Menu
A la une / Vie de maman

« Dors bébé, dors » – quand maman s’épuise

J’entends remuer à côté de moi. Je retiens mon souffle. Il est minuit, il dort depuis une heure et demi. Et si, cette fois, il se rendormait ? Il s’agite un peu, chouine, se tourne quand … OUIIIN. Il pleure. Il panique. Ca va mon ange, tout va bien, maman est là, tout va bien … Il finira au sein après 10 minutes de câlins. J’attends qu’il dorme bien, tout contre moi, son petit souffle sur ma peau, sa main et ses jambes sur mon ventre. Puis, j’essaye de me retirer. Centimètre par centimètre. Il se réveille. C’est reparti pour un tour. Maman est là… Dors bébé dors, il pleut dehors, dors encore….*

Quand enfin, il s’apaise, je le dépose délicatement dans son lit à barreau à côté de notre lit. Il dort. Enfin. Je me recouche. Il est une heure et demie du matin.

Je l’entends pleurer. Je me relève d’un bond. Tout va bien mon ange, c’est rien … Calme-toi. Ca va …. Je caresse sa petite joue, il s’accroche à ma main. Il ne se calmera qu’une fois contre moi. Quand il se rendormira, je regarderai l’heure. 2H37.

Nouveau réveil. Il est 4h11. Je n’ai même pas réussi à me rendormir entre temps, je me tournais et retournais. Je ne réfléchis même plus. Viens là mon amour, chut. Tout va bien… Il faut dormir maintenant… Une fois encore, seul le contact le calmera. Cette fois, je ne tenterai même pas de le remettre dans son lit. Je somnolerai contre lui pendant que je lui donnerai le sein. Dors bébé dors, dors encore…*

Il est 6h40 quand il se réveille de nouveau. J’ai l’impression qu’il ne s’est passé que deux secondes depuis la dernière fois. J’ai dormi pourtant. Ca me fait du bien mais j’ai du mal à émerger. Je le rassure une nouvelle fois. Cette petite bouille paniquée qui ne cherche qu’à s’endormir, cette petite main qui m’agrippe, son corps qui se presse contre le mien. Je m’attendris. Chut mon ange, tout va bien. Cette fois encore, il s’endormira au sein.

7h30. J’entends l’amoureux qui grommelle. Il va partir travailler et il n’a pas beaucoup dormi cette nuit encore. Mais qu’est-ce qu’il a ce gosse à se réveiller tout le temps ? Pourquoi il l’empêche de dormir ? Comment il va assurer au boulot, lui ?

7h45. Ca s’agite à coté de moi. Puis, ça pleure franchement. Dors bébé dors, bébé dors, dors encore… * Caresses, mots doux, câlins, tétée… Faut pas avoir peur mon ange, maman est là. Tout va bien. Il nous reste quelques heures avant que la nuit ne meure…*

Je somnole jusqu’à 9h30. Ca y est, ma journée commence. On change la couche, et j’essaye de le poser à côté de moi pour avaler en vitesse deux tartines et un thé. Je n’aurai que 5 minutes de répit avant d’entendre râler. Je finirai donc ma tartine assise par terre, un bébé sur les genoux.

Toute la matinée, je l’aurai dans les bras. Il ne voudra que ça. Toute la matinée, je serai avec lui, à le rassurer, le câliner, l’allaiter. Quand, vers 11h30, il commencera à fatiguer, je serai incapable de l’endormir dans le lit. Comme tous les jours, je finirai par le prendre en écharpe et à marcher, marcher, marcher. Si je m’arrête, il se réveille, alors je fais des aller/retours. Dors bébé dors, rien ne presse ce matin…* Je continuerai de marcher pendant les 30 minutes où il se laissera aller dans les bras de Morphée.  Je mangerai en vitesse quelques restes de la veille alors qu’il est toujours en écharpe.

J’ai rendez-vous cet après-midi chez la sage-femme consultante en lactation. Je veux savoir pourquoi il tète si souvent. Je veux savoir pourquoi il se réveille. Je veux savoir pourquoi il refuse les biberons. Je veux des conseils, un soutien. Une oreille attentive.

Il s’endort dans la poussette sur le trajet, pendant que je marche 40 minutes. Arrivés là-bas, on patiente et il s’énerve rapidement. Je le prends. Il s’agite. Au bout de 10 minutes, il hurle. Il pleure. Il ne veut pas téter, il a la couche propre. Il refuse les caresses et reste indifférent à mes chansons. Je sens les regards des femmes qui patientent à côté. La porte s’ouvre et j’entends un « mais donnez-lui à manger » anonyme. Il refuse. Je le berce, tout contre moi, je marche. Je culpabilise, je pleure sans savoir pourquoi. Arrête de pleurer s’il te plait. Je ne sais même pas si c’est à moi que je parle ou à lui. Tout va bien mon ange. Mon bébé d’amour… Dors encore s’il te plait, je n’en peux plus…

Ca durera 1h. Je ne sais pas pourquoi mais il s’arrêtera de lui-même. Je repars dépitée, honteuse. Je me sens inutile. Incompétente. Dépassée.

De retour à la maison, il ne dormira pas. Il demandera le sein. Deux fois. Trois fois. Il râlera dès que je le pose. Il demandera les bras, mon attention constante. Tout l’après-midi, je marcherai avec lui dans les bras. Tout l’après-midi, je ne me poserai pas une minute.

Quand l’amoureux arrivera ce soir-là, comme souvent, je lui tendrai le bébé sans un mot pour m’eclipser en pleurs dans la chambre. Je n’ai même plus la force de sortir de notre appartement pour m’aérer.  Je m’allongerai dans le noir, avec mes bouchons d’oreilles. Comme souvent, je tâcherai d’oublier le bébé qui pleure à côté. Comme souvent, quand vers 21h, il dormira collé à moi, je me mettrai à pleurer doucement. L’amoureux me consolera sans pouvoir rien faire de plus et je me sentirai encore plus coupable et incompétente.

Il aura tété 10 fois aujourd’hui. J’aurai passé plus de six heures à le porter. Il n’aura dormi que 55 minutes dans la journée. Je n’aurai eu que 20 minutes sans pleurs.

Quand je m’endormirai enfin vers 23h, après un premier réveil, je soupirerai. Peut-être que cette nuit enfin, il sera apaisé. Peut-être que cette nuit, nous dormirons plus de deux heures d’affilée.

Et moi, pendant que je veille, je surveille vos sommeils… Si vous saviez comme vos sommeils veillent sur mes trop longues veilles… *

Crédit photo : WerbeFabrik

Ça dure depuis cinq mois. Je sais que ça s’arrangera. En attendant, j’essaye. Tous les jours, j’essaye de le poser, d’aller aux toilettes, d’utiliser mon ordinateur. J’essaye de faire abstraction de ses pleurs mais je n’y arrive pas. Je n’y arrive plus. J’essaye de ne pas écouter les « ma pauvre, assis-toi donc », les « il fait un caprice » ou « mais laisse le pleurer, ça lui fera les poumons ». J’essaye de ne plus craquer, j’essaye de ne pas avoir envie de le laisser et de partir. J’essaye de garder le sourire et de ne pas sombrer. J’essaye de tenir. J’essaye de continuer à l’aimer. J’essaye de le rassurer ; un jour, il me remerciera j’imagine. Mais pour l’instant, je suis fatiguée. Epuisée. Aujourd’hui, ça fait cinq mois que ça dure et je craque. Alors je compose le numéro d’une psychologue et je murmure dors bébé dors. S’il te plait, dors encore..*

* paroles extraites d’une chanson (dors, bébé dors) de Jean Jacques Goldman

Et toi ? Est-ce que tu as vécu l’épreuve des nuits sans sommeil ? Est-ce que les premiers temps t’ont épuisés ? Ou bien est-ce que ton bébé a été assez facile ? Partage-nous ton expérience !

A propos de l’auteur

26 ans, mariée depuis quelques mois, en couple depuis six ans et maman d'un bébé chat et d'un bébé (plus si bébé) Cookie né en avril 2016, je suis prof de français pour migrants, optimiste, bordélique, passionnée de voyages, de contes, de cuisine et de tout ce que essayer de faire avec mes dix doigts, je fatigue (légèrement) mon entourage. Mais c'est souvent pour la bonne cause ! Pour me contacter : Instagram : @djawene Email : freesiabdv@gmail.com