cette impression de très grande proximité, de symbiose. Et puis, plus ça va, plus c’est rapide et facile.

Bon, on a eu vers trois mois, la première dent où il a fallu apprendre à ne pas mordre. Puis après le pic des 3 mois, elle a eu plusieurs semaines où elle prenait le sein que couchée pour faire face au ref et à l’hyperlactation dont je parlais dans le dernier article. Puis vers 9 mois, un semblant de grève : elle ne prenait le sein que dans le noir en étant bercée, je me suis fait les bras !

Mais pas une seule fois, je me suis dit que j’avais vraiment envie d’arrêter. J’ai d’ailleurs toujours eu peur que ma fille me boude pour le biberon. Mais c’était clair pour elle ; le biberon, c’est quand maman n’est pas là, il suffisait que je passe la porte pour qu’elle lui préfère le sein. (Pour celles que ça intéresse, on peut aussi proposer autre chose que le biberon pour éviter une possible confusion / préférence mais je ne peux pas trop t’en parler, après avoir lu beaucoup sur la confusion, j’ai décidé à nouveau de prendre le « risque » du biberon pour mon fils).

C’est pour ça qu’une fois que ma fille a eu un an, il était assez clair dans ma tête que nous allions vers un « allaitement non écourté » aussi appelé « allaitement long » mais j’aime la notion du fait qu’il s’agit de dire que c’est l’enfant qui décidera quand il est prêt à être sevré.

J’avais en tête les recommandations de l’OMS qui préconise l’allaitement jusqu’à au moins 2 ans (et 6 mois en exclusif). J’étais donc partie là-dessus…

À ses un an, c’était tétée avant chaque dodo quand nous étions ensemble : les deux siestes par jour et le soir plus le matin au réveil. Quand nous n’étions pas ensemble en journée, c’était matin et soir seulement (après, elle mangeait des laitages, on a donc abandonné les biberons à ses un an).

Et puis, à ses 13 mois, je suis tombée enceinte.

Grossesse et allaitement

Ma grossesse n’était pas planifiée. Et dans le tourbillon des émotions contradictoires de cette nouvelle, j’avais peur de trahir ma fille en provoquant la fin de notre aventure d’allaitement.

J’ai beaucoup lu sur la question. Je savais que les statistiques étaient contre nous, il y avait des chances que ça s’arrête (venant de moi ou de ma fille). Mais d’un autre côté, je ne me voyais pas allaiter deux enfants… J’ai donc décidé de continuer comme jusqu’à maintenant « on verra ».

Au premier trimestre, j’étais très fatiguée et j’étais agacée et ressentais un peu de douleur aux tétées pré-sieste, j’ai donc cessé de lui proposer le sein à ce moment, elle ne le réclamait pas et avait l’habitude de s’en passer quand je n’étais pas là. C’est passé comme sur des roulettes et les tétées du matin et du soir se passaient bien même si clairement j’avais perdu ma bouffée de zénitude hormonale que j’aimais tant dans l’allaitement. Ça restait un bon moment câlin (et j’ai eu la chance de ne pas ressentir vraiment de douleur ou d’agacement pour ces moments). Et puis, enfin, je pouvais arrêter de porter des soutien-gorges et des coussinets jour et nuit, c’était agréable après un an !

Au deuxième trimestre, on a déménagé et les couchers sont devenus l’enfer. J’étais épuisée et je n’arrivais plus à gérer le coucher, la voir s’agiter au sein et se mettre à hurler dès que j’arrêtais pour la mettre au lit était devenu trop difficile. On a décidé de tenter de ne plus lui proposer le sein le soir et papa gérait le coucher. C’est passé assez facilement et ça a simplifié les couchers.

À ce moment-là de l’histoire, j’étais persuadée que petit à petit nous arrivions à la fin de cette allaitement, j’avais de moins en moins de lait et souvent elle ne prenait même plus le matin.

Mais il suffisait d’une mauvaise journée, d’un grand besoin de réassurance pour qu’elle me réclame un matin. Et même après des pauses de 15 jours, il y avait encore du lait (je la voyais déglutir).

À la fin de la grossesse, elle a réclamé quelque fois mais une fois le sein dans la bouche, elle ne tentait pas de téter et disait non et partait faire autre chose. Comme ça s’était fait progressivement, j’avais accepté, l’allaitement pour ma grande était terminée. C’était un sevrage induit par la grossesse mais qui s’est fait en douceur.

Co-allaitement

Mon fils est né et c’était reparti pour l’aventure avec un autre enfant. Ma fille, elle, a été très intriguée par la tétée mais on l’avait beaucoup préparée avec des livres, « les bébés, ça tète beaucoup ». Le plus dur pour elle qui voulait tant s’en occuper, lui faire des câlins, a été de lui expliquer que non, elle ne peut pas donner le sein à son petit frère, elle n’a pas de lait.

Et puis, 10 jours après la naissance environ, elle m’a demandé à téter. Je l’ai laissé essayer, je croyais qu’elle avait perdu le réflexe de succion puisqu’elle ne tétait plus une fois le sein dans la bouche avant l’accouchement mais non, une fois que le lait était là, elle a très bien su retrouver comment faire !

Et voilà, comment sans l’avoir prévu, je me suis retrouvée à allaiter deux enfants !

allaitement en tandem
Crédit photo : photo personnelle
En général, je cherche plutôt des photos libres de droits pour illustrer mes articles afin de préserver un peu l’anonymat de mes enfants. Sauf qu’il est impossible de trouver une photo d’allaitement en tandem et un des sites que j’utilise met même un blocage « adult content » pour les photos d’allaitement – c’est comme ça que j’ai décidé de publier mes seins sur Internet, par militantisme #normalisonslallaitement

Et bien, c’est une chouette aventure. Nous avons mis la règle que « les grandes filles, elles ne tètent que le matin, elles ont plein de bonnes choses à manger le reste de la journée (alors que les bébés, ça ne mange que du lait) ».

J’ai plusieurs fois, surtout au début allaiter les deux ensemble, ma fille adore et caresse la tête de son frère pendant qu’elle tète (mais j’avoue que moi, je trouve ça trop chou mais pas très pratique, surtout de bien positionner le bébé pour qu’il tète bien).

Actuellement, le petit tète tôt le matin, puis la grande à son réveil aussi couchée au lit et ça me fait un moment câlin privilégié avec mes deux enfants chaque matin, c’est chouette.

En plus, ma fille est quand même vachement douée pour me soulager d’un sein un peu trop plein, parce que clairement, elle ne se contente pas de tétouiller !

Et puis, l’allaitement nous a un peu sauvé la mise il y a quelques semaines. Ma fille a eu une accident assez grave où elle s’est ouvert la lèvre et a été recousue sous anesthésie général, son corps a fait une réaction à tout cela et elle est montée en fièvre et surtout était totalement léthargique et refusait de manger et de boire. Quand idée brillante, j’ai dit « tétée ? », elle a eu un petit oui et a pris le sein… Juste après, elle est descendue en fièvre et allait bien mieux. J’en pleurais de joie.

(Bon, cette semaine fut celle de l’enfer car le fait d’allaiter la grande à la demande pour la soulager a aggravé d’un coup mon hyperlactation et le petit a eu trop du mal à gérer le lait qui arrivait encore plus rapidement ce qui s’est traduit en nuit de l’enfer, bébé qui hurle, pleure et impossible à calmer sinon en écharpe, qui refuse le sein, visite chez le médecin de garde car on suspectait quelque chose de grave… avant que je comprenne ce qui s’était passé et que j’aide mon fils à reprendre le sein).

Aujourd’hui, tout roule pour mon double allaitement, négociée avec la grande, à la demande pour le petit. Quand je suis coincée un bébé au sein dans les phases de pics de croissance, on lit plein de livres avec ma puce pour faire passer le temps et papa nous nourrit. Je suis sereine et surtout super heureuse de cette aventure.

Et quand est-ce que j’arrêterai ?

« On verra » !

Mais quelque chose me dit que le plus tard possible sera le mieux parce qu’honnêtement, je trouve que c’est une sacrée belle aventure !

P.S : je sais que le sujet est sensible, je tiens donc à préciser qu’avant d’être pro-allaitement, je suis pro-choix. Je vois très bien pourquoi certaines femmes ne veulent pas allaiter, j’imagine très bien que si ce n’est pas un vrai choix, ça peut vite donner une impression de dépossession et même d’esclavagisme quelque part. Et je suis heureuse de vivre dans un monde qui propose une alternative pour que les femmes choisissent ce qui correspond le mieux à leur vision de la maternité.
Par contre, je suis triste pour toutes celles qui souhaitent vraiment donner le sein et qui ne reçoivent pas la bonne information pour le faire. Si l’allaitement est naturel, il faut un certain nombre de facteurs facilitateurs et surtout la bonne information et bon accompagnement pour permettre de le faire. Et il me semble qu’il y a encore beaucoup de boulot là-dessus… Si je peux aider par mon témoignage, je réponds à toutes les questions.

Et toi, tu envisages un allaitement long ou pas du tout ?

A propos de l’auteur

Maman d'une petite fille merveilleuse née en novembre 2017 et d'un petit garçon fantastique né en juillet 2019, j'habite aux Pays-Bas avec mon amoureux, j'ai été prof de FLE et directrice d'une école de langue que j'avais co-créée... Aujourd'hui, j'explore de nouveaux horizons et si tu veux continuer à me lire, ça se passe sur www.claire-schepers.com