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A la une / Témoignage

Nous, les parents novices

Aujourd’hui, notre fille a 18 mois. Nous avons tâtonné comme tout nouveaux parents mais désormais, nous sommes convaincus du type d’éducation que nous allons lui donner. Je vais développer.

Notre pédagogie alternative

Il y a quelques mois de cela, je t’ai présenté un article sur nos choix avant la naissance de petit koala. Comme je l’avais dit à l’époque, nous avons fait des choix totalement subjectifs, qui se sont ensuite affinés avec l’arrivée de notre fille.  Bien évidement plusieurs choses ont changé. Je pense de toutes façons que plusieurs critères déterminent le type d’éducation vers laquelle on finit par tendre.

Déjà, il y a l’éducation reçue et la façon dont nous l’avons vécu. Naturellement, si on n’est pas d’accord avec la façon de faire de nos parents, ou si on a constaté en grandissant que cela a été plus nocif qu’autre chose sur nous, on ne va pas essayer de reproduire le même schéma. A l’inverse, si on est content et confiant que l’adulte que nous sommes devenus l’est grâce à ce qu’on nous a inculqué, on va s’en inspirer. Ensuite, il y a les tendances et études qui sont sortis, que nous avons lus, entendus, sur lequel nous avons (ou pas) un avis, qui nous semblent logiques (ou pas), idéales (ou pas), géniales (ou nazes). Et finalement, critère le plus important je pense, on adapte l’éducation à l’enfant qu’on a. Je ne pense pas que ce soit l’inverse, et cela, je m’en rends de plus en plus compte au fur et à mesure que notre fille grandit.

Ni mon mari, ni moi ne nous reconnaissons totalement dans le courant très populaire actuel, à savoir 100% Montessori, maternage le plus proximal possible, et éducation bienveillante à outrance. Pour autant, nous pensons que tout ce que nous faisons à une finalité bienveillante pour notre fille. Les principes de base de Montessori, ce sont notamment la découverte, l’éducation sensorielle et la liberté de l’enfant. On doit plus que possible respecter son rythme de progression sans l’obliger à faire quoi que ce soit. Déjà en partant de ça, nous péchons du côté motricité libre puisque notre fille dort dans un lit à barreau et nous n’avons pas prévu de la passer au lit au sol pour l’instant. Elle a besoin de se sentir dans un cocon pour bien dormir et est paniquée dès qu’elle n’est pas dans un espace bien borné et clos pour s’endormir. Dans une configuration contraire, elle finit juste par tomber d’épuisement en s’endormant dans nos bras. Alors certes, elle ne peut pas monter et descendre de son lit seule, mais elle s’endort toujours paisiblement quand on la couche. Pour nous, respecter cet aspect de sa personnalité prévalait sur le principe de la motricité libre dans sa chambre. A côté de ça, nous la laissons pratiquement toujours grimper sur tout, et courir partout tant que cela n’est pas dangereux. Elle a commencé à marcher le long des meubles très tôt, et malgré nos appréhensions, nous n’avons jamais rien fait pour la freiner.

Il est également difficile de faire un maternage proximal avec un enfant qui n’en a pas du tout envie. Si les premiers mois elle a volontiers accepté d’être portée en écharpe, petit koala nous a rapidement fait comprendre qu’il ne fallait pas que cela s’éternise. Très rapidement, porte-bébés et écharpes sont retournés au placard car ils lui occasionnaient des grosses crises de larmes. Même histoire pour le sommeil, pour lequel nos plans ont du être changés. Nous avons passé petit koala dans sa chambre à 2 mois. Impossible pour moi, en pleine dépression post-partum à ce moment-là, de réussir à dormir à côté d’un bébé qui faisait des pauses respiratoires très fréquemment. Ça parait paradoxal comme ça, mais ça a été une des meilleures décisions que nous avons prises pour m’aider à aller mieux.

J’avais également dit que jamais je ne laisserais pleurer mon bébé. Mais il s’est avéré que nous avions une version qui avait besoin d’être seule quand elle déchargeait. Autant certains bébés ont besoin des bras et de bercements pour s’apaiser, autant la nôtre, c’était en gros « fichez-moi la paix » (en même temps, je t’ai dit qu’elle n’aimait pas être portée, de fait, cela n’est pas totalement étonnant). Au début, nous nous entêtions à la garder dans les bras alors qu’elle se débattait car je ne voulais pas qu’elle s’endorme dans les larmes. On a vite constaté que finalement, qu’on la pose directement dans son lit ou épuisés (et sourds) après une heure de bataille (et de catch), le résultat était le même ! Elle hurlait (vraiment) pendant dix minutes et pouf, elle s’endormait comme si de rien était. On l’a donc laissé pleurer. Ça m’a d’abord brisé le cœur, et petit à petit, j’ai accepté. Je m’y suis faite. Et aujourd’hui que la phase de décharge avant le sommeil est partie, une fois qu’on la couche, on lui dit bonne nuit et on ne l’entend plus jusqu’au lendemain matin (oui, tu peux me détester). Cela me conforte dans l’idée que notre fille se sent rassurer et qu’on n’a pas fait d’erreur en acceptant le fait qu’elle avait besoin d’être seule pour décharger au début. Maintenant, quand elle pleure au coucher, on sait que quelque chose ne va pas, et elle sait qu’on ne la laissera pas dans sa détresse.

Notre fille nous fait confiance, et c’est ce qui nous importe. Alors oui, je passe surement pour une mère monstrueuse et sans cœur quand je dis qu’on l’a laissé pleurer, mais c’est bien plus complexe qu’il n’y parait.

Crédit Photo: Mabel Amber – Pixabay

Et ça me fait une transition toute trouver pour un point sensible que je souhaite aborder.

VEO et compagnie

J’ai constaté récemment qu’un sujet déchainait les passions sur la toile encore plus que celui de l’allaitement : les violences éducatives ordinaires. C’est un chapitre très important pour ceux qui prônent une bienveillance à toute épreuve, à tel point que je trouve qu’on a atteint un autre extrême.

Alors déjà, qu’est-ce qu’une VEO? Sur le site STOP VEO, voici la définition qu’on peut trouver : « La Violence Éducative Ordinaire (plus souvent nommée « VEO »), est la violence (physique, psychologique ou verbale) utilisée envers les enfants à titre éducatif (corrections, punitions) communément admise et tolérée (« ordinaire »). Plus simplement : claque, fessée, tape mais aussi humiliation, chantage affectif et autres. »

Ok. A première vue, je pensais que la VEO c’était les gifles et les fessées, mais en fait ça va beaucoup plus loin, puisque sur le même sujet, on peut lire ça sur le site des pros de la petite enfance : « Elle se manifeste aussi très souvent par des paroles dévalorisantes, humiliantes, blessantes, ( » tu n’es pas gentil, tu es méchant, ce n’est pas bien ce que tu fais! » etc.), du chantage, des menaces, des moqueries, des mensonges, de la culpabilisation, par des gestes brusques ou brutaux. Les adultes […] le punissent, lui font peur, crient font les gros yeux. ».

C’est hyper violent et culpabilisant cette histoire, et très loin de la bienveillance prônée. Parce qu’apparemment, on ne doit jamais, au grand jamais poser des limites à l’enfant.

 « Si tu ne peux pas faire ce sacrifice, tu ne mérites pas ton enfant. Et si ça te fait culpabiliser de lire ça, c’est que tu as tort». Cette phrase, on la retrouve régulièrement dans les commentaires quand il y a les 2 camps qui s’affrontent. Je le trouve assez symptomatique de notre société actuelle. Comme si déjà avoir les critiques et avis de tes proches sans n’avoir rien demandé ne suffisait pas, en 2019, tout le monde donne son avis sur tout.

Cas d’école : une fois, une femme m’a arrêté dans la rue parce que je venais de mettre de force ma fille dans sa poussette. Elle m’a fait un sermon pour me dire que j’étais en train de la détruire en la brimant et qu’elle perdait confiance en elle. J’étais une mauvaise mère égoïste qui ne pensait qu’à arriver plus vite à mon point de chute, au détriment du développement émotionnel de ma fille. Rien que ça. La vérité, c’est que ma fille voulait jouer avec l’accroche de sa poussette, qu’elle était tombée 2 fois déjà à la renverse parce qu’elle était dans une position dangereuse, et qu’a un moment oui j’en ai eu marre de la voir risquer de se faire sérieusement mal, et que oui, il fallait que j’avance.

Si je m’arrête aux 2 définitions mises plus hauts, je suis une pratiquante quotidienne de VEO, et ce depuis la première heure en ayant imposé des soins à ma fille sans son consentement (je caricature à peine). Je dis à ma fille quand elle fait une bêtise que ce n’est pas bien. J’hausse la voix, je l’oblige à me donner la main parfois, à manger plus que 4 haricots rouges (histoire vrai), et qu’elle n’est pas gentille quand elle prend le jouet du copain de la nounou juste parce qu’il ne se défend pas. Ce que je me demande, c’est où se trouve la limite entre VEO et simple bon sens ? Que suis-je censée faire si ma fille ne tient pas en place au moment de sa prise de sang sinon la bloquer de force ? Que suis-je censée faire quand elle veut mettre ses doigts dans une prise, ou ne pas me donner la main pour traverser sur un passage piéton ? Si après lui avoir expliqué pourquoi il ne fallait pas faire une chose une multitude de fois, elle persiste et finit par se mettre en danger, que suis-je censée faire si je dois ni être ferme, ni gronder, ni punir, ni même faire les gros yeux ?

Un enfant est un enfant, se comporte comme un enfant. On ne peut pas lui demander de réagir et de raisonner comme un adulte, et donc on ne peut pas réfléchir à comment on va agir avec lui en se disant « je ne ferais/dirais pas ça si c’était un adulte ». C’est incohérent. Je ne suis pas en train de dire qu’il ne faut pas condamner les réelles violences qu’elles soient physiques ou psychiques. Je dis qu’il faut faire la part des choses. On ne peut pas mettre sur le même pied d’égalité un enfant battu et un enfant qui a reçu exceptionnellement une tape sur une main par exemple ; ou un enfant à qui on a dit « ce n’est pas gentil de ne pas prêter ton jouet » et un autre à qui on a dit « tu n’es qu’une crasse immonde ». Le mieux encore à faire, c’est d’essayer de s’adapter le plus possible à notre enfant, à son âge, à son degré de compréhension.

Crédit: Rotaru Florin – Pixabay

L’égoïsme du parent

Il faut l’avouer, finalement le parent est purement et profondément égoïste. Qu’on choisisse une éducation « bienveillante » (je n’aime définitivement pas cette appellation qui me donne l’impression que tous les autres choix sont mauvais), ou une éducation « classique », on part tous du principe que ce qu’on a décidé est le meilleur pour l’enfant. Lui derrière il n’a rien demandé, comme toujours. C’est de la théorie et rien ne garantit que ça va fonctionner et aboutir à un « parfait » adulte derrière.

Aujourd’hui, on n’a absolument pas le droit à l’erreur en terme d’éducation parce que « les études ont montré que… », parce que « tu devrais savoir que… ». Les études c’est bien, mais dans la vraie vie, notre enfant peut faire partie de la minorité qui n’a pas validé les critères des études. Et c’est là que le bât blesse.  On met trop la pression aux parents, et finalement c’est contre-productif car les vraies batailles se perdent. Et puis, les sentiments et émotions des parents sont complètements occultés au profit d’un contrôle permanent pour ni crier, ni s’énerver ou juste dire « parce que je l’ai décidé (égoïstement) ». Et c’est ce qui me dérange à chaque fois. C’est peut-être bienveillant envers l’enfant, mais pas envers le parent.

Un type d’éducation va parfaitement fonctionner sur un enfant, et absolument pas sur un autre. C’est aussi pour cela que je trouve assez ridicule cette course au parent « parfait » sur les réseaux sociaux et Internet. Dans ma tête le principe de l’éducation est simple : accompagner l’enfant à comprendre le fonctionnement du monde qui l’entoure, ses règles, les conséquences de ses actes. On doit l’aider au mieux à se faire confiance, à faire attention autant à soi qu’aux autres, à faire la différence entre le bien et le mal, l’importance du consentement. Notre choix d’éducation n’est pas le bon, mais c’est celui qui nous convient et qui convient à notre enfant. Il n’y a de toutes façons pas de « bon » choix. On fait tous comme on peut, avec ce qu’on a. Je ne suis pas malveillante envers mon enfant parce que je n’applique pas à la lettre l’éducation dite bienveillante.

Mon mot final sur tout cela est qu’il faut prendre du recul. Peu importe le sujet, il y aura de toutes façons toujours un fond culpabilisant si tu n’as pas choisi le même courant que la personne en face de toi. Tu seras toujours soit trop laxiste, soit trop dur, pas assez ceci, ou trop cela. Mais fait bien comme tu le sens, tant que c’est ce qui compte à tes yeux. Tu es la seule personne à parfaitement connaitre tes enfants.

A propos de l’auteur

Après avoir raconté mon mariage sur Mademoiselle Dentelle, je passe de l’autre coté pour te parler de mon approche de la maternité. Je suis devenue maman en 2018, et ce fut un grand chamboulement qu’il me tarde de te raconter. Si tu veux suivre nos aventures au quotidien, je t’invite à me retrouver sur instagram sous le pseudo el_m_b