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A la une / Récit de grossesse

Comment ai-je vécu ma grossesse ?

À l’heure où je t’écris, je suis à 38 semaines de grossesse. À l’heure où tu me lis, je pense que j’aurais accouché depuis plusieurs semaines (je n’ai aucune ambition de devenir une maman éléphant qui porte son petit 12 mois – tu entends bébé ? « tu sors quand tu veux ! »).

Il est donc temps de faire un petit bilan de mon vécu pendant la grossesse.

J’ai l’impression quand je lis les témoignages sur Internet qu’il y a deux catégories de femmes enceintes : celles qui adorent être enceintes et celle qui détestent ça.
Dans mon cas, je suis incapable de te dire blanc ou noir, c’est bien plus compliqué que ça…

Une grossesse relativement facile

Jusqu’à maintenant (si ça se trouve, j’en ai encore pour quatre semaines alors ne vendons pas la peau de l’ours…), on peut dire que j’ai eu une grossesse relativement facile. Le premier trimestre a été vraiment éprouvant mais après, cela, on peut dire que j’ai eu de la chance.
Aucune complication médicale à noter, des nausées qui disparaissent au début du 2ème trimestre, pas de menaces d’accouchement prématuré, des difficultés de sommeil et de digestion assez passagères (ça m’est arrivé mais jamais de manière longue et prolongée).

J’ai pu vivre relativement normalement et surtout continuer de travailler… Et ce même si mon travail me demande de bouger beaucoup (j’ai 45 minutes de marche + train + tram + marche pour aller à l’école et je ne reste pas toute la journée à l’école, je donne des cours hors de nos locaux, je vais rencontrer des entreprises, je vais faire des courses pour l ‘école).
J’étais même très fière d’aller à mon dernier cours à 35sa en vélo public (d’ailleurs, je compte bien continuer d’aller au yoga prénatal jusqu’au bout a vélo – c’est en fait beaucoup plus agréable que marcher).

Mon associée ayant eu un bébé mi-juillet, j’ai géré le gros de la rentrée seule (même si heureusement, elle s’est remise au boulot un peu plus tôt pour m’aider, sinon, je ne m’en serais jamais sortie) et j’ai fait des journées de 10/12 heures au 7ème et 8ème mois de grossesse…

Mais difficile à gérer pour moi…

Sauf que pour arriver à faire ça, j’ai un peu beaucoup eu l’impression de tirer sur la corde.

De toute ma grossesse, la sensation de fatigue ne m’a jamais quittée. J’ai eu l’impression de payer chaque effort physique… Si je passais la serpillière à l’école par exemple, je devais après me poser pour un bon moment avant d’être capable de bouger.
J’ai eu beaucoup de douleurs au ventre, en haut des jambes, dans le dos… Et il y avait des jours où marcher plus de 5 minutes me faisait vraiment mal.
Et je ne parle pas des weekends que j’ai passés prostrée sur mon canapé car j’avais mal partout, payant les efforts de la semaine.
Au deuxième trimestre, c’était vraiment à retardement, donc difficile à gérer car sur le coup, tu te sens bien et c’est après que tu subis les effets.

J’en ai pleuré de frustration et de douleur parfois.

Devoir déléguer la gestion de la maison à l’amoureux ne s’est pas fait naturellement non plus, rester sur le canapé alors qu’il y a des trucs à faire n’est vraiment pas mon style…

J’ai été beaucoup frustrée pendant cette grossesse.

Les hormones ne m’ont pas aidée à voir les choses avec philosophie – Ou comment avoir du mal à se retenir de pleurer quand on te fait une remarque négative dans le cadre de ton travail…

La fatigue physique et mentale m’a fait faire pas mal de bêtises au boulot, alors pour moi qui suis assez exigeante, il fallait accepter de ne pas toujours bien faire.

À cela s’ajoute que voir mon corps changer n’était pas tous les jours facile. Mon corps et moi sommes plutôt copains depuis des années mais ce ventre qui pousse d’un coup, si vite… Je pensais que je trouverais ça beau, ce corps qui fait un nid à un petit… Mais finalement, il y a des moments où j’avais surtout l’impression de devenir grosse et difforme.

J’ai eu l’impression que je ne connaissais plus ce corps, je ne peux pas lui faire confiance, il ne me ressemble plus et puis il est défaillant, il supporte plus l’activité, il est douloureux…

Et enfin, la culpabilité, de ne pas être performante professionnellement ET maternellement car je me rendais bien compte que mon corps avait besoin de concentrer son énergie sur le petit être en construction et moi, je lui demandais beaucoup par ailleurs.

Ma sage-femme m’a d’ailleurs un peu inquiétée à 33 semaines de grossesse, si le bébé était plus ou moins à la bonne taille, mon ventre lui a paru un peu petit et surtout, je n’avais aucune réserve de graisse… Et elle m’a demandé si je comptais vraiment bosser jusqu’à 36 sa… (Et m’a reprogrammé une écho « juste pour vérifier »).

Je me suis beaucoup dit « pourquoi est-ce qu’on nous dit pas que c’est si difficile d’être enceinte ? » et aussi « est-ce que j’aurais le courage un jour de commencer une deuxième grossesse ? »

La magie de la grossesse ?

Mais non, le tableau n’est pas tout noir.

Depuis que l’envie d’enfant profonde et viscérale a fait son apparition, j’ai développé une sorte de curiosité à l’idée d’être enceinte. Si j’ai toujours voulu des enfants, le désir de les porter, de les fabriquer et quelque chose qui s’est développé plus tard, notamment avec l’envie d’avoir des enfants avec mon amoureux.

Bref, je m’imaginais bien caressant mon ventre avec un sourire béat en pensant à cette vie que je porte.

« Porter la vie est merveilleux et épanouissant » – le genre de phrases qui te font un poil grincer des dents quand tu as la tête dans la cuvette pour vomir ou que tu pleures de douleur sur ton canapé parce que tu te sens physiquement à bout…

Cependant, je dois dire que malgré mes difficultés à vivre cette grossesse, j’ai bien eu ce type de moments de grâce…

J’ai trouvé quelque chose de fascinant à l’idée de cette vie qui se développe, le grain de riz qui devient un peu à peu un bébé. Et tout ça en moi, grâce à moi. Façon : mon corps, il est trop fort, il arrive à faire se développer un autre être humain qui un jour sans doute me dépassera d’une tête et dira « ma petite maman ».

La magie aussi des premiers mouvements que l’on sent, de l’écho où on voit une crevette qui bouge et un coeur qui bat en se disant « wahoo, je porte ce cadeau-là », le ventre qui s’arrondit harmonieusement et le sourire des gens qui trouvent beau une femme enceinte (bon, c’est pas souvent le cas quand les transports sont bondés et qu’il faut te laisser une place mais parlons du positif !)…

Je l’ai caressé ce ventre, je l’ai regardé, j’ai pris des photos.

J’ai mis du temps à me sentir légitimement enceinte (j’ai très peu pris de ventre et ça a mis du temps à se voir, ça n’aide pas). Mais tout de même, je savais qu’il était là, ce bébé, je lui disais de bien s’accrocher, de rester au chaud, qu’on l’aimait déjà et que je voulais prendre soin de lui.

Crédit photo : MamzelleJoe 

Oui, ma vie professionnelle a été très prenante et compliquée à gérer avec la grossesse. Mais j’ai toujours trouvé des moments où être nombriliste pour me rappeler qu’il était en train de se passer la chose la plus naturelle du monde et en même temps la plus folle : un deuxième coeur battait en moi.

Au moment où j’écris cet article, je suis donc sur la toute fin et j’en ai un peu marre d’être enceinte. Je pensais que je pourrais faire plein de choses de mon congé maternité (cuisiner, mon album photo de mariage, refaire le site de mon école…) mais en fait, je passe la plupart de mes journées en mode baleine échouée dans mon canapé, à ne pas avoir assez d’énergie pour faire quoi que ce soit d’autre que de vaguement trainer sur Facebook avec mon smartphone…
Je suis frustrée et j’ai aussi très envie de rencontrer mon bébé !

Mais j’essaie aussi de me dire qu’il faut que je profite, que j’ai actuellement cet enfant rien qu’à moi, il me ruine les organes en jouant au foot avec mais on a une relation spéciale, unique que l’on ne revivra jamais (avoir des enfants, c’est les aimer inconditionnellement mais aussi leur apprendre à peu à peu vivre sans nous).
Alors aujourd’hui, je râle et ironise à longueur de journée sur « l’épanouissement de la grossesse » mais quelque chose me dit qu’il se peut que j’en sois nostalgique après… (faut dire qu’en plus j’ai jamais eu  les cheveux aussi beaux que ça, c’est un point important aussi !) 

Et toi, comment as-tu vécu ta grossesse ? Raconte !

A propos de l’auteur

Maman d'une petite fille merveilleuse née en novembre 2017 et d'un petit garçon fantastique né en juillet 2019, j'habite aux Pays-Bas avec mon amoureux, j'ai été prof de FLE et directrice d'une école de langue que j'avais co-créée... Aujourd'hui, j'explore de nouveaux horizons et si tu veux continuer à me lire, ça se passe sur www.claire-schepers.com