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A la une / Témoignage

Se remettre en selle physiquement et moralement après ma fausse couche

Je ne t’ai parlé pour le moment que de l’aspect médical de ma fausse couche en omettant en grande partie l’aspect psychologique… et c’était voulu. C’est très dur de mettre des mots sur ce que j’ai pu ressentir et vivre les mois qui ont suivis.

Et tout comme un deuil « classique » (dont le deuil périnatal fait partie), je suis passée par plusieurs phases…

Le déni

L’hôpital ne m’a arrêtée qu’une semaine et encore, après négociation car j’avais 2 déplacements à l’étranger la semaine suivante. Ils ont totalement mis de côté l’aspect psychologique d’une fausse couche pour se concentrer sur les « éventuels effets secondaires » du cytotec.

Les premiers jours, je les ai donc passés seule, chez moi. Je vivais comme un zombie – complètement morte de l’intérieur. Je restais en pyjama toute la journée, je mangeais à peine et mes seuls déplacements étaient du lit au canapé et du canapé au lit. J’avais fait une fausse couche relativement tôt (7 semaines – découvert à 9 semaines) mais je m’étais déjà projetée complètement :

  • Je pourrais l’annoncer à la famille complète à Noël
  • Je pourrais le sentir bouger dès le début de l’année
  • Je pourrais faire la révélation du sexe pour l’anniversaire de ma maman
  • J’aurais un bidou de 7 mois pour le mariage de la cousine Berthe (et donc une jolie robe habillée de maternité !)
  • Mon congé maternité sera pile pendant les vacances d’été : on ira se promener au bord de mer

Je n’arrivais pas à croire que tout ça n’arriverait pas. Je ne comprenais même pas pourquoi ça m’arrivait. Je passais des journées entières à lire des articles pour tenter de comprendre, de trouver une explication. Officiellement, ce n’était que « la faute à pas de chance ». Mais je n’acceptais pas. Dans mon esprit, j’étais jeune, je ne fumais pas, je ne buvais pas, pas d’anomalie de l’utérus, pas de maladie particulière type diabète ou hypertension. Ça n’aurait pas du tomber sur moi. Ça n’arrive « que chez les autres ».

La colère

Je n’acceptais pas ce qui s’était pourtant déjà produit. Je restais bloquée dans le passé pendant que tout le monde avançait, pendant  que le monde continuait de tourner alors que le mien venait de s’effondrer.

J’ai en plus eu la malchance de tomber enceinte en même temps qu’une quinzaine de proches ou tribulettes : toutes devaient accoucher dans la même période. J’ai été la seule à ne pas passer le cap de la première échographie. Et j’ai eu beau réunir tout ce qu’il restait d’humain et de « vivant » en moi, je ne pouvais m’empêcher de penser « pourquoi moi ? pourquoi suis-je la seule si les fausses couches sont si fréquentes ? ».

Crédits photo (creative commons) : Jorge Gobbi

Mettre de côté ma colère a été de loin le plus difficile. J’en voulais au monde entier. J’avais beau ne pas savoir les histoires derrière chaque naissance, chaque enfant, j’en voulais aux mamans dans les parcs de connaître ce bonheur. J’en voulais aux filles qui tombent enceinte dès le premier cycle (et pourtant, j’en ai fait partie !). J’en voulais à celles qui allaient connaître une grossesse parfaite. J’en voulais à celles qui se plaignaient des maux de grossesse parce que moi, je rêvais de connaitre les nausées si ça signifie « être enceinte ». J’en voulais à tout le monde.

J’en voulais à mes proches qui demandaient « trop » de nouvelles les jours qui ont suivis puis je leur en voulais de ne plus du tout aborder le sujet. J’en voulais à tout ceux qui me disaient que « la vie est bien faite », que « ce n’était pas un vrai bébé » et toutes les phrases bateaux du même type (Urbanie en parle très bien ici).

Et j’en voulais par dessus tout à ceux qui ne comprenaient pas pourquoi j’étais encore affectée plusieurs mois après. Pour eux, il fallait que je « passe à autre chose – la vie continue ».

La dépression ou comment j’ai sombré totalement

Je n’arrivais pas à passer à autre chose. J’étais bloquée sur cette grossesse qui s’était arrêtée. Je n’arrivais même plus à m’imaginer enceinte de plus de 3 mois. Ça allait encore recommencer. Forcément. D’ailleurs, je passais encore mes journées à lire des articles sur les fausses couches à répétition : c’est rare et ne concerne que 2% des femmes mais j’en faisais forcément partie. Je ne serais plus jamais enceinte, c’était sur.

Les jours passaient et le sujet maternité était devenu un sujet ultra-sensible. Je redoutais chaque nouvelle annonce de grossesse. Je redoutais de lire les étapes que j’aurais du vivre en  même temps que mes proches tombaient enceinte au même moment « je le sens bouger, ça y est ! », « c’est une fille, on a eu la confirmation ! ».

J’avais repris le boulot il y a déjà bien longtemps et pourtant, je continuais de pleurer régulièrement en plein milieu de la journée à la moindre évocation du mot bébé ou grossesse.

Crédits photo (creative commons) : Caroline The hills are alive

A cela, s’est ajouté les échecs à chaque cycle et le diagnostic du syndrome des ovaires polykystiques (j’en ferais un article dédié). Je ne tomberais plus jamais enceinte. C’était irrationnel, c’était extrême mais c’était bien la dépression qui parlait. Je sombrais et personne ne le voyait.

La lumière au bout du tunnel

Et puis un jour, Urbanie m’a justement conseillé d’aller voir une association spécialisée dans le deuil périnatal : Agapa. Je les avais contacté par mail pour leur raconter mon histoire… et une femme adorable m’avait recontacté par téléphone pour me dire que ce serait une bonne chose de passer les voir.

Sauf que je n’avais pas la force et le courage d’y aller. Je ne sortais quasiment plus de chez moi, j’étais recroquevillée avec ma dépression, je ne parlais plus à personne de ce qu’il s’était passé… je ne pouvais pas. C’était au dessus de mes forces. Et puis une proche – au courant de mon histoire – me propose de venir avec moi. On ne se connaissait que très peu mais elle a mis tellement de cœur à me motiver et à m’encourager pour que j’y aille – que j’ai accepté son aide : la première main tendue pour me relever.

J’ai rencontré une dame de l’association et j’ai parlé longuement sans m’arrêter. Je ne saurais pas t’expliquer ce qu’il s’est passé en moi ce jour-là mais j’ai senti que je n’étais pas prête à en parler totalement, à m’ouvrir complètement à quelqu’un que je connaissais à peine. Et puis j’avais trouvé du réconfort auprès de ma nouvelle amie : avec elle, je pouvais être moi-même. Je pouvais être triste à en mourir, en colère, être complètement injuste avec des personnes qui n’avaient rien demandé. Elle était là et elle m’écoutait. Avec elle, j’ai pu parler pendant des heures entières, des journées entières de ce qu’il m’était arrivé, de mon histoire. J’ai parfois du lui raconter 100 fois la même histoire, la même peine et elle est restée à m’écouter et à me soutenir. A me soutenir pour me remonter, à me soutenir durant mes essais.

J’étais toujours aussi malheureuse et enfermée dans ma douleur… mais je n’étais plus seule.

Et toi, comment as-tu vécu la fausse couche ? As-tu pu te faire accompagner par un professionnel de santé ou une association ? Tes proches t’ont-ils entouré durant cette épreuve ? Raconte-moi !

A propos de l’auteur

29 ans, Maman d'une petite fille de février 2019, mariée à Chéri (d'origine chinoise), survoltée et angoissée, je te raconte ici ma fausse couche, ma grossesse sous stress (le mien !) et mon nouveau quotidien de maman avec un bébé koala !