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A la une / Récit d'accouchement

Comment j’ai fait le deuil de mon accouchement idéal

Quand on est enceinte, on rêve toutes du moment où on verra notre bébé pour la première fois, on image l’émotion que l’on partagera avec le futur papa. Et en même temps, on redoute un peu ce moment.

Moi, je n’avais pas spécialement peur de la douleur. Je savais que ce ne serait pas forcément agréable, mais je me disais que des millions de femmes étaient passées par là, avaient survécu et même choisi de recommencer l’expérience plusieurs fois. Donc je me disais que j’arriverai bien à supporter tout ça – au moins jusqu’à ce qu’on me fasse la péridurale.

Par contre, j’avais peur de subir une césarienne, pour deux raisons : je ne voulais surtout pas avoir peur pour la vie de mon enfant, même quelques minutes, car je suis déjà du genre à m’inquiéter facilement quand tout va bien ; et je voulais absolument la présence de mon mari à mes côtés pour vivre cette rencontre magique à trois.

Malheureusement, ce que je redoutais le plus s’est produit. Enfin, presque, car aujourd’hui, mon fils se porte très bien et c’est bien le plus important. Mais quand même, mon accouchement ne s’est pas du tout déroulé comme je l’espérais.

Au début, tout se passe bien. J’ai des contractions (douloureuses, certes, mais supportables), nous nous sommes rendus à la maternité ni trop tôt ni trop tard. On me pose la péridurale, et à partir de là, le travail s’arrête. On m’injecte un produit pour intensifier les contractions, et c’est là que les problèmes commencent.

nourrisson emmailloté

Crédits photo (creative commons) : Josey Farah

Le monitoring n’arrête pas de sonner car le cœur de mon bébé ralentit. Petit à petit, l’angoisse monte, jusqu’à ce que les sages-femmes se regroupent autour de moi et échangent des regards inquiets. Même si elles font tout pour le cacher, je sens qu’elles sont préoccupées. Mes soupçons se confirment quand on me dit que le médecin de garde va venir. Tout va très vite, je suis emmenée en salle d’opération, et mon mari reste seul dans la salle d’accouchement.

Avant de faire la césarienne, on espère encore que le cœur de mon bébé va reprendre son rythme normal, on y croit même à un moment, mais ça recommence. Il faut faire une césarienne. On m’explique que si mon fils ne se met pas à pleurer aussitôt, il sera emmené directement auprès du pédiatre, et que je ne pourrai pas le voir.

Je suis terrifiée et je pense à mon mari, resté sans nouvelles et qui ne doit pas en mener large. Le temps me semble une éternité. Mais enfin, je sens qu’on sort mon bébé, et aussitôt j’entends le plus merveilleux son au monde : un cri strident. On me le présente, et comme je suis allongée, j’aperçois à peine le coin de sa bouche ouverte, car il pleure encore. Un petit bisou et hop, il est emmené.

Après ça, je suis recousue et emmenée en salle de réveil. L’anesthésie disparaît petit à petit, et je suis prise de tremblements violents, j’ai l’impression d’être possédée ! Je somnole et j’attends pendant ce qui me semble des heures.

Enfin, mon mari me rejoint en salle de réveil. Il a pu voir notre fils et me raconte qu’il a entendu son premier cri. Il était dans le couloir, mort d’angoisse, quand il a entendu un bébé pleurer. Il a cru que c’était celui d’un autre couple et a pensé « quelle chance ils ont, leur bébé est né et tout va bien », sans se douter que c’était le nôtre. Il me montre une photo. Je suis jalouse car j’ai a peine pu le voir, moi. Ma mère et ma sœur, tout excitées, sont venues à l’hopital aussitôt et ont pu le voir elles aussi. Je suis heureuse qu’elles soient là, mais je suis jalouse. J’attends toujours de le voir, pour de vrai, de le prendre dans mes bras.

Je dois attendre quatre longues heures qu’on m’amène mon bébé. Quatre heures interminables qui me semblent bien plus longues que lorsque je déambulais en pleine nuit, chez moi, tout en comptant les minutes entre chaque contraction. Enfin, je tourne la tête et je vois une porte s’ouvrir au fond du couloir à ma gauche, et je sais qu’il arrive. Il est enfin là, dans son petit berceau roulant, si petit, si mignon.

Sur le coup, j’étais pleinement heureuse de l’avoir, qu’il aille bien, que tout se soit bien passé. Et puis, le baby blues aidant certainement, je me suis mise à regretter cet accouchement stressant, et surtout de ne pas avoir pu partager cet instant d’émerveillement avec mon amoureux. Je m’en suis voulu d’avoir fait subir ça à mon fils, qu’il ait dû patienter quatre heures tout seul sur une table chauffante et pas dans mes bras. Je m’en suis voulu que mon mari ait manqué l’instant de sa naissance, qu’il ait souffert et angoissé comme jamais, tout seul, sans aucune nouvelle.

Et petit à petit, après en avoir beaucoup parlé, j’ai réalisé que d’autres moments d’émotion avaient remplacé celui que j’avais imaginé : ce petit coin de bouche ouvert, ce cri strident qui voulait dire qu’il allait bien, la tendresse mon mari quand il m’a retrouvé. Le bonheur de le voir arriver. J’ai réalisé aussi que mon fils était en pleine santé, qu’il était heureux malgré tout. Et que j’avais beaucoup de chance qu’il en soit ainsi. Je ne dis pas que je n’ai pas un petit pincement au cœur quand j’y repense, ou que je n’espère pas que les choses se déroulent mieux pour une prochaine grossesse. Mais j’ai réussi à accepter que la réalité ne correspond pas toujours à nos attentes. J’essaye aussi de moins me mettre la pression pour que tout soit parfait. Mais ça, j’ai encore du mal…

Et toi, tu avais peur à l’idée d’avoir une césarienne ? Est-ce que tu as bien vécu ton accouchement ? Tu as des regrets sur la façon dont il s’est déroulé ? Viens en parler…

Toi aussi, tu veux témoigner et raconter ton accouchement ? C’est par ici !

A propos de l’auteur

Mariée à un Chinois, je suis aussi la jeune maman d'un petit garçon. Pas toujours facile de concilier nos deux cultures au quotidien ! Passionnée par les contes et la littérature pour enfants en général, j'aime bien partager mes idées de lectures.