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A la une / Vie de maman

Quand la dépression post-partum frappe à la porte

Après ma grossesse en demie teinte, mon accouchement manqué, nos débuts difficiles, je pensais que j’allais enfin être tranquille et pouvoir profiter de ma famille toute neuve. Oui mais non, au tournant m’attendait une ennemie que je n’avais même pas vu venir : la dépression post-partum.

DPP

3 lettres pour une maladie qui est souvent confondu à tort avec le baby-blues. Là où ce dernier arrive en général quelques jours après l’accouchement à cause de la chute des hormones, la DPP est plus sournoise. Elle, elle attend que tu sois le moins possible sur tes gardes pour te frapper de pleins fouets.

Épuisée par une enfant qui ne dort ni le jour, ni la nuit, qui a mal à cause de son œsophagite, par des mois à rester positive pour nous, j’ai fini par craquer. Un matin, après le énième vomi concluant une slave de 20 minutes de pleurs, j’ai regardé ma fille, et j’ai pleuré à mon tour. Je lui ai tout déballé, et je n’ai eu qu’une envie après : disparaître.

Tu pourras me dire que ça nous arrive à toute, un moment de ras-le-bol général. On craque, on pleure, ça va mieux, et on repart.

Malheureusement dans la DPP, on se noie jour après jour.
Par chance pour moi, j’ai un gynéco hyper vigilant. A mon rendez-vous post-natal, lorsque j’éclate en sanglot dans son bureau quand il me demande comment je vais, il m’ordonne d’aller consulter car je présente tous les signes de la dépression post-partum. Une seule séance aura suffit à confirmé ses craintes. Je souffrais bien d’une DPP sévère. J’étais un danger pour moi, mais aussi pour mon bébé.

Crédit (creative commons) : Juan Pablo Arenas – Pexels

Le combat contre la maladie

Quand le diagnostic est posé, c’est un véritable choc. Je me demande comment j’ai pu sombrer autant et surtout, sans m’en rendre compte. Certainement qu’avoir des prédispositions à la dépression ne m’a pas aidé. Et pourtant, j’avais tous les signes devant moi. Tous les soirs j’attendais le retour de mon mari comme un Messie pour pouvoir me décharger. chaque pleur de ma fille réveillait une angoisse et prenait des proportions incroyables.

Tous les soirs, sans exception avant de me coucher, je disais à mon mari que ce que je souhaitais le plus était de disparaître, enterrée dans un trou. Si en journée je trouvais je ne sais comment la force de m’occuper de petit koala, la nuit venue, il m’était tout simplement impossible de le faire. J’étais paralysée et je souhaitais disparaître. Plus d’une fois j’ai regretté amèrement d’avoir voulu un enfant, plus d’une fois j’ai pensé à faire du mal à ma fille puis à me suicider par la suite.

Voilà où on en était. Mais pourtant, extérieurement il était impossible de lire ma détresse. Je me comportais en tout point en mère exemplaire. Jamais je ne me plaignais, jamais je ne demandais de l’aide. Je serrais les dents, en attendant que ça passe. Nous n’avions de toutes façons personne pour nous aider, loin de nos familles, et premiers de nos amis proches à avoir un bébé.

J’en ai voulu à ma fille d’avoir gâché ma vie en arrivant si vite, je m’en suis voulu ensuite d’oser penser ça. J’aimais profondément mon enfant, et la seconde d’après je la détestais. Et plus les jours passaient, moins j’avais l’impression que je m’en sortirais un jour, convaincue que je n’étais pas faite pour la maternité.

Finalement, à force de séance de thérapie, on a commencé à progresser. On s’est vite rendu compte que le tête-à-tête avec bébé ne me réussissait pas. Ma reprise du travail à la fin de mon congés maternité a été salvatrice. Je ne le cache pas, je suis retournée travailler avec un énorme sourire, sans aucun remord de laisser mon bébé à quelqu’un d’autre. Me sentir à nouveau utile pour d’autres personnes que ma fille, c’était merveilleux. Avoir des discussions d’adulte, c’était merveilleux.

Les rechutes et l’issue

Oui mais voilà. A chaque fois que je devais me retrouver pour une période prolongée avec ma fille, je sombrais à nouveau. J’avais fait en sorte d’avoir des vacances régulièrement jusqu’aux 6 mois de petit koala. Ces vacances n’ont jamais été bénéfiques. Elles ont à chaque fois coïncidé soit avec une maladie, soit avec une poussée dentaire. J’avais donc un bébé inconsolable et collé à moi pendant toute la semaine. A chaque fois, j’ai craqué et rechuté. Et en plus de cela, de nouvelles craintes apparaissaient. Ainsi, quand petit koala a commencé à réellement dormir, impossible pour moi de faire de même. Je me levais jusqu’à 10 fois par nuit pour m’assurer qu’elle respirait encore, persuadée qu’elle allait mourir dans son sommeil. Quand elle a commencé à vraiment bien manger des morceaux, j’ai été incapable de continuer à la laisse faire seule, persuadée qu’elle allait faire une fausse route. Et quand elle a commencé à se lever, j’ai été persuadée qu’elle se briserait les deux jambes.

Finalement, je me suis résolue à un moment à prendre des antidépresseurs. J’avais besoin d’un petit coup de pouce pour m’aider à aller mieux. La dépression est une maladie, et comme toute maladie, l’organisme a parfois besoin d’un coup de pouce pour l’aider à guérir. Doucement mais sûrement, j’ai réussi à reprendre confiance en moi, à surmonter chacune de mes craintes, à faire confiance à ma fille, et surtout, à me faire confiance. J’ai pris de l’assurance, j’ai assumé mes choix. J’ai arrêté de me comparer à toutes mes connaissances qui avaient eu des bébés en même temps que moi et que je trouvais si fabuleuses. J’ai accepté notre histoire et le fait que nous n’avons pas eu un lien chimique instantané. J’ai accepté de faire le deuil de cette maternité tant rêvé, cette première rencontre avec mon bébé idéalisé qui n’a jamais existé. J’ai accepté et avoué que je n’ai pas aimé ma fille dès le début, que j’ai appris à l’aimer au fil du temps, et que ce n’était pas grave.

Oui, ce n’est pas grave. Que tu mettes une secondes, 1 mois, 1 an à aimer ton bébé, ce n’est pas grave, parce qu’une fois que cet amour est là, il ne te quittera plus jamais. Etre mère n’est pas inné, ça s’apprend. Ce n’est pas parce que 6 mois plus tard tu ne reconnais toujours pas les pleurs de ton bébé, que tu es une mauvaise mère. Ce n’est pas parce que tu reprends ton boulot au bout de 2 mois et demi que tu es une mauvaise mère.
Dès l’instant où tu t’inquiètes d’être une mauvaise mère, tu en es déjà une merveilleuse. Mais tu es un être humain qui a le droit de trouver cela dur, qui peut également tomber malade et avoir besoin de soin pour réussir à surmonter tout cela.

Quand on est dans l’œil du cyclone, on pense qu’on ne s’en sortira jamais, on trouve le temps tellement long et on s’en veut infiniment pour cela. Mais crois moi, ça va passer. Au bout d’un an de thérapie, je m’en suis sortie, je n’y croyais pas, et pourtant c’est vrai. Maintenant je ne crains plus, même si j’ai toujours peur de rechuter. Mais je trouve en moi la force de tenir le coup. Et aujourd’hui, moi aussi je regarde petit koala en me disant « comment est-il possible d’aimer quelqu’un autant que ça ? »

Si tu souffres de dépression post-partum, ou connait quelqu’un qui en souffre, n’oublies pas de répéter: « ça va passer ». Ce ne sont que 3 mots, mais surement les plus importants pour réussir à s’en sortir.

A propos de l’auteur

Après avoir raconté mon mariage sur Mademoiselle Dentelle, je passe de l’autre coté pour te parler de mon approche de la maternité. Je suis devenue maman en 2018, et ce fut un grand chamboulement qu’il me tarde de te raconter. Si tu veux suivre nos aventures au quotidien, je t’invite à me retrouver sur instagram sous le pseudo el_m_b