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A la une / Témoignage

Deuil périnatal : la grossesse d’après

Comme je te l’ai annoncé dans mon dernier article, je suis enceinte.

Joie ! Paillettes ! Petits poneys qui dansent dans le ciel !

Non, sincèrement, je suis très heureuse de cette grossesse. Heureuse, mais souvent déstabilisée. Parce que, si tu me suis, tu sais que j’ai perdu ma fille l’année dernière, au 6ème mois de grossesse.

Alors voilà : comment me projeter dans une nouvelle grossesse, quand toute forme d’innocence s’est envolée ? Comment me réjouir, me préparer à accueillir cet enfant, quand je sais, plus que n’importe qui d’autre, que tout peut s’arrêter du jour au lendemain ?

vivre une nouvelle grossesse après un deuil périnatal

Crédits photo (creative commons) : Vanessa P.

La tentation de me protéger en refusant de me projeter dans cette grossesse est grande, très grande même. Mais je sais que ce n’est pas une solution. Cet enfant, que nous avons tant désiré, n’y est pour rien dans notre histoire. Il devra naitre avec un poids déjà bien lourd à porter sur ses épaules : une grande sœur décédée sans avoir pu vivre. Aie. Pas exactement le cadre Bisounours que je voulais pour fonder une famille.

Donc hors de question pour moi de le faire payer à ce bébé, même inconsciemment.

Nous avons déjà choisi pour lui deux prénoms (un pour chaque sexe, puisque nous ne savons toujours pas si c’est une fille ou un garçon). Je guette ses premiers mouvements avec attention et impatience. Je recommence à imaginer comment ce sera, quand il sera là.

Bien sur, hors de question pour moi de lui acheter des vêtements avant que l’échographie du deuxième trimestre ne soit passée : j’ai toujours en tête le souvenir cuisant de l’année dernière, où, encore enceinte, j’avais été rendre les habits achetés pour ma fille. Je pense très honnêtement d’ailleurs que nous ne ferons rien de trop concret avant la toute dernière échographie. La chambre attendra ! Ce n’est, de toutes façons, pas l’élément le plus important.

En parlant de cela, j’avoue que les échographies sont un cap très difficile à passer: émotionnellement, cela me renvoie un an en arrière. Je sais que tout peut encore s’arrêter du jour au lendemain. Qu’on peut m’annoncer, à tout moment, que quelque chose sur l’écran de contrôle ne va pas, que le bébé n’est pas tout à fait comme il devrait être.

Je n’ai pas non plus réussi à l’annoncer aux gens, sauf à ceux qui me côtoient au quotidien (donc les collègues, et nos parents) tout simplement parce que ma grossesse est déjà très… visible (deux grossesses en un an, ça laisse des traces !). J’ai perdu le gout de l’annonce, des réjouissances collectives. Peut-être parce que je sais, là encore, que je n’ai pas envie d’annoncer que quelque chose ne va pas, comme la dernière fois.

Donc je vis cette grossesse de façon très étrange : le fait de souffrir d’hyperémèse n’arrange rien, même si je n’ai aucune difficulté à faire la part des choses entre les réactions de mon corps liées à la grossesse, et le bébé en lui-même.

Bien entendu, je suis toujours suivie par un psy ! Je n’ai pas l’arrogance de penser que je peux tout résoudre seule, bien au contraire. J’ai besoin de cette béquille sur laquelle m’appuyer pour être certaine que mon enfant viendra au monde dans les meilleures conditions possibles, compte tenu de notre histoire. De quelqu’un pour me dire si, et quand, je fais fausse route.

Je réalise aussi la « chance » que j’ai eu de retomber enceinte si rapidement : 4 mois après mon retour de couches, malgré des cycles qui faisaient le yoyo. Je suis parfaitement consciente que ce bébé n’est pas non plus une prolongation de ma grossesse précédente, mais bien un autre bébé, différent. Avec sa propre histoire, et son avenir à lui.

Je reviendrai te raconter comment se déroule cette grossesse, au fur et à mesure. Une grossesse qui sera sans aucun doute dépourvue de toute forme de naïveté et d’innocence, mais une grossesse dans laquelle j’espère investir toute la tendresse qu’une future maman peut porter à son bébé.

Toi aussi, tu veux témoigner ? C’est par ici !

A propos de l’auteur

Je m'appelle Julie, executive woman le jour, blogueuse/ instagrammeuse la nuit. Passionnée de littérature et de séries TV, je suis aussi et surtout maman d'une petite fille absolument adorable (#zéroobjectivité), mais aussi de deux bébés qui n'auront pas pu vivre. Tu peux me suivre sur mon blog perso (La Marmotteuse) et mon compte instagram spécialement dédié au deuil périnatal : à nos étoiles