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Quand la dépression post-partum frappe à la porte


Publié le 20 novembre 2019 par Mère Renarde

Après ma grossesse en demie teinte, mon accouchement manqué, nos débuts difficiles, je pensais que j’allais enfin être tranquille et pouvoir profiter de ma famille toute neuve. Oui mais non, au tournant m’attendait une ennemie que je n’avais même pas vu venir : la dépression post-partum.

DPP

3 lettres pour une maladie qui est souvent confondu à tort avec le baby-blues. Là où ce dernier arrive en général quelques jours après l’accouchement à cause de la chute des hormones, la DPP est plus sournoise. Elle, elle attend que tu sois le moins possible sur tes gardes pour te frapper de pleins fouets.

Épuisée par une enfant qui ne dort ni le jour, ni la nuit, qui a mal à cause de son œsophagite, par des mois à rester positive pour nous, j’ai fini par craquer. Un matin, après le énième vomi concluant une slave de 20 minutes de pleurs, j’ai regardé ma fille, et j’ai pleuré à mon tour. Je lui ai tout déballé, et je n’ai eu qu’une envie après : disparaître.

Tu pourras me dire que ça nous arrive à toute, un moment de ras-le-bol général. On craque, on pleure, ça va mieux, et on repart.

Malheureusement dans la DPP, on se noie jour après jour.
Par chance pour moi, j’ai un gynéco hyper vigilant. A mon rendez-vous post-natal, lorsque j’éclate en sanglot dans son bureau quand il me demande comment je vais, il m’ordonne d’aller consulter car je présente tous les signes de la dépression post-partum. Une seule séance aura suffit à confirmé ses craintes. Je souffrais bien d’une DPP sévère. J’étais un danger pour moi, mais aussi pour mon bébé.

Crédit (creative commons) : Juan Pablo Arenas – Pexels

Le combat contre la maladie

Quand le diagnostic est posé, c’est un véritable choc. Je me demande comment j’ai pu sombrer autant et surtout, sans m’en rendre compte. Certainement qu’avoir des prédispositions à la dépression ne m’a pas aidé. Et pourtant, j’avais tous les signes devant moi. Tous les soirs j’attendais le retour de mon mari comme un Messie pour pouvoir me décharger. chaque pleur de ma fille réveillait une angoisse et prenait des proportions incroyables.

Tous les soirs, sans exception avant de me coucher, je disais à mon mari que ce que je souhaitais le plus était de disparaître, enterrée dans un trou. Si en journée je trouvais je ne sais comment la force de m’occuper de petit koala, la nuit venue, il m’était tout simplement impossible de le faire. J’étais paralysée et je souhaitais disparaître. Plus d’une fois j’ai regretté amèrement d’avoir voulu un enfant, plus d’une fois j’ai pensé à faire du mal à ma fille puis à me suicider par la suite.

Voilà où on en était. Mais pourtant, extérieurement il était impossible de lire ma détresse. Je me comportais en tout point en mère exemplaire. Jamais je ne me plaignais, jamais je ne demandais de l’aide. Je serrais les dents, en attendant que ça passe. Nous n’avions de toutes façons personne pour nous aider, loin de nos familles, et premiers de nos amis proches à avoir un bébé.

J’en ai voulu à ma fille d’avoir gâché ma vie en arrivant si vite, je m’en suis voulu ensuite d’oser penser ça. J’aimais profondément mon enfant, et la seconde d’après je la détestais. Et plus les jours passaient, moins j’avais l’impression que je m’en sortirais un jour, convaincue que je n’étais pas faite pour la maternité.

Finalement, à force de séance de thérapie, on a commencé à progresser. On s’est vite rendu compte que le tête-à-tête avec bébé ne me réussissait pas. Ma reprise du travail à la fin de mon congés maternité a été salvatrice. Je ne le cache pas, je suis retournée travailler avec un énorme sourire, sans aucun remord de laisser mon bébé à quelqu’un d’autre. Me sentir à nouveau utile pour d’autres personnes que ma fille, c’était merveilleux. Avoir des discussions d’adulte, c’était merveilleux.

Les rechutes et l’issue

Oui mais voilà. A chaque fois que je devais me retrouver pour une période prolongée avec ma fille, je sombrais à nouveau. J’avais fait en sorte d’avoir des vacances régulièrement jusqu’aux 6 mois de petit koala. Ces vacances n’ont jamais été bénéfiques. Elles ont à chaque fois coïncidé soit avec une maladie, soit avec une poussée dentaire. J’avais donc un bébé inconsolable et collé à moi pendant toute la semaine. A chaque fois, j’ai craqué et rechuté. Et en plus de cela, de nouvelles craintes apparaissaient. Ainsi, quand petit koala a commencé à réellement dormir, impossible pour moi de faire de même. Je me levais jusqu’à 10 fois par nuit pour m’assurer qu’elle respirait encore, persuadée qu’elle allait mourir dans son sommeil. Quand elle a commencé à vraiment bien manger des morceaux, j’ai été incapable de continuer à la laisse faire seule, persuadée qu’elle allait faire une fausse route. Et quand elle a commencé à se lever, j’ai été persuadée qu’elle se briserait les deux jambes.

Finalement, je me suis résolue à un moment à prendre des antidépresseurs. J’avais besoin d’un petit coup de pouce pour m’aider à aller mieux. La dépression est une maladie, et comme toute maladie, l’organisme a parfois besoin d’un coup de pouce pour l’aider à guérir. Doucement mais sûrement, j’ai réussi à reprendre confiance en moi, à surmonter chacune de mes craintes, à faire confiance à ma fille, et surtout, à me faire confiance. J’ai pris de l’assurance, j’ai assumé mes choix. J’ai arrêté de me comparer à toutes mes connaissances qui avaient eu des bébés en même temps que moi et que je trouvais si fabuleuses. J’ai accepté notre histoire et le fait que nous n’avons pas eu un lien chimique instantané. J’ai accepté de faire le deuil de cette maternité tant rêvé, cette première rencontre avec mon bébé idéalisé qui n’a jamais existé. J’ai accepté et avoué que je n’ai pas aimé ma fille dès le début, que j’ai appris à l’aimer au fil du temps, et que ce n’était pas grave.

Oui, ce n’est pas grave. Que tu mettes une secondes, 1 mois, 1 an à aimer ton bébé, ce n’est pas grave, parce qu’une fois que cet amour est là, il ne te quittera plus jamais. Etre mère n’est pas inné, ça s’apprend. Ce n’est pas parce que 6 mois plus tard tu ne reconnais toujours pas les pleurs de ton bébé, que tu es une mauvaise mère. Ce n’est pas parce que tu reprends ton boulot au bout de 2 mois et demi que tu es une mauvaise mère.
Dès l’instant où tu t’inquiètes d’être une mauvaise mère, tu en es déjà une merveilleuse. Mais tu es un être humain qui a le droit de trouver cela dur, qui peut également tomber malade et avoir besoin de soin pour réussir à surmonter tout cela.

Quand on est dans l’œil du cyclone, on pense qu’on ne s’en sortira jamais, on trouve le temps tellement long et on s’en veut infiniment pour cela. Mais crois moi, ça va passer. Au bout d’un an de thérapie, je m’en suis sortie, je n’y croyais pas, et pourtant c’est vrai. Maintenant je ne crains plus, même si j’ai toujours peur de rechuter. Mais je trouve en moi la force de tenir le coup. Et aujourd’hui, moi aussi je regarde petit koala en me disant « comment est-il possible d’aimer quelqu’un autant que ça ? »

Si tu souffres de dépression post-partum, ou connait quelqu’un qui en souffre, n’oublies pas de répéter: « ça va passer ». Ce ne sont que 3 mots, mais surement les plus importants pour réussir à s’en sortir.

Commentaires

19   Commentaires Laisser un commentaire ?

Lilou

Un grand merci pour cet article et surtout pour ta sincérité. C’est un sujet trop tabou, caché par tant de femmes. Merci

le 20/11/2019 à 07h52 | Répondre

Mère Renarde

De rien. C’est devenu un de mes nerfs de bataille, avec la prématurité parce que je me suis rendue compte effectivement que c’était beaucoup ressenti comme une honte par les femmes, ou pas pris au sérieux. Je pense que plus on en parlera, plus ça permettra de libérer et soulager certaines.

le 28/11/2019 à 08h49 | Répondre

Manon

Merci pour ce témoignage sans fard et très touchant.
J’ai moi-même ressenti un grand mal-être au tout début de ma vie de maman, mais pas jusqu’à la dépression. Je te trouve très courageuse.
Je te souhaite de garder cette force et aussi de continuer à t’épanouir en tant que maman et femme.

le 20/11/2019 à 08h47 | Répondre

Mère Renarde

Merci Beaucoup Manon.
Aujourd’hui je me sens vraiment bien dans mon rôle de maman, en pleine confiance. C’est comme si cette période n’avait jamais existé, alors que quand j’étais en plein dedans, j’ai bien cru ne jamais en sortir. C’est aussi pour ça que ça me tenait à coeur d’en parler, pour donner de l’espoir à toutes celles qui en ce moment sont en plein dedans.

le 28/11/2019 à 08h55 | Répondre

Maman Kangourou

Merci d’en parler si ouvertement. Même si, évidemment, je suis désolée que ça te soit arrivée, je suis aussi très contente de trouver ce genre d’article, parce que ça veut dire que ça y est, on commence à en parler, on commence à lever le voile sur un sujet complètement tabou. Rendre la DPP tabou et cachée, c’est la rendre d’autant plus dangereuse, car les mères se sentent seules, incomprises, monstrueuses, alors que c’est une maladie, et une maladie courante qui plus est. Ce qui m’a le plus sauvé pendant ma DPP c’est justement de prendre conscience que non, je n’étais pas la seule à avoir envie de me jeter par la fenêtre alors que la société entière me disait que je devais déborder de joie et de gratitude d’être maman. Discuter avec d’autres mamans, lire des témoignages, ça a été salvateur. Ça m’a amené aussi à exprimer ma détresse et à être accompagnée jusqu’à la sortie.
Maintenant je n’ai plus honte d’avoir vécue ça, et j’en parle librement, parce que je me dis que ça peut ouvrir la parole des gens. Moi aussi j’ai pleuré, hurlé, angoissé face aux pleurs de bébé, imaginé les pires horreurs, moi aussi j’ai été soulagé de reprendre le travail, de sortir de chez moi, le plus loin possible de ma fille, et moi aussi j’ai fini par prendre des médicaments pour faire disparaître ces angoisses. Mais ça ne fait pas de moi une mauvaise mère, ça fait de moi un être humain normal, avec ses propres limites, et c’est là toute la différence.
Aujourd’hui j’aime ma fille plus que tout, je ferais tout pour elle. Mais de temps en temps, quand elle est de mauvais poils et qu’elle ne cesse de pleurer, mes angoisses reviennent, et je panique. Mais ce n’est pas grave, mon corps est marqué par cette épreuve, comme une cicatrice sur mon cœur de maman, qui me permet de me dire, et de dire à toutes les autres maman touchées par la DPP : nous sommes des warriors, et nous avons vaincu !

le 20/11/2019 à 09h19 | Répondre

Mère Renarde

Oui comme tu dis, on ose pas assez en parler et c’est vraiment dommage.
J’ai constaté aussi que les femmes qui en parlent ne sont pas forcément prises au sérieux, comme si elles exagéraient, et comme tu le dis, beaucoup ne considèrent pas cela comme une maladie alors que ça en est bien une et on peut eu sortir. Si toutes les femmes qui ont eu une DPP en parlaient, ça aiderait vraiment beaucoup.

le 28/11/2019 à 09h01 | Répondre

Madeleine

Gros bisous. Et bravo, pour avoir le courage de témoigner, et pour le chemin parcouru. Et des pensées aussi pour ton mari.

le 20/11/2019 à 09h30 | Répondre

Mère Renarde

Merci c’est gentil! et c’est vrai que j’ai la chance d’avoir eu une fois de plus un mari hyper présent qui m’a énormément soutenu. Je mesure ma chance.

le 28/11/2019 à 09h08 | Répondre

Pauline

Merci pour cet article. Je ne sais pas si j’ai fais une DPP, mais je me reconnais dans certains de tes mots. C’est extrêmement dur de s’avouer que non, on a pas aimé son enfant dès la 1ère seconde, mais c’est rassurant de se rendre compte qu’on est pas seule dans ce cas. J’ai aussi suivi une thérapie pendant quelques mois, pour m’aider à surmonter une grossesse difficile, et des débuts de vie compliqués avec notre enfant. Mais l’ombre de la rechute est là pour un second, si second il y a …

le 20/11/2019 à 09h49 | Répondre

Mère Renarde

On nous vend tellement l’amour au premier regard entre la maman et son bébé, que forcément quand cette connexion n’arrive pas, on culpabilise et on se demande si on est normale. Je regrette que les articles qu’on trouve sur le net soient souvent si tranchés sur la question. Mais comme toujours je pense que le problème vient du fait que celles qui n’ont pas ressenti cette chimie n’osent pas en parler par honte ou par peur de passer pour des mauvaises mères. Et c’est aussi le cas pour les papas. Mon mari a eu énormément de mal les premiers mois, mais il avait honte de le dire parce qu’il se sentait juger.

le 28/11/2019 à 09h12 | Répondre

Tzvine

Merci pour ton article.
Il tombe a point nommé.
En plein congé mater de jumeaux, sensé reprendre le travail fin janvier, je me raccrochais a cette date me disant que ca allait bientot se finir, que a cette date je retrouverais enfin ma joie de vivre et de voir d’autre personnes que mon cercle familial… mais pas de places en creche, pas encore trouver d’AM… mon retour au boulot semble lointain.
J’aime mes enfants mais je ne peux pas m’empêcher de les détester d’être arrivés a 2…. d’avoir volé ma grossesse. De ne plus avoir une seconde a moi.
J’ai la chance d’avoir un mari qui sait prendre en charge la maison et les enfants, et me mettre dehors en m’interdisant de revenir avant l’heure du repas que je souffle un peu.
Merci de mettre des mots sur ce que je ressens aujourd’hui.

le 20/11/2019 à 13h43 | Répondre

Mère Renarde

pfiou… J’espère que vous trouverez une solution de garde car je ne peux que comprendre combien la reprise à venir est une bouée qui permet de ne pas couler totalement. En plus avec des jumeaux, le quotidien est encore tellement plus soutenue. Je t’envois pleins d’ondes et de courage!

le 28/11/2019 à 09h14 | Répondre

La Renarde (voir son site)

Merci d’avoir partagé cette difficile partie de ta vie avec nous. Je t’envoie pleins d’ondes positives (ou du moins j’essaye ;))

le 21/11/2019 à 08h55 | Répondre

Mère Renarde

Merci merci :). Je mets un peu un point d’honneur à aborder les joyeux cotés mais aussi les plus compliqués. Je pense que c’est important de nuancer ce trop beau portrait de la maternité qui est toujours fait.

le 28/11/2019 à 09h15 | Répondre

loutre

Merci pour ce témoignage très sincère. Il me rassure. Je ne suis pas seule à connaitre la DPP et ses envies suicidaires et de faire du mal à son bébé que l’on aime tant et qui nous fait culpabiliser d’avoir des pensées pareilles. Sous traitement également je commence à ressentir du mieux et c’est libérateur. Merci

le 21/11/2019 à 09h48 | Répondre

Mère Renarde

courage. Ca va te paraitre long et difficile, mais crois moi, on s’en sort et doucement ça ira de mieux en mieux. Je t’envois pleins d’ondes positives à toi aussi.

le 28/11/2019 à 09h17 | Répondre

Asle

Surtout ne jamais hésiter à prendre des anti-dépresseurs. Ce n’est pas un échec, ce n’est pas addictif, c’est juste le seul moyen de s’en sortir quand cela devient vraiment trop dur.
C’est un traitement temporaire et salvateur!

le 21/11/2019 à 10h58 | Répondre

Mère Renarde

Oui, c’est vrai. Je ne voulais pas du tout en prendre à cause de cette peur de l’addiction, mais les mots de mon gynéco m’ont une fois de plus atteint et je dois reconnaitre que sans ça, je ne suis pas sure que j’aurais réussi à rebondir (ou en tout cas pas aussi rapidement).

le 28/11/2019 à 09h18 | Répondre

Maman Ours

Toute dépression est horrible. Merci d’oser en parler, merci de contribuer à faire savoir que c’est une maladie, merci de rappeler qu’il est possible d’en guérir, même quand on n’y croit pas soi-même. Je te souhaite de tout coeur de ne plus jamais revivre des moments pareils.

le 30/11/2019 à 20h47 | Répondre

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