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A la une / Témoignage

Comment Crapouillou a vécu l’arrivée de son petit frère

Pendant la grossesse

Comme je te l’ai raconté, nous avons dû évoquer très rapidement avec Crapouillou le fait que maman avait un bébé dans son ventre. Sans doute un peu trop tôt. Au début, bien sûr, il ne montrait pas beaucoup d’intérêt pour cette nouvelle information, mais à 14 mois le contraire m’aurait étonné. Ceci dit il a quand même vite compris que maman était fatiguée et qu’il fallait lui laisser du temps pour se reposer, qu’il n’était plus possible de grimper sur maman comme avant, et surtout qu’il était désormais strictement interdit de donner des coups de pieds pendant que maman changeait la couche. Rapidement il s’est mis à soulever mon tee-shirt pour faire un bisou au bébé. Avait-il fait le lien entre un « vrai » bébé (il savait ce qu’était un bébé pour en avoir côtoyé chez la nounou ou chez des amis) et le bébé qui était dans le ventre de maman ? Impossible de savoir. A 5 mois de grossesse je lui ai acheté le livre « Tchoupi, maman attend un bébé » et à chaque lecture il montrait mon ventre et soulevait mes vêtements pour faire un bisou au bébé. Mais bizarrement à chaque fois il zapait contentieusement la dernière page où Tchoupi va à l’hôpital découvrir sa nouvelle petite sœur.

Vers 7 mois de grossesse il a commencé à me parler de « bébé sortir ». Le temps a dû lui paraître bien long ! Pendant la préparation à l’accouchement, la sage-femme avait prévu une séance avec les aînés, pendant laquelle elle proposait aux aînés de faire un dessin et elle leur lisait une histoire racontant la conception d’un bébé, son évolution dans le ventre de la maman, et la naissance. Crapouillou paraissait très occupé à faire des traits sur sa feuille, mais il écoutait mine de rien car à la fin de l’histoire il a dit « bébé, sortir ». La sage-femme lui a aussi proposé d’écouter son cœur avec le doppler, puis le cœur du bébé.  Il m’a ensuite régulièrement reparlé du cœur qui fait boum boum.

Quand j’ai commencé à préparer les affaires pour le bébé (sortir les cartons de vêtements pour les nettoyer, trier l’armoire pour ranger les petites turbulettes, installer le lit de cododo et le transat, etc.) il participait avec entrain, en parlant du bébé.

J’ai quand même été assez impressionnée par ce qu’il avait l’air de comprendre, vu son jeune âge (20 mois à la naissance).

Il m’a même complètement scotchée quand à 8 mois de grossesse il a ressorti une peluche hérisson qu’il n’avait jamais calculée jusque-là, ainsi qu’un petit biberon qui trainait dans sa caisse de jeu, pour jouer à donner le biberon au hérisson, le coucher dans le lit de cododo, revenir quand le hérisson pleure, repartir préparer le biberon, etc.

Crédit photo : photo personnelle. Le hérisson avec le doudou de Crapouillou !

A la naissance

Ainsi, lorsque nous l’avons réveillé en pleine nuit pour lui annoncer qu’on partait à l’hôpital pour que le bébé sorte du ventre de maman il a eu l’air de bien comprendre ce qu’il se passait.

Lorsqu’il est venu le lendemain à la maternité, il a foncé vers moi pour me donner un dessin qu’il avait fait avec sa GrandMamou, il m’a à peine fait un bisou, puis est allé directement vers le lit pour voir le bébé. Il avait l’air content de voir ce petit bébé, il le regardait en souriant et voulait lui faire des bisous. Malheureusement nous avons été obligé de calmer ses ardeurs car il avait une angine blanche. Puis au bout de 5 minutes il s’est lassé et a voulu aller jouer dans le couloir.

Le retour à la maison

Le retour à la maison a été un peu plus compliqué. Je suis rentrée un vendredi, ce qui permettait de commencer par un week-end, donc avec Monsieur Solex à la maison. Les deux premiers jours, Crapouillou m’a totalement ignoré. S’il avait besoin de quelque chose il allait chercher son père, même si j’étais juste à côté de lui. Il n’a pas du tout aimé me voir allaiter son petit frère. Dès que je mettais P’tit Matelot au sein il se mettait à grogner et il me tirait par la manche en disant « non, jouer ».

Heureusement, il n’a pas été perturbé dans son sommeil. Par contre il réclamait que je le porte, tout le temps. Même pour passer de la voiture à la maison (10 mètres à tout casser), voire même pour aller d’une pièce à une autre. Bah oui, maman porte le bébé, pourquoi pas moi ?! Sauf que je ne pouvais pas trop à cause de mon périnée en miette. Je lui ai expliqué que maman était cassée, qu’il fallait qu’elle attende d’aller voir le docteur pour se réparer. Mais rien à faire, même s’il a bien compris cette histoire de maman cassée, il voulait quand même être porté. Au bout d’une semaine de crises j’ai craqué, tant pis pour mon périnée.

Lorsqu’il allait chez la nounou il pleurait. Je pense qu’il ne comprenait pas pourquoi il devait partir alors que le bébé restait avec maman. Et même si les journées se passaient globalement bien lorsque je les avais tous les deux à la maison, au bout d’un mois je me suis effondrée car une chose m’a sauté aux yeux : Crapouillou était « déprimé ». Le mot est peut-être un peu fort. Il n’empêche que je le trouvais triste. Il ne riait presque plus (enfin, pas autant qu’avant), ne jouait plus (il me réclamait tout le temps de jouer avec lui, mais en fait il me regardait jouer et ne jouait pas lui-même), pleurait souvent, dormait beaucoup, mangeait peu. Et ça m’a rendu très très triste de me rendre compte de cela. Sans compter qu’avec le froid et la pluie on ne sortait pas tous les jours, alors que c’est un enfant qui adore être dehors et qui a besoin de sortir.

Ajouté à cela les maladies d’hiver qui ont continué de l’embêter, et ses prémolaires qui ont décidé de sortir en grandes pompes.

Heureusement les vacances de février sont arrivées, et il est allé passer trois jours chez ses grands-parents paternels. Nous avons enchaîné directement par quelques jours de vacances en famille du côté de St Malo, puisque Monsieur Solex était enfin en congé paternité. Puis quelques jours chez mes parents au bord de la mer. Au total il a passé presque deux semaines dans un environnement différent, avec toujours du monde pour s’occuper de lui et des activités variées à faire. Il a repris du poil de la bête et est redevenu le petit garçon rieur, farceur et plein de vie qu’il a toujours été.

Photo (creative commons) : Sathyatripodi

Et depuis ?

Crapouillou continue d’évoluer tous les jours. Il a parfois des réactions que j’hésite à attribuer entre des crises de « terrible two » ou de la jalousie envers son frère.

Il reste mignon, câlin et protecteur avec son frère. Lorsque P’tit Matelot pleure il vient me voir en disant «Maman, P’tit Matelot pleure ! », sous-entendu « Maman, fais quelque chose » ! Il me demande souvent si P’tit Matelot a faim, ou s’il a mal, ou s’il va dormir. Il veut toujours monter sur une chaise pour voir son frère pendant que je lui change la couche. Il va le voir lorsqu’il est sur son tapis d’éveil et lui raconte des histoires, lui montre des jouets, lui fait des bisous et des câlins.

Crédit photo : photo personnelle. Mes deux loulous heureux de se dire bonjour le matin !

En revanche il a parfois des comportements agressifs envers son petit frère. Il lui pince les joues, lui met les doigts dans les yeux, lui appuie sur le ventre, le tape. Je pense que ce n’est pas dirigé contre son frère, mais contre moi. C’est une manière de me faire réagir car il sait que je ne veux pas qu’il fasse ça. C’est à la fois dans le contexte de l’opposition et à la fois pour que je m’occupe de lui. Parfois je le vois s’approcher de son frère et je me retiens de réagir et de lui dire « Attention à P’tit Matelot » car si je ne dis rien il reste gentil, tandis que si je dis quelque chose il fera forcément quelque chose d’interdit.

J’ai essayé aussi de lui apprendre à dire qu’il est jaloux. Poser des mots sur ce qu’il ressent. Car oui, bien sûr, il est jaloux parfois. C’est bien normal. Mais je ne veux pas que cette jalousie s’exprime par de la violence.

Conclusion

Je dirais que l’arrivée du petit frère s’est globalement bien passée. Crapouillou a développé son naturel empathique et a appris à partager sa maman. Le premier mois a été difficile, mais sans doute aussi dû à d’autres facteurs comme la saison et le fait que Monsieur Solex n’ai pas pu prendre son congé paternité tout de suite. Bientôt il ne se souviendra même plus qu’il a été seul avant, et avec le temps P’tit Matelot va grandir, commencer à se déplacer, et ils pourront développer une complicité fraternelle.

A propos de l’auteur

Nous nous sommes mariés en mai 2014 et la famille s'est agrandie pile 1 an après avec l'arrivée de notre premier fils. Crapouillou est devenu grand frère 20 mois plus tard. Madame vélo parce que je me déplace beaucoup à vélo, normal je travaille dans le développement durable (bonjour le cliché !).