Menu
A la une / Conseils

Comment accompagner un parent endeuillé ?

Lorsque j’ai perdu mon bébé, je me suis rapidement rendu compte qu’une des choses les plus difficiles et désagréables que j’aurais à gérer serait la réaction des gens autour de moi.

Je tiens cependant à rassurer l’entourage : il est très difficile de trouver la « bonne » façon de réagir devant un tel drame, et chaque parent endeuillé se comportera différemment. Je n’ai donc, là encore, pas de solution ni de réponse universelle sur ce qu’il faut faire ou non. Je peux malgré tout essayer de te donner quelques pistes de réflexion ici sur ce qui réconforte… et ce qui fait mal.

Le décès d’un bébé n’est pas un non-événement dans la vie des parents

Je te l’ai déjà dit, mais il est très important de comprendre que l’enfant qui est parti est on ne peut plus réel. Et s’il était désiré, il existait déjà pour ses parents bien avant d’être né. Si ce n’était pas le cas, les parents ne seraient pas si tristes !

Or je remarque que très souvent, les gens « minimisent » la perte (on m’a ainsi dit sur mon lit d’hôpital que je n’avais pas vraiment accouché, que le pire, dans le fond, c’était la mauvaise annonce lors de l’échographie, et qu’on en ferait d’autres. Bref, un magnifique exemple de tout ce qu’il ne faut surtout pas dire à une femme qui vient de perdre son bébé !).

Je me suis souvent demandé si ce n’était pas une réaction de défense face à un événement aussi traumatisant. Un bébé ne devrait pas mourir, une naissance devrait toujours être un événement heureux, et cette réalité est très difficile à accepter pour certaines personnes. (Je l’ai compris devant le désarroi de certaines sage-femmes à la maternité où j’ai accouché. Certaines n’osaient même pas me regarder dans les yeux.) Et puis la mort et la maladie renvoient très souvent les gens face à leur propres peurs, alors que dire de la mort d’un bébé…

Le problème, c’est que minimiser la mort d’un bébé revient à nier la douleur des parents endeuillés. Et il n’ya rien de pire, pour le parent, que d’avoir l’impression qu’aux yeux du monde le bébé n’existe pas. Lui, qui n’a justement pas pu vivre, se retrouve à mourir une seconde fois devant le déni des gens.

Mais, même sans nier ce drame, il existe aussi des comportements à éviter et des petites phrases à ne pas surtout pas dire.

coeur de papier entre les mains

Crédits photo (creative commons) : Sean McGrath

Ce qu’il vaut mieux éviter :

« Vous en ferez d’autres. » Alors celle-là, disons le clairement : c’est le best-seller des phrases à éviter. D’ailleurs, si je devais toucher 10 centimes à chaque fois qu’on me la sort, je serais en bonne voie pour remplir mon PEL. Elle est donc à proscrire, parce qu’on ne parle pas de refaire un gâteau qu’on aurait un peu trop cramé au four, mais un bébé (par nature unique).

« La nature est bien faite. » Non, sur ce coup-là, la nature a été une immense connasse. Pardon, mais si la nature était si « bien faite » que ça, mon bébé serait en vie et en bonne santé.

« Vous êtes encore jeunes. » Je ne vois pas le rapport. L’âge n’a rien à voir avec le travail de deuil, ni avec la souffrance.

« Pense à nos grands-mères, à l’époque ! Ça leur arrivait tout le temps ! » Pardon, mais alors ça je m’en bats le frifri (pour rester polie !).

« Ça aurait été pire si… » ou « Pense à Machine ! Elle, c’est encore pire parce que… » Un bébé qui meurt est déjà la « pire » chose qui puisse arriver. On ne fait pas un concours de « qui souffre le plus » ! Il n’y a rien à gagner dans ce genre d’histoires, et personne ne mérite plus de compassion qu’un autre ! Mon enfant est mort, point à la ligne.

« Ce n’était pas un vrai bébé. » Celle-là, on ne me l’a pas (encore ?) sortie, mais je l’ai beaucoup lue sur les forums. Mais attention : même l’OMS considère qu’à 22 semaines d’aménorrhées un bébé est « viable ». Donc on range ses réflexions de médecin amateur au placard, et on laisse les pros et les parents décider de ce qu’est (ou non) un « vrai » bébé.

« Oh mon Dieu, mais c’est affreux, quelle horreur ! Mais comment tu vas faire ? » (Ou toute forme d’expression absolument horrifiée par ce qui m’arrive.) Là, non seulement j’ai l’impression de devenir un fait divers ambulant, mais en plus, je sens que tu es morte de trouille, non pas pour moi… mais pour toi ! À éviter absolument donc.

Ne rien répondre à l’annonce du décès, si elle est envoyée par mail ou SMS. Une seule personne m’a fait ce coup-là, à deux reprises (c’est à dire que je l’a prévenue deux fois, et que les deux fois je n’ai reçu aucune réponse). Je dois avouer que c’est encore la PIRE réaction à laquelle j’ai du faire face ! D’autant plus que, la seconde fois, il s’agissait d’un mail envoyé sur Facebook (Coucou ! Je sais que tu as lu mon mail, c’est écrit en bas de la page !).

Que dire alors ?

Si tu es très mal à l’aise, le mieux est encore de présenter tes condoléances. Très peu de personnes le font dans le cas d’un deuil périnatal, or c’est pourtant ce qui est indiqué lorsqu’une personne décède. Tu pourras ensuite te mettre en retrait si tu ne souhaites pas t’impliquer plus, ou que tu n’es pas si proche que cela des parents.

Si tu ne sais pas quoi dire (ce qui est très compréhensible), mais que tu veux malgré tout signifier ta volonté d’être présent, un simple « je suis là si tu as besoin de quoi que ce soit » sera déjà beaucoup.

N’hésite pas, si le parent endeuillé ne répond pas parfois à tes appels ou tes e-mails, à te manifester de temps en temps, simplement pour prendre de leurs nouvelles. Personnellement, j’étais tellement sous le choc les premiers temps que je ne répondais pas trop aux sollicitations (qui pourtant me faisaient énormément de bien, puisqu’elles étaient le signe que l’on pensait à moi, et que personne ne m’oubliait malgré le chagrin).

Si tu connais bien le papa, essaie aussi de lui adresser un petit mot de sympathie. Il est parfois le grand oublié de l’histoire.

Ne centre pas tout sur toi : j’apprécie quand on prend de mes nouvelles, beaucoup moins quand je sens que la personne en face est juste en train de faire sa « B.A. » du mois (parce que oui, ça se sent !) alors qu’elle a juste envie de me raconter sa vie.

Ne traite pas non plus les parents comme s’ils étaient des bombes ambulantes, prêtes à exploser à tout moment. Je vois bien que certaines personnes sont tellement mal à l’aise à l’idée d’aborder le sujet, qu’elles font comme si rien ne s’était passé, ou évitent mon regard. Or je ne suis pas stupide : si je sens que tu n’as pas envie d’en parler… je ne t’en parlerai pas ! Et puis, si j’ai besoin de « vider mon sac », j’irai voir un psychologue. Donc n’aie pas peur de m’entendre raconter des trucs affreux : ça n’arrivera pas. (C’est particulièrement vrai si tu es enceinte : là, je refuserai carrément d’aborder le sujet avec toi, même si tu insistes !)

J’espère que tout cela t’aidera à mieux comprendre tes proches, et à trouver les mots pour leur parler. L’essentiel à retenir, c’est que rien n’est aussi précieux dans ces moments douloureux que la présence bienveillante des personnes qu’on aime.

Et toi, tu as déjà eu à accompagner un proche ayant vécu la perte d’un bébé ? Tu as déjà entendu toutes ces phrases blessantes ? Viens en parler !

Toi aussi, tu veux témoigner ? C’est par ici !

A propos de l’auteur

Je m'appelle Julie, executive woman le jour, blogueuse/ instagrammeuse la nuit. Passionnée de littérature et de séries TV, je suis aussi et surtout maman d'une petite fille absolument adorable (#zéroobjectivité), mais aussi de deux bébés qui n'auront pas pu vivre. Tu peux me suivre sur mon blog perso (La Marmotteuse) et mon compte instagram spécialement dédié au deuil périnatal : à nos étoiles