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A la une / Témoignage

La förskola suédoise : la théorie

Förskola, kesako ? Littéralement, l’avant-école, soit la preschool, un mélange entre maternelle et crèche. C’est le lieu où tous les petits enfants de Suède passent leurs journées, entre 1 et 6 ans. Aussi appelés dagis (de dag, journée), c’est le premier lieu de socialisation de l’enfant.

Pépette l’a intégré à ses 1 ans, mais avant de te raconter ses aventures à la crèche, je voulais t’expliquer comment ça fonctionne ici.

Crédit photo (creative commons): Martin Svalander/imagebank.sweden.se

Droits

Tout d’abord, chaque enfant né en Suède a droit à une place dans une crèche à partir de 1 ans. Il n’est pas obligatoire d’y aller. Dans une grande ville comme Malmö il est conseillé de faire ses choix de crèche au minimum 4 mois avant la date d’entrée souhaitée. Un simple coup de téléphone permet de visiter les lieux choisis avant de faire la demande officielle, ou bien il suffit d’y aller le jour des portes ouvertes.

Il est à noter que dès que les parents demandent une place en crèche, la ville doit obligatoirement la fournir à la famille… Mais pas forcément selon ses choix, si aucune des crèches demandées n’a de place disponible. J’ai ainsi une amie qui a obtenue une place à la date demandée… Mais à 40 minutes en bus de chez elle. Dans ces cas-là, il est possible de refuser et d’attendre qu’une autre place se libère, quitte à retarder l’entrée en crèche.

Les horaires de travail de chaque parent et les revenus du foyer permettent de calculer combien de temps l’enfant reste à la crèche et le coût sur un mois. Dans notre cas, mon mari travaille les classiques 40h par semaine et je suis au chômage : Pépette a donc droit à 30 heures de crèche par semaine, soit tous les jours de 9h à 15h. On paye environ 150 euros. En Suède, un dagis a l’obligation d’être ouvert sur une amplitude de 12 heures, voire plus. Notre crèche par exemple est ouverte entre 7h30 et 17h30, mais cela dépend beaucoup des lieux. Il y a même 3 crèches dans la ville qui accommodent les parents avec des horaires de travail irréguliers (travail de nuit par exemple).

Le lieu

Le dagis ressemble à une maison. Un hall d’entrée pour déposer chaussures et manteaux (car la règle est pareille que dans toutes les maisons suédoises, on ne rentre jamais avec ses chaussures), puis plusieurs pièces pour les différentes activités : construction, dessin, jeux, lectures, salle à manger… Les enfants peuvent choisir leurs activités au gré de leurs envies, de leur développement. Voilà quelques photos de la förskola de Pépette:

Crédit photo: photos personnelles

Selon la taille de l’établissement, il y a deux, voire trois classes différentes: une pour les plus petits, entre 1 et 3 ans, et une pour les plus grands entre 4 et 6 ans. Chaque classe a son propre espace, mais les enfants se retrouvent tous dans la grande cour, généralement celle de l’immeuble.

Ainsi, le dagis de Pépette a deux sections pour les petits, chacune composée de 10 bambins, et une pour les plus grands, d’environ 15 enfants. En tout, une grosse trentaine d’enfants se défoulent dans le bac à sable, sur les toboggans ou les balançoires de la cour, qui n’est accessible que par la crèche.

Un jour classique

À 9h, tous les enfants sont arrivés. C’est le moment de tous se rassembler. Tout le monde s’assied alors en rond sur le tapis de la salle de gymnastique pour la distribution de fruits. Un des petits élèves est désigné pour porter le plateau, ce qu’il fait fièrement. C’est généralement un temps pour les chansons ou la lecture.

Vers 10h, tout le monde dehors, quel que soit le temps ! Les éducatrices habillent les enfants de manière adaptée (d’ailleurs, les suédois disent qu’il n’y a pas de mauvais temps, seulement de mauvais habits) et c’est la course pour aller dévaler le toboggan, faire de beaux pâtés de sable, se rouler dans la boue, faire de la balançoire. Parfois, ils enfilent des chasubles fluo au nom de l’école pour partir vivre des aventures dans les bois et découvrir la nature.

Crédit photo (creative commons): Maskot/Folio/imagebank.sweden.se

Après s’être bien dépensé, il est maintenant 11h, l’heure de manger. Chacun prend sa place autour des tables et une éducatrice sert les plats. Les plus petits essaient d’utiliser des couverts ou mangent avec leurs mains. Puis, l’estomac plein, il est l’heure de la sieste. Selon les crèches, deux possibilités: soit tous les enfants dorment dans leur poussette … dehors ! Jusqu’à -10°C (de température ressentie), le repos se fait en plein air afin de limiter le risque infectieux. Commence alors le bal des poussettes puis lorsque les yeux se ferment enfin, elles sont rangées à l’abri de la pluie, sous surveillance du personnel.

Ce n’est pas le cas dans notre crèche: Pépette rejoint la salle de gymnastique, transformée en dortoir pour l’occasion. Chaque enfant a son matelas dédié, avec couverture et coussin… Souvent, une petite musique douce joue jusqu’à ce que le marchand de sable soit passé. La durée de la sieste est fonction des besoins de l’enfant et de la demande des parents. Au fur et à mesure, chaque enfant se réveille et réintègre la salle de jeux pour un moment libre de jeu et d’éveil.

À 14h, c’est l’heure du goûter. Puis, peu à peu, en fonction de leurs horaires de travail, les parents viennent chercher leur progéniture, un compte-rendu détaillé de la journée leur est fait. Ils peuvent même aller voir sur une application dédiée les dernières activités décrites quasiment chaque jour.

Une éducation

Pour ce qui est des exigences de l’enseignement, tout est regroupé dans le läroplan för förskolan dont la dernière mouture date de juillet 2019. Les grandes lignes y sont tracées et on retrouve des valeurs communes qui me semblent être du bon sens comme, pour ne citer qu’elles : la découverte, les compétences sociales, la tolérance, l’apprentissage par le jeu, la confiance en soi, la sécurité intérieure, le respect, ou la curiosité. À cela s’ajoute des particularités très suédoises comme la joie, l’adaptation aux différences  (un handicap ou différente langue maternelle) et une grosse emphase sur la nature. Chaque dagis choisissent de quelle manière ils appliquent ces grandes règles.

Crédit photo (creative commons): Kristiina Kontoniemi/Folio

Pour te donner un exemple, dans notre ville a été mise en place une initiative regroupant les grands principes que tous les adultes en contact avec des enfants doivent mettre en place. Une réunion de parent en soirée a permis ainsi de montrer aux éducateurs mais aussi à la famille les grands principes qui doivent régir la vie quotidienne. Je t’en donne les grandes lignes mais (si j’ai le temps) j’écrirais sûrement un article dédié à l’éducation à la suédoise. Au jour le jour, l’enfant doit donc sentir qu’il participe à la vie quotidienne, que ses capacités et aptitudes sont renforcées, et l’approbation de ses bonnes conduites. Tout cela pour créer un sentiment d’appartenance et une volonté d’adhérer à un cadre et des normes.

C’est ce qu’a donc mis en place la ville de Malmö, mais cela diffère selon les lieux et les éducateurs.

Les enfants sont encadrés par des pédagogues (3,5 ans de formation post-bac) ou des assistantes (1 an de formation). Dans la classe de Pépette, il y a deux pédagogues (dont une avec le même prénom que moi!) pour 10 enfants, souvent assistées par une autre dame pour les repas ou l’installation en dortoir.

L’adaptation

Je vais parler rapidement de l’adaptation, mais je m’étendrais plus dessus quand je te raconterais celle de Pépette. Il est conseillé à l’un des parents de prendre deux semaines de congés parentaux pour l’adaptation à la crèche (chose facile grâce à la générosité des congés suédois). En moyenne, elle dure une semaine, mais les deux semaines sont pour s’assurer que s’il y a besoin, au moins un des parents soient disponible.

L’objectif est avant tout que l’enfant se sente bien dans ce nouveau lieu. Notre pédagogue nous a dit et re-dit que ce n’était pas un temps pour apprendre à l’enfant à être laissé au dagis, mais bien un temps pour qu’il apprenne à être dans ce nouveau lieu, présence des parents ou pas.

Voilà pour les grandes lignes des förskolor en Suède, mais promis, je reviens bientôt pour te raconter notre expérience personnelle !

Que penses-tu de ce système ? Diffère-t-il énormement des crèches françaises?

A propos de l’auteur

32 ans et toutes mes dents, maman depuis août 2018 d'une fabuleuse Pépette, et expatriée en Suède depuis 5 ans, je suis une vraie geek, désorganisée (un peu), créative (beaucoup), mais surtout passionnée (de films, de livres, de jeux vidéos...) C'est maintenant avant tout ma petite famille qui déchaîne ma passion!